I. Les premières Etapes et l'Expérience des Affaires
II. La Parenté et les Relations utiles. 111. La nomination de Tourny à l'Intendance de Limoges.
/. Les premières Etapes et l'Expérience des Affaires.
Il n'est pas sur que le président Auberl ait consulté la vocation de ses fils pour leur choisir une carrière. Julien Jean tut homme d'épée, comme Louis Urbain fut homme de robe, par respect de la coutume. L'exemple du sieur Le Camus, qui avait épousé Catherine Suzanne Auberl et qui était intendant, détermina peut-être Louis Urbain à choisir la même carrière. Il est possible aussi que le jeune marquis ait été entraîné, sinon par son goùl personnel, du moins par ses aptitudes et ses prédispositions particulières. Les circonstances qui y contribuèrent ne pouvaient se rencontrer plus heureusement.
Tout jeune encore. Louis Urbain est avocat au Parlement de
r En 171 I. quand il ;i .1 peine h) ans, il est 1 u; conseiller
I liAleiel et siège présidial Régulièrement, il n'aurail pas dû l'être nvant 2f> ans; une dispense de .'> ans, I mois el quelques jours lui fui néi II l'oblinl surtout, sans doute, en consi
déraiion des grands services rendus par -<>n père, el peut-être .m-- se de sa précocité II acheta son - 3.000 livres
Louis llosdier qui l'avait acquis lui-uiémc de M Claude le Comte Desmarcls La somme fui versée entre les mains du Premier Président . après quoi, !>• nouveau juge n'eul plus qu à prêter sei ini'iii de bien et fidèlement exercer la justice lanl aux pauvres qu'aux riches, sans acception ni exception de personne par parenté on amitié, garder el observer les 1<>i>. coutumes el ordonnam de ce royaume en bon el fidèle sujel serviteur du Roi, tenir les
délibérations de la Compagnie secrètes, el en toul se c porter
con un bon el sag< conseiller 'Iml faire :
Le service du Châtelet se divisait en quatre quartiers : les juges du sec< >ti< I quartier siégeaient au parc civil, dans les mois de janvier, marsel septembre . au présidial, pendant les mois de fé> rier, juin el octobre; ft la Chambre du Conseil, pendant les mois de mars, juillet etnovembre; il- jugeaient au criminel pendant les mois d'avril, août el décembre. Ce fut le service qu'eut ;'i assurer Louis I rbain Hubert, de 171 I a 1719, entre 19 el '.M ans II dut j gagner
une certaine compétence juridique. Il apprit nota lent ■< connaître
les ordonnances; il put en apprécier le sens el la valeur d'après les cas multiples qui se présentèrent. Il \ il fonctionner de très près les plus grand s tribunaux de France. Il put observer les magis
trais Les événements qui suivirent la mort de I. - \l\ durent
l'impressionner prolondémenl les grandes prétentions du Parle ment, puis son abaissement soudain, l'attitude du pouvoir central
1 1 acte de nomination de Louis 1 rbain tuberl, «■« >im 1 lonseiller au Chalelel
Laie ijue l"intéi 1 vocal au Parlemenl de Paris l'ouï se faire admettre
c ■ is l rbain vubcrl dut vraisemblable ni passer la licence en
droil, accomplir un • sser l'examen des candidats aux fonctions judi
épreuve qui portail essentiellement sur la connaissance des lois ••! du latin v lasebefl - lanl* <!■■ ; lit XVI, \
\ \ \ 216, provisions > I ■ ■ 1 1 1 «.- . - al ouisl rbain Vuberl, comme conseiller au
présidial de l • cembre \'\ 1
v P., étude lielestrc, achat de l'oTOce de conseiller la) bu Chdtclet, 2 avril 1:11 1 1 es conditions sonl spi'cillécs dans les provisions d'office \ \ . \
i i\ i i.\ii\m roi uni
tour à tour impérieux el débile, l'expérience de la poiysynodie, le rôle du Régent el relui de Dubois, lui découvrirent, sans nul doute. 1rs ressorts de l'administration cl du gouvernement, les surprises de l'opposition, la force el la faiblesse de la monarchie.
Au moment où s'inaugure le « Système », Tourny monte en grade; il esl admis au Grand Conseil. Ses lettres de provision sonl datées du I9juillel 171'.'. Il fui reçu dans la charge le I août suivant, Une dispense lui avait encore été nécessaire, parce qu'il n'avait pas les 25 ans requis. Il obtint la dispense, mais celle fois sous réserve, « à condition, est-il dit dans les lettres de provision, qu'il ne pourra avoir voix délibérative avant l'âge de 25 ans accomplis ' ».
