‹ L'intelligence des animauxChapitre 16 sur 38 · TORTUES · texte numérisé non relu

TORTUES

La tortue déterre a de tous les temps passé pour le symbole delà lenteur; les tortues de mer doivent être regardées aussi comme l'emblème de la prudence. Cette qualité, dit Lacépèdc, qui, dans les animaux, est le fruit des dangers qu'ils ont courus, ne doit pas étonner dans ces tortues, que Ton cherche d*autant plus qu'il est peu dangereux de les chasser. Défendues parune carapace osseuse très-forte, et si dure que des poids très-lourds ne peuvent les écraser, garanties par cette sorte de bouclier, mais n'ayant rien pour nuire, elles ne redoutent point la société de leurs semblables, qu'elles ne peuvent troubler, à leur tour, par aucune offense,

La douceur et la force pour résister sont donc les qualités qui distinguent la tortue tranche, et c'est peutêtre à ces qualités, que les Grecs firent allusion, lorsqu'ils la donnèrent pour compagne à la beauté, lorsque Phidias la plaça comme un symbole aux pieds' de sa

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Vénus. Et voyez, encore une fois, combien le caractère reflète l'organisation ; les habitudes de la tortue sont aussi constantes que son enveloppe a de solidité. Plus

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patientequ'agi88ante,elle n'éprouve presque jamais Je désirs véhéments ; plus prudente que courageuse, elle se défend rarement, mais elle cherche à se mettre à l'ahri ; et elle emploie toute sa forceà es cramponner, lorsque, ne pouvant briser sa carapace, on cherche à l'enlever avec cette couverture.

Si nous parloas ici de cet ami de l'homme, ce n'est pas qu'il soit bien intelligent, mais il est si doui, si innocent, si paisible, si familier avec les enfants [ On diraitqu'il cherche à leur rendre caresse pour caresse; ils s'embrassent et s'aiment tous deux sans malice. Lui aussi connaîtra la tendresse, lui aussi se fera beau pour courtiser sa fiancée ; vous le verrez se dé-

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poiiiller de wson vêtement gris, revêtir une parure plus agréable et l'audace d'une force nouvelle pour célébrer sa joie. Soyons indulgents pour ceux qui sont bons et qui aiment. Rappelons-nous aussi, que si la science physiologique ne reconnaît pas aujourd'hui beaucoup d'intelligence aux têtes plates, les lézards ont été, autrefois, l'objet de la plus vive admiration. Ainsi, on a attribué à la salamandre la plus merveilleuse de toutes les propriétés. On a voulu que ce petit lézard, non-seulement ne lût pas consumé par les flammes, mais parvint même à les éteindre.

Les anciens ont cru à cette propriété de la salamandre. Désirant que son origine fût aussi surprenante que sa puissance, et voulant réaliser les fictions ingénieuses des poètes; ils ont écrit, qu'elle devait son existence au plus pur des éléments, qui ne pouvait la consumer, et ils l'ont dite fille du feu, en lui donnant un corps de glace. François P'^avait pris pour devise, une salamandre dans le feu, avec cette épigraphe : « Py vis et je [''éteins, »

Un autre reptile, le caméléon aétéaussiTobjet d'un grand nombre de fables. On a dit qu'il changeait souvent de forme; qu'il n'avait point de couleur en propre, qu'il prenait celle de tous les objets dont il approchait; "qu'il était par là une sorte de miroir fidèle ; (|u'il ne se nourrissait que d'air. Le nom du caméléon est encore employé pour désigner la vile flatterie, et aussi, pour caractériser les gens qui changent facilement d'opinion.

Nous terminerons ce chapitre |)ar l'histoire de la vie d'un (Tapaud^qui a vécu plus de trente-six ans, et a

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montré {lendaiit cette longue existence, une sagesse et une intelligence dignes d'éloges.

Ce crapaud, au dire de Lacépëde, a habité presque

toujours une maison où il a été, pour ainsi dire, élevé pI apprivoisé. Il n'y aviiit pas acquis ce que l'on ' remarque dans quelques espèces d'animaux domestiques, et qui était trop incompatiblû avec son organi- Mtion et ses mœurs, mais il y était devenu Taniilier ; Ih lumière des bougies avait été, pendant longtemps pour lui, le !:ignal du moment où il allait recevoir sa nourriture ; aussi, non-seujement il la voyait sans crainte, mais même il h recherchait. Il était déjà très-gros lorsqu'il fut remarqué pour la première fois ; il habitait sous un escalier qui était devant la porte de la maison ; il paraissait Ions les soirs au moment où

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i[ apercevait de la lumière, et levait les yeus comme s'il eût attendu qu'on le prit, et qu'on le portât sur une table, où il trouvait des insectes, des cloportes et surtout de petits vers ; il regardait fixement sa proie ; tout d'un coup il lançait sa langue avec rapidité, et les insectes ou les vers y demeuraient attachés.

Comme on ne lui avait jamais fait de mal, il ne s'irritait point lorsqu'on le touchait ; il devint l'objet d'une curiosité générale et les femmes même demandèrent à voir le crapaud familier.

Il vécut plus de trente-six ans dans cette espèce de domesticité; et il aurait vécu plus de temps peut-être

si un corbeau, apprivoisé comme lui, ne lui eût crevé un œil, ce qui te gêna pour attraper les insectes. Il mourut de langueur au bout d'un an.

Je n'ai raconté cette histoire que pour montrer, combien, par la domesticité et l'éducation, on peut modilîcr les êtres les moins bien doués et tirer parti des moindres lueurs de l'Intelligence.

Mollesse de caractèro. — Platitude du corps et de l'espril. — Les forlos têtes du monde aquatique : raie, squale et chabot. — Intellirrcnce

. de répinoche. — Habileté du chelmon. — Espièglerie des hippocampes. — Tendresse des requins. — Fidélité des raies. — Ruses des turbots. — Reconnaissance du brochet, des limandes, dos spares, des bandoulières et «les zéos.

Quiconque regarde un poisson dans le l)lanc des yeux, s'écrie aussitôt : Quel animal stupide, quel œil de zinc, on dirait le regard d'un vieillard abruti dont le cerveau est en voie de ramollissement! Et ce front, comme il est bas ! quelle platitude de tête, de corps, quelle platitude sans doute de caractère! Vous les avez rencontrés ces étres-là, sous la forme humaine : ce sont des messieurs pâles, anémiques chez lesquels les passions ont éteint toute passion, tout sentiment, tout cœur, tout caractère. On ne sait, s'ils sont chair ou poisson. On les rencontre souvent dans les régions diplon(iatiques. Leur talent consiste à paraître froids, et leur politique à ne rien dire, rien vouloir. Ils vivent dans les eaux douces des dignités , des honneurs et, ainsi continuellement ramollis, ils ne

sont guère susceptibles d'impressions vives. La froideur engourdit leurs organes, ils sont presque dépourvus de sensibilité. Et, comme ils respirent toujours le même air et moitié moins vite que Thomme, ils ont nécessairement moins de facultés, moins de sentiment même que les reptiles ; quant à ceux qui sont plongés dans la vase, ou le fond des eaux bourbeuses et stagnantes, ils sont extrêmement mollasses, paresseux, inertes et stupides. Mais la nature, cette bonne mère, toujours prête à établir des compensations parmi ses enfants, accorde à ces êtres doués d'une complexiôn plus humide, une plus grande fécondité et surtout lorsque leurs facultés intellectuelles et sensitives sont peu étendues. Cela tient peut-être aussi à ce qu'il n'y a point, chez eux, de rapports de paternité et de maternité réels; ils ne prennent nul soin de leur postérité. C'est un fait, du reste, reconnu chez les animaux qui ont une nombreuse famille; les liens, trop étendus, s'affaiblissent, les affections trop partagées se dissipent. Certains poissons, les anguilles par exemple, nous apparaissent à travers le monde, sous le manteau féminin. Vous les reconnaîtrez a leur forme allongée comme celle des serpents, à leur peau froide et visqueuse. Elles vivent généralement dans la vase; elles changent souvent de demeure» soit pour chercher leur nourriture soit pour chasser aux grenouilles. Elles sont Irès-voraces. Têtes de canard, rats, souris^ tout leur est bon. Leurs mouvements sont gracieux, leur robe est satinée ; elles ont des plis et des replis élégants, une sorte de beauté qui leur est propre. Leur caractère est inquiet, agité, agacé surtout avant

et pendant les jours d'orage ; elles sont alors de mauvaise humeur, elles ont mal aux nerfs.

Il ne faudrait pas cependant trop juger les êtres d'après leur apparence, ni conclure du particulier au général. Ily a des poissons quisavent s*élever au-dessus de leur niveau et étendre leur existence dans les espaces éthérés ; tel est le poisson volant qui a été comparé par les Pères de l'Église à l'âme humaine. « Si Tàmc, disent-ils, veut planer au-dessus des vagues de l'existence matérielle, elle doit se replonger de temps en temps dans l'Océan de l'infini — en Dieu — ne fûtce que pour y rafraîchir et y humecter ses ailes. »

D'autres poissons, comme le saumon, habitent alternativement les eaux douces et les eaux salées. ils ressemblent, en cela, à ces grands seigneurs qui ont leur résidence d'hiver et leur résidence d'été. Le saumon demeure. Tété dans les fleuves et l'hiver dans la mer. D'autres, enfin, démentent l'accusation d'égoïsme lancée contre eux, comme animaux inférieurs ; s'agil-il de leur progéniture, il n'est point de privations, de déplacements, de sacrifices dont ces humbles créatures ne se montrent capables pour assurer le bien-être de leur postérité. Ce sentiment est d'autant plus admirable qu'il se montre plus désintéressé.

Chez les mammifères et chez les oiseaux, le père et la mère se trouvent en quelque sorte recompensés de leurs peines, de leurs soins, de leurs souffrances, par les jouissances attachées à l'exercice d'un devoir naturel. Ils voient, ils caressent, ils aiment leurs petits et en sont aimés. Mais, comme certains insectes^

les poissons se dévouent à une famille qu'ils ne connaîtront point.

Cet amour, non des individus mais de la race, non des enfants mais de la progéniture, est si puissant, si caractéristique, chez les poissons, qu'il les invite à changer au moins une fois dans l'année leurs mœurs, leurs habitations, leur manière de vivre.

