LES PRECEDENS, JOLIVET
JOLiVET, avec une liasse de papiers.
Enfin! voilà!... ce n'est pas sans peine!., on m’a donné toutes les pièces...
DERVILLE
Je vous remercie, mettez les là, mon maître-clerc... les parcourra...
FBANVAL.
Comment , votre maître-clerc, est-ce que ce n’est pas..M Monsieur i'
DERVILLE
Non , c'est l’ancien procureur à qui appartenait cette étude... celui qui me l’a vendue... «tà qui je la dois.
FRANVAL
Ah! vous la lui devez je comprends maintenant..... les
éloges ( A part. ) Un procureur de l’âge d'or....
JOLIVET, à Derville.
Et pourquoi ne pas examiner tout de suite ?
DERVILLE
Ce serait inutile... j’espère que nous entrerons en arrange* ment!.... •
JOLIVET
En arrangement... une cause superbeL. dont le succès est immanquable !..-.
DERVILLE
Oui... mais j’ai expliqué à monsieur.»
Il n’y a pas d'explications... et'vous devez même, dany l’intérêt de votre client , le forcer à plaider... Oui, monsieur, vous plaiderez... ou vous êtes déshonoré...
FRANVAL
Et mais, monsieur... je ne me suis pas encore prononcé.... je ne dis pas que je Ne plaiderai A Derville) Ne fllt-ce
Ï ue pour avoir le plaisir d’entretenir votre counaissance et 'aller souvent au bat
?n L’INTERIEUR DE L’ETÜDÈ, SiaVlliLE.
Allom, vous plaisatitei:.
FRANVAL
Non , monsieur... mais je veux au moins que vous examî- »Mfz mon affaire... et alors, si elle Vous st^nble douteuse... JOLIVET.
Douteuse! douteuse ! monsieur, dès qu’il y a doute.... on plaide... et même quand il n’y en a pas , il faat encore voir.
DEBVIELE.
'■ Puisque vous le voulee absolument... je ne puis vous refuser cette satisfaction... voyons les pièces... d’abord le testament (iVs s'asseyent tous ies trois. )
t ' BERTILLE, lisant.
" Aux Etats-Unis, etc., pardevant, etc., est comparu » Louis-Chailes de Meniieville, comte de Durfort. »
JOLIVET
Q u’est- ce que vous dites donc là f...
c- • DERYILLE.
« Qui donne et cède par ceS présentes, à son neveu. Eu- » manuel de Durfort. »
*■* JOLiVeT.
Je n’ai pas une goutte de sang dans les veines....
.BEHVILLE, regardant JoUvet.
« Le domaine de Villiers..,. Mais je connais cela....
-s.-'i..!.; I. lOLiYET, SB levant furieax.
L’acte est faux ! . ' '
BERTILLE.
^** CafBtmett, ce serait...
JOLIVET
Oui.... oui... Mais vous ne plaiderez pas.... II y a prescriplion... Et d'ailleurs.... je l’ai bien et légitimement payé de mes propres deniers....
FRANVAL
■ ' Eh! mon Dieu!... Qu’est-ce que ça veut dire?
BERTILLE.
Que Monsieur est l’acquéreur du domaine... et comme tel . votre adverse partie....
- - - - ' ■ JOLITBT.
COMEDIE. 33
FRANVAIi.
Comment, cet ancien procureur, à qui vous devez votre charge ?...
JOL.1VET
Oui , Monsieur! Mais c’est une horreuf ! une infamie, d’oser élever de pareilles réclamations....
FKANVAL.
Une cause superbe.... disiez- vous !
JOIilVET.
Elle est pitoyable 1 On ne peut pas dépouiller un acquéreur qui est de bonne foi.... Et je l’étais.... car j’ignorais complètement.... Je le disais encore ce matin à Monsieur.... Et s’il entend vos intérêts.... il doit vous empêcher de plaider....
FRANVAL
Je serais déshonoré....
DERVILLE
Mais, Messieurs...
lOLlVET.
Oui.... daignez lui expliquer....
IRANVAL.
11 n’y a pas d’explications.... Et dans l’intérét même de votre client... (à ce que Monsieur vous disait tout èTheure;..) vous devez l’obliger à plaider....
rtERVlIiEE.
C’est en vous évitant une procédure ruineuse.... que je croyais prendre vos intérêts ; mais ce que vous venez de me
dire suffit Et puisque vous le voulez.... je me chargerai de
l’affaire...
JOLIVET
Il ne s’en avisera pas ou morbleu, dès demain... j’exige
le payement de ma charge et je le ruine.
DERVILLE
Monsieur... de semblables menaces.... ne m’arrêteront pas....
JOLIVET
Nom... Eh hien! morbleu, nous verrons... Et songe que si
lu fais une seule signification dans cette affaire-là tu peux
renoncer à la main d’Ëlisede Franval....
FRANVAL
Que voulez vous dire?...
DERVILLE, froidement.
Hien.... rien,,.. Monsieur.... Ce sont des considérations pars
34 L’INTEniEUR DE L’ETUDE,
ticulières.... qui ne m’empêcheront pas de plaider. Vous avea ma parolë.
JOLIVET
Eh bien , comme subrogé tuteur d.’Ellse, demain je la marie k un autre...
FR A N VA li.
El moi, comme son tuteur, je la lui donne aujourd'hui même.-..
JOLIVET
Grands Dieux! son tuteur! quoi, vous teriex.... ?
FRANVAL
Franval, banquier d'Hanibourg.
D ER VILLE, Stupéfait.
M. Franval!
FRANVAL, à Derville.
Lui-même qui voulait te connaître, et qui est content de son épreuve... Oui, M. Jolivet, je lui donne en mariage ma nièce et cent mille écus... ça vous convient-il, et croyez- vous que cela puisse payer votre cn.irge .'*....
JOLIVET
Certainement... monsieur.. .
FRANVAL
Et quant au procès que nous avons ensemble, et auquel sans vous je u'aurais jamais pensé.... nous l’arrangerons comme vous voudrez... ça vous convient-il ?
JOLIVET
Monsieur... il faut que Ce soit vous!... car c’est Ip premier de ma vie que j’aie arrangé....