Quelques mois plus tard, comme si ni les règlements, ni le temps ne devaient compter pour lui, Louis Urbain s'élève à un nouveau degré de la hiérarchie administrative.; il devient maître des requêtes, prématurément encore, car, une t'ois de plus, il a besoin d'une dispense: il lui manque sept mois et douze jours, et il n'a pas l'ait au Grand Conseil le stage nécessaire2. L'intervention des Pontchartrain fut décisive pour lever les obstacles, comme elle l'avait été les précédentes fois. D'ailleurs la personnalité du marquis commençait à se dégager et l'on ne pouvait s'empêcher de reconnaître ses mérites. Il v esl fait allusion dans l'exposé des motifs invoqués pour sa troisième dispense d'âge, et aussi dans les lettres de provision qui lui furent décernées : « Les témoignages qui nous ont été rendus de la probité, du zèle et de l'application avec lesquels Louis Urbain Aubert de Tourny a rempli les* fonctions de noire conseil au ( lliàlelet de Paris depuis le mois de décembre 1714. el conseiller de notre Conseil en noire grand Conseil depuis le mois de juillet, dès que nous lui en avons accordé des provisions, nous taisant espérer qu'il nous continuera ses services avec la même application, et mettant en considération les services (pie noire ami et féal Urbain Auberl, Président en notre Cour des Comptes,
1. A N., Va 1318, f" 265, lettre de provision décernée à Louis Urbain Aubert pour I office île conseiller au Grand Conseil, 19 juillet 1710.
2 La dispense d'Age et de service sur provisions de maître des requêtes pour le S' VuImiI de Tourny figure dans le registre d'enregistrement du Parlement des provisions d'office, B. N., manuscrits français, nouvelles acquisitions. n« M9, f 146 bls à la date du 5 décembre 1710.
La caiii " mi.ii i~ I i
aides el finances de Normandie, son père, nous .1 rendus cl nous rend actuelle ni dans l'exercii ■ ■ dudil oflii
I ichal de l'office lui mu- affaire d'importance l'andis que le Président avail pu acquérir pour sou lils la charge de conseiller, .m prix modique de fiO immi livres ml I «(Taire avec des un neurs qui ne reliraient de I oflice aucun revenu, '•) qui ne deinan daienl pas mieux quede le vendre, il dut offrir '.'.'il umi livres îi
< ruillaume I rbain de Lamoignon, seigneur de Courson, conseiller '.il. intendant de Guicnne, pour < | m- celui-ci • • • 1 1 - • ■ n 1 1 1 à rési gner sa charge de maître des requêtes en faveur de Louis I rbaii
\ • nplissemenl des formalités ordinaires, l'information
concernanl la bonne vie, mœurs >■! religion » >l<- l'impétrant, I quillemenl des droits entre les mains du chancelier, Voyer de
Paulmy, marquis d Vrgenson, la producti le l'extra il baplislaire
de Louis I rbain, el encore du brevel original en parchemin de I acte '!•' démission de Lamoignon de Courson, l'admission définitive du nouveau ma tire des requêtes fui prononcée suivant la formule traditionnelle Je n'empêche pour le li<u ledit Louis Urbain de l'iiiiniv être reçu audil office de conseiller du Roi en ses Conseils,
maître des requêtes ordinain 9 de Bon hôtel, en prêtant le ser ni
en tel cas requis el accoutumé '.» Le 29 décembre 1719, Louis Urbain prêta serment entre les mains de Voyer d' A rgçnsoii : !<• 18 mars ITl'h. il prit séance .m\ requêtes de l'hôtel, les quatre quartiers étant assemblés '
II déhuleil en plein conflit parlementaire. Sun nom est mention né dans les lettres patentes du r<>i datées du *27 septembre 17*20, qui
établissaient m hambre de vacations, composée de maîtres des
requêtes, dans le couvent des grands Augustins de Paris, en vue de remplacer provisoirement le Parlement exilé à l'un loi s,'
l \ N . \ '■ l'enregistrement des provisions d'office de maître des
requêtes de l'hôtel 10* ref cembre 1719
\ p , étude Deleslre traité >i oll le maître des requêtes, 20 décembre 1719
Sur La u son ■■" pourra trouvei quelques renseignements Jans notre
lliêloire det r.i/.;> r/j rfi la 1 hambrt de Commerce dr Guienne a - ••lien/ ri I liap n 8, p I
3 II \ . manuscrits français, nouvelles acquisitions, registre d'enregistrement le Parlement des provisions d'ollce de maître des requêtes, n 109 i M7 29 ■ I . cembre 1719
I if v n \ 150 ci •■ni des provis s d'office di
des requêtes, 10* registre, 29 décembre 1719
:• Péllbien Histoire de ParU, 7725,1 i\ \ 'esjuslil 197
|i. I IMIMiWI rOUHNY
Tournj ne se contente pas de siéger dans cette cour exceptionnelle, au momenl où le cours ordinaire de la justice est momentanément suspendu. Il passe loin- à tour des Requêtes de l'Hôtel ;ui Conseil privé duroi. Il fail partie d'un certain nombre de bureaux. Le 21 mars 1722, on le choisi! pour remplacer au 8e el an 12' li' sieur Hérault désigné lui-même pour L'Intendance de Tours. Ce 8' bureau connaissait alors des affaires concernant « la fourniture des vivres, étapes, fourrages, lits d'hôpitaux et de garnison aux troupes de Sa Majesté »; le 12e avait été établi pour l'examen des questions concernant les économats el les comptes des commis à la régie des biens des religionnaires fugitifs. En 1724, Tourny est attaché au bureau qui s'occupe de la liquidation des dol le-- des communautés d'Arts et Métiers de Paris. En 17*25, nous le trouvons encore au I' bureau chargé de l'examen des privilèges de Paris '. Il j acquit sûrement des connaissances spéciales et il y développa ses aptitudes d'administrateur. It'Argenson a beau médire de cet ordre inutile el amphibie de magistrats qu'on nomme maitre des requêtes, moitié courtisans, moitié jurisconsultes, » petits-maîtres au palais, robins à la cour » ; il a beau dénoncer leur pédant isme. leur faux-savoir, el leur reprocher celte « pratique des affaires conlentieuses, qui rétrécit nécessairement l'esprit - », l'apprentissage au palais et l'apprentissage dans les bureaux constituaient peut-être la meilleure préparation pour des sujets destinés à devenir, pour la plupart, intendants de justice, police et finances.