Pour bien se rendre compte du caractère , des mœurs, de 1 intelligence des poissons, il faut considérer, non-seulement le milieu spécial dans lequel ils vivent, mais leur organisation qui est en rapport avec ce milieu. L'eau est le domaine des poissons, comme l'air celui des oiseaux et des insectes ailés. L'eau' imprime aux poissons cette mollesse d'or<çanes, cette mucosité, cette flexibilité glissante et cette mobilité perpétuelle qui les caractérisent. Dans Tétude de leur cerveau il faut donc tenir compte de la densité de la matière, qui est plus faible que chez la plupart des animaux; cette flaccidité de la chair réagit nécessairement sur les manifestations intellectuelles qui sont moins énergiques, et aussi sur la sensibilité qui est moins vive. Mais si cette vie supérieure du sentiment vi derinlelligence est moins développé, ou, du moins plus ralentie, la vie animale est plus longue, les poissons gagnent en longévité, ce qu'ils perdent en chaleur. Ce ne sont pas eux qui ont jamais émis la maxime : Vie courte et bonne. On ne saurait prendre un meilleur exemple pour prouver que la mort, chez les vertébrés, est due à une condensation trop rapide de Ja vie, et combien les bains sont utiles pour prolonger l'existence. Constamment plongés dans Teau, leurs Tibres,

leurs os, le tissu de leurs organes conservent bien plus longtemps leur flexibilité.

Leur mouyement de composition et de décomposition est plus ralenti, leur ossification moins rapide ; ils sont presque toujours jeunes, comme le prouve leur état cartilagineux ; ils n'arrivent pas, comme nous, prématurément à cette rigidité du corps et de l'esprit, à cette sécheresse du cœur, à cette dureté de Têtre qui fait que nous ne sommes plus bons qu'à retourner dans la terre, mêler nos os avec les minéraux, à alimenter les végétaux pour redevenir, en passant par les animaux, chair nouvelle, chair fraîche, bonne a manger. Par le milieu spécial dans lequel ils vivent, comme aussi par leur organisation vertébrale, qui en forment des êtres de transition entre les articulés et les vertébrés, les poissons sont fort intéressants à étudier. Us forment, en quelque sorte, le premier anneau de cette grande famille d'animaux dont les oiseaux * sont le second chaînon, et avec lesquels ils ont, sous certains rapports, une si grande analogie : habitants de deux fluides, pleins d'inconstance, tous deux l^s sillonnent avec autant de vivacité que d'aisance.

Les poissons, dit Yirey, peuvent être regardés comme les oiseaux de la mer, et les oiseaux comme les poissons de l'atmosphère ; les ailes des uns sont représentées parles nageoires des autres, et les plumes par les écailles. S'il y a des oiseaux aquatiques, il existe des poissons en partie aériens ou volants. Si les oiseaux sont pénétrés d'air, pour être plus légers, les poissons

aussi portent pour la plupart, une vessie d'air. Leurs

nageoires peuvent se plier et s'étendre avec des mouvements analogues à ceux des ailes ; ces deux instruments étant à peu près les mêmes, et la natation comme le vol étant presque le même acte, exécuté dans deux fluides différents, le poisson vole dans Teau comme l'oiseau nage dans l'atmosphère.

Si les vents détournent le vol des oiseaux à ailes faibles, les courants de la mer arrêtent aussi les poissons à nageoires impuissautes ; tandis que des espèces plus fortes bravent audacieusement et les vents de l'océan et ces grands courants de Tair.

S'il y a certains oiseaux qui ne peuvent voler, il existe aussi des poissons presque hors d'état de nager; enfin dans l'une et dans l'autre classe une foule d'espèces aiment à vivre en une sorte de société et d'autres sont solitaires. Les émigrations annuelles des poissons au sein des profondes mers, ne sont ni moins régu* Hères, ni moins étonnantes que celles des oiseaux dans la région des tempêtes. Les uns et les autres circulent en légions immenses soit pour recueillir, en d'autres contrées, une nourriture plus abondante, soit pour s'y reproduire en paix; chacun d'eux retourne annuellement dans sa première patrie ; et, à ces époques de voyages, l'homme fait également peser son bras dominateur sur les peuples chanteurs des airs et sur les muets habitants des ondes.

D'autres analogues se manifestent en sens inverse entre ces deux classes d'animaux. L'oiseau est moins fécond que le poisson. L'un a la chair humide, une fibre relâchée, apathique ; le premier «'attache à sa famille, l'aime, la soigne, la nourrit ; le

second n'a pour la sienne presque aucun altaclicuienl, il l'abandonne sans regret.

n y a plus d'oiseaux dans l'hémisphère boréal à cause des terres et plus de poissons au pôle auslral à cause de l'étendue des mers.

Si le$ oiseaux des tropiques sont enrichis des plus éclatantes couleurs, les poissons des mers de la zone équatoriale "ne sont pas moins brillants: cuirassés d'écaillés d'or, d'argent, d'azur, de rubis, d'émeraudes, iK étincellcnt dans l'onde du feu des pierreries sous les feux du soleil ; mais ces décorations resplendissantes s'évanouissent souvent à leur mort, tandis que la couleur des plumes ne change point chez les

oiseaux.

Les poissons changent de couleurs et d' écailles,

selon l'àge, les sexes, et même suivant les saisons, comme les oiseaux muent leur plumage et se nuancent de diverses teintes par les mêmes causes. Et comme les oiseaux savent prédire l'orage et les vents, de même les poissons annoncent par des mouvements inquiets, l'approche dea tempêtes, et montent à la surface des ondes lorsqu'il doit tomber de la pluie.

Cette grande ressemblance entre deux classes d^animaux si éloignés entre eux , dépend sans doute de la qualité des milieux qu'ils habitent, car la fluidité étant commune à l'air et à Teau, les résultats doivent être analogues dans les êtres qui s'y trouvent plongés. Il en résulte que la nature, s'accomodant à ces circonstances, n'est pas libre de les enfreindre ; qu'elle parait être obligée de suivre une marche semblable^ lorsque les occasions sont pareilles, comme

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si une main invisible, un pouvoir irrévocable, lui avaient tracé ses limites et la rouie qu'elle parcourt dans la durée des siècles. Nous verrons que cette analogie pour les habiClides et les mœurs existe également pour l'intelligence. Mais, comme nous le savons, c'est le système nerveux qui peut le mieux nous .donner une idée relative du degré de perfection organii.|ue plus ou moins grand et du développement de la sensibilité et de l'intelligence.

Chez les poissons, les parties centrales du système nerveux se composent, de même que chez tous les animaux vertébrés, de Tencéphale, de la moelle épinière ; l'encéphale, logé dans la boîte crânienne, la moelle, occupant le canal vertébral, qu'elle remplit d'ordinaire dans presque toute sa longueur. Il n'y a guère d'exceptions à cette égard ; on cite la baudroie et le poisson lune où la moelle épinière est extrêmement courte.

Mais relativement à la grosseur de la tète de la plupart des poissons,relativement àla capacité de leur boîlc cérébrale, les proportions de l'encéphale se montrent extrêmement réduites. Commeil existe un accord, à peu près général, entre Tétendue des manifestations intellectuelles et le développement du cerveau, on se trouve assez fondé à voir dans les poissons des créatures trèsimparfaitement douées sous le rapport de Tintelligence.

L'encéphale, au lieu d'être moulé sur les parois de la boîte crânienne, ainsi que cela se rencontre chez tous les vertébrés supérieurs, n'occupe ordinairement, chez le poisson, qu'un espace assez limité dans cette boite. Une secousse un peu violente suffirait donc pour lu

déplacer, si une abondante matière huileuse ne comblait le vide.

Il résulte de cette organisation que le cerveau des poissons se fait remarquer par la faible centralisation des parties qui le composent ; c'est une dégradation organique. Les fonctions des centres nerveux paraissent être aussi moins localisés que chez ces mêmes vertébrés supérieurs; c'est une dégradation physiologique. Voilà comment tout se tient, comment l'organisation influe sur l'intelligence, comment aussi il ne faut pas seulement considérer, dans le cerveau, son volume, mais aussi sa densité et sa composition.

Les poissons dont Je cerveau se rapproche le plusde celui des vertébrés supérieurs sont les raies, les squales, etc., en général tous ceux connus scientifiquement sous le nom de plagiostomes. Non-seulement leurs hémisphères cérébraux sont Irès-développés, surtout fort larges, mais encore ils ont une cavité, ainsi que deux lobes inférieurs, des lobes optiques creux, assez convexes à Textérieur, et aussi un cervelet très-développé. S'il élait plus facile d'observer les mœurs de ces animaux, on remarquerait sans doute chez eux des phénomènes d'intelligence en rapport avec ce développement si remarquable du cerveau.

Dans un mémoire fort intéressant, sur le cerveau des pois^ons, M. llolard a montré que l'encéphale des poissons ne renferme aucune partie qui n'ait son homologue dans Fencéphale des animaux supérieurs.

D'aulre part, on connaît les expériences de Magendie et Desmoulins, ainsi que celles de M. Flourrns.

•ÎS DE I/lNTELMCrENCE CHEZ lES ANIMAUX.

Ces physiologistes onl tenté, en pratiquant des lésions ou Tablation de certains lobes du cerveau, de reconnaître le rôle particulier, la véritable fonction de cet organe.

Dernièrement, notre ami le docteur Baudclot, a repris ces expériences et il a constaté qu'aucun trouble bien appréciable n'apparaît chez les poissons, après la destruction des hémisphères des lobes cérébraux.

L'animal semble avoir conservé toutes ses facultés; on le voit se diriger avec la même agilité et la même sûreté qu'avant l'opération. C'est un résultat très-différent de celui qui se produit soit chez les mammifères, soit chez les oiseaux où l'ablation des hémisphères amène une profonde stupeur et un anéantissement total des facultés intellectuelles.

