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CHAPITRE IV

RAOUL

. Le lendemain, vers les huit heures du soir, deux cavaliers cheminaient au pas sur la route poudreuse de Charlesbourg,

Ils tourxaient le dos à la ville, allaient doucement et se tenaient assez près l’un de l’autre pour causer à voix basse,

Leur conversation paraissait animée.

Elle devait avoir pour objet quelque chose de bien important, car tous deux lançaient, #9 temps à autre, des regards scrutateurs sur les bords du chemin qu'ils suivaient.

. L'un deux poussait même la prudence jusqu'à se retourner quelquefois pour jeter un pe 7 coup d'œil en arrière.

- C'éteit is plus jeune, comme aussi le plus

distiugué des deux cavaliers.

Res 0 oudbeate tie lle de ge à 2 2 à. 0

Il avait vingt ans. Sa taille était au-dessus de la moyenne, et laissait deviner des formes admirables de grâce et de force, sous la coupé élégante de son justaucorps. ts

À l'aisance avec laquelle il maniaît son cheval, à la distinction qu'il mettait &soù insu, dans sa pause et ses mou Jon reconnaissait en lui le gentilhomme brisé aux exercices du corps aussi bien qu'anx'exigences des salons. 5 YU

Il était blond. Bon nes légèrement'squilin s’harmoniait parfaitement avec une ‘bouche ferme et bien découpée. 441$

Au besoin, ses yeux bleus, lorsque la ‘pass à sion les venait animer, savaient lancer des

éclairs, Quant à son front, si la tôte n'eût 6t6 couverte du tricorne classique de l'époque, il aurait apparu intelligent et noble,

Le teint frais de la jeunesse ot de la santé colorait modérément ses joues, qui étaient pleines sans être grasses, ÿ

Sa main, assez délicate pour un home, ne serait pourtant pas pr a sans effraction, dans les gants d’une marquise, “4

En un mot, bien que Raoul de Beaulae, dont nous venons d’esquissor le portrait, n’eût pas la figure d'un Adonis, il n'en était pas moins ce qu'on est convenu d'appeler un jok garçon.

Quand je dirai qu'il était vigoureux et fort, on me croira sans peine, vu qu'il ne ressémblait guère à ces héros de roman, grèles ét pâles, et que l’on est tout surpris de voir, à un moment donné, secouer les colonnes d'u

en

temple avec leurs mains de petites maîtresses,

ou enlever sur leurs épaules rachitiques de nouvelles portes de Gaza.

Raoul avait, au plus haut point, l'amonr des

randes actions, Rien qu'à le voir bättre à ‘aise, sous sa large poitrine, on pressentait a générosité de son cœur,

C'était le vrai type de ces nobles gentiis.

hommes canadiens qui, peudant deux siècles, arrosèrent de leur sang l'immense territoire de la Nouvelle-France, depuis les glaces de la Baie-d'Hudson jusqu'aux marais de la Louisiane, et qui allaient, semant partout l’héroïsme avec le même désintéressement que les preux du temps de Bayard, ce chevalier saris peur et sans reproche,

Rooul de Beaulac avait fait ses premières armes dans la milice active, à la prise de Chouaguen (0swego), en dix-sept cent cinquante-six, et avait conquis 8es premiers grades dans la glorieuse campagne de mil sept cent cinquante-huit, immortalisée dans nos annales par la victoire de Carillon.

Au moment où nous le présentons au lecteur, il était lieutenant d’un corps de cayalerie que l’on venait d'organiser à Québec. (1}

Quoique le compagnon de Raoul fût, aussi bien que lui, maître de sa monture, sa façon négligée de se tenir en selle, son dos quelque peu voûté, ses manières gauches et ses habits d’étoffe du pays, laissaient voir de suite là dis-

1) {On forma aussi un corps de cavilerié, pes gp la e-Beaucourt, pe Ar À “amp de ME « # Montcalm, et capitaine Ge cavalerie, vitre" “commandant.” Mémoires sur les

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