VI. Tourny, Comte de Grancey
/. — La Succession des Maréchaux de Médavy.
En donnant sa fille Marie Catherine à Louis François Rouxel, marquis de Grancey, qui était bien près d'être un vieillard, le président Auberl avait sans doute escompté, pour plus tard, l'union possible des domaines de la maison de Grancey à son propre marquisat de Tourny. Le patrimoine destiné à son fils Louis Urbain devait ainsi se trouver doublé, pour peu que Louis François Rouxel ne tardât pas à mourir, ce qui était assez vraisemblable, et dans le cas où il mourrait sans enfant, ce qui pouvait au>si se rencontrer.
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Toutes ces c litions se réalisèrent Pierre Kouxel II de Médavj .
nte do Grancey, qui s'étail marié 1 1. » i — fois, élail h en 1 7< 1 1
Il nvail eu, d'un premier lit, Jacques l.<< r Rouxel qui lui m
cbal de Krance '-n 1724, el qui mourut un nn plus lard I > ■ i second lit, il eul deux fils, François Kouxel qu épousa sa nièce, blisabeth \ icloir»" fille de Jacques Léonor, i-i Louis Krunçois Rouxel, chef d'escadre, le mari de la sœur de Tournj Elisabeth Victoire
mourul en couches, >;in> postérité I. - François Rouxel mourut
-i sans enfant en 17*28, el François Rouxel, son frère, en 1729, lemcnl sans postérité
En 1730, M de Grancey, aée Marie Catherine Hubert, restail
ainsi, en attendant que --"ri frère ou se9 neveux le devinssent, la
seule héritière directe de la maison de Grancej Elle acquit le
comté de Grancey, le 12 mai 1730, avec les baronnies de Mare) el
pour ses reprises el conventions matrimoniales '.
Le règlement de la succession n'alla d'ailleurs pas sans enc
bre Le patrimoine de la maison de Grancej élail grevé de dettes considérables, el d'autre part, la situation de la sœur de Tourny, comme héritière du nom el du domaine de son mari, ne semblait pas absolument i econnue.
idis que le secrétaire du marquis son frère la salue certain jour du lilre de marquise de Grancej ' . en se référant à la litula lure de Louis François Rouxel, landis qu'elle-même prétend avoir rang de comtesse, certain particulier mal poli lui conteste cette qualité, el ne consent qu'è l'aopeler : Marie Catherine Aubert, dame de Mare) el autres lieux
Pour les délies h acquitter, elles sonl si nombreuses que la comtesse de Grancej en esl réduite à s'inquiéter sans cesse de -ou budget. Elle doil le douaire de la maréchale de Médavy, >;i belle-sœur '. Elle n, malheureusement pour elle, bien d'autres
Desbois l ^bbé Expill
lique ■ /<•- I I'.iî i- 1764
. d'Ilozier i \\. i> 56, noie en marge el \. I" étude Delcslrc,
• i ilu conl i du comte \an\ ici 17
'.'. \ l\ , comte le G de Dupin à ["ourny. du 15 décembre 1717
■ Madame do (■ l'en plaint dans une lettre à Tourny, du 7 octobre 1744,
\ I' . Comte de i il nnce>
le Madame de Grancey o rourny, du \ P., comte de
i i\ 1 1 ,M'\\ i rouRrn
créanciers, qui la Iraquenl toul à leur aise. Dans ->a correspondance, M esl constamment question des poursuites donl elle est victime '. Elle écril quelque part, el ce n'esl qu'un exemple : « Je suis outrée. Vous recevrez <;ms doute, cel ordinaire, une lettre de Creuset c'esl l'un des créanciers), je n'ai pas pu encore lui payer smi billel ; l'argenl que j'avais destiné à cela a été snisi par Marquel un autre créancier) et j'ai été contrainte à lui laisser toucher; sans quoi il faisait saisir Grancey; il avait déjà pris ses mesures pour cela. Je cherche à emprunter pour vous payer ■ Vsl ;'i un troisième créancier qu'elle s'adresse). M. t '• ; < f i - 1 < • il s'agit sans doute d'un intermédiaire me promet Ions les jours qu'il m'en Fera t rouver '-' •>.
A ce compte, Madame de Grancej s'efforce en vain de se libérer; ses créanciers abusent de leurs droits, d'autant plus qu'ils savent avoir affaire à une veuve. La sœur de Tourny se débat dans d'interminables procès, pour lesquels il faut encore et toujours de l'argent. « Mes affaires souffrent beaucoup, écrit-elle. Je suis dans une crise où le iiiainpie d'argent me t'ait un tort que vous ne pouvez croire. J'ai pris des engagements avec les créanciers ; il faut que j'y satisfasse. Tous les frais, qui sonl suspendus présentement, recommenceraient mieux que jamais el tout serait contre moi... Le feu qui présentement esl éteint ne tarderait point à se rallumer3 ». Elle est au même point dix ans plus tard, et sa situation menace d'empirer encore, bien que nombre de procès engagés contre elle aient tourné en sa laveur. « Je vous avoue, dit-elle à son frère, que je suis outrée au désespoir. Je suis plus accablée des affaires que j'ai aujourd'hui que je ne l'ai jamais été de toutes elles que j'ai eues pendant plus de dix années; ce qui me rend peut-être celles d'aujourd'hui plus sensibles, c'est que dans le temps que je crois avoir acheté ma tranquillité par une longue suite d'adversités, je me trouve plongée dans des affaires donl la lin peut èlre ma ruine ' ».