Les po"issons ne sont pas encore trop dépourvussous le rapport des sens. Tout le monde a remarqué la grandeur de leurs yeux, cela était sans doute nécessaire pour voir dans Veau. Leur vue est très-é.tendue, leur coup d*œil très-juste, et ils se jettent avec une étonnante sûreté sur un appât. Tous les pêcheurs vous diront aussi avec quelles précautions il faut s'approcher de l'eaii pour ne pas effrayer les poissons. Les Romains, qui ne sesontjamais guèreoccupés des poissons que pour les manger, avaient cependant remarqué la fmessede l'ouïe de ces animaux. Ils se plaisaient à donner des noms particuliers aux hôtes de leurs viviers, et réussisiaient à faire venir chacun d'eux à l'appel de son nom. Le sens de l'odorat parait être aussi très-raffiné et très-parfait chez les habitants dos eaux.

Leurs nerfsolfactifs sont très-développés, et dos et |>é-

riences faites par M. Jesse prouvent la finesse de leur odorat. Il nourrissait des poissons dans un bassin, et il a reconnu que ces animaux préféraient de la pâte et des vers qui avaient été préparés avec certains parfums. Cette circonstance n'est point inconnue aux pécheurs à la ligne : quelques-uns d'entre eux trempent leurs amorces dans des substances odorantes, pour allécher d'autant mieux Tappétit des poissons sybarites.

Qui sait si la plupart des poissons n^ont l'intelligence si peu développée, que parce qu'ils manquent de goût et de tact? Que peut-on attendre d'êtres qui ne savent rien déguster? En effet, les poissons ne mangent pas, ils avalent. Il n'y a que les gens d'esprit, dit un célèbre gastronome, qui sachent manger.

Si les poissons manquent complètement de tact, il est vrai qu'ils n'en ont guère besoin.

L'existence pour eux n'est pas bien difficile. Ils n'ont pas grande diplomatie à développer pour vivre, ils n'ont qu'à se laisser aller, qu'à descendre le fleuve de l'existence. Les habitants des eaux paraissent aussi très-insensibles. Jamais on n'a vu un poisson a répandrc un pleur. »

Mais s'agit-il du besoin de se conserver, d'assurer l'existence de sa postérité, l'habitant des eaux semble sortir de son insouciance, de sa torpeur intellectuelle. Voyez ce chabot dont le nom rappelle celui do caboche. Il a une forte tête qui est au moins aussi large que longue chez les vieux mâles. Elle est, il est vrai, un peu aplatie en dessus, arrondie en avant, mais elle n'en forme pas moins le tiers delà longueur de l'ani-

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mal. Ses yeux sont plus petits, que la plupart des autres poissons, mais ils sont plus fins, ils sont situés pres^ ' qu'au sommet et dirigés décote, de façon à voir sur un grand nombre de points à la fois. Avec une pareille tête et une vue aussi étendue, on ne peut pas manquer d'être intelligent. On a reconnu, en effet, que le chabot est trop intelligent pour mordre à Vhameçon.

Pour le prendre, on est obligé de se munir d'une nasse (|ue Ton traîne en renversant les pierres et en agitant le sable, soit avec les pieds, soit avec un bâton de manière à déloger le poisson blotti dans les cavités et à le pousser dans le filet. Il ne faut rien moins que trois hommes pour mettre parfaitement cette manœuvre en pratique, dans une petite rivière ; tandis que deux d'entre eux traînent la nasse en remontant le courant, le troisième placé en avant, remue le fond avec son bâton dans la direction du filet.

Voyez encore l'intelligence, le soin que Tépinoche met à construire son nid. M. Emile. Blanchard raconte que, vers les premiers jours de juin, dans les circonstances les plus ordinaires, Tépinoche mâlo semble rechercher un endroit à sa convenance ; il s'agite longtemps à la même place, s'il quitte cette place, il y revient fréquemment. De sa part,dl y a une préoccupation évidente. Après s'être arrêté à un endroit déterminé, il fouille avec son museau la vase qui se trouve au fond de Teau ; il finit par s'y enfoncer.

S'agitant avec violence tournant avec rapidité sur lui-même, il forme bientôt une cavité qui se trouve* circonscrite par les parties terreuses rejelées sur les

bords. Ce premier travail exécuté, le poisson s*éloigne sans paraître toujours suivie une direction bien arrêtée ; il regarde de divers côtés, il est évidemment en quête de quelque chose. Un peu de patience encore, et vous le verrez saisir avec ses dents un brin d'herbe ou lin filament de racine. Alors, tenant ce fragment dans sa bouche, il retourne directement sans hésitation au pclit fossé qu'il a creusé. 11 y place le brin, le fixe à l'aide de son museau, en apportant au besoin des grains de sable pour le maintenir et en frottant son ventre sur le fond. Dès qu'il est assuré que le fragile filament ne pourra être entraîné par le courant, il va en chercher un nouveau pour Tapporter et l'ajuster comme il a fait du premier. Le même manège devra être recommencé bien des fois, avant que le fond du fossé soit garni d'une couche suffisante de brindilles. Le moment arrive cependant où le tapis est devenu épais ; toutes les parties sont bien enchevêtrées et parfaitement adhérentes les unes aux autres, car l'épinoche par le frottement de son corps les a agglutinées avec le mucus qui suinte des orifices percés le long de ses flancs. Ce qui ravit l'observateur attentif à suivre ce travail, c'est de voir l'intelligence qui paraît présider aux moindres détails de l'opération. En plaçant ses matériaux, le poisson semble d'abord chercher simplement à les entasser, mais une fois le premier lit établi, il les dispose avec plus de soin, se préoccupant de leur donner la direction qui sera celle de l'ouverture à la sortie du nid. Si l'ouvrage n'est pas parfait, l'habile constructeur arrache les pièces défectueuses, la façonne, et recommence jusç^u'à ce

S2 1>K J.'lNTElJ.HiKSr.E HUEZ LES AMSI

qu'il ail réussi au gré de son désir. Parmi les matèriaux apportés s'en Irouve-t-il, que leur dimension ou leur forme ne permet pas d'employer convenablement, il les rejette et les abandonne après les avoir essayés. Ce n'est pas tout. Comme s'il voulait s'assurer

que la hase de l'édifice est bien consolidée, il agile avec force ses nageoires de façon à produire des courants énergiques, capables de montrer que rien n'en liera entraîné. N'est-ce pas là encore ite la réilexioii, du jugpnii'iit, de l'intelligence 'l

LES POISSONS. Sa

Ce n'est pas tout encore ; les fondations du.nid sont établies; pour compléter l'édifice, notre architecte doit travailler beaucoup, mais sa persistance ne faiblit pas un seul instant. Il continue à se procurer des matériaux, et bientôt les côtés du fossé dont le fond est tapissé, se garnissent de brindilles qui sont pressés et tassées les uns contre les autres. L'épinoche les engloutit toujours avec le même soin.

Il s'introduit entre celles qui s'élèvent des deux côtés, de façon à ménager une cavité assez vaste pour que le corps de la femelle y passe sans difficulté. Il s'agit enfin de construire la toiture; de nouvelles pièces sont encore apportées et pour former la voûte, elles prennent place sur les murailles déjà établies et 8*enchevêtrent par leurs extrémités.

Le poisson poursuit toujours son travail de la même manière ; il fixe et contourne les brindilles avec son mnseau, il lisse les parois de l'édifice en les imfrégQfkni de mucosité par les frottements répétés de son corps, La cavité est particulièrement l'objet de ftes soins ; il s'y retourne à maintes reprises, jusqu'à ce que les parois du tube soient devenues bien unies. Parfois, le nid demeure fermé à l'une de ses extrémités; le plus souvent, au contraire, il est ouvert aux Jeux bouts ; l'ouverture opposée à celle par laquelle IWimal est entré si fréquemment, pour accomplir son travail, reste très-petite. Lawemière est surtout construite avec un soin extrême; pas un brin ne dépasse l'autre, le bord est englué, poli avec les plus minutieuses précautions pour rendre le passage Sicile.

«i DE L'INTELLIGENCE CHEZ LES ANIMAUX.

Si les différentes espèces d'épinoches, proprement dites, paraissent se comporter dans tous leurs actes, exactement de la, même manière, le procédé varie pour les espèces de la division des épinocheltes. Le mâle est toujours le seul architecte, et il ne se montre ni moins habile, ni moins vigilant que l'épînoche^ Celui-là établit son nid à une certaine hauteur du sol, parmi les plantes qui croissent dans les eaux entre les tiges ou contre les feuilles. Il fait choix des matériaux les plus délicats, conferves ou brins d'herbes trèsdéliés. Il en apporte jusqu'à ce qu'il en ait un paquet suffisant pour construire le petit édifice, en prenant des soins incessants pour leur faire contracter adhérence avec les végétaux sur lesquels ils sont appuyés et les empêcher d'être entraînés par le courant. Il emploie, dans ce but, le même moyen que Tépinoche ; il englue de mucus toutes les parties en les frottant avec son corps. Lorsque la masse des brins d'herbes et des conferves est devenue assez considérable, il s'efforce de pénétrer dans le milieu en poussant avec son museau. Dès qu'il a réussi à l'enfoncer un peu dans cette masse, il se retourne à diverses reprises et avance (le mieux en mieux en faisant agir ses nombreuses épines dorsales qui contournent et enchevêtrent tous les brins les uns avec les autres. Parvenu au bout, il sort par l'extrémité opposée à celle par laquelle il a pénétré. A ce moment, le nid a pris sa forme définitive. On a comparé assez heureusement le nid à un petit manchon. Le poisson a encore peut-être quelques précautions à prendre pour que ce petit édifice soit achevé, les parois du tube lissées, l'orifice d'entrée

LES POISSONS. 8r.

bien uni. Tout cela s'exécutera à Taide des procédés (|ue nous avons vu employés par Tépinoche.

Les épinoclies et les épinoçhettes ne sont pas les seuls poissons qui imitent les oiseaux en faisant des nids, dans lesquels ils déposent leurs œufs. Les doras construisent également des nids avec des feuilles, et quelquefois un trou e.st creusé dans le rivage pour les recevoir. Le père et la mère veillent l'un et l'autre avec Tattention la plus dévouée et défendent avec courage leur famille future.

