‹ L'intendant TournyChapitre 168 sur 198 · I . — /.<s Achats de Groins · texte numérisé non relu

I . — /.<s Achats de Groins

Le besoin de secours immédiats se lit sentir en 1746. La récolle avait été médiocre. I<>iini\ averlil aussitôt le contrôleur général ■

Je prévois, lui écrit-il le ','7 septembre, que nous sommes me es d'une disette, el que pour y parer, nous avons besoin de secours ; Machaull ne veul pas croire à l'imminence du danger. 1. inlendanl insiste il préfère • en fail de la nourriture du peuple manquer par le trop de précautions que par le trop peu >> La crise s annonce d'ailleurs par des prodromes Lrop certains Tournj les reconnail au cours de sa Lournée en Sarladais el en Périgord :

Quelques pluies douces heureusement survenues avaient fail concevoir l'espérance que ce qui était sur les châtaigniers for

mant environ le quarl d'une année c mune viendrait ■< bien, el

les blés nous avaient paru reprendre vigueur de façon h doi r

I . A. II. , 'm i I :i" ?7 no minute autographe de ["ourn) au mare

chat duc de Biron

3. \ l > . i ., ire 17b I irrét du Conseil réduisant les amende*

prononcées • ontre les i u obine de Boi lupablea >l avoii planté en vignes

s;m- | ••-lin i — les terres ■ lilé.

i \ D I37J, 17 septembre 17 1«. lettre de Tournj au contrùleui

néi il

\ h . '■ ■ ire 1710, lettre de rournj au conlrôleui

néral

388 I.'lNl i:\h\M DE BORDEAUX

passablement ; mais il y ;i eu, depuis le premier de ce mois, tous les malins, de fortes gelées blanches, suivies d'un soleil ardent, qui fonl pensera toul le monde que les trois quarts de ces blés nous snnl perdus, él qu'on ne doil plus s'attendre au dixième des châtaignes qu'on espérail '. » Le premier président partage les inquiétudes de l'intendant : « L'objet des grains, dit-il, me l'ail plus craindre que la descente des Anglais '-'. »

Tout en déplorant le mal, Tourny se montre heureux el lier d'avoir à le combattre. N'est-il pas arrivé de Limoges avec la réputation d'un « dieu tutélaire », d'un sauveur? Ne va-t-il pas remporter en Guienne une nouvelle victoire, au bout de laquelle il trouvera, peut-être, une place de conseiller d'Etat ?

Pour inspirer confiance à Machault, et aussi pour lui donner une idée de son savoir-faire, il lui dit deux mots de sou rôle en Limousin : » En 173<S que j'étais en Limousin, je prévis, dans le même mois où nous sommes, la disette extrême à laquelle serait exposée cette généralité pendant l'hiver suivant, et jusqu'à la récolle. En conséquence, je déterminai M. Orry... de faire faire de très gros approvisionnements sur les fonds du Roi... Sans ces précautions, une partie de ses habitants eût péri de faim, au lieu qu'ils souffrirent très peu, et par le compte qui fut rendu, la recette excéda de quelque chose la dépense, de façon que le Loi n'y perdit rien. .le n'ai l'honneur de vous rapporter ce fait que pour vous donner quelque confiance sur ce qui se passera sous mon administration, en pareille matière. » Le marquis continue, en notant les différences à relever entre la situation d'une ville comme Bordeaux, d'une province comme la Guienne et celle du Limousin et de Limoges. Bordeaux et la Guienne sont peut-être moins difficiles à ravitailler, en dépit de la guerre. Le Limousin ne disposait d'aucune rivière navigable, pour le transport des grains, et Limoges ne comptait pas nombre de grands négociants, comme Bordeaux; c'esl le Bordelais Beaujon qui a aidé Tourny à sauver Limoges. L'intendant ne le nomme pas, mais il a déjà mis dans ses intentions de faire appel à

1. A. 1>.. Gir., (.'. 1372, / octobre I71ù. lettre de Tourny au contrôleur général.

'2. I.e propos est rapporté par Tourny dans une lettre du 2 octobre 1746, adressée au contrôleur général. A. D., Gir.. >'. 1372. Le 7 octobre suivant, l'intendant n'omettra pas encore de mentionner qu il se concerte avec le premier président pour les premières mesures à prendre.

