L'oluiigeld était une taxe sur ie vin
a54 l'internationale
hres de la Section internationale de Zurich. Quoiqu'ils viennent d'adopter une ligne de conduite bien didërente de; celle que nous croyons la bonne, il n'y a pas de dillérence essentielle entre leurs principes et les nôtres : ils ont voté avec nous au Congres de B;\le pour la proiu'iélé collective.
Unis (toMjnu^ nous le sommes sur le terrain des principes fondamentaux, n'csl-ii pas rcgr(^ttahle qu'on n'ait pas songe à s'entendre pour une action comnnine ? Sans doute nos amis de Zurich ont eu de bonnes raisons pour se décider en laveur de la tactique qu'ils viennent d'inaugurer })ar la publication de leur journal ; mais ces raisons, ils ne nous les ont pas communiquées : peut-être, si une conl'érejice préalable de délégués se fût réunie pour discuter la marche à suivre, quelques-unes de nos objections fussent tombées, ou bien nos amis de la Suisse allemande auraient eux-mêmes modifié leur manière de voir.
Ce qui n'a pas été fait peut se faire encore. Dans l'intérêt du développement de l'Internationale en Suisse, et pour empêcher que l'activité de ses Sections ne s'éparpille dans des directions opposées, nous croyons qu'il est urgent de se voir et de chercher à s'entendre. Il appartiendrait au Comité fédéral l'omand de prendre l'initiative d'une réunion de délégués de toute la Suisse, qui amènerait sans doute des résultats heureux *.
Tandis que le Progrès, tout en marquant ce qui nous séparait du programme des socialistes de la Suisse allemande, les traitait avec une cordiale sympathie en affirmant les sentiments fraternels que nous professions à leur égard, j'écrivais, dans le même esprit de sincère fraternité, une « lettre ouverte » à un mutuellisle parisien, André Murât, délégué des mécaniciens de Paris au Congrès de Bâle, qui venait de faire imprimer le rapport présenté par lui à ses commettants. Cette lettre fut publiée en tête du numéro du Progrès du i" janvier 1870. La voici :
Lettre au citoyen Murât, Délégué des mécaniciens de Paris au Congrès de Bàle.
INIon cher Murât,
J'ai lu avec intérêt le rapport sur les délibérations du Congrès de Bâle que vous venez de publier. Vous y insistez d'une manière particulière sur le vote concernant la propriété collective, et vous reproduisez en détail les arguments dont vous vous étiez déjà servi à Bâle pour la combattre. Je vous remercie, pour ma part, de m'avoir donné cette occasion de constater une fois de plus ce que j'avais déjà remarqué souvent, savoir : que, parmi les adversaires delà propriété collective, les uns, partisans de l'individualisme absolu, comme les économistes, arrivent simplement à l'absurde, tandis que les autres, ceux qui comme vous se disent socialistes, ceux qui veulent l'égalité et la justice tout en prétendant maintenir la propriété individuelle, aboutissent à des contradictions flagrantes.
Etablissons d'abord le premier point, en examinant le principe de l'individualisme et ses conséquences.
