‹ L'intelligence des animauxChapitre 82 sur 122 · Article «Abeilles », Encyclopédie britannique · texte numérisé non relu

Article «Abeilles », Encyclopédie britannique

» jusqu'à ce qu'elle périsse d'inanition ; toutefois, tel est le » respect que leur inspire la royauté, qu'ils ne cherchent ja- » mais à la piquer*. »

Tout cela semble dénoter un degré remarquable de sagacité dans la conception de la part des travailleuses, sinon de celle des reines qui ne paraissent pas briller par leur intelligence. Encore faut-il tenir compte de l'observation de F. Huber en ce qui concerne ces dernières : deux reines, les dernières de la ruche, avaient commencé un combat mortel. Il arriva un moment où elles auraient pu se piquer toutes les deux simultanément; mais au lieu d'en profiter, elles se lâchèrent mutuellement comme consternées à l'idée d'un dénoûment à la suite duquel la ruche se serait trouvée sans reine. Voilà donc le malheur que l'instinct des travailleuses et des reines s'applique à prévenir ; et la manière dont il s'adapte à des circonstances particulières, permet au moins de supposer qu'il est soumis à une direction intelligente. Voyons par exemple ce qui se passe dans une ruche enfumée par Huber. La reine et les aînées parmi les abeilles s'étant sauvées, le reste de la communauté se met à construire des cellules royales pour y élever une autre reine. Sur ces entrefaites Huber réinstalle l'ancienne reine; aussitôt les abeilles enlèvent des cellules royales la pâture qu'elles y avaient entassée, et cela pour empêcher le développement des larves qui se seraient transformées en reine. De môme si Ton introduit une reine étrangère dans une ruche qui a déjà la sienne, les travailleuses la mettent à mort sans attendre que leur souveraine attaque sa rivale. Mais si la ruche n'a pas de reine, les abeilles adoptent la nouvelle venue, sinon tout de suite, au moins lorsqu'elles s'y sont habituées au bout d'un jour ou deux pendant lesquels l'éleveur a soin de mettre la reine à l'abri dans une cage à jour. Privées de leur reine, les abeilles cessent leurs travaux, maniftstent leur malaise et font entendre un bruit monotone et plaintif ; à moins toutefois que la ruche contienne des larves royales ou des larves ordinaires âgées de moins de trois jours, c'est-à-dire assez jeunes pour être susceptibles du traitement qui transforme une larve ordinaire en reine.

Aussitôt la reine fécondée, les bourdons deviennent inutiles

i. Docteur Kemp, Indices de Vlnstinct,

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et leurs sœurs se jettent sur eux sans pitié pour les massacrer en les piquant ou pour les jeter au dehors où ils périssent de froid. Les cellules des victimes sont mises en pièces ainsi que les larves et les œufs mâles qu'elles peuvent contenir. En général un seul jour suffit à Texécution de tous les bourdons qui sont souvent plus d'un millier. Il est évident que ce massacre a pour objet de débarrasser la ruche des bouches inutiles ; mais il n'est pas aussi facile de s'expliquer la raison d'être des bourdons. L'existence d'un nombre aussi disproportionné de mâles pour une seule femelle féconde a suggéré l'idée d'une phase élémentaire de l'instinct social dans le passé, pendant laquelle les abeilles auraient formé des communautés plus restreintes. Cette explication pourrait bien être la vraie quoique, à mon avis, on aurait pu s'attendre à ce que les abeilles, avant d'en arriver à la période actuelle de leur évolution, eussent développé un instinct compensateur et appris, soit à empêcher la reine de produire tant d'œufs mâles, soit à se débarrasser des bourdons à l'état de larves. Il est vrai que chez les guêpes les mâles se rendent utiles à l'intérieur et gagnent ainsi la nourriture que leur donnent leurs sœurs ; il se pourrait donc que chez les abeilles les bourdons eussent été également à une époque des membres actifs de la communauté, et qu'ils eussent perdu depuis l'instinct du travail. Quoi qu'il en soit, il est curieux que ce soit l'animal qui passe à juste titre pour le plus avancé au point de vue de la perfection des instincts, qui fournisse en même temps l'exemple le plus frappant que l'on puisse trouver d'un instinct immobihsié dans la voie du perfectionnement : et il est d'autant plus étonnant que cet instinct de l'élimination des bourdons ne se soit pas développé dans le sens du choix de l'époque la plus favorable à cette élimination, c'est-à-dire de la période où les bourdons existent à l'état d œufs ou de larves, que, sous bien des rapports, il parait avoir atteint une grande finesse de discernement. Bùchner ne nous dit-il pas que « la preuve que le massacre des bourdons »> n'est pas une simple affaire d'instinct, mais bien de raison- » nement en vue d'un but à remplir, c'est que plus la reine se » montre féconde, plus les abeilles se montrent rigoureuses » dans leurs exécutions. Mais si la fécondité de la reine prête » au doute, si elle a été fécondée trop tard ou pas du tout, et T> .par suite ne pond que des œufs mâles, enfin si elle est sté-

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» rile et qu'il faille avoir recours à des larves communes pour » produire d'autres reines qui auront besoin d'être fécondées » à leur tour, les bourdons sont épargnés, au moins en partie, » parce que les abeilles savent évidemment qu'elles auront be- » soin de leurs services plus tard. . . C'est le même esprit de » prudence avisée qui fait exécuter les bourdons avant Tes- » sairaage dans certaines circonstances, comme par exemple » lorsqu'aux premiers beaux jours du printemps succède » une période indéfinie de mauvais temps qui inquiète les » abeilles. Mais que le temps s'éclaircisse et leur permette de » se remettre au travail, elles reprennent courage et s'em- » pressent d'élever d'autres mâles pour l'essaimage. L'exécu- » tion des bourdons dans les circonstances dont il vient d'être » question diffère du massacre ordinaire en ce qu*elle ne con- » cerne que les mâles adultes; à moins que les provisions leur » manquent les abeilles épargnent toujours les larves. Autre » fait qui témoigne d'une appréciation intelligente des consé- » quences des faits, de la part de ces insectes : Si l'on trans- » porte des abeilles habituées à un climat tempéré comme le » nôtre dans un pays du midi où la saison du butinage dure » longtemps, elles ne tuent point leurs bourdons en août, » contrairement à leurs habitudes, mais à une époque plus » reculée et en rapport avec les nouvelles conditions de leur » existence. »

Mais c'est en ce qui concerne les guêpes que la morale du massacre des mâles est, selon moi, la plus difllcile à saisir. Chez les abeilles, l'existence des communautés se prolonge d'année en année, tandis qu'à l'exception de quelques femelles fécondées les guêpes périssent toutes à la fin de l'automne. A l'approche de cette saison funeste les travailleurs tuent toutes les nymphes, procédé qui, suivant certains auteurs, constitue une preuve éclatante de la Bonté suprême ! Or, il me paraît difficile de s'expliquer la raison d'être d'un pareil instinct; car, d'une part, les femelles qui doivent survivre n'ont guère à gagner au massacre des nymphes, et, de l'autre, le reste de la communauté a si peu de temps à vivre que Ton i se demande quel intérêt il peut avoir à se débarrasser des jeunes. Supposons que tous les mille ans le genre humain périsse tout entier à l'exception de quelques femmes; que gagnerait la race à mettre à mort, quelques années avant

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