‹ L'intendant TournyChapitre 21 sur 198 · IV. — La Gestion de Loison · texte numérisé non relu

IV. — La Gestion de Loison

Madame de Grancey avait pour principal collaborateur, dans la gestion île ses domaines, un certain M. Loison que le marquis appelle quelque part « l'Intendant îles alVaires de Madame la Comtesse de Grancey 2 ». Le sieur Loison fut appelé à s-'occuper à la fois des intérêts de la sieur el de ceux du frère, quand ce dernier eul l'ail l'acquisition de Selongey. 11 serait difficile de dire que la gestion de Loison l'ut constamment exacte, mais i\u moins le parut-elle pendant un certain temps.

Peu après 1710. dis accidents survinrent qui portèrent atteinte aux intérêts du marquis cl de la comtesse. La maison du maître de forges de Vernois fut en partie détruite par un incendie3, cl quelque temps plus lard, le maître de forges lui-même vint à mourir, laissant, avec beaucoup de dettes, une veuve el de jeunes enfants; cette mort devait arrêter l'exploitation, non pas seulemenl de la l'orge de Vernois qui appartenait au marquis, mais de celle de Marey qui était le bien de la comtesse, parce (pie le défunt faisait marcher les deux forges à la fois. Loison se préoccupa de trouver un nouvel entrepreneur ; mais quelle ne fut pas la stupéfaction de la comtesse, quand elle apprit que Loison avait preneur seulement pour Vernois. Pour Marey, Loison offrait de s'en charger lui-même provisoirement. Aussitôt, .Madame de Grancey fut mise en défiance, et elle s'empressa d'avertir son

1. A. P., Comte de Grancey, lettre île Madame de Grancey à Tourny du 7 octobre 1744.

2. A. P., comte de Grancey, lettre de Tourny à Loison du 1" mars 174(i

3. C'est la triste nouvelle i|ue Madame de Grancej annonce à son frère dans sa lettre du 14 décembre 1743, A. P., comte de Grancey.

.•n lui !■.'■• iiiini. nul. ml il'- survoilli ! ou île li I .oison sabre un peu les a (Ta i i es

Loison, mal disposé | » < * • i ■ M < I i ne d I I itilunl qu'elh

lui m. il pour lui. lit courir le bruil qu'il se mariait, el qu il ni donnait le service de la comtesse i elle dernière s'en réjouit, ' ■ li- que -"'ii frère en exprima de vifs regrets - Le bruil lui bientôt

uiiiu faux l.i c tesse ne put s'empêcher alors de faire < j m •

relie ■> ~"ii frère de la confiance qu'il té email h son homme

d'affaires Loison, de ~"ii côté, prenait le marquis h témoin de

el de -"ni dévouement absolu Le marquis laissa persuader : il accepta d'acheter une maison, sur la propo

lion que lui en lit l'intendant de sa sœur '. cl quand Madai le

entrepril de lui dénoncer de nouvelles intrigues de I son .c'est h elle que la leçon fui faite Le marquis écrivit à sa ir II \ .1 beaucoup d'embarras, ma chère sœur, dans la situation .m vous vous trouvez a I égard de voire forge il«' Mare) Mais tende que vous ne l'augmentiez encore parla défiance que vous prenez des personnes que vous avez sur les lieux... lin même temps que Loison peut avoir lorl d'avoir vendu de vos fers- d'une mi ilitTérenle que vous ne lui aviez prescrit, il me semble... qu'il > i beaui t>up de suite dans on donl il ;i agi, >-\ que vous

/ .1 souhaiter qu il continue sur le même Ion ... Ce que vous ir.niv ••/ i redire de la pari de Loison dans I exécution de vos ordn

sujet de la vente de vos fers, vous indispose <•! fâche contre lui : prenez garde que souvent | r l'inlérêl même des commettants, on ne peut pas s'en tenir scrupuleusement à ce qu'ils man dent, --i que, pourvu que les changements ne se trouvent pas en eh" nliclle, "ii qui intéresse la probilé du commis, il est bon de ne I \ en pas blâmer, rien n'étant souvent plus contraire .m bien

l A P., ( ' de M *de ■ i ronrn> il u 21 décembre

sa lion il m- - irnj du 10 juin 171 1 .

