I. Intendant et Parlement. II. Tourny et Machault
— III. Intendant et Jurats.
I .■• grand zèle déploj .'• par rournj dans la lui lr contre la famine, le rôle qu'il s'élail attribué, les initiatives qu'il avait prises envers el contre tous, l'avaienl relevé h ses propres yeux, lui avaient donné la pleine conscience de -;> valeur; mais '■'■ même zèle, ce même rôle et ces mômes initiatives lui firent Uni dans l'esprit de li m > ceux que sa magnifique activité avait dépossédés de leur i habituel Par -mi altitude, l'inlendanl s'élail imposé à >;i province. Le contiôleur général, le Corps de ville, I'- Parlemenl en éprou vèrent quelque mauvaise humeur, qu'ils témoignèrent chacun h leur manière L'ancien émule d'Orrj devcnail maître el faisait œuvre personnelle; il fallut quelque lempsa ses partenaires pour s incliner de^ anl le fail accompli
/. — Intendant et Parlement.
Le Parlemenl n était pas satisfait, bien que i*ourny, par prudence el surtout par amour de la paix, ne '■■ ssâl de lui prodiguer les marques d'un très vif attachement • Je nu- -m- toujours étudié, écri
KMl l.'lN'l RNDANT Di: RORDEAl \
vail il le 18 mai 17 In, à entretenir, tanl avec M. le Premier Présidenl du Parlement de Bordeaux qu'avec toute la Compagnie en général el en particulier, celte bonne intelligence si nécessaire pour l'aire le bien, ri j'ai eu jusqu'ici le bonheur d'y réussir ' .>-
Le Parlemenl étail devenu très vite hostile, sinon à Bouret, du moins à la Compagnie d'approvisionnement; ilyvoyail l'ouvrage des jurais, el il y trouvait aussi l'inspiration de l'intendant. Quand le peuple se plaignit à propos <!<• blé que Ton vendit gâté, à propos de grains très peu avariés que l'on jeta trop vite à la rivière, le Parlemenl crut être 1res habile de jeter à son tour les hauts cris et d'encourager les mécontents -.
Après avoir commencé par collaborer dans la lutte contre la famine, le Parlement et l'intendant en vinrent à solliciter le roi, chneun de son côté; leur concurrence les rendit rivaux, puis ennemis. Le 21 avril, Lamoignon écrivait à Tourny, à propos de lettres •en règlement décomptes obtenus par des négociants : « .le prévois, Monsieur, que nous allons avoir de nouvelles querelles avec le Parlement de Bordeaux... Si le Parlement use de son autorité pour empêcher des significations pareilles à celles dont il s'agil, il n'y a plus de justice à espérer dans votre province 8. »
Il ne manquait qu'un prétexte au Parlemenl pourpartiren guerre.
I. A I).. (lie, C 1399, 18 niai 1748, lettre de Tourny au chancelier.
?.. Les boulangers de Bordeaux trouvaient si mauvais les grains de Bouret qu ils présentèrent une requête, pour que ces grains n'entrassent pas dans la composition du pain. Quand, le I" septembre 1717, au bureau tenu chez le premier président, les jurais, opposés à l'entreprise de Bouret, parlèrent de la requête des boulangers, le premier président, qui entrait dans les vues de l'intendant et de Bouret, ne voulut même pas en souffrir la lecture, tandis que le procureur général désirait la prendre en considération, A C, Bordeaux, B B, procès-verbaux de délibérations du 1" septembre 1717. A partir de ce moment, le Parlement fut divisé. Le procureur général persista dans son opposition, comme le montre sa lettre du2 septembre 1747 au contrôleur général. A. D.. Gir., C 1374. Il entraîna à sa suite une partie des conseillers, et la constitution de la Compagnie d'approvisionnement, sous les auspices de l'intendant et de la .lurade, acheva de soulever tous les parlementaires. Dans une supplique qu'il adressait au roi, le 27 avril I74X. le Parlement de Bordeaux se plaignait que la ville n'eût pas reçu les 300.000 b< isseaux de blé qui auraient dû lui être tournis. » en vertu de l'opération d'une compagnie formée sans notre participation, disaient les magistrats, et sans apporter les précautions que nous avions jugées nécessaires, et sous des clauses différentes des arrangements pris dans nos bureaux avec le sieur Bouret. * La phrase ne fut pas maintenue telle quelle dans le texte définitif de la supplique, mais il nous suffit que le premier libelle ait pu un moment être admis. B M.. Bordeaux, fonds Lamnntaigne, carton iv, pièce 11.
