‹ L'intendant TournyChapitre 151 sur 198 · V. — Libourne, ville de Garnison · texte numérisé non relu

V. — Libourne, ville de Garnison

Pour saisir surir vif l'inlérèl que présente la simple question ilrs étapes ri quartiers, il n'esl pas inutile de s'arrêter un instant ;i Libourne, qui est alors le type de la ville «le garnison.

C'est miracle quand Libourne n'a pas de troupes à loger et qu'elle n'a pns de querelles avec ces troupes. En plus de sa milice bourgeoise, dont elle esl presque trop fière, elle reçoil de la milice provinciale, des gens de mer, des grenadiers et surtout des dragons qui sont les plus terribles el qui se succèdenl presque sans interruption. Pour parler seulement de l'armée régulière, Libourne voit passer en 17 IT> le régiment deMontmorin, en 174X le Dauphin- Dragons, en 17r>r> le régiment d'Aquitaine, en 177)1) de nouveau le Dauphin-Dragons '-'...

Entre cavaliers et fantassins, entre militaires et ci\ils, entre officiers et magistrats, entre dragons et milice bourgeoise, 1rs conflits sont nombreux, et l'intendant a toutes les peines du monde à les apaiser. Les militaires sont si insolents et les civils si susceptibles. D'ailleurs la fortune est assez injuste à l'égard des derniers : quoi qu'ils fassent et quoi qu'ils endurent, ils ont toujours tort, même d'avoir raison. L'intendant qui esl bien renseigné s'efforce de corriger l'attitude des militaires; mais, lui non plus, ne se fait pas toujours écouter; il en réfère, comme il peut, au commandant de la province ou au ministre de la Guerre.

Dès 1744, une querelle éclate dans la milice bourgeoise, les officiers en cause négligent de se pourvoir devant Tourny :!. Trois ans plus tard, un nouveau conflit survient à l'occasion d'un passage de troupes. Un régiment se trouve mal reçu; il se plaint; on

1. Des abus nombreux sont relevés pour Ajjen et pour Libourne en particulier. Voir, pour Agen, le registre de délibérations B B 77.

2. Cf. pour servir île contrôle, A. C, Libourne. B B 23, 22 novembre 1 7-4r> ; B B25, 7 août 174S: CC I '. octobre 174'.). comptes du trésorier: B B 27, 21 août 17r.2; B B vs- 10 juillet 1755 et 17 juin 17r>6.

3. Tourny s'en plaint dans une lettre transcrite dans le registre des jura des de Ljbourne, A. C, BB 23, 3 juillet 171 1

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cherche le responsable ■< qui inromlie le soin de préparer li nii'iil li'iiinx nsl obligé de trancher la question I orsque le maire n'esl point en ville el qu'il j vienl une Iroupc, les jurais doivent, en -<>it absence, travailler à préparer le logement S'il esl de retour avant l'arrivée de l'officier qui précède la troupe pour recevoir l<- logement, c'csl au maire ;i le faire d'après ce qu'a préparé le jurai : mais si le jurai a entamé l'opération avec l'officier avanl l'arrivée du maire, il doil la consommer i

\ uni maintenant les dragons il Kgmonl Les Jésuites ne veulent pas les avoir trop près d'eux. Il- se récrient quand ou les installe dans la maison voisine Le prêtre qui ferait le saint sacrifice el les personnes qui servent dans l'église entendraient toutes les obscénités que lesdils dragons pourraient dire, ce qui scrail

contraire à la bienséance el au bon ordre. » On cherche <l : un

autre logemenl

\i ri\ e le I >;ni|i|iin 1 1 agi ns On refait pour lui les matebils, on renouvelle les paillasses, on s'efforce de contenter les cavaliers; mais ils -<• montrent bien ingrals \u\ fêles qui oui lieu pour la naissance du <lui- d'Aquitaine, ils veulent avoir le pas sur la milice bourgeoise Quand esl annoncée l'arrivée du marquis <!<• Paulmy, ils veulent rendre tous U-> honneurs, el empêcher le corps de ville de présider ;'i la réception. Tournj morigène !<■ major des dragons, en même temps qu'il semble encourager le corps de ville h exercer la plénitude de ses droits '. Quand arrive le marquis de Paulmy, le corps de ville réussit à supplanter le corps des officiers. Triomphe déplorable! Les militaires ne pensent qu'à prendre leur revanche el ils choisissent, pour se monlrerja i<"-l <- (h- la Saint-Jean La Jura de, en robe el chaperon, se rend à la procession, précédée delà milice bourgeoise Le maire doil allumer le bûcher qui se dresse au milieu <lr la place. Quand il arrive, le bûcher esl déjà consumé : la cérémonie esl manquée el le public

l \ C Libitum* rier 1717. aulre lettre transcrite rie rourny.