!«• marquis <?\. - une lettre qui esl perdue, mais i laquelle

illusion, le .ni .

incey, lettre de Le rournj du 16 décembre

L A. P., i oui oj i Loison lu II décembre

\ r y, lettre de Madame de l

16 L IN H \DAN1 mi n\\

des affaires < 1 1 1** la pratique scrupuleuse de s'en tenir littéralemenl à ce oui en a été marqué sans oser prendre quelque chose sur

lui i ».

Les conseils du marquis pouvaient avoir du bon, ce qui n'eiupécha pas la comtesse de se dispenser de les suivre, et il apparaît bien, en somme, qu'elle n'avait pas tout à t'ait lorl. I. oison réussit .1 se rendre parfaitemcnl insupportable à sa maîtresse, sinon au marquis, par des procédés de plus en plus louches. Le frère de Loison, épicier à Dijon, détourna à son profit l'argent de Madame île (irancey ; d'autres « Loisons » se mirent dans le cas de mériter d'être pendus, en fabriquant de faux billets; l'homme d'affaires lui-même aurait adressé à Madame de Grancey une lettre remplie de menaces Tous ces tiraillements aboutirent à une îuplure complète entre la comtesse et son intendant, et aussi à un procès pour une dette payée, dont Madame de Grancey avait malheureusement perdu la quittance3. Tourny, mal informé sans doute, essaya encore de prendre la défense de Loison, mais il se fit vertement relever de ce geste. Sa sieur lui manda, quand il se proposa d'aller la voir : « Je me fais un grand plaisir de l'idée de vous voir Sans doute que vous comptez loger chez moi. Jamais je n'avais exigé de vous aucune condition. Aujourd'hui, j'y en mets une que je me flatte qui ne vous paraîtra pas dure, c'est que Loison ne mettra pas les pieds dans ma maison ni pour vous parler, ni pour Monsieur Restais, ni pour aucun des gens qui viendront avec vous.... Pour chez moi, je ne veux pas qu'il y mette les pieds. Donnez-m'en votre parole d'honneur ; car je n'entends pas raillerie là-dessus » 4.

1. A P., Comte Je Grancey, lettres de Tourny à Madame de Grancey des ir» et 29 mars 1746.

? Il esl question de virulentes menaces dans une lettre de Dupin à Tourny datif du 15 décembre 1717, et dans une lellre de Madame de Grancey à Tourny datée du ?5 février 1748.

1. A. P., Comte de Grancey, lettres de Madame de Grancey à Tourny des 17 juin et 15 août 1749.

4. A. P., Co nte le Grancey, lettre de Ma. lame de Grancey à Tourny du 16 juin 1748

I\ -i ONU l'Ai lilMolM

l . I. .Administration personnelle de JKladame de GrancejJ

Il siiiïii de parcourir, même vile, la correspondance de Madame

de Grancey, | r avoir une impression netle de >;i 1res Ibrlc |" i

sonnalili Madame de drancej tient de son père, le Président, le gonl de la chicane elle ressemble aussi à son Frère, qui se pi» H

■ mm.iti'l.r, .1 organiser, 1 administrer. Elle a une 1res grande volonté, mais (lui se porte assez souvent d'un objet a un autre, nui 11 est pas toujours ni profonde, ni mrtrie, ni sui\ ic Madame la Comtesse nui veul tout voirel tout faire par elle même, qui pri lend l"iil diriger, et qui n'en est plu- à compter ses erreurs, 11 fait I eflfel 'I êlre passablement brouillonne

Tout est de son ressort, a commencer par les affaires il«'

frère -I ai dil 6 Loison, écril elle, que je voulais 11 mi charger,

imaginant peul Cire que je ferais 1 n\ vos affaires qu'une an

Ire1 Elle croit devoir empêcher son inlendanl de traiter <li reclemenlavec !>• marquis : ■ Loison ne vous écril point, explique l-elle ;i son frère; je lui ai >lil que c'élail inutile, que comme j'étais voire premier homme d'affaires, je me chargeais de vous instruire de ce qui se |>.i--.iii Elle se plainl de son surmi

