‹ L'interieur de l'etude, ou Le procureur et l'avoue, comedievaudeville, en un acteChapitre 5 sur 21 · LES PRECEDENS, JOLIVET · texte numérisé non relu

LES PRECEDENS, JOLIVET

JOLIVET

La belle'maison....*et le bel exemple..». Personne dans l’élude.... Morbleu ! si j’étais là... je commencerais par renvoyer tous mes clercs. ‘

DEBVILLE.

Ce ne serait pas le muyen de les faire venir.... Allons, ,Rose, dépêche-toi d’achever tou ouvrage, et fais toutes mes .commissions.... Eh bien! tu t'en vas.... et tu n’as seulement pas mis de bois dans le poêle..... Tu veux donc que ces

jeunes gens se morfondent

BOSE

Mon.sieur.... il y a trois bûches....

COMEDIE

DERVILLE

Eh bien! mets-en six et qu’ils aient chaud...!

JOLI VET, indigné.

Six bûches au mois de novembre !..»

DERVILLE

Et puis, je voulais te recommander aussi.... Tâche donc que le dîner soit un peu mieux.... là.... un plat de plus .. Quelque friandise.... quelque chose qui relève l’appétit.

Rose sort. )

JOLI VET, se levant.

Ventrebleu!.... je vous admire.... Mettez tout au pillage.... Redoublez vos folles profusions....

DERVILLE

C’est-à-dire qu’il faut que mes clercs ne mangent pas....

JOLIVET

Oui, Monsieur! ça n’en serait que mieux.... Mais enfin , puisqu’on ne peut pas les en empêcher.... où est la nécessité de leur donner de l’appétit.... des clercs de procureur en ont toujours assez .... Monsieur, ce sont les vampires d’une élude!

Air d« tEcu de Six francs.

A chaque instant Us imaginent Quelques moyens pour nous gruger;

Ce nVst pas pour manger qu'ils diuent.

Mais cVst ||Our nous taire enrager.

Or, dans cette guerre intestine ,

De se défendre il est permis ,

Et nos Mères sont des cnucnits Qu^u ne réduit que par famine.

Aussi je ne subslantais les miensqu’à mon corps défendant... J.é bouilli et la soupe.... fja soupe et le bouilli.... et les jours de fêle , du persil autour... Je ne sortais pas de là... Six bûches dans un poêle!.... Apprenez, Monsieur, que d.nns mon élude, il n’y avait pas île poêle.... il ify avait pas de

bûche.... ün soufflait dans ses doigts ou l’on était obligé

d’écrire pour s’échaufler Ç’elail tout profit, pour la luai-

ton....

DERVILL^’*

Et qu’y gagniez-vous à ces beyvéconomics D’être baffoùés.... montrés au doigt.... Cai^e votre temps, c'était à qui s’égayerait sur le compte des procureurs....

JOLIVET

Vous allez voir. Monsieur, qu’on respecte les avoués..»

^ L’INTERIEUR DE L’ETUDE

DERVILLE

Mais, oui..'.. Un peu plus....

JOLIVET

El pourquoi donc?.... Est ce parce qu’ils ont des fracs à l’anglaise.... et des bolivars, et qu’on ne sait jamais à leur cuslumc s’ils vont au liai ou au Palais; et surtout nous ne courions pas les afTaires en cabriolet....

, DERVILLE

Où est le mall cela va plus vîle.... Et pourvu que les cliens n’en souffrent pas.v.... pourvu qu’ils ne soient pas rançonnés coniine de votre temps.

JOLIVET

Je les rançonnais, r’cst vrai Mais je ne les éclaboussais

pas.... Et à tout prendre.... il faut encore mieux écorcher ses cliens que de les écraser ! . ’

DEBVILLE,-

Ma foi.... je n’en sais rien... Ad moins nous crions gare !..*

JOLIVET

Est-ce ainsi que vous acquitterez vos dettes Car enfin , votre charge n’est pas encore payée Vous me devez

i3o,ooo fr. ^ .

DERVILLE

Ne m’avez-vous pas donné trois ans pour cela ?

C’est le tort que j’ai eu. .. On a beau vendre les charges

liorriblemerit cher c’est égal il se trouve , toujours

des jeunes gens qui vous les aclicient.... ^ans avolrun sou vaillant..., ,,

DERVILLE

Qu’importe , Monsieur Je puis m’établir.... Je suis

garçon

^LIVET

Est-ce que sans cela... .^K'ous aurais vendu.... Mais alors, • dépêchez-vous de vous’ mai ier de faire un bon mariage

DERVILLE

Eh bien! Monsieur, il ne ile.nt qu’<> vnm.„. J’aime nne

COMEDIE. $

jeune personne charmante.... Vous pouvez me la faite époui

SCI

jolivet.