Ce principe, vous le foi'mulez vous-même en ces termes : « La
1. Cet article fut reproduit dans l'Egalité du 1" janvier 1870, qui le fit suivre de ces mots : « L'Egalité ne peut que s'associer aux regrets et aux espérances du Progrès »,
société, composée d'individus, ne peut pas avoir le droit de déposséder ses membres ; » et je le développerai en ajoutant : « La liberté de chaque individu doit être absolue ; il doit jouir de la plénitude de ses droits naturels, et aucun autre individu ne peut y porter atteinte. Or, comme la société n'est qu'une agglomération d'individus, il est clair que mille, que cent mille individus réunis, ne se trouvent pas, par le seul fait de leur réunion, posséder des droits nouveaux ; et comme chacun d'eux, pris isolément, n'a pas le droit d'attenter à la liberté, à la propriété de son semblable, leur agglomération, qu'on appelle la société, n'en a pas le droit non plus. Et ainsi se trouve établie l'inviolabilité absolue du droit individuel et la négation du droit social. »
Voilà, je crois, le principe individualiste exposé en termes clairs et exacts. Sur ce principe les économistes se fondent pour garantir la liberté du capitaliste, du propriétaire, contre la tj'rannie de ceux qui n'ont rien. Soit. Mais alors soyons logiques. Si l'individu est tout, et la société rien, si la société n'a pas de droits supérieurs à ceux des particuliers, comment les économistes justifient-ils l'existence des Etats actuels ? où l'Etat, où la société prend-elle le droit de lever des impôts, de créer des routes en expropriant les individus, d'exiger des particuliers le sacrifice de leur vie pour la défense commune? que dis-je ! de quel droit la société prétend-elle empêcher certains individus de satisfaire leur penchant naturel au brigandage, à l'assassinat ?
Il y a des économistes qui tâchent d'être logiques ; non pas jusqu'au bout, c'est vrai, certaines conséquences les font reculer, — mais ils admettent du moins une partie de ce qu'implique leur principe : ils nient que la société ait le droit de s'occuper de l'instruction des enfants, ou d'exproprier un citoyen sans son consentement, etc.
Et ce qu'il y a de singulier dans cette affaire, c'est qu'en faisant sonner bien haut les droits de l'individu, en réclamant pour le propriétaire le droit d'user et cV abuser de sa propriété, de faire à ses employés les conditions de salaire qu'il voudra, de prêter son argent ou de louer ses maisons au taux que bon lui semblera, enfin en lui ouvrant sans restriction la carrière de l'exploitation sans frein, les mêmes économistes, dignes disciples de Malthus, dénient au prolétaire le droit au travail, le droit de vivre !
Mais quelque intrépidement qu'on puisse aller dans la voie de l'absurde, il y a un moment où il faut s'arrêter. Aussi personne, parmi les individualistes les plus forcenés, n'ose être absolument conséquent avec les prémisses. La loi de solidarité s'impose avec une telle force à tous les êtres humains que les plus aveugles la sentent ; et reconnaître l'existence de cette solidarité, c'est ailirmer le droit social. Et si vous permettez à la société, dans une circonstance quelconque, d'intervenir auprès de l'individu, et de lui dire : « Halte-là ! ceci ou cela est nuisible à tes frères ; tu voudrais persister, en invoquant ta liberté personnelle ; moi, je t'arrête au nom de la liberté de tous ; » — si vous admettez la légitimité d'une telle intervention lorsqu'il s'agit, par exemple, de préserver la vie des citoyens, comment l'empôcherez-vous lors(ju'il s'agira de gai*antir à tous le bien-être, l'instruction, le travail, la liberté ? et qui sera juge de l'opportunité de cette intervention, sinon la société tout entière ?
Il n'est pas nécessaire d'insister davantage sur ce qu'a de dan-
-2.50 l'intern\tionale
gereiix et derroné la llicoric de riiulividualisme professée logiquement et de bonne foi. ni sur ce qu'a d'hypocrite la même théorie professée il la façon des économistes hour-gcois. Vous êtes socialiste;, mon cher Murât ; vous n"av<'z rien de; commun avec les souteneurs de l'exploitation, vous voulez l'égalité. Mais vous pi-enez, comme les économistes, votre point de départ dans le droit absolu de l'individu. Voyons comment de ce principe vous déduisez le socialism<; égalitaire.
