DERVILLE, FRANVAL
DERVILLE
Je sois charmé. Monsieur, de vous retrouver encore • chez moi ; j’avais été forcé dq, m’absenter!...
FRANVAL
Oui, Monsieur.... je sais pour ()uelle raison..» Mais vous étiez ici dignement remplacé.... J’ai beaucoup appris dans la conversation de votre maître clerc.... et j'en ai fait mon profit....
DERVILLE
Oui; vous l’avez peut-être trouvé.... un peu craintif... un peu timide....
a8 L’INTERIÉÜR DÉ L’ETUDE,
FRANVAL
Corbleu !... quelle timidité !....
' DFRVILIÆ.
A cela près, c’est un garçon en qui )’ai j’ai beaucoup de 'confiance. <
FRANV^L.
Je le crois bien ! Tel clerc.... tel avoué.... Je vous disais donc, ^fonsieu^....
DERVILLE, lui faisant signe de s'asseoir.
Je sais de quoi il s’agit.... On vi ent de me l’expliquer.... Fuis-je vous demander d’abord qui vous a adressé à moi?
FRANVAL, à part.
Qui, morbleu? {Haut.} Votre nota votre réputation.
DERVILLE
Monsieur... je vous remercie.... de cette marque d’estime... {A part, le reganluat.) Allons, quoique brusque, il m’a l'air d’un brave homme Et il faut le traiter en cons-
cience.,., {Haut.) Je crois qu’en effet.... le bon droit est . pour vous.... Mais faut-il vous parler avec franchise?....
FRANVAL, brusquement.
Si ça se peut.... pourquoi pas?... *
DERVILLE
Il paraît que vous êtes dans le commerce, que vous êtes immensément riche ...
FRANVAL
Cela ne fait rien à mon affaire.
DERVILLE
Si vraiment...
Air : Vaudeville des Amazones.
Quolqu’avoué , vous nte croirez , je pense ;
» Mais je vous suppose dbcrrt,
Et je veux bien en conscieuce Vous (tire ici notre secret.
Etre vainqueur est sans doute une gloire ;
Mau eu combats comme eu procès,
Ab ! crojez-moi , la plus belle victoire Ne vaut jamais uu bon traité de paix.
FRANVAL
Comm’cnt , Monsieur, c’csl vous qui me conseilles un arrangement ?
; COMEDIE.;.; ; ag
DKRVU.LE.
.Oh! vous allez jeter les hauts cris... je le sais Maiscal>
ruions lin peu!.... Que d’ennemis celte affaire va vous susciter ! Que de regrets vous vous préparez!.,.. Celui qui plaide. Monsieur, n’est plus le même hoirime; son humeur, son caractère, tout change chaque jour, à chaque incident de son procès; et pour une soixantaine de mille francs, don| vous n’avez pas besoin, vous allez sacrifier pendant deux ou trois ans votre bonheur, votre joie, votre tranquillité,... INoii , Monsieur.
Air ; Vaudeville de Turenne. , . . . ,
Von* m’en croirez à moitié , j’cipère ,
Mous ohtiendroni UB bon arrangement. ^
FRANVAL
Quoi ! vous partez d’arranger une a%irc ! .
Qu.' de noire âge on médise à présent I , ,
O siècle brureux ! siècle étonnant!
Où le savoir avec l’esprit s’accorde , ' ' '
■ ■ • Où notis voyons en&n à l’tinisson . •,
' |,es jeunes gens et Is raison , . .
Les procur eurs St la concorde !
A moitié prix, c’est très b'ienî mais vous m’avouerez que ssH crUîer ainsi 3oy00o fraucs !
' BERVILlE.
C’est moi qui les perds... C’est-à-dire moi et mes cottfrères.... Car notre part allait là...
FRANVAL
Mais, vous qui parlez, Monsieur, à ce train de vie-IS, vous devez vous ruiner.... Car enfin , vous venez de faire là une mauvaise 'àffaire... ,
‘ • DER VILLE
C’est ce qui vous trompe ; car je Viens d’acquérir votre estime, votre amitié et votre clien telle....
FRANVAL
Ma die nielle L.. ^ .c * •
/ ijERVlLLEV
. Oui, Monsieur; vous êtes négociant ; vous avez des procès ou vous en aurez... de ces procès qu’on ne peut pas éviter.... Vous viendrez à moi, j’en suis sûr... Vous me donnerez votre confiance. .. ou plutôt..,, tenez.... je lis dans vos yeux.... je l’ai déjà... . . - ' .1
L’INTERIEUR DE L’ETÜDË,
F R AN VAL, lui donnant une poignée de main.
Oui, JMonsieur, vous l’avez, et j’aime mieux vous en croire vous-méme.... que tous les rapports qu’on ' a pu me faire.
J DERVlLLE. *
Vous avez raison... nous valons mieux que notre réputation... Vous le verrez, vous allez me donner le nom de quelques-uns de vos adversaires... j’ai ce soir une espèce de petit bal... je vais les inviter... j’espère que vous me ferez aussi le plaisir d’accepter un verre de punch... et nous commencerons i entamer notre affaire.
FRANVAL
Comment... au milieu d’un bali’
DERVlLLE.
Je n’en fais jamais d’autre... Ce n’est pas dans le cabinet , c’est dans le salon qu’on traite ses affaires... Vous croyez peutttre que c’est pour mon plaisir que je vais dans le monde... du tout , c’est encore une spéculation... Le matin, où voulezvous que je rencontre mes confrères... pas un n’est chez lui, tandis que lé soir... allez i un écarté, ib y sont tous.
FRANVAL
Je conçois... mais, vos conférences doivent vous revenir un peu cher... et j’ai entendu dire que votre goût pour la dépense... peur la société...
) DERVlLLE.
Neblâmez pas cet usage-U... L’homme d’affaires dans son cabinet est dur... intraitable... intéressé... C’est l'habitude du ' monde , c’est la société des femmes qui le rendent plus doux, 'plus aimable , plus généreux... Les^ femmes, ^mohsieur, ont sur nous une influence... tenez, les jours où je dois voir celte que j’aime... il mé semble que je suis meilleur... que je suit plus conciliant... j'arrangerais les affaires de tous mes cliens...
FRANVAL
J’entends... elle vient ce soir...
* DERVlLLE
Voua l’avez dit, monsieur ! et vous la verrez, vous verrez comme mou Elise est jolie.... je suis sûr qu’elle vous plaira.
FRANVAL
Ah ça I qu'elle n’aille pas vous faire oublier mon affaire.
DERVlLLE.
Soyez tranquille... le devoir d’abord, et le plaisir après.
FRASVAL.
Touchez U, monsieur l'avoué... vous êtes un aimable jeune homme... et comme vous disiez tout à l'heure... je commence à croire que vous avez faii une excellente spéculation!