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CHAPITRE VII, LB QUAT-APENS

Arrivée le vingt-cinq de juin au bas de l'ile d'Orléans, la flotte anglaise avait, dans l’aprèsmidi du jour qui vit se dérouler les événements que neus venons d'exposer, c'est-à-dire le vingt-sept, débarqué une partie de ses hommes vers le haut de l'ile, (1)

Wolfe y trouva l'ile déserte ; car suivant l’ordre qu’ils avaient reçu dès le mois de mai, les habitants avaient dû déserter leurs foyers pour 8e retirer à Charlesbourg. (2)

Le commandant anglais, qui avait espéré tirer quelques renseignements sur l’état de la capitale, des prisonniers qu'il pourrait faire à Pile d'Orléans, fut donc bien déconcerté de n’y trouver personne,

Comme ÿ voulait néanmoins, avant d'attaquer la place, connaître les ressources et les endroits faibles de la ville à assiéger, il ordonna que le soir même, dès que la nuit pourrait favoriser uette expédition, un petit parti d’éclaireurs pousserait une reconnaissance du côté de Québec.

En effet, sur les huit heures et demie du soir, deux chaloupes quittaient le vaisseau de l'amiral anglais et glissaient sans bruit sur la surface de l’eau que baignaient les ténèbres;

Les avirons, soigneusement entourés dé linge, ne rendaient aucun son en roulant mur le plat-bord des embarcations.

Ce fut dans le plus grand silence que les hardis éclaireurs, qui avaient pour mission spéciale de ramener quelques prisonniers dirigèrent vers l'embouchure de la rivi Saint-Charles.

La lune n'était pas encore levée.

Mais voyons comment on avait fortifié la capitale.

On se rappelle qu'il avait 6t6 décidé de réunir la majeure partie des troupes françaises dans le camp de Beauport,

Quant à la ville, six cents miliciens, commandés par M. de Ramesay, lieutenant du roi, devaient composer sa garnison, outre un petit nombre de matelots et de soldats de la marine, chargés du soin de l'artillerie, sous les ordres de M. le Mercier.

M. de Ramesay, qui fit preuve d'une si grande inertie quelques mois plus tard, ne possédait pas la confiance illimitée de ses chefs, puisque l’auteur du “ Mémoire sur les affaires du Canada” dit que M, le lieutenant du roi ‘eut la disgrâce que l'on confiât à M. de Bernets, chevalier commandeur de Malte, le commandement de la basse ville, qui était l'endroit pour lequel on craignait le plus.”

sv ère

1) M. Ferland, tome n, p. 572, o Histoire de l’île d'Orléans, par L. P. Turcotte, P. aûet suivantes,

Cet autour a tort de blämer ce fait; car la capitulation prématurée de Québec a fixé l'opinion do tous sur M, dé Ramesay,

Les fortifications de la capitale avaient été entièrement négligées jusqu'à la veille du siége ; incurie d'autant plus surprenante qu'on avait dépensé des sommes fabuleuses pour des postes inutiles et distants de cinq à six cents lieues, Apparemment que MM, Bigot et Cie.

y trouvaient leur intérêt,

La moment critique arrivé, il fallait pourtant bien songer un peu à cette pauvre capitale si délaissée jusque-là, et que M, de Montcalm lui-môme—on le lui a reproché—semble &voir à peu près abandonnée en se retirant à Beauport,

Voici donc les mesures hâtives qui furent prises pour la défense de la ville :

Un ouvrage en‘ palissades, qui partait du coin de l'évêché (1) pour monter jusqu'au château, fermait la communication de la basse à la haute-ville, Au-dessus s'élevait un cavalier dont les canons battaient la côte de la Montagne,

La batterie qui dominait la cime du roc, en arrière de l'évêché et des jardins du Séminaire, fut prolongée jusqu’à l’intendance ; mais on eut soin de garnir de palissades les endroits où les murs n'étaient pas encore élevés.

Du côté de la campagne, dit M. Garneau, le rempart, dépourvu de parapet, d'embrasures et de canons, n'avait que six à sept pieds de hauteur, et n'était protégé extérieurement par aucun fossé ou glacis,

4 la basse-ville, on avait ajouté de nouvelles batteries aux anciennes, tandis que toutes les ouvertures des maisons et des rues qui com- ‘xouniquaient au fleuve étaient fermées.

Entourés de palissades, le faubourg Saint.

