‹ L'intérieur de l'étude; ou, Le procureur et l'avoué, comédie vaudeville, en un acteChapitre 7 sur 21 · TOUS LES AUTRES · texte numérisé non relu

TOUS LES AUTRES

C'est juste... c'est juste... à déjeuner.

AUGUSTE

Moi, j'aime assez le déjeuner , parce que ça repose et ça coupe la matinée...

Oui, avec cela que vous avez bien gagné votre matinée...

(Pendant ce temps Rose apporte d'une main un paquet de lettres et de journaux qu elle jette sur le poêle , et de l'autre des couteaux... du pain et du vin. Tout le

monde est au milieu de l'élude, excepté le maître-clerc qui est à son bureau, et Piedléger à la table en face, qui travaille sans relâche. ) AUGUSTE.

AlR de Partie carrée.

Allons , allons, il faut nous mettre à table ;

Mais viaiment nous somuus transis.

Mets une bûche... Il fait un froid du diable....

Une de plus!... Ou vient d'en mettre six !

AUGUSTE, à Victor, qui prend les journaux pour allumer le feu.

Eh ! mais , Victor, que viens-tu donc de faire? Comment , tu prends nos jouruaux....

VICTOR

Oui , morbleu !

Ils font ici comme à leur ordinaire , ils allument le feu.

Tiens, vois plutôt comme ça prend déjà !

auguste, caressant Rose.

Ah! ma petite Rose... tu es bien gentille... qu'est-ce que tu nous donnes-là ?

ROSE

Un pâle de Lesage...

JOLIVET, se lésant en colère.

Un pâté de Lesage !...

VICTOR

11 n'y a que cela?... tu ne nous as pas fait quelque chose de chaud ï.„

ROSE

Non, ma foi... je n'ai pas le tems... je suis obligée de sortir pour des commissions...

AUGUSTE

Allons !.. allons à table... {coupant le pâté) M. Dubelair... \ous n'en êtes pas...

Du bel air, d'un air d'importance.

Non , messieurs... je ne prends jamais rien à jeun...

VICTOR

Eh bien... il est bon ceiui-là...

COMEDIE. i5

ruBELAiR, tirant sa montre, à part.

Sans compter que j'ai à onze heures un déjeuné de

garçons chez le maître-clerc de Bernard. AUGUSTE.

Et vous... M. Piedléger?...

Quel est celui-là?..

AUGUSTE

C'est le coureur de l'étude....

Oh! Le petit saute-ruisseau....

AUGUSTE

Piedléger,... veux-tu déjeuner?...

PIEDLÉGER.

Sans doute.... mais apportez-moi ma part, j'ai là de l'ouvrage qui doit être fini ce matin...

jolivet, pendant que tous les autres mangent , rega rdan l Piedléger.

En voilà donc un de la vieille roche!... c'est dans ce coinlà que se sont réfugiés les principes... ( lis sont groupes différemment, les uns à la table, les autres debout , mangeant sur le poêle ) C'est qu'ils ne mangent pas... il dévorent., et du vin! du vin dans une étude '... et autant que j'en puis juger... ça m'a lair d'un excellent ordinaire.

victor, la bouche pleine.

Dites donc... monsieur Jolivet... si vous n'aviez pas déjeûné...

AUGUSTE

ti vous vouliez... être des nôtres... sans façon...

JOLIVET, à part.

Parbleu... je veux voir par moi-même jusqu'à quel point..; (Haut.) J'ai bien là-haut mon café... mais, pour avoir le plaisir de déjeûner avec de la jeunesse.

( Victor et Jolivet les aident à débarrasser la table; en étant les papiers et les plumes , et ne sachant où en poser une, il la place par habitude sur son oreille. )

VICTOR

A merveille... place à notre doyen... Tenez , monsieur Joliyet... à votre santé.

TOUS

A votre santé... à votre santé...

AUGUSTE

Quel spectacle ! la nouvelle et l'ancienne bazoche qui trinquent ensemble...

Air de la Sentinelle.

Salut, Messieurs , salut à notre ancien , Qu'on vit jadis l'honneur de la bazoche ! De son étude , intiépide soutien , H fut sans peur et presque sans reproche ; Avec ses clercs , que sa voix ralliait ,

Du Béaruais imitant la coutume , Lui-même au combat les guidait,

Et chaque plaideur pâlissait

Aussitôt qu'il voyait sa plume.

jolivet s'incline et boit à leur santé; puis , après avoir bu , fait une grimace d'indignation.

Quel scandale!... c'est du bourgogne... du bourgogne le plus pure... {Le gaulant encore.) quel dommage , un vin qui aurait snpporié i'eau !... {regardant le verre. ) J'aurais mis làdedans les deux tiers... et ça aurait encore eu du corps.... et de la couleur... 0 abondance ! de l'âge d'or , où es-tu ?

VICTOB, rangeant la table.

C'est que j'aurais encore bu une fois... et qu'il n'y a plus de vin.... tiose , Rose!

Ai: GUSTE.

Ce n'est pas la peine , elle a laissé la clef à l'armoire.

VICTOR, ouvrant P armoire.

Oh! messieurs... messieurs... une découverte.

tous , se levant.

Qu'est-ce que c'est?...

VICTOR

Un panier de vin de fronlignan...

jolivet , se cachant la tête dans les mains. Tauvre frontignan !... c'est fait de lui...

AUGUSTE

Je sais ce que c'est... On Ta monté parce que notre patron donne aujourd'hui a dîner...

VICTOR

Oh bien ! alors... pas de bêtises... je remets le panier.

COMEDIE. i7

J o l I v et , stupéfait.

Comment... il en réchappe...

AUGUSTE

Sans doute... il n'y a pas de farces... puisque l'avoué est bon enfant.

Ah bien , de mon temps... il y aurait joliment passé,..

victor , se mettant à écrire.

Allons , allons... maintenant ça va aller vîte...(i7s sont tous à leurs bureaux, et travaillent avec ardeur.)

Les voilà tous à l'ouvrage... ce n'est pas sans peine.

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