•■. mais elle ne voudrait pour rien au monde se décharger sur un autre de ses occupations II faul que je rasse loul pai moi-même, sans • j ■ i • > i rien n'est fait ' ■ Elle même règle comptes et calcule ses intérêts, à un denier près Elle est cons Laminent en voyage Constamment malade, elle voudrait loul rcmuer. Contre toul le monde, elle csl en révolte perpétuelle,

I 1 .■ Comte île Grance) possède un portrait de la Bueur ilr rourn.i l a Com !tl r . | . r . ■ -i »- 1 1 1 •- .- ivcc un nègre el deux chiens -"h visage esl plutôt rond qu "\alf . il paraît bien déi harné les pommelles Boni rongea ei Bail • nei

■ ri .m — 1 li physioi lie n'cal pas commune, mais eli»- ■ ■-! quand mi

un peu m rlesMiUM de I 1 diolincl

\ P 1 omte de Grancey, lettre de Madai le Un ; a l"imiv du

H décembre 1

\ i" 1 omte le Grancey, lettre de Madame de Grance; l rounn du S Janviei 17 1 1

1 \ i' Comte de Gi ij lettre de Madame de Gri ij 1 rournj du

n novembre 1T 11

Durant qu'elle établit, If 10 octobre 1748, esl un véritable chef

d'oeuvre en matière de comptabilité II f«it partie dea documenta du 1 li

Grance]

38 (IN I I.MiAN I Idl i(\ï

Ire ses officiers, contre son frère, contre son régisseur, à plus forte raison contre le Parlementde Dijon, el contre les intendants de Bourgogne el de Champagne. « Vous êtes, Messieurs les Intendants, des gens insupportables », écrira-t-elle plus lard au marquis quand il sera devenu intendant '. Il lui arrive de se contredire, niais elle se connaît et on la connaît. Ses aveux sont dénués d'artifice : elle parle de la bonne habitude qu'elle a d'être un peu « têtue » -', ou encore elle écrit : <■ Il faut souffrir tout palieinnienl dansée siècle; c'esl pour iniii une chose un peu difficile ;. - Telle qu'on la connaît, on la traite. Le malheureux Loison y perdit sa patience, avec peuUêtre son honnêteté; il disait de sa peu accommodante maîtresse: <• Je ne me flatte pas d'en être écouté favorablement. ... Elle voudra se conduire à sa fantaisie '. » Quant au marquis, il s'évertua toujours à donner à sa sœur l'impression qu'il la laissait libre. Elle répondait : « Vous me laisse/, toujours mon libre arbitre et celle liberté me gêne horriblement, .le crains de mal faire '. » Etait-elle vraiment si craintive ? au demeurant, il n'y paraissait pas.

Loison était encore à son service qu'elle multipliait déjà ses initiatives, sans se soucier toujours de l'agrément de son frère, et en s'occupanl bien plutôt de lui prodiguer des conseils, tout en ayant mal au cœur chaque l'ois qu'il lui arrivai! à lui de prendre une décision sans elle. Une l'ois, la comtesse intervient auprès de l'intendant de Bourgogne pour obtenir une décharge d'impôts en laveur des gens de Selongey'1. Une autre t'ois, elle fait faire, au nom de son frère, le dénombrement des terre-, de Selongey el de Vernois ' . Elle prétend diriger le choix du marquis, quand il s'agit

1. \. P., Comte de Grancey, lettre '!<■ Madame île Grancej .'V Tourny du r> iic>\ embrc 17M».

2. A. P., Comte de Grancey, lettre de Madame de Grancey à Tourny du :. .m, ut i;ii

.■> A. P., Comte de Grancey, lettre de Madame de Grancej à Tournj du 15 février 1746.

I. A. P., Comte de Grancey, lettre de Loison à Tourny du 15 lévrier 1746.

7> A. P., Comte de Grancey, lettre de Madame de Grancej à Tournj dm ■.'(I mai I7||

6. A I'.. comte de Grancey, lettre de Madame de Grancey à Tournj du 5 aoïït

7. A. I'.. comte de Grancey, lettre de Madame de Grancej à Tourny du 22 no.

\einlire 1717.

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