D'autres phénomènes, se rattachant à l'intelligence, se manifestent chez les poissons. On sait qu'un des caractères des êtres intelligents est de vivre en société. La perche est éminemment sociable. Un grand nombre de ces poissons forment ensemble un troupeau, comme si une sorte de pacte avait été signé entre eux. Par les temps calmes, on peut les observer en troupes dans un lac, une rivière ou même dans de larges fossés où ils se tiennent près de la surface de l'eau, et tout à fait immobiles. Mais leurs perceptions sont très-fines, et le moindre son inaccoutumé leur donne réveil : ils disparaissent alors rapidement et se retirent dans quelque trou qui est la citadelle commune de toute la troupe. S'ils se trouvent être vingt ou quarante dans ce trou , on peut, dans certains cas, les prendre tous les uns après les autres.

D'aulres poissons montreront une adresse qui surpasse celle des hommes les plus intelligents. Une espèce de choctodon, connu sons le nom dechelmon rostratus, dont le museau se projette en un tube long, étroit, fréquente les rivages de la mer et les bords

des rivières an pourchas de la nourriture. Quand, dit le docteur Jonathan Franklin, il avise une mouche posée sur les plantes qui croissent dans les eaux peu profondes, il s'en approche en nageant, jusqu'à la distance de quatre, cinq ou six pieds. Puis, avec une dextérité surprenante, il lance hors de sa bouche tubulaire, une goutte d*eau qui ne manque jamais de frapper la mouche et de l'abattre dans* la mer, où elle devient bientôt la proie de son ennemi.

Le récit d'un trait de mœurs si peu commun éveilla la curiosité du gouverneur de l'hôpital de Batavia, dans File de Java. Le fait était attesté par des témoins dignes de foi, mais le gouverneur voulut se convaincre par ses propres yeux de Tauthenticité de tels rapports. A celte fin, il fit remplir d'eau de mer un large bocal et, ayant plusieurs de ces poissons sous la main, il les mit dans le bocal dont il renouvelait Teau tous les jours. En peu de temps, il se montrèrent réconciliés avec leur état de captivité, et le gouverneur résolut alors de commencer ses expériences.

Il prit une mince baguette, au bout de laquelle il piqua une mouche avec une épingle ; puis il plaça cette baguette sur les bords du vaisseau de manière que les poissons pussent apercevoir Tinsecte. Ce ne fut point sans un sentiment d'inexprimable joie qu'il vit, et cela tous les jours, ces poissons exercer leur adresse, en tirant à la mouche avec une vélocité merveilleuse ; ils ne manquaient jamais leur but.

Le brochet, le requin de nos rivières, donne des signes d'intelligence et même de sentiment. « N'allez pas trop sourire de cette alliance de mots, dit le doe-

teur Franklin. Le sentiment du brochet! Est-ce que, les mammifères les plus féroces, les plus carnassiers, les plus voraces ne sont pas souvent ceux qui se montrent le plus capables d'attachement , de bons rapports avec rhomme? Pourquoi n'en serait-il pas de même parmi les tribus à nageoires? »

L'anecdote suivante fut lue en 1850 par un grave docteur, devant une grave assemblée, la Société littéraire et philosophique de Liverpool.

« Quand je demeurais à Durham, raconte le docteur Warwick, je me promenais, un soir, dans le parc qui appartient au comte de Stamford, et j'arrivai sur le bord d'un étang, où Ton mettait, pour quelque temps, les poissons destinés à la table. Mon attention se porta sur un beau brochet d'environ six livres ; mais, voyant que je l'observais, il se précipita comme un trait au milieu des eaux.

« Dans sa fuite, il se frappa la tête contre le crochet d'un poteau. Il s'était fracturé le crâne et blessé d'un coté le nerf optique. L'animal donna des signes d'une effroyable douleur; il s* élança au fond de l'eau, et enfonçant sa tête dans la vase, tournoya avec tant de célérité, que je le perdis presque de vue pendant un moment. Puis il plongea çà et là dans l'étang et enfin se jeta tout à fait hors de l'eau, sur le bord. Je l'examinai et je reconnus qu'une trèspetite partie du cerveau sortait delà fracture du crâne.

a Je replaçai soigneusement le cerveau lésé, et avec un petit cure dents d'argent, je relevai les parties dentelées du crâne. Le poisson demeura tranquille pon* dant Topénition, puis il se replongea, d'un saut, dans

88 DE l.'INTElLKiE^CE CHEZ LES A>'IMArX.

l'étang. Il sembla d'abord beaucoup soulagé ; mais, au bout de quelques minutes, il s'élança de nouveau ot plongea çà et là, jusqu'à ce qu il se jeta encore hors de Teau. Il continua ainsi plusieurs fois de suite.

« J'appelai le garde et avec son assistance j'appliquai un bandage sur la fracture du poisson ; cela fait, nous lerejetàmes dansTctangetrabandonnâmes à son sort. Le lendemain matin, dès que je parus sur le bord de la pièce d'eau, le brochet vint à moi, tout près de la berge et pos.i sa tcte sur mes pieds. Je trouvai le fait extraordinaire ; mais sans m'y arrêter, j'examinai le crâne du poisson et je reconnus qu'il allait bien ; je me promenai alors le long de la pièce d'eau, pendant quelque temps; le poisson ne cessa de nager, on suivant mes pas, tournant quand je tournais ; mais comme il était borgne du côté qui avait été blessé,, il parut toujours agité quand son mauvais œil se trouvait en face de la rive sur laquelle je changeais la direction de mes mouvements.

« Le lendemain, j'amenai quelques jeunes amis pour voir ce poisson : le brochet nagea vers moi comme à l'ordinaire. Peu à peu il devint si docile qu'il arrivait, des que je sifflais, et mangeait dans ma main. .4vec les autres personnes, au contraire, il resta aussi ombrageux et aussi farouche qu'il l'avait toujours été. »

L'histoire de ce brocliet reconnaissant est de nature, dit le docleur Franklin, à nous donner une idée toute nouvelle des facullés (ju'on accorde généralement aux poissons. Il ajoute, et tous les naturalistes seront de son avis, qu'il est regrettable que l'élément dans-

lequel vivent les poissons s'oppose à ce que nous fassions plus intime connaissance avec eux. Il serait pourtant ridicule de dire que la barrière soit infranchissable ; et dans certains cas, comme nous venons de le voir, ce n'est pas l'homme qui va au poisson, c'est le'poisson qui vient à l'homme.

Un autre signe de l'intelligence des animaux, c'est leur aptitude à s'apprivoiser. La morue, qui le croirait? est un des poissons qui semble le mieux apprécier la société et les caresses de l'homme. On peut la prendre dans ses mains, la caresser, pourvu, toutefois, qu'on n'oublie pas de flatter sa gourmandise avec des moules. toute-puissance du ventre !

C'est souvent aux êtres les plus petits qu'il faut s'adresser, quand on veut trouver de rinlelligence. La nature leur a ainsi donné une compensation. Certains petits poissons nommés « chevaux marins » ou hippocampes, qui vivent dans la Méditerranée et dont les mœurs ont été parfaitement observées par M. Lukis, ont donné des signes manifestes d'intelligence.

Cet observateur tenait captives dans un vaisseau de verre deux hippocampes femelles.

« Je vis, que ces poissons cherchaient avec inquiétude un endroit pour se reposer ; je contentai leur désir en plaçant dans le vaisseau des tiges de roseaux marins ; c'était ce qu'ils demandaient. Ils montrèrent alors beaucoup des habitudes qui leur sont propres ; or je dois dire que peu de sujets de l'abîme manifestent, dans une prison, plus d'espièglerie et plus d' intelligence que les hippocampes.

c< Quand ils nagent, ces poissons conservent une po-

92 J)E 1/LNTELllGEMCE CHEZ LES ANIMAUX.

sition verticale, mais leur queue cherche à saisir tout ce qui peut se montrer dans l'eau. On les voit alors s*élancer autour des tiges de roseau. Une fois fixé, l'animal observe attentivement tous les objets qui Tentourent et il s'élance sur sa proie avec une grande dextérité.

« Quand l'un s'approche de l'autre, ils entrelacent souvent leurs queues, et c'est ensuite une lutte lorsqu'il s'agit de se séparer. Pour en venir à bout, ils s'attacheht aux roseaux par la partie inférieure des joues ou du menton. Ils se servent de la même manœuvre quand ils ont besoin d'un point d'appui, pour soulever leur corps, alors qu'ils désirent entortiller leur queue autour de quelque objet nouveau. »

Le requin dont la Férocité et l'instinct sanguinaire sont devenues proverbiaux, le requin dont le nom est dit-on,* une corruption de requiem^ parce qu'on peut dire à tous ceux qui tombent dans sa gueule requiesca7it in pace^ le requin s'humanise. Lacépède (auquel je l'avoue, je n'accorde pas toujours, malgré son génie, une tros-grande confiance), Laoépéde dit des requins que, radoucis en certaines circonstances et cédant à des affections bien différentes d'un sentiment destructeur, ils mêlent sans crainte leurs armes meurtrières, rapprochent leurs gueules énormes et leurs queues terribles et, bien loin de se donner la mort, s'exposent h la recevoir plutôt que de se séparer.

La raie qu'on prendait pour un animal pou capcible de tendresse, est cependant, si l'on en croit encore Lacépède, susceptible du plus «rrand affaHiomont: au-

cun être même ne serait plus fidèle dans ses sentiments, ni plus constant en amour. N'est-ce pas une supériorité incontestable sur l'homme? Les Français font grand cas de la raie, les Anglais l'apprécient médiocrement et les Hollandais la dédaignent.

La nécessité 'est, dil-on , la mère de l'industrie, on peut ajouter qu elle est aussi la mère de l'intelli-

gence.