son conc - Il ni1 itoîI pas utilr de ravitailler Bordeaux avei

les blés provenant des cantons l«-- [>lus proches, conuiu i \gi nais el le Condomois In fait de grains, on s'embarrasse \<\i\> qu'on ne s'aide de s'approvisionner dans son voisinagi I e grain qui esl .1 portée arrive par le mouvement que l'intérêt lui donne, sans que

I autorité s'en mêle Kn outre le blé du voisii suffit pas n

dissiper les inquiétudes, ■< calmer la défiance qui ■< double • • i j tri pie !'• mal de ce qui esl réellement • lui temps de crise, il faut faire venir le grain du plus loin que l'on peut

A.vec une bâte extrême, sans attendre toujours l'approbation de M icbaull, comme s'il était sûr de lui même el des bonnes leçons d'Orry, rournj se porte à conclure, en secret, des marchés très importants, notamment avec Beaujon '.

Trois sortes de marchés sont envisagées ou bien le négociant . laissé libre pour l'achat comme pour la vente el le gouvernement se bornera h lui verseï une prime; ou bien le prix d'achat sera Bxé, mais le négociant n'aura pas à répondre des conditions

de la vente; ou enfin, le gouverne ni se contentera de favoriser

les opérations du négociant, qui pourvoira lui-même a son béné fice. rournj optait pourle troisième mode de contrat Beaujon se montrait plutôt partisan du deuxième. Il offrait d'acheter sur les places de Calais, Dunkerque el Sainl-Valérj W à 50.000 bois seaux de grains pour I à 500.000 livres. Le boisseau étant acheté H 1.. il le revendait 10, en comptant une livre pour les frais de transport, une autre pour le bénéfice Finalement, ce fut la première solution qui rut adoptée. 1 n certain nombre de négociants, dont Beaujon, s'associèrent \ condition d'avoir à conduire les

I. A. D 17 septembre 1746, lettre d,e Tourny au contrôleur général

.' \ h , Gir., C 1372 15 novembre 1746, lettre de rournj au contrôleur général \ •. I 20 septembre 1746 lettre de rournj nu contrôleur général

i l .i ligure de Beaujon i été diversement inlei prêtée rbirion, dans La oit privée ni XVlll' titele, livre u, ebap m p 264, -•• montre 1res dui i Bon

I. Au coi I .il, .n B'efl le le réhabiliter dans son Elude mr

\ Rouit Nous ii a\ ■■!!- pas à appi é

cier Beaujon autre ni que par le rôle qu il •> - ■ lie bisl ■ il j appa

rail com un des maîtres du marché, auquel rournj ne pouvait pas manquei

d'avoir recours, et qui a collaboré au bien de la province, Bans en retirer, contre son attente peut être, ni des honneurs ni des profits '■■ L'intendant fui connaître au contrôleur général les propositions de Beaujon . lettre du 20 septembre 1746 \ l> lu i

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opérations à leur compte, ils rurenl admis à loucher une prime que Machaull trouva d'ailleurs exagérée '.

Le contrôleur général se tenait un peu sur la réserve, comme -il se sentail gêné. L;intendanl prenail à lui seul toute l'initiative, sans se soucier des mauvais bruits qui couraient, (in disait, dans l'entourage de la duchesse d'Aiguillon, que le blé ne manquait uas en Guienne, que la crise était factice. On disait encore que le prix des grains en Picardie et en Flandre était plus bas que ne le prétendaient les négociants. < >n affectait de croire à une hausse fie prix, à un resserrement prochain des grains dans les régions où les achats seraient faits '-'.

Le contrôleur général colporlail les « on ilil », se faisait l'écho des plaintes, sans refuser son approbation aux mesures prises par l'intendant : « J'ai trop de confiance en vous, lui disait-il. pour douter de ce que vous me marquez ainsi », et quelques lignes plus lias : » Je commence par vous dire que j'approuve tout ce que vous avez fait 3. » Il approuvait toujours, mais il multipliait aussi les remarques et les recommandations. Tournv avait réponse à tout et il continuait d'aller droit devant lui.

