CHAPITRE IV
Le mélange plus ou moins conscient du mythe et de l'idée : voilà le trait distinctif de l'enfant et du primitif. Tout autre est L'état mental du civilisé. Ce qui le caractérise, c'est la poursuite de l'idée claire et par là même la chasse au mythe. Non point qu'il doive être exclu de la cité des sages ; mais on l'y prend pour ce qu'il vaut : il ne relève plus de la science; il se rattache au domaine de la poésie.
A un moment donné, cette purification de l'esprit commence et se fait chez tout individu qui a quelque souci du culte de la pensée.
Pendant notre enfance, nous pensons surtout par les autres; nous vivons d'autorité: c'est de nos parents, puis de nos maîtres et du milieu social que nous recevons les idées où se fondent nos convictions scientifiques, religieuses, politiques et morales. Nous ne sommes encore que « des êtres enseignés ». Mais avec le nombre des printemps, ce savoir d'emprunt finit par ne plus nous suffire. « J'ai été nourri aux lettres dès mon enfance, dit Descartes dans son Discours sur la méthode; et, pour ce qu'on me persuadait que par leur moyen on pouvait acquérir une connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à la vie, j'avais un extrême désir de les apprendre. Mais sitôt que j'eus achevé tout ce cours d'études au bout duquel on a coutume d'être reçu au rang des doctes, je changeai entièrement d'opinion, car je me trouvais embarrassé de tant de doutes et d'erreurs qu'il me semblait n'avoir fait autre profit, en tâchant de m'instruire, sinon que j'avais découvert de plus en plus mon ignorance1. » Voilà, dans un degré ou dans l'autre, l'image du