L'ORANG-OUTANG
L*orang«outang servant de domestique, — Mangeant à table, — ContrefiÔMnl un vieillard, un prédwateur, •» Déiachant sa chaîne, et l'emportant anr ses épaule».
L'orang-outang a l'angle facial moins ouvert que le chimpanzé; c'est pourquoi la plupart des naturalistes le regardent comme moins intelligent que ce dernier. L'orang-outang est connu vulgairement sous le nom d'homme des bois. Cette espèce est d'un roux plus ou moins foncé devenant quelquefois très-sombre avec Tàge ; ses poils sont assez longs et peu fournis : les
parties inférieures et antérieures du corps sont presque tout à fait dénudées, de même que les oreilles et la face qui est noire. La tête est couverte de poils assez longs pour figurer une sorte de chevelure. Us habitent les îles de Bornéo, de Sumatra, la péninsule de Malacca et demeurent dans les plus profondes retraites des forêts. On a cru pendant longtemps que l'orang-outang était distinct du pongo; il est reconnu aujourd'hui que c'est le même animal à deux âges différents de la vie. Le pongo est un adulto de l'espèce orang dont quelques jeunes seulement ont été amenés jusqu'ici en Europe.
A l'état libre, Torang-outang est alerte, .doué d'une force athlétique, et se tient presque constamment sur les arbres au milieu desquels il court et saute avec une agilité extrême. A terre, les orangs-outangs sont graves et n'ont pas cette pétulance capricieuse ou brutale qui caractérise si bien les autres singes.
Ces jeunes individus ont toujours montré une grande intelligence, une assez grande douceur de caractère et une sociabilité remarquable: en effet, ils s'ennuient quand ils sont seuls, cependant ils n'aiment pas voir de trop nombreux visiteurs. Ces animaux répètent sans peine, dit Frédéric Cuvier, toutes les actions auxquelles leur organisation ne s'oppose pas ; ce qui résulte de leur confiance, de leur docilité et de la grande facilité de leur conception. Dès la première tentative, ils comprennent ce qu'on leur demande, c'est-à-dire qu'après avoir fait l'action pour laquelle on vient de les guider, ils savent qu'ils doivent la répéter d'eux-mêmes, lors(|ue les mêmes circonstances
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se renouvellent. Ainsi ils boivent dans un verre, mangent av^c une fourchette ou une cuiller, se servent d^une serviette, se tiennent à table comme un domestique derrière leur maître, et Ton assure même qu'ils* lui servent à boire.
Frédéric Cuvier cite l'exemple d'un orang-outang qui tenu en cage, pour sortir, montait .sur une chaise et tirait la targette de la porte, le pêne de la serrure. 11 conclut avec raison que ces actes sont intelligents et d'une intelligence supérieure par la combinaison d'idées qu'ils supposent.
Buffon raconte qu'il a vu cet animal présenior sa main pour reconduire les gens qui venaient le visiter, se promener gravement avec eux et comme de compagnie; je Tai vu, ajoute-t-il, s'asseoir à table, déployer sa serviette, s'en essuyer les lèvres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter à sa bouche, verser lui-même sa boisson dans un verre, le choquer lorsqu'il y était invité, aller prendre une lasse et une soucoupe, l'apporter sur la table, y mettre du sucre, y verser du thé, le laisser refroidir pour le boire, et tout cela sans autre instigation que les signes ou la parole de son maître et souvent de lui-même.
Il ne faisait de mal à personne, s'approchait même avec circonspection et se présentait comme pour demander des caresses .
L'orang-outang observé par M. Flourcns, au jardin des plantes faisait toutes ces choses. Il était fort doux, aimait singulièrement les caresses, particulièrement celles des petits enfants, jouait avec eux, cherchait à imiler tout ce qu'on faisait devant lui.
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11 savait très-bien prendre la clef de la chambre où il était logé, l'enfoncer dans la serrure, ouvrir la porte. On mettait quelquefois cette clef sur la cheminée, il grimpait alors sur la cheminée au moyen d'une corde suspendue au plancher, et qui lui servait ordinairement pour se balancer. On fit un nœud à cette corde pour la rendre plus courte ; il défit le nœud.
Il n'avait pas l'impatience, la pétulance des autres singes ; son air était triste, sa démarche grave, ses mouvements étaient mesurés.