Pour Tourny, celte préparation l'ut assez longue : elle dura jusqu'en 1730. Certain mot de D'Aguesseau est bon à connaître pour comprendre quel était sans doute à cette époque l'état d'esprit du futur intendant. « Les maîtres des requêtes, disait-il. sont comme les désirs du cœur humain, ils aspirent à n'être plus ;
1. Voir, à ce sujet, les Almanachs royaux. Pour certaines fonctions qu'il eut à remplir, comme maître des requêtes, Louis Urbain Aubert obtint commission du roi. Cf.. quand il remplace le Sr Hérault au bureau établi pour les affaires d'économats ele \. V. E 952b, n" 148, 21 mars 172?, texte de commission.
2. D'Argenson parle ainsi des maîtres des requêtes, à propos de Machault, dans
les Mémoires de son ministère, t. iv. p. 201 Claude Dupin, dans ses ÛEcono-
miques, se plaint aussi .pie les intendants soient mal recrutés. Cf. Claude Dupin, (Economiques, 1745, publié par Mai. Aucuy, Paris. 1913, t. ir, p. 31-32. Boyer de Sainte-Suzanne, dan- son étude sur Les Intendants de la généralité d'Amiens, p. 37, soutien! l'a\ is contraire.
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i m i- i rbain m bi m de roi rcn
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-i un étal que l'on n'embrasse que puni- le quitter, un corps où
l'on n'entre que | r en sortir, el quiconque j vieillit se senl tous
les jours dépérir el I ber dans l'oubli '. ■■ Pour tromper son
ennui, pendant ces tristes années où il eul le malheur de perdre son père 1726 , el Ponlcharlrain, son meilleur protecteur 1727), Louis l rbain s'employa, comme il put, à parfaire son apprentissage Il acquiert, dès \~'ï-\. l'office de gouverneur de Mantes, pour 30.000 livres3 : il va remplacera Nantes son beau-père, receveur des domaines de Bretagne pour l'exercice de 17253. C'esl aussi le moment où il se consacre à ses domaines, à sa femme, ainsi qu'à ses toul jeunes enfants. Il ;i un lils en 17*22 4, une fille en 1725 5, puis deux autres lils encore®.
//. — La 'Parenté et les Relations utiles.
lin mariant ses enfants, le président Aubert avait songé à les bien placer, à les mettre en possession de riches domaines, et aussi, peut-être, à leur procurer des parentés avantageuses et d'utiles relations.
Il n'était pas indifférent pour le jeune maître des requêtes que sa sœur, eût épousé un Rouxel de Médavy, el que la famille Cherouvrier des Grassières se lût alliée aux Aubert, par le l'ait de son propre mariage A cette époque, la magistrature — et ce terme doit être entendu ici dans le sens le plus large du mot — ne comprenait qu'un certain nombre de familles unies entre elles par
I Cité par Léon Aucoc, Le Conseil d'Élal, p. 73.
'.'. \ N.. V* 252. octroi de l'office de gouverneur de Mantes à Louis Urbain Aubert, 19 féi rier 1723.
3. A. U .. Loire-Inférieure, E 2703, liasse de pièces comptables pour l'exercice de 1725.
4. 11 s'agil de Claude Louis Auberl de ["ourny : la date de sa naissance est précisée dans l'extrait des registres des procureurs et avocats généraux du Grand- Conseil, B. N.. manuscrits, fonds français, 32988, f- 331.
5. Il s'agit de Catherine-Marie-Félicité, et en religion soeur Emmanuel de Tourny. Cf. à l'Arsenal, La vie de la vénérable sœur Emmanuel de Toarny. 1700. Voir son acte de naissance dans le Bulletin de la Sociéli archéologique el historique du Limousin. 1918, t. lxvi, p. 326
6. Bernard Augustin et (Sallyot, le plus jeune, né en 1731. CI'. A. 1).. Seine. Documents de l'état-civil recueillis par le comte de Chasteleux, Pari-, 1875.