REPTILES ET BATRACIENS
Ooiileiivre amie dft la femme. — Lézard ami de l'homme. — La lorlue ot Vénus. — Salamandre et François T"'. — Biofrraphie d'un (Tnpand chasseur qui vécnt Ironlo-six ans.
La mythologie, dit Virey en son style imagé, arma J adis le dieu du jour Apollon, de ses flèches pour percer t *énorme Python, sorti du limon terrestre après le déï %ige ; jadis Hercule étouffa l'horrible Achéloiis malgré ^ es tortueux replis ; jadis des dragons furieux gardèrent i <î jardin des Hespérides et la toison d'or; Persée se- ^^ouant la tête sanglante de Méduse, sema les serpents Oesa chevelure sur l'aride Libye ; les atroèes Gorgones, 1 es infernales Euménides, la Discorde et l'Envie, arguées de couleuvres épouvantaient les humains , les ()étrifiaicnt d'horreur. Les amis de la nature, ajoute le poète naturaliste, aujourd'hui vainqueurs de tant de Tnonstres, nouveaux Cadmus, empruntant le caducée pacifique de Mercure, s'avancent sans crainte au milieu de ces races ennemies, les dénombrent, Iqs classent, et, couverts de l'égide de la science, se garantissent de leurs atteintes. Ils ne voient plus, parmi les reptiles, que des créatures merveilleuses dans
leurs formes, singulières par les couleurs variées qui les décorent, curieuses par les étranges métamorphoses de quelques espèces, par les mœurs bizarres de presque toutes. — N'en déplaise à Vircy, je n'ai aucune sympathie pour les reptiles ; je n'ai aucune conGance en eux ; je n'aime pas ces animaux à Tair glacial, à la peau humide, qui vous font froid lorsqu'on les touche. Je déleste ces êtres qui n'ont point do patrie, qui ne savent s'ils sont originaires de France ou d'Angleterre ; qui tantôtdemeurent dans les eaux, tantôt viennent habiter siir notre continent, qui ne sont ni poisson, niquadrupèdc, et se font passer pourtels selon leurs intérêts et crient tour à tour : vive le roi, vive la ligue! (Jn a dit que l'empire du monde est aux gens froids; je n'en crois rien. La preuve, c'est que le Français est le plus vaillant des peuples et qu'il est à la tête des arts. Jesaisque les reptiles, comme les aigles, arrivent aux grandes places, mais ce n'est point à force de cœur, de courage et d'intelligence, c'est à force de bassesse, c'est parce qu'ils savent endurer toutes les injures, supporter tous les coups, puis se couler obscurément, se dérober à la jalousie. Leur médiocrité ne porte ombrage à personne; ils sont toujours ici dans un coin d'antichambre, attendant que la porte s'ouvre pour se glisser jusques auprès des ministres et des rois.
Je déteste le reptile, parce qu'il n'a ni poil, ni plume, parce qu'il a trompé notre première mère, ' parce qu'il nous a fait perdre le paradis. Comprend-on que l'être le plus hideux et qui a le moins le sentiment de la maternité ait pu séduire la mère du genre
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humain? (Ju*un vertébré supérieur, qu'un être intelligent, plein de cœur et d'enthousiasme, exerce un empire pareil , rien de surprenant. Mais un rep lile!... si encore c'était un oiseau. Parmi les animaux les plus abjects, les moins intelligents sont ceux qui sont le moins sensibles, qui prennent le moins soin de leur progéniture. La plupart des femelles, chez les reptiles, non-seulement, ne couvent pas leurs œufs, mais encore quelqucs-uneg d'entre elles méconnaissent leurs petits. Quant aux mâles, véritables saturnes du règne animal, ils n'aspirent dans certains cas qu'à dévorer leur progéniture. A peine nés leurs enfants les fuient comme des ennemis naturels de leur propre race. Lecrocodile porte la peine de cette insensibilité, c'est le plus abject, le plus féroce et le plus lâche des [•epliles.
La dignité des animaux, dit Franklin, est relative SI la vie de famille. Ceux, chez lesquels ce sentiment existe le plus, sont les premiers dans la série des êtres vivants. — Ceux, chez lesquels le sentiment existe le moins, viennent en second ordre. Ceux, chez lesquels il n'existe presque point, sont les derniers de tous. Ainsi, il est prouvé une fois de plus que la nature proportionne les développements de l'intelligence aux développements du cœur. Or comme les reptiles ont le cœur incomplet, le sang froid, les sens en général imparfaits, il ne faut pas s'attendre à une grande intelligence de leur part.