Il n*est pas un être, si bête qu'il soit, qui ne modifie ses habitudes et ne développe son talent suivant le besoin ou la circonstance ; une intelligence particulière aux tribuâ à nageoires, les porte à choisir le repas qui convient par rapport à chaque temps de l'année. La mouche la plus tentante, présentée à un poisson quand elle n'est pins de saison, n'alléchera guère son appétit et un appât dont vous aurez éprouvé l'efficacité à une certaine heure du jour, s'offrira en vain, quelques heures plus tard, à la sensualité de Tanimal. Dites encore qu'ils manquent d'intelligence, ces turbots, ces limandes qui savent si bien sillonner la sable uu s'enterrer comme l'ébuille, ou se creuser des asiles au fond des eaux, pour se mettre à l'abri de leurs ennemis ! Dites qu'elle est sotte celte anguille, qui, serpentant dans les eaux troubles des étangs, sort de nuit du fond de sa fange et s'avance dans les prairies pour y surprendre des vermisseaux endormis I

Traiterez-vous d'imbéciles ce spare qui, demeurant au fond des eaux, affecte un air débonnaire et attire autour de lui les petits poissons sans défiance? Au moment où ils sont à sa portée, il allonge aussitôt son museau extensible et gobe ù Tinstant celui qui y songe le

\l\ DK 1/lNTElLlGENCE CHEZ LES ANIMAI'X.

moins. Et cette bandoulière à long bec, tt le Zée rusé quis'approcbent, en tapinois, des mouchesjleiir lancent de reau,les atteignent toujours, les noient et en font leur pâture. Direz-vous que les poissons ont moins de sensibilité que Thomme ? C'est vrai en apparence, néanmoins je vous répondrai avec Walter-Scott,c< c'est là une question délicate et que le poisson seul serait à même de résoudre. »

Direz-vous qu'ils sont moins heureux que l'être intelligent, par excellence? Je vous répondrai avec Virey que les poissons digèrent facilement, qu'ils ne sont affectés, ni des variations de l'air, ni de l'inégalité du genre de vie, ni des pertes de transpiration, ni d'aucun dérangement du corps, du sang et des humeurs.

D'ailleurs, ils n'ontpoint, comme l'homme,ces peines du cœur qui rongentla vie,ces chagrins, ces passions qui tourmentent. Ils ne sont consumés, ni par des. plaisirs trop vifs, ni par des douleurs profondes; ils on%. une nature tempérée comme Tonde qu'ils habitent. 11 « sont dans un état que recommandent les philosophes.., excepté que l'ataraxie du stoïcien et la molle tranquillité de l'épicurien, sont hes fruits de la raison, tandis que c'est le résultat du tempérament flegmatique che2 le poisson. Mais la raison élantune barrière bien moinr sûre contre les passions que l'apathie du corps, fanimal aquatique aura toujours l'avantage sur le philosophe et jouira d'une vie proportionnellement plus longue. Savoir vivre et vivre longtemps, n'est-ce pas un signe d'intelligence?

)Icrvcilleuse orj^aiiisatioii des oiseaux. — Supériorité des sens. — Étendue de la vue en rapport avec la rapidité du vol. — Finesse. de l'ouïe. -^Correspondance entre la voix et l'audition. — Sensibilité générale — Mémoire des lieux. — Température des oiseaux. — Son influence sur leur caractère et leur intelligence. — Le cliaiil. Le nid.

Qui n'a souvent entendu dire d'une personne légère et sans réflexion : « Elle a une tête de linotte. » Le bon ^ns populaire se trompe quelquefois dans ses comparaisons. Mais celle-ci est essentiellement juste : ce charmant petit oiseau, à tête fine et mignarde, manifeste ^n effet peu d'intelligence et de réflexion. En vain, sa "Cauté demande grâce pour son esprit. Tète légère la •motte est appelée, tête légère elle restera. Mais cet oi- *^u n'est pas le seul dont nous accusions IVsprit. Notre Aclorique a puisé, dans le monde ailé, quantité de comparaisons qu'on s'est trop hâté d'accepter. A chaque J estant, nous disons, stupide comme Un dindon, sotte , comme une bécasse, abrutie comme une buse. Nous ^^cntifions même tellement l'idée d'imbécillité à celle "Oiseau, que voulant nous injurier, nous nous traitons Purement et simplement d'oies, de grues et deserins*

00 I)K LMNTELLIGENGK CHEZ LES AMMAIX.

Nous mettons toutes nos mauvaises passions chez ( innocentes créatures : le hibou est sauvage et tacilurt le héron triste et mélancolique, les mouettes sont î satiables et criardes , la pie est curieuse , bavarde voleuse. A entendre notre langage, le monde des seaux serait essentiellement le monde des bêtes. N' croyez rien. La science, plus sage que l'imagination, reconnu que les oiseaux n'ont pas aussi peu de té qu'on a bien voulu dire. Un savant,4)our lequel j'ai plus grand respect, a signalé le premier ce fait r marquable, que le cerveau des fringilles, proportioi nellement à la masse du corps, l'emporte sur celui < r^îomme. Je sais bien que, d'une façon générale, cerveau des oiseaux n'est pas aussi volumineux q celui des mammifères ; les hémisphères y manque de circonvolutions et sont peu développées. Mais cerveau n'en existe pas moins, et par conséquei l'intelligence avec lui. Et ici encore, nous trouve que les manifestations intellectuelles sont en rappc avec le volume de l'organe cérébral. Le cerveau l'autruche n'est guère plus gros que celui du co L'oie et le dindon ont un cerveau très-petit.

Mais la disproportion de l'encéphale avec la mas du corps est surtout remarquable dans Tordre enl des oiseaux de rivage et se reconnaît au premier aspà la petitesse de leur tète; ce sont aussi les plus si vages et les moins susceptibles* de domesticité. Da l'ordre des rapaces,la masse cérébrale augmente s» siblement parmi les faucons ; cette augmentation, • pendant, n'est bien appréciable que chez les oisea nocturnes, dont la tète est très- volumineuse. P

(i*a.tiimaux ont le cerveau plus développé que Ils peri't>quets.La masse cérébrale chez les granivores el les

Insectivores, relati veinent au poids du corps, est pour le rtioins aussi forte que chez l'homme. On comprend déjà que l'intelligence ne sera pas aussi rare chez les oiseaux qu'on l'a cru pendant longtemps. La distance qiii les sépare des mammifères, n'est pas non plus 3iissi éloignée qu'on l'a dit. Ils sont certainement supérieurs de beaucoup aux insectivores, aux marsupiaux, aux chéiroptères chauve-souris, aux rongeurs et même «^ la plupart des ruminants. Nous avons un grand défaut quand nous étudions les animaux. Nous voulons toujours les comparer à notre organisation, à nos "C soins. De ce que tel ou tel organe est moins développé chez eux que chez nous, nous sommes portés à dire qu'ils sont moins parfaits; c'est là une grande erï'cur. Chaque être est aussi perfectionné que son e.^- P^ce, que ses conditions d'existence l'exigent. Et il possède souvent en plus ce qu^un autre a en moins.

Ainsi, les oiseaux sont admirablement doués, ^Uant aux sens et nommément pour celui de la vue. On a prétendu qu'il y a un rapport direct entre l'étenducde la vue et la rapidité du vol. L'aigle, le faucon, '^ vautour et tous les oiseaux de proie, à rexceplion des oiseaux de nuit, embrassent un horizon dix fois plus étendu que celui de l'homme. Le martinet, au dire î' deBelon, aperçoit distinctement un moucheron à la Jistance de cinq cents mètres, fond dessus en un'clin d'œil et l'enlève avec une dextérité sans égale. Le milan qui plane dans les airs à des hauteurs inaccessibles à nos yeux, aperçoit facilement le poisson mort

(|ui flotte à la surface des eaux ou le mulot imprudent (|ui se dispose à sortir de son trou.

Pour embrasser d*un seul coup d'oeil une étendue considérable de pays, les oiseaux sont souvent dans Tobligation de changer la portée de leur vue, suivant qu'ils se trouvent sur le sol ou planent à une hauteur considérable dans les airs. Leur œil est naturellement presbyte, sauf celui des espèces aquatiques ; le cristallin est plus aplati que chez les mammifères, mais ils possèdent pour l'accommoder aux distances, un petit organe particulierappeléle peigne, sans doute parce (]u'il sert à débrouiller les distances. L'oiseau a de plus que nous, une troisième paupière qui circule entre les deux autres, couvre tout le globe de ToBil, le parcourt sans cesse pour le tenir propre et brillant comme un verre de lorgnette, et lui sert à la fois de frottoir et de rideau contre l'éclat des rayons lumineux. Il est probable qu'un œil aussi bien organisé doit servir admirablement l'intelligence de l'oiseau, dans ses migrations, dans ses voyages périodiques aux contrées les plus lointaines*

Après la vue, l'ouïe parait être le second sens d Toiseau, c'est-à-dire le second pour la perfection L'ouïe est non-seulement plus parfaite que l'odora le goût et le toucher dans l'oiseau, mais même pif parfaite que l'ouïe des quadrupèdes ; on le voit par facilité avec laquelle la plupart des oiseaux retienm et répètent des sons et des suites de sous et mê la parole ; une autre preuve de la perfection de l'c chez l'oiseau est la suivante. H m'est arrivé d'enl( un nid de moineaux, de dessous mon toit, de le p

LES OISEAUX. ÎH)

sur mon balcon quand les oiseaux n^étaient pas encore assez forts pour appeler leurs parents. Le père et la Tnère qui, par la vue ne savaient pas reconnaître iBurnid, ne manquaient pas dans une autre expérience, les petits étant assez forts pour les appeler, de reconnaître leurs voix et de leur apportera manger. Dans ce cas, l'ouïe l'emporte sur la vue.

On a accusé plusieurs oiseaux d'être corapléten^eiît sourds et notamment le gros bec. Mais tout le ii^oiide sait que le gros bec possède une voix s'il était ^^Urd de naissance, il serait nécessairement sourd et nïuet. II y a, nous le savons, une correspondance 6n tre le sens de la vue et la rapidité du vol, il en existe une non moins intime entre les organes de la voix fit ceux de l'audition, chez tous les animaux et surtout chez les oiseaux.

Le toucher existe chez les oiseaux. Il paraît, ditBuff^n, que les oiseaux l'emportent sur les quadrupèdes P^r le toucher des doigts et que le principal siège de ^^ sens y réside ; car, en général, ils se servent de leurs "^îgts beaucoup plus que les quadrupèdes, soit pour ^^isir, soit pour palper les corps. Néanmoins, ajoute- ^"îl, Tintérieur des doigts étant, dans les oiseaux, tou- I^Urs revêtu d'une peau dure et calleuse, le tact ne P^Ut en être délicat, et les sensations qu'il produit ^^îvent être assez peu distinctes.

les oiseaux ne sont certainement pas gens de goût.

