L’EFFORT MENTAL DANS LE MOUVEMENT
direction communiqué au mouvement au moment où le doigt se pose sur la touche, au moment où il la sent, en vue de rendre le toucher élastique.
De même que l’oiseau, au moment de se poser sur la branche, atténue le mouvement de ses ailes afin d'éviter un choc, l'élève doit, lui aussi, éviter le choc entre le doigt et la touche, mais par un autre procédé. Cette élasticité peut être obtenue, en effet, dès le début de l'étude si, au lieu de maintenir le doigt fixe pendant la durée du toucher, on transforme le toucher lui-même en un mouvement qui reste sous le contrôle continu de la pensée, au moyen d'un glissé réalisé en allant du fond vers le bord de la touche pendant toute la durée du son.
Le toucher transformé en mouvement qui reste sous le contrôle continu de la pensée. — La vitesse maxima de l’abaissement du doigt est donc transformée en un toucher élastique par le glissé exécuté en allant du fond vers le bord de la touche pendant la durée du son. Cette élasticité, attribuée au mouvement, correspond à un phénomène cérébral par lequel tout mouvement contrôlé peut être sans cesse, ou accéléré, ou retardé, ou arrété.
Il faut dire que dans l’étude habituelle du piano où le doigt est maintenu immobile pendant qu'il tient la touche enfoncée, cet arrêt du mouvement du doigt entrave le développement dela mémoire musi-
. cale, parce qu'il arrête le mouvement de la pensée.
On ne se doute pas, il est vrai, de cette coïncidence! Done, au lieu d'introduire dans l'attaque trois éléments différents: l'abaissement, l'arrêt, le relève-
. ment, nous réunissons ces trois actions, plus ou
moins contraires, en un seul mouvement circulaire comprenant trois phases :
1e phase : Abaissement pendant lequel le BIEN est graduellement allongé.
2° phase : Glissé pendant lequel le doigt est graduellement fléchi.
3° phase : Relèvement pendant lequel le doigt est graduellement remis en demi-flexion, c’est-à-dire dans sa position initiale.
Courbes tracées au-dessus du clavier (mouvements qui restent sous le contrôle continu de la pensée).—
Si la pesanteur doit être éliminée de l’abaissement du doigt, elle doit l'être à plus forte raison de l’abaissement du bras chaque fois que la main est maintenue, avant l'attaque, à une certaine hauteur audessus du clavier.
C'est encore à la pensée que revient la tâche de rendre légers tous les mouvements du bras :
1° En transformant une partie du poids qui se transmettrait à la touche par le ralentissement graduel communiqué à l’abaissement du bras comme si celui-ci était retenu en l’air par une attraction opposée à celle qui le fait tomber;
2° En transformant le toucher fixe en un toucher mouvant et élastique ;
9° En transformant, pendant la période de relèvement, la sensation de pesanteur du bras au moyen d’une accélération graduelle du mouvement, comme si le bras, malgré sa pesanteur, se sentait attiré en l'air.
Mais ce mécanisme de la pensée doit se dérouler à la fois dans l'espace et dans le temps.