Comment donc, mon garçon ^ avec plaisir.

DERVILLE

C’est Elise de Franval.... (|ül est presque votre pupille...

Du tout , du tout; cela ne vous convient pas-..

DERVILLE

Eh quoi!... n’a t-elle paâ tout réuni les grâces.^. I»

honié.... la douceur

JOLIVET

Oui; mais elle n’a que 6o,ooo francs.... Et dans votre position , mon cher, il vous faut une femme de 5o,ooo écus...«

Je ne vous laisserai pas marier h moins.

Ain : Quand on ne dort pas de la nuit.

Soyez épris, je le permets ,

De quelque tlulie mariée.

DERVILLE

8i là future a peu d’attraits....

JOLIVET

Elle en aura, je ni’y conn.nii,

Si Votre charge est tien payée.

DERVILLE

Si son caractère est méchant....

JOLIV! T

Ah ! c’est le mari qui s’en charge j , Epousez , nous aurons l’argent.

DERVILLE, parlant.

Eh bien ! et moi

Vous aurez ( his, ) la femme et la charge.

DERVILLE

D’ailleurs , quand vous prétendez qu’Elise n’a que Go,ooo fratics.

JOLIVET

Oui, Monsieur Je puis vous donner les renscignemens

«O L’INTERIEUR DE L’ETUDE

les plas exacts.... Son père , qui était un de rae s cliens , est décédé le 6 mai 1U14.... Ledit jour, apposition des scellés : le i 4 du même mois, ouverture du testament, par lequel il nomme tuteur <le la jeune personne, mineure, M. Isidore Franval , son oncle paternel....

DERVILLE

Et quel est ce Franval ï

JOLIVET

Ledit Franval, négociant à Hambourg, déclara, par une lettre du a juin, qu’il acceptait avec plaisir la tutelle de sa nièce ; mais son commerce ne lui permettant pas de quitter sa résidence, 011 nomma un subrogé-tuteur pour veiller de plus près aux intérêts de ladite demoiselle, mineure, et ce subrogé-tuteur est votre serviteiv, qui depuis six ans a liquidé et administré tous les biens de la succession-.... Ainsi, )e crois que je m’entends un peu en affaires... Ëtqitand je dis qu’Elise a 60,000 fr.... c’psi que c’est tout au plus si ça va là...

DERVILLE

Eb bien! qu’importe; 60,000 francs! c’est assez pour payer une partie de ma charge! Avec le temps, nous acquitteron.s le reste.... Vous pouvez attendre, vous qui êtes riche !*....

JOLIVET

Je suis riche!.... jusqu’à un certain point..:.. Je n’ai pour tout bien que ma charge, que vous me devez,...

DERVILLE

Et ce petit domaine que vous avez acheté dernièrement

le domaine de Yilliers, une affaire superbe, disiez-vous ?

JOLIVET. • ’

Mon ami.... c’est une horreur... J’ai été trompé!...

DERVILLE

Bah! un vieux procureur coihme vousi*...

JOLIVET

Les plus fmsy sont pris; l’affaire était si avantageuse que

! *e n’ai pas examiné..» Celui qui me l’a vendu en était bien e possesseur,... mais possesseur temporaire!.... vu que le comte Durfort qui en était le propriétaire, est disparu depuis vingt-neuf ans... et qu’on ignore ce qu’il est devenu... Je sais

COMEDIE

ir

bien qu’il ne faut plus (ju’un an pour qu’il y ait prescription., et alors je ne risquerai plus rien... mais si d’ici u le véritable comie Durfort ou'ses héritiers s'avisaient de revenir.... ça ferait un fameux procès.

DERVILLE

Ah! que c’est heoreux! vous me le donneriez.

JOLI VET

Du tout... je l’exploiterais moi-méme...

DERVILLE

Vous auriez tort... vous savez bien que les procurenrs prennent encore plus cher que les avoués ! si c’est possible.. Adieu... je vous quitte... j’ai quelques affaires très pressées., et il faut que j’aille de bonne heure au palais.... J’espère qne vous ne më tiendrez pas rancune, et qu’aujourd’hui vous ma ferez le plaisir de venir passer la soirée chez moi.

Page 1