V . — Le 'Voyage des Infantes
Trois ans plus tard, un nouveau passage de princesses était annoncé.
L'infant don Philippe, une fois mis en possession de ses duchés italiens, sa femme et sa fille voulurent aller le rejoindre en passant par la Cour de France. Venant d'Espagne, elles avaient, elles aussi, à traverser la généralité de Bordeaux. Le comte de Noailles fut choisi pour les accompagner.
Comme les princesses voyageaient incognito, l'intendant n'eut pas à s'inquiéter de la décoration. Un lui demandait seulement de se procurer des relais et de pourvoir au service de la Bouche. Les frais furent supportés par le Trésor royal ; l'intendant n'eut qu'à puiser dans la caisse du commis de la recette générale.
La question de l'itinéraire semble avoir été la plus difficile à résoudre; elle fut longtemps débattue entre les intendants. Celui
1 Madame de Grarteej ne manque pas d'en informer son hère, par sa lettre du 26 février 1745. A. P., comte de Grancej
2. A. D.. Gir., C 3638, lettre de d'Argenson à Tourny, 4 lévrier 1745. Cf. antre lettre de félicitations, émanant du minisire de la province, A. N., O1 506, 1" mars 1745. Il y est dit : « Le Roi a paru très satisfait des tètes données à Bordeaux pendant le séjour de Madame la Dauphine. J'ai reçu la relation que vous m'en ave? envoyée. Le zèle que vous avez montré en particulier dans cette occasion, votre vigilance et votre application à donner à propos tous les ordres nécessaires... n'ayant rien laissé à désirer, je me suis fait un grand plaisir d'en informer Sa Majesté. •<
3. Voir sur le voyage des Infantes les liasses des Archives de la Gironde C 3639, C 3640, C 3641 et C3642.— Voir aussi Brives-Cazes, Passage des princesses, dans les Acles de l'Académie de Bordeaux, 3' série, 46" année, 1884, p. 139 à 172.
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.1 Vuch tenait pour la roule des Pelilcs Landes, tandis que l'ourin montrait "pour celle des Grandes Landes une préférence marqi Chacun voulail s'épargner quelque relais. Le voyage de va il être moins long d'un jour par les Grandes Landes, mais il élail impos sible de loger môme un tiers du corlège h Lesperon ou n Lahou beyre, encore moins à SI \ incenl I. intendant 'I \ 1 1 < - 1 1 . qui avail prié l"iirn\ de ne pas circonvenir ■< ce sujol le comte de Noailles, ■ de l'influencer lui-même, quand l'occasion se présenla. Le comte choisil les Petites Landes, rournj ne Lrouva pas mauvais qu'on eût décidé contre ^«n ;i\i^. et, la résolution du comte une fois prise, il s') rallia avec empressement.
Les infantes se firenl longtemps attendre Les intendants perdaient leur temps dans les préparatifs De Noailles les ren gnaîl sur le caractère el sur les inlentions des princesses, sur
les dispositions à prendre pour l'ameublement des appartements,
les menus è servir. La jeune infante ne pouvait
voyager qu'entre huit heures du malin el quatre heures du soir.
Elle a peur quand la nuit vient écrivait en posl-scriplum le
comte de Noailles'. Un fauteuil avec un dais devait être plac<
dans la salle qui précédait la chambre à coueberde I infante mèri
I mie princesse aimait asse? la bonne chère • Les jours gras
disait un autre posl scriplum, Madame désire du gras, du poisson .•I dfts épinards; el les jours maigres, rien que du gras el toujours des épinards L)e l'un à l'autre, les intendants se passaient le
mol d'ordre. Delà Bove renseignait I nj sur les questions de
vestiaire; ["ournj lui faisait parvenir du vin de Champagne el du vin de Bourgogne. Pour avoir des carrosses, il s'adressait luimême aux principaux personnages de la province, à I archevêque, au premier président, aux présidents Cazeaux, de Ségur, de la Tresne el de Lavie; •> MM. de Montesquieu el de Ponlac . aux
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négociants des Charlrons, MM Fégèrc, Bromer; : i 1 ; 1 1 > I . #- Lambei etc., etc... Il faisait de grands préparatifs de nourriture a Si - \ ii 1 1 r.'- - 1 1#- ( lubzac el rédigeait lui-même les menus des diverses tables. Comme les infantes étaient annoncées, il eul à prendre ses dispositions pour le premier repas qu'elles devaient taire ;'i
I i .i Bi - op ■ n p 157
- ■■[•. cil . p 151 ■ rr. •■- i . .i/.-- op cil p, 16]
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Bordeaux, le mercredi 18 décembre, jour des qualre-lemps. « Il fallail préparer un dîner gras pour les infantes, un dîner moitié gras el moitié maigre pour la marquise de I,eyde qui les accompagnait, un ambigu plus maigre que gras pour la chapelle, les médecins el les gardes du corps, ainsi que pour le reste de la suite '. »
Enfin les princesses arrivèrent. Elles firenl à Bordeaux une entrée solennelle, en dépil de leur incognito. L'intendant les reçut, avec les jurais, à l'hôtel de l'intendance, où elles devaient passer la nuit. Dans les salles, les attendaient l'archevêque, le premier président, les principaux membres du Parlement et une grande partie de la noblesse. Le dîner eut lieu en public; on y servit deux sangliers. Le soir, un l'eu d'artifice fut tiré dans les jardins de l'intendance. Sur la façade du bâtiment, on lisait ces mots : ■ Filiae dilecti ». Au souper, la demoiselle Bourdonnais, de l'opéra de Paris, chanta une cantatille à la louange du roi el de sa fille chérie.
Tourny fut, celte fois encore, félicité et remercié. A la suite du passage de la daupbine, Orry l'avait proposé au roi pour une place de conseiller d'Étal '-. Au lendemain du passage des infantes, le comte de Xoailles et le marquis de Puisieux renouvelèrent, en sa faveur, la môme proposition a.