*^^ïne nature l'a voulu ainsi et bien elle a fait. Si ces

Pauvres animaux, destinés à produire une quantitéde

Calorique supérieure à la nôtre, avaient été gratifiés

^*B papilles linguales et buccales sensibles, ils eussent

400 DE LINTELLIGEiNCE CHEZ LES AMMAUX.

été délicats pour le manger et n'auraient jamais eu assez d'aliments pour entretenir le foyer de leur chaleur. Les oiseaux ne mastiquent pas, ne savourent pas, ils avalent. Peu lAir importe. Les gens d'imagination ne s'occupent guère de ces détails de la vie matérielle, qui conduisent souvent à l'obésité, à la goutte et à la pesanteur de l'esprit, à l'abrutissement de Tintelligence.

L'odorat ne paraît pas très-développé chez les ci — seaux. Un grand nombre d*entre euxn'ont point de na — rines ; c'est-à-dire, point de conduitsouvertsau-dessu ^ du bec, en sorte qu'ils ne peuvent recevoir les odeur ^ que par la fente intérieure qui est dans la bouche, ^ i ceux d'entre eux qui sont munis de ces conduits joui.*=i — sent d'un odorat plus développé que les autres; \^^ nerfs olfactifssont néanmoins bien p!us petits propor*— lionnellcment et moins nombreux, moins étendu^ que dans les quadrupèdes; cependant, j'ai toujours él<* tenté d'expliquer par l'odorat certaines facultés singn-* lières des oiseaux. En effet, comment se rendre compi ^ de ce merveilleux retour du pigeon de volière qui-» transporté en vase clos à des distances de trois cents» lieues de son pays natal à travers des contrées qui lu* sont inconnues, n'en reprend pas moins sans hésiter, aussitôt qu'il est libre, le chemin de ses foyers? Cornment expliquer qu'un pigeon messager transporté de Bruxelles à Toulouse dans un panier couvert et rendu à la liberté, ait parfaitement su revenir a son point de départ? Est-ce à un sens ou à l'intelligence qu'il faut rapporter cette faculté? Assurément, ce nest pas ii la vue, m aYome.,wW\\ toucher, ni a"

goût j&it ce a I odoiaf Pour io pigeon cnreriné da

le panier il pouiraiL y avotr Jes doutes, mais po

i"'eï|]i t|iii a ete emporte dan'i nu nst cids il p 1 (

lient qut le painK \ii

latile, eii[ il lefljii d un

l'Iiien n aurailjamaiseu

Is nez de revenir diicc

lernenl chez lui les

phénomènes ne peuvent

* expliquer que pni h

^ensibilitc générale do

' Oiseau, par son impres n , „ » m i u i

^'Oiinaliilrtt aucliaudou

■■"' fioid Lanci daiibl atmo^phcrt il ^c dirige d apri-i

'^s sen. niions qn il ipioiivt, il »ait quelle route il doit

■'Suivre pourgagner le nord nu le sud. Sa fiensiliililélrri

■''Prt de lioussoleet de thermomMre.

Toussencl cite l'exemple d'un clianlonneretqui par- Rit toutes les semaines de sa petite ville située en Pi- (rdie, pour s'en venir il Paris l'aire [n'éparer l'appiirment de son maître.

^ Tant il est vrai, que \a développement d'un ou du tnsieiiDt sens ou encore de la sensibilité générale lut, en maintes eirconstances, aider considèrahlflent l'intelligence,

f Avec un cervean volumineux, l'oiseau n'aurait pri tancr dans les airs. 11 ne faut donc pas Ini demander D développement d'organe cérébral, non plus un or gane geslaleiir rjui générait sa locomotion; ce qu'i faut à l'oiseau, c'est le mouvement. Rti bien, nous re.^ marquons dans le cerveler, organe du mouvement, ui^

{ Biarqui

102 l>E î,'INTF,l,l,ir.ES(;E CHEZ LES ASIHAUX. iléveloppemeiil très-grand tie sa partie moyenne de ce qu'on appelle en scien(^e le vermrs,maisily a plus, ot c'est ce i|ui nous prouve combien l'étude la plus minutieuse des plus petits déments peut avoir d importance

Les micrc graphes ont découvert, dans la composi-

tion du cerveau et de la moelle, plusieurs sortes c3c cellules. Les unes affeclces aux fonctions de la sensil» ■lilé, lesautresau mouvement, les deniièresétoiléesc»»* mullipolaires plus grosses que les autres qui serve«^t spécialement d'încilateur à la contraction musculai****

Gt sont les cellules nerveuses du mouvement. Eli bien,

on a remarqué qu'elles sont proportionnellement plus

nombreuses dans les oiseaux qu'elles ne le sont dans

^es autres vertébrés, ce qui est évidemment en rapport

av^c l'activité de leur locomotion. L'oiseau perd en

"^ t^lligence ce qu'il gagne en mouvement; sa destinée

est; de se mouvoir.

1 1 a des ailes :

Des ailes ! des ailes pour voler

Par montagne et par \alléi»; Des ailes pour planer sur la mor

Dans la pourpre du malin.

«< La nature, dit Buffon, on donnant des ailes aux

^^ ^cîaux, leur à départi les attributs de Tindépendance

^^ les instruments de la haute liberté. Aussi n'ont-ils

"^ pairie que le ciel qui leur convient ; ils en pré-

^^^îent les vicissitudes et changent de climat en de-

^^^çant les saisons ; ils ne s'y établissent qu'après

^^^ avoir pressenti la température; la plupart n'arri-

^^ ^t que quand la douce haleine du printemps a ta-

P^^séles forêts de verdure, quand elle fait éclore les

o^r-mes qui doivent les nourrir, quand ils peuvent

^ ^ tablir, se gîter, se cacher sous l'ombrage, quand

^^lin la nature, vivifiant les puissances de l'amour, le

^^^1 et la terre semblent réunir leurs bienfaits pour

^^mbler leur bonheur.))

Nous avons vu, en étudiant les insectes, que chez ^^s fourmis, où la virginité est tenue en haute estime, s^ droit de porter des ailes et de s'élever dans les airs \airl ^'appartient, parmi les femelles, qu'à la corporatipn

iA\

iOi DE L'INTELLIGENCE CHEZ LES ANIMAFX.

des vestales. Celle qui a aimé se punit elle-même de son innocente faiblesse , en déchirant de sa propre main, sa tunique virginale.

D'après Toussenel, rhistoire du papillon confirme, plus rigoureusement encore que celle de la fourmi, la théorie du glorieux attribut des ailes.

(( Quand la chenille immonde , qui ne vit que pour son ventre, a suffisamment dévoré, le souffle de In puissance génératrice, qui plane sur les eaux, les forêts et les plaines, pour veiller à la conservation des êtres, l'avertit qu*il est temps d'arrêter le développement de rindividu et de songer aux intérêts de Tespèce. La chenille avertie s'arrête, et, se fixant ii Textrémité de la tige par elle dénudée, bâtit la chrysalide où s'accomplit sa transformation mystérieuse. Apres quoi l'insecte rampant , qui a dépouillé sa^ livrée de misère, s'élance de sa prison de soie sou la forme d'un sylphe aérien aux' ailes d'or ou d'à. ^ zur, qui ne vit plus que de parfum, de soleil d'amour, et va demander sa compagne à toutes 1 corolles des fleurs moins coquettes, moins parées q lui. »

Continuons notre étude sur l'organisation des ( seaux.

11 est si vrai que rien n'est imparfait dans Torf nisâtion des êtres, que tout est adapté aux conditions de milieu, et disposé pour le but à atteindï*^-! que la structure de l'oiseau présente une charperit-^ légère. Destiné à vivre dans l'air, il devait avoir moî*'* de pesanteur que les poissons qui vivent dans IVai'^ ou que les mammifères qui passent leur vie sur '^

LES OlSEArX. 105

'er-i^e. Tout cela a été tellement prévu, calculé, qu'à mesure que les oiseaux avancent en âge, qii* ils prennent de la consistance, de la densité, leiars os longs s'évident et deviennent fistuleux , ce qui leur permet de donner accès à l'air dans leu.r intérieur, de telle sorte que Tair, qui est l'éléiï:i.ent essentiel de l'oiseau, pénètre toute son orgalii dation et en fait Tétre de toute la nature qui respire •e^ plus.

On sait que, chez les mammifères, il existe entre

'* région pulmonaire et la région abdominale une

clc>îsQn, appelée le diaphragme; cette cloison li-

*^ile inférieurement l'expansion des poumons. Chez

'^s oiseaux, au contraire , la membrane est ou-

^^ï*te, fragmentée, déchirée; elle donne passage

^ l'air inspiré. Cet air pénétrant alors dans toutes les

^^Vités forme des cellules, qui pressées par les mus-

^*^^s, font Toffice de soufflets et activent le foyer de

*^ respiration. Il résulte de cette structure particulière

l^ic le sang, ainsi calorifié, rendu plus fluide par

^^^ygène, plus excitant, imprime aux mouvements de

^ oiseau cette richesse d'action, cette joyeuse impé-

*^^osité, cette légèreté qui nous charment. De là aussi

* ^tendue et les vibrations de sa voix. L'air porte donc

*^ vie, la chaleur, l'activité jusque dans le bout des

Pliiraes des oiseaux. Ainsi gonflés, ballonnés, ces hôtes

^*^ l'atmosphère diminuent d'autant leur pesanteur

^^lative; ce sont de véritables aérostats vivants et em-

Plumés, qui se trouvent jusqu'à un certain point en

^^^ilibre avec la masse du fluide qu'il parcourent

^* qu'ils divisent. Icare et tous ceux qui ont voulu

iO:î DE I/lNTELlT(iEPsCE CHEZ LES ANIMAUX.

imiter son exemple, n'avaient pas réfléchi à cela. L'oiseau ne vole pas seulement parce qu'il a des ailes, il vole parce que tout son corps est, pour ainsi dire, imprégné d'air. Mais cet air, élément de la vie, de la combustion, détermine, chez l'oiseau, une chaleur qui se manifestera dans tous les actes de la vie de ce petit animal.

