LE BOIS ET LES PATES
Nous allons étudier maintenant quelles sont les qualités exigées des bois pour la fabrication de la pâte mécanique et de la pâte chimique.
Bois pour la pâte mécanique : Les qualités que doit présenter un bois pour la pâte mécanique sont : blancheur, fibre longue, faible teneur en résine. On recherche la longueur des fibres, bien que le procédé consiste à déchiqueter les tissus, parce que précisément les quelques fibres longues qui restent servent à donner au papier sa consistance.
Les essences-types pour la pâte mécanique sont : l'épicéa, le sapin, et dans une moindre mesure, le tremble (peuplier). |
Le hêtre, à fibres trop courtes, n’a pas donné jusqu'ici de bons résultats.
Les usines de pâte mécanique demandent une forte dépense d’énergie mécanique et sont localisées dans les pays de montagne où l'énergie électrique est fournie à bon compte.
Cependant, et parallèlement au développement de l’industrie du papier journal pendant ces dernières années, de grandes usines de pâtes mécaniques se sont créées dans le Nord et le Nord-Ouest de la France, à proximité des grandes usines de fabrication du papier journal.
Elles utilisent exclusivement des bois du Nord importés : sapin, épicéa. Les sapins et épicéas français, peu nombreux et mal répartis, ne sont guère utilisés que dans les usines de montagne.
La pâte mécanique ne doit sa valeur qu’à la faiblesse de son prix de revient : ses qualités techniques sont très faibles et elle ne peut guère servir qu’à faire du papier de journal. D’ailleurs, et étant donné justement son prix peu élevé, elle entre pour les 3/4 dans la composition du papier journal et des papiers très ordinaires.
Elle utilise cependant une matière première excellente, qui, traitée chimiquement, pourrait donner une pâte de premier ordre.
Bois pour pâte chimique : Ce sont d’abord les essences citées ci-dessus : peuplier et conifères à faible teneur en résine (épicéa, sapin).
Ces deux essences conviennent particulièrement pour la production des pâtes à papier par le procédé dit «au bisulfite ». Elles donnent une gamme de pâtes d’où l’on tire toutes les sortes de papier, aussi bien d'emballage que d'écriture et d'impression.
En France, la production en épicéas et sapins est presque totalement traitée sur place, dans les régions de montagne, et par les procédés mécaniques. Les usines chimiques utilisant ces essences sont donc installées dans le Nord de la France, et traitent les épicéas importés du Nord de l’Europe.
Le traitement chimique, qui est supérieur au mécanique en ce qu’il ne brise pas les fibres, permet en outre de traiter d’autres bois ; parmi les feuillus, le châtaignier ; parmi les résineux, le pin sylvestre, le pin maritime. Suivant leur teneur en résine, ces bois sont traités au bisulfite (épicéa, sapin, châtaignier), au sulfate ou à la soude (pin sylvestre, pin maritime).
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Ces traitements donnent des pâtes chimiques écrues. Elles peuvent ensuite subir des traitements complémentaires de blanchiment, de raffinage, d’épuration qui permettent leur emploi dans tous les papiers.
Toutefois, le pin maritime, à cause de sa forte teneur en résine, n’a pu encore donner à l’heure actuelle que des papiers genre « Kraft », et, accessoirement, des pâtes peu colorées pouvant fournir des papiers pour emballage et affiches.
Enfin, la fabrication de la pâte chimique est liée à celle de la cellulose pour les besoins de la Défense Nationale.
Accessoirement, la fabrication des pâtes utilise aussi d’autres produits, comme l'alfa, traité à la soude et blanchi, qui donne un très beau papier — comme la paille qui, quand on la traite à la chaux et à froid, donne du papier d'emballage — quand on la traite à la soude et qu’elle est blanchie, peut donner également des papiers d’écriture et d’impression — sans compter certains produits coloniaux (bambou, papyrus). Mais les débouchés des produits de ces sortes sont relativement peu nombreux.
Pratiquement, les papetiers utilisent les deux sortes de pâtes en mélange, suivant les usages auxquels le papier est destiné et suivant les cours relatifs des deux produits.