Je fus un jour, dit M. Flourens, le visiter avec un illustre vieillard, observateur fin et profond. Un costume un peu singulier, une démarche lente et débile, un corps voûté, fixèrent dès notre arrivée, Tattention du jeune animal. 11 se prêta, avec complaisance, à tout ce qu'on exigea de lui, Tœil toujours attaché sur l'objet de sa curiosité. Nous allions nous retirer, lorsqu'il s'approcha de son nouveau visiteur, prit, avec douceur et malice, le bâton qu'il tenait à la main, et feignant de s'appuyer dessus, courbant son dos, ralentissant son pas, il fit ainsi le tour de la pièce où nous étions, imitant la pose et la marche de mon vieil ami. Il rapporta ensuite le bâton de lui-même, et nous le quittâmes, convaincus que, lui aussi, savait observer.
L'orang-outang a été quelquefois apprivoisé dans les pays de l'Orient où la température lui permet de vivre. Le père Coubasson avait élevé un jeune singe de cette famille. L'animal s'attacha tellement au missionnaire, que quelque part qu'allât celui-ci, Tanimal
semblait désireux de raccompagner. Toutes les fois que le père avait quelque service religieux à accomplir, il était toujours obligé d'enfermer l'orang-outang dans une chambre. Un jour cependant, Tanimal s'échappa et suivit son maître dans l'église. Là il monta silencieusement sur le sommier d'orgue, au-dessus du pupitre, et demeura parfaitement tranquille jusqu'à ce que le sermon commençât. Alors il se glissa sur le bord du sommier et, regardant en face le prédicateur, il se mit à imiter tous ses gestes d'une manière si grotesque, que toute la congrégation fut saisie d'un irrésistible éclat de rire. Le père, surpris et confondu de cette légèreté, réprima sévèrement l'auditoire inattentif. La mercuriale manqua son effet : la congrégation continuait de se montrer distraite, et le prédicateur dans la chaleur de son zèle, redoubla les effets de voix et les gestes. Le singe imita si bien la véhémence de cette action oratoire, que la congrégation ne put se contenir plus longtemps : elle se répandit en un bruyant et continuel éclat de rire. Le père se fâcha pour tout de bon et menaça ses auditeurs de la colère du ciel. Un ami du prédicateur vint enfln v«ps lui et lui désigna du doigt la cause de cette hilarité inconvenante. Le prédicateur, alors, se mit lui-même à rire, et les domestiques de l'église enlevèrent, non sans ({uelque résistance, le singe qui abusait ainsi de sa faculté d'imitation.
Un savant anglais, le docteur Abel, a écrit une curieuse relation sur les mœurs et les habitudes de l'orang-outang. Nous ne citerons de cette relation qur ce (|ui se rapporte plus spécialement à l'intelligence do
cet animal qui fut amené des profondeurs des forêts de rintérieur deTInde.
L'orang-outang, dit-il, jouissait depuis son arrivée à Java, d'une entière et parfaite liberté. Il n'en abusa point et ne fit aucune tentative d'évasion. Un jour ou deux seulement avant son départ pour TAngleterre, à bord du vaisseau le César ^ on jugea à propos de renfermer dans une cage garnie de barreaux en bambou, cet emprisonnement le rendit furieux. Aussitôt qu'il se vit en captivité, il prit les barreaux de sa cage avec la main et, les secouant violemment, il tâchait de les mettre en pièces, mais trouvant que Tensemble de ce système de clôture ne cédait point sous ses efforts, il refléchit qu'il vaudrait mieux s'y prendre autrement, il se mit à attaquer chaque barreau séparément. Ayant découvert un des bambous plus faible que les autres, il travailla sans relâche jusqu'à ce qu'il l'eût brisé et qu'il se fût échappé.
A bord du vaisseau, on essaya de l'attacher au moyen d'une chaîne fixée à un fort poteau : il se délia aussitôt et se sauva avec la chaîne qu'il traînait derrière lui. Jugeant alors que la longueur de ce lien l'incommodait, il le roula en une ou deux brassées et le jeta sur son épaule, il répéta souvent la même manœuvre, et, quand il trouvait que la chaîne jetée sur l'épaule ne se comportait point à son gré, il la prenait dans sa bouche.