1 Voir les lettres de Tourny à Madame de Grancey des -1 juin 1734 el 1" juin 17:îi>. A. P., comte de Grancey.
2. v. P., comte de Grancey, lettre de Madame de Grancey à Tourny du 1-1 juillet 1734.
3 \ P., comte de Grancey, lettre île Madame de Grancey à Tourny du 25 mai
1 V P ' île de Grancey, lettre de Madame de Grancey à Tourny, du 6
mars 1746.
I\ M< ii\li l'\l I1IM..I-.I
Heureusement pour elle, l'héritière de la maison de (ïrancej — 1 1 1 employer contre ses infortunes les talents précoces il'ndmi uislrateur qu'elle reconnu! 1res vile à -><i\ frère le marquis Hien qu'elle eûl elle aussi de qui tenir, bien qu'elle fui une femme de télé elle se senlil plus confiante quand elle eul m^ son frère de moitié dans la gestion de ses domaines
//. La C ollaborathn du Frère et </<• la Saur.
Les rapports du frère el de la sœur ne semblent |>.i^ avoir été toujours de tous points excellents relies lacunes, qu'on trouve dans leur correspondance, ronl croire à îles brouilles de longue durée Madame de Lirance} reprochail ^.m- cesse au marquis d'être avare de ses nouvelles Je voudrais bien, mon cher frère, lui illl elle, que vous me disiez pourquoi vous ne m'écrivez |>lut'otre dernière résolution de ne ]ilu>- avoir nul commerce
avei moi? Ce projel paraît assez baroque ; cependant j'ai toul
lieu de croire que vous l'avez formé el même vous l'exécutez loul au mieux, car il j ;i plus de ->i\ semaines que vous ne m'avez donné de vos nouvelles ■• Pour elle, il lui arrive bien plutôt de pécher par le défnul opposé Pour moi, 'lit elle encore, je crois n'être paresseuse d'écrire que quand je n'ai rien à mander Si mes radotages, griffonnages vons amusent, y vous en donnerai iu-i|ii à ce que vous disiez holà, ••! je crois déjà l'entendre d'ici.
N'ai-je pas de bonnes oreilles 'i Malgré ce holà, il faul | 'lanl
que je vous souhaite une bonne année, el c'esl mettre le comble aux rabâchages que <\<- vous dire que y fais '!>•- vœux pour voln satisfaction el votre santé, car il n'j ;i momenl de ma vie que !<• ne le <h^ avec plaisir '•! que je ne voulus vous en donner des preu\ es ' ».
Pour cette fois, Madame de Grance} esl infiniment aimable,
autanl qu'elle '-^l acarifltre a d'autres i nents Ses infortunes,
'|ui l'aigrissent, lui fonl un devoir d'êlre affable pour ceux qui lui rendent sen ii e
I \ P., comte île Grancey, leUres de Madame île rïranrej k rourny, <lu 14 |uil let i: janviei 174-4
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^ son Frère en particulier, elle ;i tant el tant à demander. Il s'agil quelquefois de simples commissions : le marquis procure h sa sœur des barils de cuisses d'oie, des jambons, des pâtés, une perruche, un pelil chien, un nègre, de l'eau des carmes, du baume ', etc., etc. I! arrive aussi à M"" de Grancey de demander des conseils à son Irère, quand elle se senl par trop isolée. Mais ce qu'il lui faul surtout, c'esl de l'argenl '-'.