CONDITIONS TECHNIQUES ET ÉCONOMIQUES DE LA PRODUCTION DES PATES DE BOIS
Les principaux éléments de la fabrication des pâtes de bois sont : a) Le bois et ses succédanés, b) Les produits chimiques, c) Le chauffage et la force motrice, d) La main-d'œuvre, e) L'entretien.
Le bois et ses succédanés.
Les quantités de bois absorbées par la fabrication des diverses pâtes sont variables :
aux 100 kgs, il faut :
pour la pâte mécanique : 0 stère 3 de bois.
— chimique écrue : 0 stère 55 de bois (épicéa, sapin). -— — 0 stère 9 de bois (pin maritime).
— chimique blanchie : O stère 65 de bois (épicéa, sapin). — 1 stère 1 de bois (pin maritime).
En ce qui concerne l’épicéa et le sapin, le poids du stère de rondins varie de 390 à 600 kgs. On peut l’estimer à 420 kgs en moyenne. En gros, on admet qu’un stère de rondins rend 300 kgs de pâte mécanique ou 150 kgs de pâte chimique.
Produits chimiques.
La soude, le carbonate de soude, le chlorure de chaux, le chlore, l’acide sulfurique, la chaux sont produits en France ; les pyrites proviennent d’Es-
pagne ou de Norvège.
Ces matières premières entrent pour une part importante dans le coût
de la fabrication des pâtes chimiques et, en particulier, des pâtes blanchies.
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On compte de 50 à 100 kgs de produits chimiques par 100 kgs de pâte chimique.
Chauffage et force motrice.
La force motrice est l’élément essentiel de la fabrication des pâtes mécaniques. Elle intervient beaucoup moins dans celle des pâtes chimiques où, au contraire, le chauffage tient une grande place. Au total on compte 1 kg de charbon par kg de pâte écrue et 1 kg,5 par kg de pâte blanchie.
Entretien et divers.
L'outillage est constitué par des machines à forte production fournies, soit par des maisons françaises, soit, plus souvent, par des firmes étrangères, allemandes, anglaises ou suédoises, très spécialisées dans ce genre d’industrie.
Il est pour la plus grande partie moderne, car de nombreuses usines sont de construction récente. | |
Les installations, en contact permanent avec les vapeurs et les acides nécessitent une surveillance considérable et sont d’un entretien coûteux.
C’est une des raisons pour lesquelles l’arrêt temporaire d’une usine de pâtes est lourd de conséquences, l’entretien, la remise en état lors de la reprise du travail nécessitant des dépenses considérables.
Main-d'œuvre.
L’outillage moderne des usines de pâtes a permis de réduire notablement la main-d'œuvre utilisée. :
La fabrication des pâtes à papier employait, avant 1914, 2.500 ouvriers. Actuellement, le nombre des ouvriers varie, suivant l’importance des installations, de 1 à 2 ouvriers par 109 tonnes de pâte-an. C’est donc environ 3 à 4.000 ouvriers que devrait employer lindustrie des pâtes à papier ; ce nombre est forcément réduit par le chômage actuel. |
La fabrication française des pâtes fait, en outre, vivre une importante population de bûcherons et de voituriers ; elle est un débouché pour nos industries chimiques et nos houïllères, elle alimente le trafic ferroviaire.
EQUATION DE FABRICATION
Ayant analysé les différents éléments de la fabrication des pâtes, il nous reste à déterminer comment chacun d’eux intervient dans l’établissement du prix de revient.
Nous le ferons successivement pour les pâtes mécaniques et pour les pâtes chimiques.
1° Pâtes mécaniques.
100 kgs d’épicéa donnent environ 75 kgs de pâte mécanique sans récu-
pération de pâte, ou environ 80 kgs avec récupération.
I1 entre donc dans 100 kgs de pâte mécanique, en utilisant les procédés de récupération en usage actuellement dans les usines de pâtes, 125 kilos d’épicéa (0 stère 3 environ sans récupération).
En outre, la fabrication de 100 kgs de pâte mécanique exige :
Force motrice : environ 20 à 25 CV par heure. à Main-d’œuvre : 1,5 à 2 heures ouvrières par 100 kgs.
Entretien et autres frais généraux : 8 à 15 %, du prix de revient. Amortissements : variables, mais 10 %, au maximum du prix de revient.
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