3. A. 1>.. Gir., C 3623, 21 avril 174N. lettre autographe de Lamoignon à Tourny.
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aposla, aux leshoulii tels d< »iiminedi pau
v, t.- hère, |" >'er il ameuler la fouli Plus lard, le cham e
lier reprocha il .. des magistrats .1 avoir cherché une scène •> i IT< ' en inettaul sous les yeux de leurs colli gu< - • n cours de séance, un morceau du plus mauvais pain qu'ils avaient pu trouver
I i clal se produisit au débul de mai, à propos du pain médioi re
qui se faisait h Saint Vndré de Cubzac .il.nn haut magistral
it -.'«• propriétés La responsabilité pesait sur le sieur Millet, contrôleur des actes, à qui Beaujou avait confié les onctions de débitant de grains \u lieu de faire jeter îi lu ii\ ière tout le — ■ ■ i ^ ' * *
Millet en avait livré une partie à la cons malion. < •
m mois d'avril 17lv i est à dire au moment où la misère était exl 'ême, quand on avait scrupule (!<• laisser perdre le moindre boisseau de blé Le Parlement lui-même ;i\;iii été consent • que l'on fît !<• meilleur usage des approvisionnements mouil lés .m gtUcs
La Cour, saisie de l'affaire Millet, la tint en réserve jusqu'au moment <>n '-ll>- pensa pouvoir en tirer parti. L'affaire prit alors d'amples proportions. Les Chambres des enquêtes se mirent en branle i\>-. le désir .t.- provoquer une assemblée générale. Elle leur lui d'abord refusée. Malheureusement, le premier président, débonnaire, finit paî se laisser conyaincre. Le 15 mars 1< IH toutes les Chambres assemblées décrétèrent Millet d'ajournement personnel, malgré l'opposition du ministère public. \n cours de la même séance, Beaujon fut menacé .1 être décrété pareillement :
Rien n'est |>lu- dangereux, écrivait plus lard le i haucelier, < [ u <■ de sonner, pour ainsi dire, la trompette dans de pareilles occa -n. ii^. et de répandre par là une alarme générale dans I esprit des peuples
La Cour souveraine ne demandait pas mieux Son l>nl était
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idem.
108 i i I I \|i\\ I DE BORDEAUX
réalisé; elle rentrai! en scène. Les conséquences de son geste n'étaient même pas pour lui déplaire. Le discrédil allail remonter de Millfl à Beaujon, de Beaujon à la Compagnie, de la Compagnie aux jurats et à l'intendanl lui-même. Tourny vil le danger; il s'efforça de réduire l'opposition du Parlement, sans cependant prendre sur lui la responsabilité des sanctions nécessaires. Il se sentail visé; mais il jugeai! prudent de ne pas le paraître, afin d'éviter d'être personnellement et ouvertement mis en cause. Il s'adressa directement au procureur général; dans sa démarche, il eut le courage de couvrir Millet et Beaujon qui n'avaient agi que par ses ordres, mais il poussa la complaisance jusqu'à offrir de communiquer les pièces de l'affaire « à chacun de Messieurs les Officiers du Parlement à qui il resterai! quelque doute '. >» En même temps, il informait le chancelier, sans incriminer personne, à la seide fin d'obtenir un arrêt d'évocation qui dessaisît le Parlement % et il affectait de ne pas rendre exécutoire un ordre d'expulsion lancé contre un individu l'auteur de scandale, parce qu'il élait le domestique d'un conseiller. « Mon système a été, écrivaitil, de conduire toujours, en pareille occasion, les choses par la douceur :f. »
Cependant l'arrêt d'évocation n'arrivait pas; le Parlement profitait de ce relard pour donner au débat plus d'ampleur encore. Le 15 juin ', il lançait un nouvel arrêt portant que cinq commissaires de la Cour, choisis mi-partie dans la Grand'Chambre et
1. A. I)., Gir., ('. 1399, 17 mai 1748, lettre de Tourny au procureur général.
>'. Tourny Tait porter la responsabilité des incidents qui <>nt eu lieu sur deux nu trois personnages, que d'ailleurs il ne nomme pas. A. u.. Gir., C 13W, 18 mai 1748, lettre de Tourny au chancelier.
3. A. D., Gir., C 1399. 31 mai 174S, lettre de Tourny au contrôleur général. L'intendant disait dans la même lettre : » Je me souviens, a ce propos, de ce que m'a dil plusieurs fois ici M Bourel et qu'il m'a répéta dans une lettre du '-'7 mars. ■ lue' si dés le commencement j'avais l'ail punir les personnes qui tenaient de mauvais discours, j'en aurais fait larir la source et me serais épargné beaucoup d embarras. - Comme Bouret, le ministre de la province. Saint-Florentin, conseillait au marquis de ne pas se montrer trop accommodant. » Vous auriez bien mieux fait, lui mandail-il à propos du domestique d'un conseiller qui avait fait du scandale, d'exécuter les ordres que de les suspendre. C'est un inconvénient dans lequel il est toujours sage d'éviter de tomber.» A. X., ()' 508, 7 juin 1748, dépêche à Tourny, suite à une dépêche du 22 mai. Cf. au\ Archives de la Gironde. C 13W. la lettre de Saint-Florentin du 7 juin.
4. Le 11 juin, le premier président essayait encore de ménager un accommodement. A. I).. Gir.. C I3W, 14 juin 1748. billet de Leberthon à Tourny.