La température de l'homme ne dépasse pas 30 à 32 degrés. L'oiseau en compte, au moins, 35. Ajoutez à cette élévation de température , un cœur pourvu de quatre cavités et vous pourrez comprendre comment . Toiseau est dévoré du feu de la vie, comment il peut^ braver les plus rudes hivers, comment, à l'aide de^ cet air qui pénètre dans ses organes, qui s'échauffeeW" se dilate, il peut devenir encore plus léger. Son plu — mage, si bien disposé pour conserver cette chaleur. lui permet de s'élever jusque dans les hautes région^ j où la tyrannie de l'homme ne peut Tatteindre. C» « sang plus chaud des oiseaux les rend plus sensibles^s plus vifs, plus ardents. Ils sont toujours agités, tui bulents, inquiets, dormant peu. Ils ont les défauts ce tempérament, ils sont mobiles, volages, irasciblesimpétueux, irréfléchis. Leurs impressions, plus vive sont moins profondes, ils sentent plus qu'ils ne coi çoivent. Et, pour les instruire, il faut les forcer à replier sur eux-mêmes, il faut les immobiliser, l^s tenir en cage. La perte de leur liberté est seule cap^ible de les faire rélléchir. Et encore faut-il avoir soi ï* de choisir le soir pour les instruire. A cette heure o** la lumière ne les excite plus, où l'ombre de la nuit 1^^ oblige à se recueillir, ils sont plus attentifs, ils r^"

LES OISEAX'X. 107

tiennent mieux les airs, les paroles qiron veut leur taire répéter.

Le marchand, vous le savez, est capable de tout. H empoisonnerait volontiers son semblable, si cela devait l'enrichir. Les oiseleurs, les marchands d'oiseaux, brûlent les yeux des rossignols et des oiseaux chanteurs pour exploiter leur voix. II paraît que ces pauvres petits animaux privés de la vue, font entendre des sons mélodieux et touchants : on serait tenté de les comparera Homère et à Milton. Ah! le chant des oiseaux! N'est-ce pas là encore une des preuves les plus manifestes de leur intelligence? Vous entendez un moineau franc, une allouette, un rossignol, ^ne fauvette. Vous les distinguez facilement, vous les ^reconnaissez chacun à leurs modulations. Et vous dites qu'ils chantent ainsi naturellement, instinctivement, qu'ils n'ont jamais eu de maître, qu'ils ne savent pas ^^ quHls disent, que le sentiment et l'intelligence n'est pour rien dans ces manifestations vocales ! Remarquons ^ abord que chaque espèce, à n'en pas douter, sait se faire comprendre par tous les individus qui la constituent. Chaque son de leur voix a une signification particulière, qui leur sert de moyen de communica- **^n. S'il en était autrement^ comment ceux qui vivent ^n société s'entendraient-ils? Comment construiraient- *^s ces nids compliqués et si artistement arrangés? ^^Tnment, dans ces travaux d'architecture, chacun *^rait-il sa tâche? Tout travail en commun nécessite ^"^e entente.

Ecoulez aussi les oiseaux voyageurs. Sont-ils au nio- ^^nt de changer de climats? ils se rassemblent, se

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réunissent; à les entendre, on dirait une assembl législative où chacun peut prendre la parole, émettre son opinion, son avis dans la décision qui va être prise. Pendant le voyage, les émigrants, suivant leur autorité, leur rang dans rassemblée, continuent de se faire entendre pour régler la vitesse du vol, afin que les plus faibles puissent suivre les plus forts et aussi pour rappeler les égarés.

Comme nous, les oiseaux ne maiiifestent jamais plus de sentiment, d'intelligence, de poésie dansl^ langage (|U*au printemps de la vie.

Ah! ô^cst que la puissance d'aimer, cette sublime exaltation du cœur, cette force impétueuse de tout notre être, rend forts les plus faibles, intelligents les plus simples et porte le feu sacré dans les imagioatioiules plus obtuses : l'amour est adé.I/oiseau est toute aile et toute tendresse. Lui seul aime pour aimer. Dans U joyeuseté deseschants, dansses douxgaz6uilIis,dansse8 frémissements d'ailes, il vientd'en hautnons reprocher nos voix mensongères, nos pauvres sentiments, notre vil égoïsme, nos misérables calculs, notre foi trahie* Il entre jusque chez nous, s'établit dans nos jardins, s'installe jusijue sous nos toits pour nous répéter d** malin au soir : — Mais aimez-vous, aimez vous, a*' mez-vous donc. 11 faut vous aimer, vous aimer, vous aimer, toujours vous aimer, rien que vous aimer, et nous n'avons ni l'intelligence, ni là force de nous aimer.

(l'c-l aussi au printemps que les oiseaux, comme les poissons, ont leur plus belle parure, leurs plus vives couleurs. La nature lenaissante donne aux ani-.

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maux des habits de fêtes, aux mainmilères un pelage plus Boyeux, aux reptiles des écailles d'un éclat |)tus vif ; aux oiseaux des plumes plus belles; elle nourrit l'insecte à l'état de larve et le fuit se reproduire et briller à l'étal de papillon; il n'est pas jusqu'à la corolle des plantes qui ne brille des couleurs les plus variées.

La femelle de I oiseau 1 emporte en inlelligen ce sur tontes ses saurs

des autres sociétés. Non-seulement elle est plus gracieuse et plus svelte que le mâle, mais plus attentive, plus réfléeliio, plus prévoyante. C'est elle lui' choisit l'emplacement du nid et sait le modi- ''*r suivant les nécessités et les climats. C'est la fc- •"eile, chez l'autruclie, qui ensevelit dans le voisi- ■ "^e de l'eutonnoir de sable où ses petits doivent

no DE I/IMELLIGEÎSCE CHEZ LES ANIMAUX.

écloie, un certain nombre d'œul's qui serviront à leur première nourriture.

LMiirondelle et la sittelle bâtissent en pisé plus solidement que les hommes. Dans le Levant, une fauvette charmante coud Tune à l'autre avec son bec et du fil, les deux feuilles voisines d'un arbuste, pour établir sa famille dans cette poche de son invention. Toutes les perfections, dont un nid est susceptible, sont dues à l'intelligence des femelles ; les mâles ne sont admis dans cette construction importante qu'à litre de manœuvres.

Chez certains oiseaux qui vivent en monogamie, de même aussi fort peu de mâles sont admis au privilège de Tincubation ; ce sont les mâles de la tribu des ramiers, des tourterelles, des cigognes.

Qui n'a pas vu, dit Toussenel, la poule, la dinde la perdrix ou la caille défendre leurs petits, ne peu . avoir qu'une médiocre idée de l'héroïsme. Un hommqui déploierait une seule fois dans le cours de sacaiz rière de citoyen, la dixième partie du dévouement qu^ ces pauvres bêtes déploient à toute heure de leurexis tence pour assurer le salut de leur couvée plantia reuse, aurait des places d'honneur à tous les théâtre durant sa vie, et des statues dans tous les foruŒJi après sa mort. Une perdrix qui traîne Tuile et fait I blessée devant le chien, qui lui saute au visage pou lui crever les yeux; une pie-grièche, qui met en fuit< par la vigueur de sa résistance, le gamin maraudcui 'qui a médité l'invasion de son domicile ; le cygne qui ne veut pas laisser une cavalcade boire aux eaux ie

LES UISE\li^.

ses petits, toutes ces pauvres mères dont l'existence li'esl qu'une longue série d'actes héroïques et de dévouements sublimes, auraient beaucoup de peine à

'^'^«Hlirendre notre admiration jiour l'Atbénien Codrus '**■* le Romain Curtius.

Ce moineau franc est insupportable, dites-vous, *'^«c sa note toujours la même, ce n'est point un ^Hant, on dirait plutôt une sorle d'aboiement. Mais ^'oici le printemps. Écoutez-le, ce joyeux fiancé, il *^l>ii[ilc comme un maître. L'amour l'a fait poëte, ce ^ tel plus l'écolier insouciant répélatit toujours la

même note : c'est un musicien qui aborde les roulades les plus difficiles. Il donne son ut de poitrine. II sait que, pour persuader, il faut être éloquent. Il le devient. Lorsqu'il faut s'occuper du nid, un sentiment nouveau va se manifester chez l'oiseau, l'amour de la progéniture. Il faut songer à mettre à Tabri ces petits êtres, qui naîtront sans plumes nus comme nos premiers parents. Cette préoccupation rend le moineau un peu réfléchi ; mais à peine a-t-il ramassé les premiers fétus de paille, que la joie s'empare de lui. Il revient cent fois par jour portant à son bec une brindille, il l'ajoute aux premières, se met à pépier, comme s'il était content de lui, il reprend son vol, retourne au champ, va, vient ainsi toute la journée, regardant, sans en avoir l'air, si personne n'est à la fenêtre, s'il n'y a pas d'ennemi derrière les rideaux. Le moineau est plus habile à vous voir que vous à vous cacher. J'avais, sous le toit de mon chalet, une dizaine de nids de moineaux ; ce ne sont pas assurément des chefs-d'ucuvre ; ce travail est grossier, les matériaux sont communs, les détails incorrects, les dimensmus absurdes. Lenrs nids sont comme des enseignes ; on dirait qu'ils veulent vous faire passer pour un marchand de paille. A cela ne tienne I je ne les aurais pas empêchés de nidifier chez moi ; mais comme je n'ai pas de visière à ma coiffure, j'ai craint le malheur arrivé à Tobie. Car, vous le savez, le moineau franc ne brille pas par la propreté; il est aussi, dit Toussenel, querelleur, conteur, godailleur, goguenard, pillard, bavard, effronté, familier, mutin, mauvaise tête; enfin, il est poussé par un besoin incessant de narguer

l'aulorité et de mystiRer le propriétaire. Il fut amené à commettre directement sur ma personne une incongruité impardonnable ; j'envoyai immédiatement

chercher le menuisier en lui recommandant de mettre des planches aux moindres fissures, d'employer toute son intelligence afin que le plus petit moineau ne pût pénétrer en aucun endroit pour y faire son nid. Le menuisier travailla toute la journée contre ces anarchiques volatiles. Trois joursaprès, à force d'explorer le toit, de frapper les planches avec leur bec, d'examiner, d'observer, les moineaux avaient mis l'intelli-

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coin du balcon, dormait, paisible, ayant A ses côtés deux autres gros gaillards qui semblaient lui servir de factionnaires. Le quatrième jour, le petit blessé partit joyeux comme un gamin en sortant de l'école. Lacépède a cru pouvoir établir le degré delà sensibilité des oiseaux d'après la constance et rétendue do leurs soins pour leurs compagnes et leurs petits, et il a proposé les distinctions suivantes, en commençant par le degré le plus bas de Téchelle.

i^ Oiseaux dont les mâles abandonnent les femelles avant qu'elles s'occupent de la retraite dans laquelle elles déposeront leurs œufs ;

2° Ceux qui quittent les femelles pendant qu'elles s'occupent de la préparation du nid;

5** Ceux qui s'occupent avec les femellesde la fabrication du nid ;

4° Ceux qui gardent et protègent les femelles pendant l'incubation, leur apportant une partie do la nourriture dentelles ont besoin et chantent auprès du nid;

5° Ceux qui partagent avec les femelles les soins do l'incubation ;

6" Ceux qui prennent part à l'assiduité inquiolodo la femelle auprès des petits ;

7** Ceux qui préparent dans leuf jabot la première nourriture des petits ;

8** Ceux qui demeurent avec leurs petits, les aident «t les défendent même alors qu'ils sont en état de se suffire à eux-mêmes.