D'abord l'équité exige que Je fasse rcimarquer que vous repoussez la dénomination iV individualiste, et que vous vous donnez, avec Proudhon, celle de mutueltiste. Puis, tout en maintenant hautement les droits de l'individu, vous accordez à la société certains droits que vous appelez ^/-ozïs de garantie. Telle est du moins la théorie contenue dans les considérants des résolutions que vous aviez proposées à 13rde de concert avec Tolain, Langlois, etc., et dont je reproduis les deux premiei's :
« Considérant que la collectivité ne peut avoir de droits qui portent atteinte aux droits naturels des individus qui la composent ;
(( Que, par conséquent, les droits collectifs ne peuvent être que des droits de garantie mutuelle qui assureront à chacun le libre exercice de ses facultés. »
J'admets en plein ces principes, aussitôt qu'on. aura défini ce qu'on appelle les droits naturels de l'individu. Et si vous me dites que ces droits sont ceux de vivre en travaillant, et d'exercer librement toutes ses facultés, mais que V aliénation du sol et des capitaux entre les mains de quelques-uns ne saurait constituer un droit naturel, et que vous convenez avec nous que c'est un privilège et une exploitation, — si c'est là le sens de vos considérants, nous sommes d'accord. Nous sommes d'accord, dis-je, parce que les principes que je viens d'énoncer ne sont autre chose que les principes collectivistes.
Et je trouve dans vos paroles mêmes la preuve que, sans vous en douter peut-être, vous pensez comme nous. En effet, de la question de la propriété, vous passez à celle des sociétés de résistance, et, après avoir expliqué les principes qui doivent présider à leur formation et à leur fédération, vous écrivez ces lignes, que tous les collectivistes signeraient des deux mains :
« On comprend facilement qu'avec une pareille organisation, les sociétés de résistance se transformeraient bientôt en sociétés de producteurs libres, propriétaires de leur outillage, et, par conséquent, de leurs produits, dont elles se garantiraient l'échange, — soit en exigeant des détenteurs actuels une part dans les bénéfices de leurs entreprises par la participation directe et effective, soit en rachetant par voie d'annuités tous les instruments de travail ; soit, si ces modes n'étaient pas acceptés, en expropriant purement et simplement les capitalistes. »
Comment, mon cher Murât ! vous voulez que l'outillage soit la propriété, non plus des capitalistes isolés, mais des associations de producteurs! vous allez jusqu'à proposer d'exproprier purement et simplement les capitalistes ! Est-ce là ce que vous appelez les droits absolus de l'individu ? Yoilà donc comment vous entendez protéger ces pauvres propriétaires contre la spoliation ? Ah ! vraiment, c'est une mauvaise plaisanterie que de s'appeler mutuellistes, de rejeter avec indignation la propriété collective, et de réclamer la chose en repoussant le nom.
Laissez-moi donc vous tendre, au nom de mes amis, la main de l'entente fraternelle et complète. Gomme nous, vous voulez la propriété collective ; pas plus que vous, nous ne voulons du communisme autoritaire, et les reproches que vous faites aux communistes et aux collectivistes, — car vous les avez jusqu'ici confondus dans une même réprobation, — nous ne les méritons certes pas. Aussi, tout en faisant remarquer que vos paroles ne s'appliquent qu'aux systèmes autoritaires, et non aux théories collectivistes dont le dernier mot est l'an-archie, je reproduis avec plaisir, pour terminer cette lettre, les lignes dans lesquelles vous établissez le but que doit se proposer le véritable socialisme :
« Le plus grave repi'oche que je fais à toutes les combinaisons communistes ou collectivistes, c'est qu'elles font abstraction de l'homme, de sa nature, de son tempérament, de ses tendances, de ses droits, c'est-à-dire que l'homme devra s'y soumettre, tandis qu'au contraire je crois qu'il est le plus grand destructeur possible de combinaisons, si ingénieuses qu'elles soient, et quelque apparence de justice qu'elles puissent présenter, et que la marche du progrès est justement qu'elles soient aussitôt dépassées qu'indiquées. C'est donc perdre son temps que de penser créer une société où tout sera prévu à l'avance, et je crois qu'il vaut mieux porter ses efforts sur les points que l'expérience journalière nous a démontré faire obstacle à la tendance égalitaire de l'humanité, pour les faire disparaître, en laissant à l'homme son initiative et sa liberté d'action de plus en plus grande . »
En effet, le temps du socialisme utopique et métaphysique est passé : les systèmes des rêveurs de cabinet ont fait place au socialisme positif et expérimental, qui appuie toutes ses affirmations sur des faits, qui élève ses principes, par la rigueur de ses démonstrations, à la hauteur de vérités scientifiques, et qui n'est autre chose, en somme, que l'intelligence du peuple constatant les lois naturelles des sociétés humaines.