Dans les moyens qu'il mettait en jeu pour obtenir sa nourriture, il nous fournit plus d'une occasion d'apprécier ses talents et sa sagacité. Il se montrait très-impatient de saisir les bons morceaux qu'on te-
nait hors de sa portée, il témoignait de la colère quand on ne voulait pas les lui donner et poursuivait quelquefois une personne tout le long du vaisseau pour obtenir une friandise. Je venais rarement sur le pont sans quelques sucreries, ou sans des fruits dans ma poche, jamais en pareil cas, je ne pouvais échapper •son œil vigilant. Quelquefois, j'essayais de me soustraire à ses poursuites en montant à la tête du mât ; mais j'étais toujours gagné de vitesse dans ma fuite. Quand il montait avec moi sur les haubans, il assurait sa position, en posant une de ses mains contre mes jambes. Pendant ce temps-là, le voleur fouillait mes poches ; s'il trouvait impossible de me surprendre à cet égard, il grimpait à une hauteur considérable sur les cordes détendues et alors sautait tout d'un coup sur moi; que, si devinant ses intentions, j'essayais de descendre, il se laissait glisser le long d'une corde et me rencontrait au pied des haubans. Quelquefois, je liais une orange au bout d'une corde et je la descendais sur le pont, du haut de la tête du mât. A chaque fois qu'il essayait de la saisir., je l'attirais lentement à moi. Après avoir été plusieurs fois trompé dans ses tentatives, il changeait de système. Paraissant désormais se soucier fort peu de l'orange, il s'écartait à quelque distance et montait avec une indifférence bien jouée dans les agrès. Puis, au moyen d'une gambade soudaine, il saisissait la corde qui tenait le fruit. S'il arrivait qu'il fût déçu cette fois encore, dans ses desseins, parla rapidité de mon geste, il entrait dans un véritable désespoir, abandonnait la partie et courait dans les agrès en poussant des cris perçants.
QUADRUMAMES. 333
On pouvait le voir plus d'une fois à la porte de la cabine de son protecteur, dégustant son café, nullement embarassé par la présence de ceux qui Tobservaient, et affectant un air grotesquement sérieux, qui semblait une charge de la nature humaine.
Les petits singes qui étaient alors sur le navire et que nous ramenions de Java, attiraient peu son attention, lorsqu'il était observé par les personnes du vaisseau. J'ai quelques raisons de soupçonner qu'il n'était pas aussi indifférent à leur société qu'il voulait en avoir Tair. II fallait seulement pour cela qu'il fût exempt de notre surveillance. Un jour, sur le mât de misaine, je le vis jouer furtivement avec un de ces jeunes singes. Couché sur le dos, couvert en partie par la voile, il regardait de temps en temps avec une grande gravité les gambades de la petite créature qui bondissait autour de lui. A la (in, il la prit par la queue et il se mit en devoir de Tenvelopper dans sa couverture. Ce système d'assujettissement n'était guère du goût de notre espiègle, qui s'échappa et qui recommença ses gambades ; quoique plusieurs fois repris, il se délivra toujours. Ces relations entre l'orangoutang et le singe ne semblaient d'ailleurs pas des relations d'égal à égal ; car l'orang-outang ne consentait jamais à jouer avec cette créature, comme il* faisait avec les mousses du navire. On vit plus d'une fois ces petits singes s'embusquer dans son voisinage ou ramper furtivement autour de lui, mais sans qu'il répondit à leurs avances.
Tels furent les faits, dit le docteur Âbel, dont nous rendit témoins un commerce de plusieurs mois avec
cet animal. Je les ai décrits tels que je les observai durant notre voyage de Java en Angleterre. Depuis son arrivée dans la Grande-Bretagne , il acquit à ma connaissance, deux manières d'agir, qu'il ne pratiqua jamais à bord du vaisseau où son éducation, je dois le dire, avait été fort négligée. Une de ces deux choses fut de marcher droit, ou du moins sur ses pieds de derrière sans s'appuyer sur les mains; la seconde lut de baiser le gardien.
Quelques écrivains avancent que l'orang-outang donne de véritables baisers et ils supposent que c'est un acte naturel de l'animal. Je crois qu'il se trompent : c'est de sa part un acte appris.