Les approvisionnements tirés du Poitou et de la Bretagne furent consommés à la fin de 1746 çl au début de l'année suivante. Beaujon se plaignit de s'être endetté. Le contrôleur général mit à la disposition de Tournv quelques grains qui étaient destinés à la Provence. En février 1747, paraissait une ordonnance interdisant l'accaparement des denrées 4. La Jurade prenait un peu plus tard d'autres mesures pour parer à la trop grande cherté du pain "'. Cependant le plus fort de la crise était passé et l'intendant avait remporté une assez facile victoire.

1. A. T).. Gir.. C 1372. 1 novembre 1746.. lettre de Machault à Tournv.

2. Machaull informe Tourny de ces mauvais propos, à toutes lins utiles. A. D.. Gir., <; 1372, lettres des 13 octobre et 23 novembre 1746.

3. A. Il . (jir., C 1372. I novembre 17J6. lettre de Machault à Tourny. I A. 1).. Gir., C T 1" février 1747, ordonnance de Tournv.

r>. Ces mesures sont prises en vertu de la délibération de jurade du 27 mai 17-17. dont copie est conservée aux Animes de la Gironde, dans la liasse C 1111.

lïlAIMIKI W II

La Lutte contre la Famine.

Initiatives locales et Remèdes d'Etat.

I. Nouvelle Crise et nouveaux Achats. - II. Les Grains en parti ; Bouret. III. La Compagnie d approvi-

sionnement. IV. La Grande Détresse de la

Guienne. V. L'Arrivée des Grains et la Paix.

/. — Xoucelle Crise et nouveaux Achats.

\ peine la crise de 1746-1747 était-elle surmontée, qu'une autre s'annonçait aulremenl grave. Les gelées tardives du mois d'avril ravagèrent les blés, les vignes, les pruniers *. I .;i crise s'annonça au mois de juillel : la récolte ne rlépassail pas les deux cinquièmes

I I i question a été étudiée pai M M ir I anH I i >i hj 1891 ilnnn un

article intitulé I ne faniii v \ i . Villeneuve sui .'juin 1717. délibération du Corps de ville

.;'.»;> I.IM i;M>\\ l DE Honhiu \

d'une année commune '. ■• L'alarme se répandit ;>u mois d'août: [a campagne vinl chercher du pain à la ville, qui commença à se montrer inquiète. A Bordeaux, « le peuple se plaint, crie et commence à menacer. » L'intendant signale « des espèces de petites émeutes '-'.» Il pense à conclure <le nouveaux uni reliés pour les grains.

D'accord avec le premier président, l'intendanl fait appel, une l'ois de plus, à la bonne volonté îles négociants. 11 les engage à importer des blés «le Bretagne, du Poitou el même de l'étranger s. Dans le couranl du mois d'août, il se lie avec Beaujon par de nouveaux contrats. Il l'ail acheter autant qu'il peut, partout où il peut.

Il autorise des emprunts pour l'achat de grains dans les villes de sa généralité où le besoin s'en fait sentir. Libourne pourra ainsi se pourvoir de 1.350 boisseaux de blé, de 400 de seigle, de 550 de lèves <pie les négociants de Bordeaux Treilhes et Le Chevalier lui fourniront '. L'expédition doit se faire de Vannes ; les grains seront vendus à perte, si les prix diminuent, el au prix courant, s'ils augmentent.

Les pouvoirs locaux négocieraient directement avec les commerçants sans faire appel au Pouvoir central, s'il n'était besoin île pourvoir à la sécurité des transports. Pour ce fait, les villes sont appelées, bien malgré elles, à faire intervenir l'autorité. Le roi est prié assez souvent de fournir des frégates pour convoyer les bateaux chargés de blé ■'.

Les ministres profitent de l'occasion pour faire la leçon aux villes el à Tourny lui-même. C'est alors que le Conseil des dépêches revient sur les trop nombreuses plantations de vignes ; l'intendant aurait «lu tenir la main davantage à l'exécution des

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