\ C . Libourne BB M septembre 1749 Les plaintes des Jésuites Boni consignées dans le registre de délibérations

\ i Liboume, BB ivembre 1753, lettre des maireel jurais à l'inti dont de l nurnj

i Dans la lettre où il ei irps de ville rourny fait allusion aux rep

-.ni.iiiMii- qu'il ■< railcs pai nill - I ■> lettre -•• retrouve dans le registre de délibérations \. (*.., Lilinu

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Les coupables sonl encore des officiers de dragons

Tourny recommande le calme aux jurats, tout en leur promellanl satisfaction. Comme les officiers ne veulenl p;is faire d'excuses, l'intendant autorise les jurats ;'i porter leurs plaintes au ministre d'Argenson '-'.

Le régiment de cavalerie d'Aquitaine remplace enfin le Dauphin- Dragons. Lois de l'arrivée du nouveau régiment, le secrétaire de Tourny, Dupin, conseille aux consuls de lui trouver descasernes assez, éloignées de celles des miliciens, « afin d'éviter les querelles qu'il pourrait y avoir entre les cavaliers et les soldats :!. »

Quelques mois plus tard, revient encore le Dauphin-Dragons, de fâcheuse mémoire. Les officiers se plaignent de leur logement * et, le jour venu, ils renouvellent la mauvaise plaisanterie du feu de la Saint-Jean. Les tambours de ville appellent la milice aux armes, les dragons empêchent les tambours de rouler. Chaque fois que les consuls commandent à un tambour de battre la caisse, les dragons se font un jeu de le poursuivre, en le mettant en joue. Ils gardent prisonniers les quatre tambours pendant une demiheure 5. Tourny ne peut encore qu'intervenir auprès du comte d'IIérouville qui blâme les officiers, tout en exhortant la Jurade à vivre avec eux en bonne intelligence ''.

Tout le temps que dura l'administration de Tourny, Libourne n'eut pas de casernes. Mais'il est sûr que le marquis songea à l'en doter7. C'était l'un des moyens de mettre le civil à l'abri du militaire.

1. Le fait est exposé par le maire de Libourne, en séance de jurade, A. C Libourne, BB 27, 26 juin 1754.

2. A. C. Libourne, BB 27, 12 juillet 1754, lettre de Tourny transcrite par la Jurade.

3. A. C, Libourne. BB 28, 16 juillet 175"), lettre de Dupin transcrite par la Jurade. 1. Mémoire des ofliciers transmis par Tourny et transcrit dans le registre de délibérations, A. ('.., Libourne, BB 28, 13 juin 1756.

5. Procès-verbal de délibération, A. C, Libourne. BB 28. 23 juin 1756.

6. Lettre du comte d'Hérouville, commandant la province, à la Jurade de Libourne. transcrite dans le registre de délibérations, A. C.. Libourne, BB2S, 28 juin 1756.

7. A. G., Libourne, BB 29, délibération du 25 septembre 1757.

( H MÏ1KI XIV

Finances de Guerre,

La Refonte des Impôts.

I. La Guerre et la Vente des Offices. II. La Réorganisation du Service. III. La Collecte. IV. L'Application de la Taille tarifée. V. La Capitation. VI. Le Dixième.

/ — La Guerre et la 'Dente des Offices.

Tournj avait été envoyé en Guienne, en pleine guerre, avec mission de faire produire a I impôt le rendemenl maximum. Il eul assez de trois ans pour s'acquitter « 1 » - — - : • lâche. De 17-13 à I7I.">. il entreprit la refonte sinon de lu taille, «lu moins du dixième .■i de La capilation, el il trouva encore le moyen d'assurer, dans la mesure du possible, In levée des taxes extraordinaires vente d'offices, droil d'hérédité, droit de confirmation, droil de muta lion, rachal de l'annuel ••! >lu prêt.