Certains naturalistes ont contesté la supériorité de rinlelligence de l'orang-outang sur celle du chien domestique. Ils en ont tiré des conséquences contre la doctrine des anatomistes touchant les relations du physique et du moral. On a dit, par exemple, que la supériorité organique de la masse cérébrale plus considérable du cerveau dont était doué l'orangoutang ne se trouvait point en rapport avec les manifestations de l'animal. Le docteur Franklin fait remarquer, avec raison, que l'orang-outang est un animal sauvage ou presque sauvage, enlevé brusquement à son climat natal, à ses mœurs, à la vie des forêts, son élément naturel ; dans cet état de captivité, ses facultés, loin d'acquérir tout leur degré de développement, doivent, au contraire, s'amoindrir. Eh bien, malgré ces circonstances délavorables, l'orang-outang, sans être instruit par l'Iiomme, accomplit des actes dont le chien le plus sagace et le mieux instruit se montre
tout à fait incapable. Si le chien est enchaîné, et que sa chaîne s'embarrasse autour de lui par la rencontre de quelque corps étranger, Tanimal la tire brutalement à lui et souvent accroît le mal, au lieu de le réparer. Si l'obstacle résiste, il s'alarme, il crie et il ne s'avise jamais de rechercher la cause du contre-temps. Il n'en est pas de même pour l'orang-outang. Du moment qu'un pareil accident arrive, il cherche à se rendre compte de l'état des choses. Vous ne le verrez pas alors tirer et insister contre la force matérielle par la force aveugle ; mais à Tinstant même, il s'arrête comme ferait un homme placé dans les mêmes conditions. 11 retourne en arrière pour examiner la raison du fait; si la chaîne est embarrassée par une masse ou par un fardeau quelconque, il la dégage. Dans tous les cas, il cherche le pourquoi. N'est-ce pas le signe le plus manifeste de Tintelligence que cette recherche des causes, que cette lutte du moral avec la résistance des objets extérieurs ?
Un autre trait de l'intelligence des singes, c'est la faculté qu'ils ont de reconnaître les dessins d'insectes ou d'oiseaux mis sous leurs yeux. Il est vrai qu'ils se font illusion sur la réalité, qu'ils cherchent à saisir ces images pour les croquer, ou qu'ils fuient s'ils se rappellent avoir quelque raison de craindre ces animaux. De même, quand ils se voient dans une glace, ils se font des mines et passent derrière, afin de voir l'animal qui leur rend grimaces pour grimaces. Les sauvages ne font pas autrement. Toutes ces manifestations intellectuelles ne s'appliquent qu'aux espèces occupant le premier rang de
Tordre. Quant aux espèces inférieures, elles sont plus stupides peut-être que les carnassiers les moins intelligents.
Le Courrier d Orient rapporte un fait qui nous prouve une fois de plus à quel degré de développement peut atteindre Tintelligence des singes. Trois ou quatre enfants de sept à huit ans s'amusaient sur la place de Sultan-Mehemmed, à regarder des singes qui dansaient au son du (ambour de basque, et ils admiraient surtout Tun de ces animaux qui jouait à ravir de cet instrument, tout en servant de guide à un pauvre aveugle, son maître, qu'il conduisait avec une adresse et des prévenances que n'aurait pas eues un homme chargé de ce soin.
Cet intéressant animal faisait de temps en temps le tour de l'assistance, présentant à chacun des spectateurs, d'une patte l'aveugle, et de l'autre patte le tambour de basque pour recevoir Taumône. Les pièces de monnaie et les fruits pleuvaient sur le tambour. Le singe s'empressait ensuite de placer la recelte dans le bissac de son maître, sans en détourner quoi que ce fût, donnant ainsi un exemple digne d*étre imité.
Les trois ou quatre enfants dont nous avons parlé plus haut avaient été des premiers à mettre leur offrande dans le tambour de basque à chaque tournée du singe, et chaque fois c'étaient de petites pièces d'argent qu'ils avaient probablement destinées à des friandises, mais qu'en enfants bien élevés, ils préféraient dépenser en aumônes.
Tout à coup Tun de ces enfants , le plus jeune, jeta un cri on portant la main sur sa tête. Un voleur
avait voulu lui enlever le fez, garni d'un flot de perles, entouré de pièces d'or ; n'y pouvant parvenir, grâce à la mentonnière qui retenait le fez, il s*était contenté' d'arracher de l'ornement une pièce d'or de grand module, mahmoudiè de quatre-vingts piastres. Le voleur fut arrêté aussitôt : devinez par qui ?