Ces animaux sont généralement timides et craintifs ; ils se cachent et vivent isolés, l'éducation n'éveille point en eux l'intelligence. Des jongleurs par-
:>« I)K L'INTEMIGKNCK CHEZ LES AMMAUX.
viennent à faire tenir debout certaines espèces de serpents qui se balancent sur leur queue, en suivant le mouvement plus lent ou plus accéléré d^une musique. Les reptiles batraciens sont dans une condition particulière en ce qui concerne les organes centraux de la circulation. Subissant des métamorphoses, ils respirent d'abord à la manière des poissons, et ce n'est que plus tard qu'ils acquièrent des poumons; leur cœur, qui n'a d'abord que deux cavités, répond alors au cœur droit des vertébrés supérieurs.
Il faudrait passer en revue toutes les fonctions pour taire comprendre combien, dans l'organisation animale, tout se tient, se solidarise et se fortifie. Plus la circulation est développée, plus la respiration est active, plus le sang est vivilié, plus les organes qu'il arrose sont tonifiés, plus les forces sont grandes, plus le cerveau est sain et vigoureux, plus les manifestations intellectuelles sont vives et étendues. Tous les organes sont en corrélation dynamique les uns avec les autres, de telle sorte, que le système nerveux, le cerveau, par exemple, est d'autant [)lus développé que les poumons le sont davantage. — Ainsi, chez les reptiles, les poumons sont vésiculeux et ne reçoivent que fort peu de sang ; ceux qui ont les poumons plus volumineux ont le cerveau plus développé.
Avec une circulation et une respiration incomplètes, les reptiles ne peuvent avoir un cerveau bien développé. Cet organe est, en effet, très-petit relativement à leur taille ; il est composé de six petits tubercules qui ne remplissent même pas la cavilé du crâne.
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Le cerveau parait jouer un rôle si peu important dans Texistence des reptiles, qu'on peut impunément lenlever sans que Tanimal en meure. L'expérience a été faite sur la tortue qui n'en a pas moins vécu dixhuit jours.
Les reptiles mangent et respirent peu ; aussi leurs fonctions montrent-elles peu d'activité et les organes de leurs sensations ne sont-ils guère développés. Leur toucher est très-obtus à cause de la densité et de la dureté de leur peau ; leur goût parait également peu étendu, puisque leur langue est cartilagineuse, ou enduite d'une humeur visqueuse et épaisse. La petitesse des organes de leur odorat accuse la faiblesse de ce sens. L'ouïe seule est assez développée, quoiqu'elle manque de plusieurs parties utiles, telle que le limaçon, la conque et le canal intérieur.Leur tympan reste même couvert, pour l'ordinaire, de peau d'écaillé, ou de parties musculaires. Aussi, dit Lacépède, les reptiles doivent-ils recevoir un bien plus petit nombre de sensations et communiquer moins souvent et moins parfaitement avec les objets extérieurs, être intérieurement émus avec moins de force et de fréquence ; c'est ce qui produit cette froideur d'affections, cette espèce d'apathie, cet instinct confus, ces intentions peu décidées que l'on remarque souvent dans plusieurs de ces animaux. Si donc l'on observe les divers principes de leur mouvement vital, on trouvera une plus grande simplicité, tant dans ces premiers moteurs, quedans les effets qu'ils font naître : on verra les différents ressorts moins multipliés ; on remarquera même, à certains égards, des dépendances entre les
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différentes parties. Aussi l'action des uns sur les au- • 1res est-elle moindre; les communications sont-elles moins parfaites ; les mouvements plus lents; le frottement moins fort.
Cette organisation particulière doit encore être comptée parmi les causes de leur peu de sensibilité ; et cette espèce de froideur de tempérament n'est-ellc pas augmentée par le rapport de leur substance avec Teau? Non-seulement, en effet, ils recherchent la lumière active du soleil, par défaut dechaleur intérieure, mais encore, ils se plaisent au milieu des terrains fangeux et d'une humidité chaude, par analogie dénature. Bien loin de leur être' contraire, cette humidité aidée de la chaleur, sert à leur développement.
Cette convenance de leur nature avec Thumidité, montre combien leur mouvement vital tient, pour ainsi dire, à plusieurs ressorts indépendants les uns des autres.
