I. London
Euahlayis l'appellent Jour père commun. Auteur et maître de toutes choses, il est également le législateur de l'humanité; il veille d'ailleurs à l'accomplissement de ses préceptes, et après la mort nous paraîtrons tous à son tribunal. A ses yeux, trois péchés sont irrémissibles : le meurtre, le mensonge aux anciens, le rapt d'une femme avec laquelle la loi de la tribu défend de contracter union. Baiamé recommande surtout le soin des vieillards et des infirmes. Pour les Australiens dont nous parlons, comme pour l'auteur du Jupiter d'Olympie, la bonté croît avec la puissance : elle en est le trait distinctif.
Le Bunjil des Wurundzeris, des Wotzabaluk et des Kulin est également celui qui a produit le monde et qui lui conserve son éternelle jeunesse. On le regarde aussi comme « le père Je tout le peuple ». Il est bon et n'est cause d'aucun mal; il enseigna les arts aux hommes et leur donna des lois ; puis il remonta vers le ciel dans un tourbillon.
En 1909, MSr A. Leroy donnait à l'Institut catholique une série de conférences sur la Religion des Primitifs, qui paraissaient quelques mois après sous forme de volume. L'auteur,
L'INTELLIGENCE CHEZ [.ES PRIMITIFS. Il
dans cet ouvrage, étudie surtout, on le sait, les races bantoues au milieu desquelles il a vécu pendant plus de quinze ans. Doué, par ailleurs, d'une rare perspicacité et d'une probité scientifique qu'on ne surprend jamais en défaut, il nous apporte un témoignage de liaute qualité et de première valeur. Or tel est, me semblc-t-il, le résumé de son sentiment sur les croyances religieuses de ces tribus, qui occupent à peu près tout le centre de l'Afrique méridionale. Les Bantous croient à un être suprême qui « fait », qui possède « toute puissauce » et « toute autorité », qui est « le grand grand » ou le très haut... Cet être, pour eux, ne se confond ni avec le ciel, ni avec la lune. Ils le distinguent également de l'âme du monde et des génies fixes ou vagabonds : à leurs yeux, c'est l'incorruptible, l'invisible, lirreprésentable. La discussion de l'auteur sur ces attributs du dieu des Bantous ne laisse d'ailleurs subsister aucun doute : elle repose sur des documents précis et se déroule avec une suite qui pare d'avance à toutes les attaques1. Ouelle différence à cet égard entre la manière