Par le singe, qui reconnut le voleur dans la foule et le désigna en se cramponnant à ses habits avec ses dents et ses griffes. Chacun s'empressa de lui prêter main-forte ; mais il ne lâcha prise qu*à l'arrivée d un cavass qui s'empara du coupable et le conduisit au poste.
Quant au singe, tout fier de son exploit, il alla baiser, pour sa récompense, la main du petit enfant qu'il avait si vaillamment protégé, puis il continua SCS exercices.
LE CH IMPANZi
Chimpanzé allaquanl tin éléphnnt à coups de piern*. — Déférence du chimpanzé
pour 1«^ femmes.
Pour la plupart des naturalistes, le chimpanzé est, de tous les singes connus, celui qui se rapproche le plus de Thomme, non-seulement par le volume du cerveau, mais par l'ensemble de son organisation. La construction de la tête, la supériorité intellectuelle qui distingue Tensemble de ses traits, la longueur de ses bras, mieux proportionnés que chez les autres singes avec la taille du corps, la grandeur et la perfection du pouce, la rondeur des cuisses, la forme plus humaine des pieds et la marche presque ver-
ticale qui en est la conséquence, la nature des sons qu'il fait entendre dans certains cas, -tout concourt à distinguer le chimpanzé des autres singes, et à le rapprocher de Thomme.
Linnée, dans la première édition de son Systema naturœj en avait fait une espèce du genre homo, sous ta dénomination de homo silvestris ou troglodyte. Depuis on en a fait un genre distinct, le genre troglodyte des zoologistes, et T espèce la plus authentique porte le nom de troglodyte niger ou chimpanzé noir. Ce singe a lé front arrondi, mais caché par les arcades sourcilières, dont le développement est extrême; sa face est brune et nue à Texception des joues qui ont quelques poils disposés en manière de favoris; les yeux sont petits et pleins d'expression ; le nez est camus et la bouche large. Le chimpanzé atteint de cinq à six pieds, et quand il s'appuie sur un bâton, il peut marcher debout pendant quelques instants. Son corps est couvert de poils plus nombreux sur le dos, les épaules et les jambes, que partout ailleurs, et ces poils sont généralement noirs.
Le chimpanzé habite l'Afrique et on ne Ta trouvé encore que dans les forêts du Congo et de la Guinée.
Dans son jeune âge, il est remarquable par la douceur et la facilité avec laquelle il s'apprivoise ; mais à mesure qu'il vieillit, il perd la plupart de ses bonnes dispositions qui sont remplacées, au contraire, par des instincts plus farouches: il ne craint pas alors d'attaquer l'homme, et armé d'un bâton, il le frappe avec violence. Mais jeunes, les chimpanzés sont suscep-
tîbles d'une éducation très-y arice : ils apprennent à se tenir à table aussi bien que pourraient le faire les hommes civilisés; ils mangent de tout, principalement des sucreries ; on peut les habituer aux liqueurs fortes.
Ils se servent du couteau, de la fourchette et de la cuiller pour couper ou prendre ce qu'on leur sert, ils reçoivent avec politesse les personnes qui viennent les visiter et restent pour leur tenir compagnie et les reconduire.
Le chimpanzé habite T Afrique intertropicale, tandis que l'orang-outang demeure en Asie. Sa vie, à Tétat libre, n'est guère connue que par les récits qu'en ont fait les naturels du pays. Sa taille est de cinq à six pieds. C'est, disent-ils, un formidable adversaire pour l'éléphant, ainsi que les carnivores, qu'il attaque à coups de pierres et de bâton.
Un des signes de la supériorité de l'homme, c'est de pouvoir ajouter à sa force propre des forces étrangères ; le chimpanzé forme encore, sous ce rapport une sorte d'intermédiaire entre l'homme et les animaux. Sa tactique, si bornée qu'elle soit, annonce un éclair de raison ; c'est, en effet, le rudiment de la stratégie humaine, le premier degré vers la domination.
De certaines études comparatives entre le chimpanzé et l'orang-outang, il résulte que le chimpanzé a des habitudes sociables supérieures, qu'il reconnaît mieux les personnes qui ont l'habitude d'être autour de lui. A table le chimpanzé se tient parfaitement droit, il prend plus gracieusement [les 'morceaux entre le pouce et l'index.
^w DR i,'i>'tbli.igen<;e chez les anihaux.