II estimait aussi le degré de leur industrie, d'après la perfection plus ou moins grande apportée par eux à

la fabrication du nid, et ces dernières conditions ajoutées à celles de la sensibilité, lui servaient à distinguer les oiseaux supérieurs, et il les classait ainsi :

V Oiseaux qui ne construisent pas de nid ou s'emparent d'un nid étranger ;

2° Ceux qui composent leur nid avec des matériaux grossiers, réunis sans soin ;

3° Ceux dont le nid est formé de matières choisies après examen, préparées avec attention et apportées de loin ;

4° Ceux qui fabriquent leur nid avec des matériau qu'ils enlacent et qu'ils tissent souvent avec uiîe mer veilleuse habileté ;

5^ Ceux qui mettent une recherche particulière, uihm sorte d'attention, de discernement, à placer le nm^ dans la position la plus convenable à l'extrémité d*uKr-i branche oy sous des feuilles, pour garantir les petS I. du danger ;

6** Ceux dont le nida une entrée étroite, un auvent^ des conduits tortueux, plusieurs compartiments ;

7° Ceux qui se réunissent à d'autres couples pour construire des nids qui se touchent et qui reçoivent ainsi plusieurs ménages ;

8° Ceux, enfin, qui forment des sociétés nombreuses dont les nids sont couverts d'une enveloppe commune due à un concert de volonté, de ressource et d'adresse.

Ilest facile de concevoir, ajoute Lacépède, que, pour établir une comparaison rigoureuse entre les espèces, dont on veut indiquer le degré d'industrie ou de sen. sibilité, il faudra rechercher dans le résultat de ces deux facultés ce qui devra être rapporté à Tinfluence

du clirnat, à rélévation île température pendant le temps de la ponte, à la solitude de la retraite, au nombre des ennemis à redouter, à la puissance des armes pour attaquer ou pour défendre, à la vitesse du vol, à la forme du bec et des pattes, instruments dont Toiseau a été pourvu aussi pour ramasser, préparer, réunir et arranger les matériaux du nid.

I^ faculté de comprendre se rattache essentiellement à la faculté de sentir. Avoir des nerfs pour recevoir les sensations, un cerveau pour les recueillir à son tour et les transformer en idée, telle estla marche qiiesuitrintelligence; mais, pourquele cerveauagisse vigoureusement, il faut que le sang qui le stimule et le vivifie, soit pur,\ju'il ait une certaine élévation de température, une certaine activité circulatoire. Les oiseaux pnt essentiellement ces qualités, et c'est pourquoi, malgré la petitesse de leur cerveau, en général, il sont susceptibles d'une grande sensibilité, en mémo temps que d'une véritable intelligence. I/êtrc à sang chaud possède généralement un cœur généreux, il est actif, intelligent. I/éloquence, chez les hommes, est souvent affaire de vanité, désir de paraître habile, besoin de persuader, pour mieux dominer, quelquefois fyranniser. Chez les oiseaux, l'éloquence est signe iraffection et de tendresse. J'approche d'un nid, la mère s'envole en poussant des cris de détresse, «Ile s'arrête sur un arbre voisin pour chanter à tuelùte, pour détourner mon attention, pour m'atliror vers elle, pour que j'abandonne le sentier qui conduit vers sa famille. J'emporte un de ses petits. Le chant

clia'ngc, la voix est monosyllabique, le sentiment de

tristesse se traduit par un langage différent. Comme 1 ^ dit Dupont de Nemours, les oiseaux possèdent un laii^Bgage vulgaire, mais ils aiment, ils doivent chantF=^r leur flamme; ils doivent ajouter à la pensée même p^3v le rhythme et par l'intonation. Ds ont des poètes < — ^e tous les ordres I

Les uns abordent le genre trivial, leurs chansoHns sont courtes, mais bruyantes. Ainsi chante le coqsur i.mn fumier au milieu de ses poules. Le pinson a déjà wwcmc poésie plus relevée; l'alouette, en montant dans les airs, chante un hymne sur les beautés de la nature. Ite rossignol aborde les plus grandes difficultés comme chant et comme poésie.

On demandait à Dupont de Nemours comment on peut apprendre des langues d'animaux et parvenir ^ se former de leurs discours une idée qui en ap^ proche. 11 répondit que \fi premier point pour réussir -, était d*observer soigneusement les animaux, de r^^* marquer que ceux qui produisent les sons, y att^-"* chent eux-mêmes et entre eux une signification, ^ que des cris originairement arrachés par des p^^" sions, puis recommencés en pareille circonstano^^ ^ sont devenues, par un mélange de la nature et ^^ l'habitude, l'expression constante des passions cj**^* les ont fait naître.

Lorsqu'on vit familièrement avec des animait ^ ^ pour peu qu'on soit susceptible d'attention, il est lÉt^^ possible de ne pas demeurer convaincu de cette v^"" rite.

Il y a de la passion et de Thabitude dans le chaU^ des oiseaux, mais le chant n'en est pas moins en raf^

état de décerner le prix du chant, car l'institution du tournoi subsiste encore chez beaucoup d'espèces chanteuses.

« Mais les femelles s'expriment parfaitement dans le langage de la passion, c[uand la fantaisie leur en prend, ou quand la solitude les y condamne. Tout le monde a pu voir, du reste, dans la loge de son portier, une pauvre serine qui essayait de tromper ses ennuis par le chant, comme l'épouse d'Eurydice, et qui s'est empressée de renoncer à ce triste emploi de ses heures^ aussitôt qu'elle est devenue mère de famille. Ainsi la jeune Parisienne, si ardente au piano avant le mariage, le néglige trop souvent^ après.

« Puisque le mâle l'emporte sur la femelle par 1^ force , la taille et l'éclat du costume , il est né -^ cessaire et fatal que la femelle soit de beaucoup su^r péricure au mâle par l'intelligence et la grâce. Elle s^== distingue, en effet, par une forme générale plussvelt< plus délicate, par des attaches plus fines, des tarses ph transparents, un bec, et des doigts plus habiles. Ce ^ elle aussi que la nature a dû charger de la partie plus artistique et la plus importante' de la fonclicr^A familiale, qui comprend la bâtisse du nid et l'édue.^^ lion de la famille. »

Johnson, dans un article de son journal l Oisif (Idlev)^ dit, au sujet des vautours : « Plusieurs naturalistes croient que les animaux regardés comme muets par le vulgaire, ont la faculté de se comuiuniquer leurs idées les uns aux anlros. Qu'ils cxprimont des sensations générales, voilîU| ni est certain. Chaque

être qui fait entendre des sons a une voix différente, pour le plaisir ou la peine. Le chien de chasse avertit ses compagnons, lorsqu'il flaire le gibier ; la poule appelle ses poussins autour de sa nourriture par son gloussement et les éloigne du danger par ses cris. » Les oiseaux jouissent de la plus grande variété de notes: cette vérité suffit,certes, à composer un discours eu harmonie avec le besoin. La superstition ou la curiosité s'est toujours montrée attentive aux cris des oiseaux, ainsi qu'à leur vol. Plusieurs hommes ont étudié la langue des tribus emplumées et quelques-uns rf'entre eux se sont vantés de la comprendre.

Les naturalistes ont beaucoup disputé entre eux pour savoir si le chant propre à chaque espèce d'oi- 'Seaux, ^tait un don inné ou une faculté acquise. Gall, qui ctailunobservateur distingué, prétendait a voir isolé *in rossignol du voisinage de ses pareils : « L'oiseau, <lil-îl, n'en chanta pas moins bien pour cela, et trouva tout seul les échelles des notes qui sont particulières ù sa famille. » Donc cet oiseau avait sa musique en lui-même.

Quelques faits semblent pourtant contredire cotio expérience. Barrington prit dans un nid un moineau commun (jui était déjà recouvert de plumes. 11 le mit on pension, si on ose ainsi dire, près d'un maître de chant, qui était une linotte. Le moineau profila des leçons de son maestro. Mais le hasard voulut que notre écolier entendit un chardonneret, et son chant devint bientôt un mélange des sons de la linotte et lies sons du chardonneret.

Le jnéme expérimentatour mit un rou^^c-^orgo sons

la direction d'un rossignol, lequel, cependant, fut bientôt à bout de voix, et devint parfaitement muet en moins d'une quinzaine de jours ; le jeune rougegorge chanta malgré tout, trois parties sur quatre, dans raccord du rossignol, et le reste de son chant était ce que les oiseleurs appellent décousu, c'est-àdire, sans aucune octave.

Ces expériences sont fort intéressantes, car elles prouvent que tous les êtres ont un langage en rapport avec leur organisation, un langage d'instinct et aussi un langage acquis en rapport avec l'éducation et l'intelligence.

Le tort qu'on a; dans Tétude du chant des oiseaux, c'est de vouloir retrouver dans leur expression vocale, un écho des idées et des sentiments humains. Le chant des oiseaux est très-certainement un langage, mais c'est un langage à eux, qui répond à leur organisation, à leurs mœurs et à leur genre dévie.

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