Le lecteur se demandera peut-être, pourquoi tout ce chapitre sur les reptiles, dont TinteUigencen'a rien de merveilleux. Quel intérêtpeuventnous offrirdes êtres moins sensibles que les autres, moins animés par des passions vives, moins agités au dedans, moins agissaïit à rexlérieur, moins sociaux et qui ne montrent aucun art, aucune industrie, qui n'ont d'autre demeure que les fentes des rochers ou le creux des arbres, des êtres qui ne connaissent jamais leur mère, qui ne reçoivent jamais ni nourriture, ni soins, ni secours, ni éducation ; qui ne voient et n'entendent rien qu'ils puissent imiter, chez lesquels les communications d'idées ou de sentiment sont, pour ainsi dire, nulles?
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L'intérêt est plus grand qu'on ne croit. Et d'abord, quoique les reptiles paraissent moins sensibles que les autres animaux, iisn'en éprouvent pas moins, *au retour du printemps, le sentiment impérieux de la reproduction qui, dans la plupart des animaux, donne tant de force aux plus faibles , tant d'activité aux plus lents, tant de coufage aux plus lâches. Malgré le silence habituel de plusieurs de ces reptiles, ils ont presque tous, en cette saison, des sons particuliers. Le mâle appelle sa femelle par un cri expressif, auquel elle répond par un accent semblable.
D^autre part, si les reptiles ne paraissent pas doués de hautes facultés intellectuelles, s'ils n*ont pas les qualités brillantes de l'imagination, ils ont les vertus des tempéraments froids, le calme, V attention, la déliance et surtout la prudence. Celle du serpent est devenue proverbiale. Le serpent, dit Chateaubriand, s'associe naturellement aux idées morales ou religieuses, comme par une suite de l'influence qu'il eut sur DOS destinées: objet d'horreur ou d'adoration, les hommes ont pour lui une haine implacable ou tombent devant son génie; le mensonge l'appelle, la prudence le réclame, l'envie le porte dans son cœur et l'éloquence à son caducée. Aux enfers, il arme le front des Furies ; au ciel, l'éternité en fait son symbole. Ses regards charment les oiseaux dans les airs, et, sous la fougère de la crèche, la brebis lui abandonne son lait. (Ce dernier fait est contestable.)
Les reptiles ne sont pas tous aussi repoussants, ni aussi méchants qu'on pourrait le croire. La couleuvre verte et jaune nous en donne une preuve bien remar-
B2 riK l/l.NTlil,LIGENUIi CHEZ Lts ASJSIAUX.
quable, elle ne nous (présente ni venin mortL<l, ni armes funestes ; elles ne montre que des mouvements agréables, desproporlions légères, des couleurs douces ou brillantes ; captive, dit Lacépèdc, elle subît une' sorte de domesticité, elle obéit aux divers mouvemenlii qu'on veut lui faire suivre : on voit des enfants prendre deux animaux de cette espèce, les attacher par b queue et les contraindre aisément à ramper, ainsi at-
telés, du côté où ils veulent les conduire. Elle se iBÎssf entortiller autour du bras, du cou, rouler en divers contours de spirale, tourner et retourner en dilTérentï sens, suspendre en différentes positions, sans donner aucun signe de mécontentement i elle parait môme avoir du plaisir à jouer ainsi avec ses maîtres.
Valmo[it de itomare a vu une couleuvre, qu'on suppose la couleuvre verte et jaune, être tellement aiTec> tionuée à la maiiresse qui la nourrissait, que ce serpent 8c glissait souvent le long de ses bras comme pour la caresser, se cachait sous ses vêtements ou allait su re-
IlEfïIl.RS F.T I
poser sur son seid. Sensible à la \oix Je celle qu'il paraissait chérir, l'auimal allaita elle, lorsqu'elle l'appelait; il la suivait avec constance, il reconnaissait jusqu'à
sa manière de rire ; il se touruiiit vers elle lorsqu'elle marchait, comme pour attendre sou orilre. Le même naturalii^le, a vu un jour, la maîtresse de ce doux et ramilicr animal, le jeter dans l'eau pendant qu'elle "suivait dans un bateau, le courant d'une grande ri- ; la fidèle couleuvre ttiujfturs attentive à la voiv
U DE L'INTKI.LIGENCE CHEZ LES ANIMAUX.
de sa maîtresse chérie, nageait en suivant le bateau qui la portait ; mais la marée étant remontée dans le fleuve, et les vagues contrariant les efforts de l'animal, déjà lassé par ceux qu'il avait faits pour ne pas quitter le bateau de sa maîtresse, la malheureuse couleuvre fut bientôt submergée. Cette affection, cette tendresse, cette attention si grande, si habile à reconnaître une personne, à la suivre, pourrait-elle exister sans mémoire, sans réflexion, sans intelligence enfin? Je ne le crois pas.