Le chimpanzé aime les couleurs brillantes et se lève à l'approche d'une Cemme, dout la robe a des nuances un peu vives.
Il est heureux de regarder aux fenêtres ; le passage des chevaux et des voitures l'étonné et lui fait grand plaisir.
Le chimpanzé a quelque chose de plus doux dans
le ro^rd, de plus gracieux dans les formes, de plus poli dans les manières. Il . existe entre les facultés du chimpanzé et celles de l'orang-outang, la même différence qu'entre les caractères extérieurs de ces deux animaux.
Le capitaine Paync décrit ainsi les mœurs d'un individu qui avait été obtenu par un vaisseau marchand .sur les côtes de la rivière Gambia et qu'il fut charge de conduire à Londres en 1851.
Quand cet animal vint à bord, dit-il, il donna des poignées de main à quelques-uns des matelots, mai»
il refusa cette marque de confiance et même avec colère à quelques autres sans aucune raison apparente. Bientôt cependant, il devint familier avec tout Téquipagc à l'exception d'un jeune mousse, avec lequel il ne voulut jamais se réconcilier. Lorsque le repas des matelots était apporté sur le pont, il se tenait toujours en observation, faisait le tour de la table et embrassait chaque convive, en poussant des cris, puis il s'asseyait parmi eux pour partager la nourriture. Il exprimait quelquefois sa colère par une sorte d'aboiement qui ressemblait à celui du chien; d'autres fois il criait comme un enfant chagrin et s'égratignait luimême avec violence. Lorsqu'on lui donnait un bon morceau, surtout des sucreries, il exprimait sa satisfaction par un sou comme hem ! accentué sur un ton grave. La variété des notes de son langage ne semblait d'ailleurs pas très-étendue. Dans ces latitudes chaudes, il se montrait gai et actif; mais la langueur s'empara de lui lorsque nous quittâmes la zone torride. En approchant de nos rivages, il manifesta le désir de s'en velopper dans des couvertures chaudes. Généralement, il marchait sur ses quatre membres, mais il ne plaçait jamais la paume des mains de devant sur le sol . Fermant ses points, il s'appuyait alors sur les jointures des doigts. Il affectait rarement la posture verticale quoiqu'il pût courir avec agilité sur ses deux pieds de derrière à une courte distance. Il apprit aisément à manger avec une cuiller et à boire dans un verre. Dans notre société il montra une grande disposition à imiter les actes de l'homme.
L'éclat des métaux et des corps brillants l'attirait^
Il n'était point insensible à la coquetterie. Il mettait une sorte d'amour-propre à se couvrir de vêlements humains. On le vit plusieurs fois se promener fièresur le pont avec un chapeau à corne sur la tête.
Le muséum d'histoire naturelle de Paris possédait il y a trente ans un chimpanzé qui montrait beaucoup d'intelligence. Un jour qu'on l'avait mis en pénitence pour je ne sais plus quelle faute, il éprouva le sentiment commun à tous les êtres vivants qu'on enferme, c'est-à-dire le désir de recouvrer la liberté. Seulement, il mit dans cette entreprise un esprit de suite et de combinaisons remarquables. Il fixa d'abord ses yeux sur la porte de la chambre dans laquelle on lavait séquestré ; mais cette porte était fermée à la clef, et celte clef était suspendue à»uu clou.Le singe ne se laissa point décourager par cet obstacle. Se haussant sur la pointe des pieds, il essaya de s'emparer de la clef, mais le singe était petit et le clou était trop haut pour que la main de Tanimal pût atteindre au but Après d'inutiles tentatives, durant lesquelles il montra autant de persévérance que de sagacité, il reconnut que la clef était placée à une distance telle de ses doigts que l'extrémité du membre et l'objet ne se renconti*eraient jamais; en conséquence, le chimpanzé monta sur la chaise, approcha une main du mur ,et décrocha la clef. Cela lait, il descendit, puis introduisit adroitement la clef dans le trou de la serrure et ouvrit la porte.
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'esprit î
Pour moi, si j'en étais le maître, Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants.
QUAriRUMASES.
Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes aos? Quelqu'un peut donc penser, ne se poutanl connaiti'c- Par un exemple tout égal J'attribuerai k L'anûnal Nun point une raison selon mlie iiuniere, Mais beaucoup plus aussi qu'un aseugle ressort
Lt FoHTïiM;, In \, fjblc 1.