... I I l\TI \h\\ I in BORDEAUX

Pour ces taxes, l'intendant connaissait la consigne. Il devait se montrer impitoyable pour les officiers <|ui tardaient ;'i s'acquitter, el il devait d'autre pari multiplier les lionnes promesses aux acheteurs éventuels des charges mises en vente. La partie était plutôt difficile à jouer. Les acheteurs d'offices son! de moins en moins nombreux. « Je ne prévois pas que dans la ville de Sainte-Foy, il m' présente personne pour acquérir aucun des ilils offices », écril le I I février I7IT» le subdélégué de Sainte-Foy '. D'autre pari. 1rs officiers gémissent au lieu de s'acquitter : les taxes qu'on leur impose sonl trop au-dessus de leurs ressources. < tn réclame au seul président de l'élection de Bordeaux la somme énorme de 28.965 I. 3s. I d.. " tant pour le rachat du prêt et de l'annuel de son office que pour sa part de l'acquisition des dites taxations»: on réclame 28. 176 I. 0 s. à son lieutenant : et encore 24.045 I. 10 s. au greffier -'. C'est se moquer. Aussi les officiers de l'élection de Bordeaux en réfèrent-ils directement au contrôleur général, lis lui écrivent : " Si le zèle le plus parfait pour contribuer aux besoins de l'Etal pouvait remplir la taxe à laquelle le règlement du Conseil nous a assujettis, nous ne serions point dans le cas de nous adresser à votre Grandeur, pour lui faire nos très humbles représentations à ce sujet : mais nous ne sommes point assez heureux, Monseigneur, pour t|ue noire fortune ait le moindre rapport à noire bonne volonté » Les officiers des élections d'Agen et de Périgueux, qui s'adressent a Tourny, lui tiennent à peu près le même langage ;î.

L'intendant sait défendre les intérêts du roi, sans se compromettre auprès de ses administrés par une rigueur exagérée. Tantôt il plaide la cause du Trésor, tantôt celle des officiers. Il dit à ceux d'Agen : « La connaissance que j'ai du peu de succès des représentations faites contre ces sortes de taxes par les officiers des élections me fait craindre qu'il en soit de même des vôtres *. » Mais au courrier suivant . il est tout le premier à soumettre ses propres représentations au ministre. « Si les officiers des élections

1. A. D., Gir., C 719, Il février 1745, lettre adressées Tournj par Bellel, subdélégué de Sainte-Foy.

'.' \. 1>., Gir., I : 856, état des somme-; réclamées par le Conseil.

:$. Cf. pour toutes ces doléances la liasse C 856 des Archives de la Gironde.

4. A. D., Gir., C 856, 25 juil'el I7ir>, réponse de Tournv sur la supplique des officiers de l'élection d'Agen.

netlenl dans le c;i^ île non paiement, i rril il, r'csl pn puis

sancc plutôt que par mauvaise volonté ! < In ne saurail leur i 11 vouloir, m à plus rorlc raison les interdire. Lu meilleure solution • il de modérer les laxes qu'on leur impo* Finalement, le Pouvoir central se rai ivis; il réduisit,

sur certains points, ses exigent • ■■

Quanta I 'ny.il nvail mieux a faire que de pressurer les offi

ciers II travaillait d'une façon plus sure à augmenter le rende îii* ni de l'impôt .

//. — /.(/ Réorganisation </</ Service

Si I impôt rend assez peu, c'esl d'abord que le personne I I •" i« vaille mal. L'organisation du service esl défectueuse. Il \ faudrait plus d'ordre, moins d'arbitraire •■! 111(1111-- d'obscurilé. Les cotes

^cini insuflisammenl molivées Les valeurs el les doubles

emplois abondent '; non valeurs el doubles emplois sonl des moyens employés, parfois intentionnellement, pour remplir les vides sur les rôles, pour empêcher les vérificateurs de voir du premier coup d'oeil le nombre « ■ i« > i — .; 1 1 1 1 des particuliers qui se sonl soustraits ;'i l'impol Dans le même esprit, le prédécesseur de I • > 1 1 r 1 1 \ n'bésitail pas :> prendre des ordonnances pour rendre exécutoires certaines impositions qui ne figuraient pas au mande menl des tailles • ■ sonl là des abus manifestes que Tournj ne -;iur;iil tolérei

Ces abus n>' sonl d'ailleurs pas isolés . il- se réfèrenl tous ;'i un

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