Roch et l’intendance étaient fortifiés, tant bien que mal, par des bastions garnis de bouches à feu,

En outre, deux navires qu'on avait fait ca.

ler vis-à- vis du palais de l’intendant, défendaient, avec du canon, le passage de la rivière Saint-Charles, (2)

Maintenant, avant que de reprendre le récit au point où nous l'avons laissé dans le chapitre qui précède, étudions un peu la topographie de ce quartier du palais qui 8e trouvait entre l'intendance et la rivière,

On sait que le palais de l’intendant avec les dépendances, c’est-à-dire les magasins du roi, les prisons (3), les bureaux des magasins et la maison du roi à droite ; et à gauche, la Remise, la Potasse avec les jardins et le parc, occrpaient tout le terrain aujourd'hui situé entre les rues Saint - Nicolas, Saint-Paul, Saint-Roch et la rue 4 Sous-le-Côteau” (4), qui

(1) En relisant, dans François de ,Bienville, le cha-

pitre intitulé : ‘ Le vieux Québec,” on se souviendra

que l'évêché se trouvait alors à la place des bâtisses

de notre parlement provincial,

2 Détails tirés du ‘ Mémoire sur les affaires du noada.”

( Les pie s'élevaient sur la rue Saint-Nicolas, à côté de l'endroit où se trouve aujourd’hui l’épicerie de M. Alexandre Fraser,

j RS e commencement de la rue Saint-Vallier, auourd’hui,

longe la base du roc dominé par les murs de fortification,

Eu arrière du palais 80 trouvait la # Cour où l’on mettait le bois du Roy.” (1)

Mais ce que l’on ignore peut-être, c’est qu'à l'extrémité nord-oucst et en dehors de l’enceinte du pare, t'est-à-dire, aujourd'hui, au bout de la rue Saint-Paul, se trouvaient deux immenses hangars, dans l’un desquels # on faisait les mûts des vaisseaux ;” et qu'en face de ces deux bâtisses s'élevait, sur la pointe de terre qui supporte aujourd'hui le quai de Saint-Roch, une chapelle qui avait ce même nom, (2)

En revenant un peu vers la ville et derrière le paro, là où s'étend maintenant le quai Caron, il y avait une redoute qui portait le nom

de Saint-N icolas.

Hu cette redoute et la rue du même nom, régnait une plage déserte qui se prolongeuit, en descendant la rivière, jusqu’à l'extrémité nord de la rue Saint-Nicolas, où commençait, en gagnant la basse-ville, des chantiers et un bangar de construction, protégés au nord-est par une grande ae de pierre appelée la digue du Palais,

Des vieillar ; se souviennent encore de cette digue.

Pour n'avoir rien de romantique, cette description n’est pourtant pas sans utilité, puisque sans elle on ne saurait se faire une idée de la position des principaux personnages de ce drame au moment où le carrosse de Mme Péan avait ét6 arrêté par un parti d'Anglais.

Après être entrées dans l'embouchure de la rivière Saint-Charlés avec la marée montante, les deux chaloupes anglaises avaient rasé sans bruit la plage déserte que les flots baignaïent alors en arrière de la petite rue Saut-au-Matelot, puis passant près des chantiers, silencieux et sombres, les deux embarcations étaient venues s'échouer sur la plage déserte que nous venons de mentionner, c'est-à-dire quelques centaines de pieds en bas de la redoute Saint-Nicolas et des deux navires qui barraient la rivière,

Ils étaient douze, six hommes dans chacune des embarcations.

Lorsqu'ils 8e furent assurés qu’on ne les avait point vus et que personne ne les épiait dans les environs, deux d'entre eux restèrent pour veiller aux chaloupers, tandis que les dix autres débarquaient quelques cer‘: pieds en arrière de la « Maison du Roy,” située au bas de la rue Saint-Nicolas et du côté de l'intendance,

Comme ils avaient eu la prévoyance, durant l'après-midi, d'examiner avec soin de la flotte, à l’aide d’une forte longue-vue, les lieux qu'ils devaient explorer le soir, les aventuriers s'y reconnurent assez bien pour ne pas aller se

(1) C’est encore là que l’on‘met en partie lo bois de chauffage de la garnison.

(2) La chapelle Saint-Roch devait se trouver sur le bord de la rivière, à peu près vers A ntedbl où commence maintenant la rue de la Rein

G 5) J'ai pris tous ces détails à La bibliothèque VU se md hs la copie, on gr dévoué L. Morin, d Le dont l'origi les archives du miuaire de Qué

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