Pour de l'argent, le marquis se fail tirer l'oreille : il veul bien rendre service à sa sœur, lui offrir l'hospitalité chez lui, en retour de l'hospitalité qu'il trouve parfois chez elle : : il veul bien s'imposer certaines démarches utiles pour lui faire gagner ses multiples procès, d'autanl qu'elle l'aide, elle aussi, à traiter certaines de ses affaires : mais il ne consent pas volontiers à s'engager au delà. S'il se laisse aller un moment, il s'en repenl ensuite. Il écrit à sa sœur: •■ Vous vous plaignez que je ne vous y dise rien de la somme que vous me devez : il me semble que c'est la meilleure l'açon de traiter son débiteur que de ne lui rien rappeler en pareille occasion : mais si vous souhaitez que je m'explique sur cela, il ne peul me convenir de vous passer un contrat de constitution de la somme en question, sans privilège, sans aucun emploi, el venant après toutes les créances que les circonstances où vous êtes vous ont obligé de contracter; ce que je dois au bien de M"" de Tourny, dont celte somme l'ail partie, ne me le permet pas. Vous pouvez vous souvenir que, lorsque vous '-liez poursuivie pour l'affaire de
Remond, je vous en offris les deniers » El plus loin : <■ Vous
ave/, raison, ma chère sieur, de dire qu'il faut que vous soyez avec moi comme a vit la Religion, qu'il ne faul rien approfondir, ce n'esl que par le don de la foi que vous pouvez croire que je vous aime el que je prends (oui l'intérêt possible à ce qui vous regarde. Si votre cœur ne vous parle point, le lemps passé ne doit pas du moins être effacé de voire mémoire : mais ce n'est point assez de mètre
l \ l' i comte de i îrancej . Correspondance de Tourny et de Madame de Grancey. passim.
•2. Il m est guère question de conseils que dans la lettre de M™* de Grancey à Tourny datée du 6 mars 17-16 : en revanche, sa correspondance est émaillée de règlements de comptes
A. Quand Tournj <■;< à Paris, il descend le plus souvent chez sa sœur, à l'hôtel de Grancey, .i m. uns que les invités n'y soient en trop grand nombre, auquel cas il s'installe à l'hôtel. <:f. les lettre- de M ' de Grancey à Tourny des 22 novembre 1717 .•I I" octobre 17^ : \ !■ . C" de i nancev .
I s -I . ..Mi pa 1 RIMOI.NI "■ I
donné pour vos affaires nutmil de mouvement el de peine qu'il .. en moi vous auriez, voulu que j'y eusse employé loul mon bien - : rcla un peu de Premièrement, vous savez ma situation,
ombien. en elle-même, elle esl peu opulente; secondement, le bien
M de liMiniv n'esl pas & moi de fac, |n<- je puisse l'basar
der . troisièmement, je prévoyais que par le c - des choses je ne
de conduire toujours la barque ; quatrième ni,
j.- voyais visiblement <|u.- les secours que j'aurais pu vous donni i
lient pas suffisants Vous seriez bien plus avancée, quand i rai fourré dans vos a (Ta ires 60 à Tu mille livres, el "ù en serais on mes enfants, dans le cas qu'un malheur arrivai à M" de rour n\ ou :'i moi ' D'ailleurs, combien de différentes choses peuvent survenir de votre pari, où je me trouverais également embarras Vous i\.-.' trop d'esprit pour ne pas pénétrei dans toutes ces consi déralions II sérail 1 > î<- 1 1 injuste que vous vous j étourdissiez el m fii sussiez mauvais gré J'ai fait ce que j'ai dû. Je vous parle vrai .•i naturellement, le reste esl au sort ; mais comptez sur l'amitié d'un frère dont le cœur esl bien placé Je vous embrasse tendrement. ' »
Celle lettre élail I ne à citer, parce qu'elle reproduit assez bien
li- ion général de la correspondance qu'échangent le frère el la sœur. En fin <!<• compte, ils en viennent à collaborer, loul en défen danl leurs intérêts respectifs, le mieux qu'ils peuvent
lin \~'X\. M 'l< Grancej propose a son frère de lire en
vente une maison sise a Paris, qui appartient à leur mère •'. L'opéralion n'aboutit pas l n peu plus lard, la comtesse revient a la char, et >-ll<- réussit : !>■ marquis se retid acquéreur d'un aulre immeuble mu- lequel sa sœur a des droits II s'engage ainsi envers elle pour
une somi le 50 000 livres, qu'elle serait très pressée detouchei
Comme la liquidation du marché se fait attendre, la comtesse s'effoi le mettre son frère dans ses intérêts d'une autre façon. Elle lui propose l'acquisition d'une partie des domaines qu'elle tient de feu Bon mari. S:m^ que non-- ayons le moindre détail sur la négociation de l'affaire, il esl certain que le contrai fut passé en 1 7 hi >•! sur le
I \. P., C" de Grance) lettre de Tourn) à M lu i juin
P .i de Oraacey, lettre de M" de Grance) . I . • ■ 1 1 1 ■ y . du 1™ août 1733 I A. P., ( le G iranl du I :lobre 17 18
.'{.' i ,'i\ 1 1 \ii\n i roi ii v
pied de 250.000 livres '. Pour que M""' de Tourny ne pût reprocher ;'i suii mari l'emploi qu'il Faisait de ses deniers, M'"" dé Çrancej s'empressa d'envoyer à sa belle-sœur un chevreuil, ■• afin qu'elle vit, écril elle à son frère, quelque chose ']<■ votre nouvelle acquisition •'. - \ ers I'- même lemps, les nouveaux tenanciers du marquis lui l'aisaienl parvenir en hommage mu' queue de vin de leur cru 8.