Recevez, mon cher Murât, mon salut fraternel.
James Guillaume.
Neuchâtel, 3o décembre 1869.
Dans le même numéro du Progrès, j'annonçais l'apparition de la Marseillaise, de Paris (qui m'était envoyée régulièrement depuis quelques jours), en publiant un passage d'une lettre que m'adressait Varlin, et en déflnissant une fois de plus, d'accord avec mon correspondant, ce que nous entendions par collectivisme. Je reproduis également cet article :
La Marseillaise.
Nous saluons avec la joie la plus vive l'apparition d'un nouveau journal socialiste, fondé à Paris par les électeurs de Roclierorl, et qui s'appelle la Marseillaise. Ge journal, qui est quotidien, remplacera avantageusement le Travail, qui ne paraissait qu'une fois par semaine, et son format, égal à celui des plus grands journaux parisiens, ainsi que l'étendue de sa publicité, en feront pour l'Internationale un organe actif et précieux.
Ge sont en ellet les principes de l'Internationale que la Marseillaise défend. Ge journal ne sera pas un instrument remis aux mains d'un homme pour y faire de la polémique à sa fantaisie, il sera
l'expression des opinions d'un comité élu par une assemblée populaire de socialistes.
Voici ce que nous écrit à ce sujet un de nos amis de Paris, qui fait lui-môme partie de ce comité de rédaction :
«La situation actuelle de la France ne permet pas au parti socialiste d<^ rester étranj^er à la jjoliticjiK;. En ce moment, la question de la (-Ijute pro(;haine de l'enijjire i)riinc tout le reste, et les socialistes doivent, sous peine d'abdiquer, prendre la tète du mouvement. Si nous nous étions tenus à l'écart de la politifjue, nous ne serions rien en France aujourd'bui, tandis que nous sommes à la veille d'être tout.
« 11 faut donc qu'un journal socialiste ait, à côté de la partie réservée aux questions sociales et ouvrières, une partie spécialement politique.
« La direction de cette partie politique de la Marseillaise a été confiée à Rochefort, qui, grâce au mandat impératif qu'il a accepté franchement, est devenu le véritable porte-voix du peuple de Paris. Les rédacteurs de la partie politique devront toujours être complètement révolutionnaires, non seulement contre l'empire, mais contre toutes les institutions gouvernementales actuelles.
« Quant à la partie socialiste du journal, la plus importante, elle a pour principal rédacteur Millière, un des socialistes les plus capables que je connaisse. Les principes que nous devons nous efforcer de faire prévaloir sont ceux de la presque unanimité des délégués de l'Internationale au Congrès de Bâle, c'est-à-dire le collectivisme ou le communisme non autoritaire ^ . »
Il est nécessaire de faire ici une remarque pour éviter les équivoques que pourrait faire naître l'emploi de termes mal compris.
Le mot de communisme a été appliqué, au début du socialisme, à des doctrines utopiques et autoritaires comme celles de Thomas Morus, de Babeuf, et, de nos jours, celle de Cabet. Cependant ce mot n'emporte pas nécessairement avec lui l'idée d'autorité : on peut très bien se figurer un communisme non autoritaire. Mais ce terme
1. Le même jour (2o décembre), Varlin avait écrit à Aubry, de Rouen, une longue lettre qui figure in-extcnso dans l'acte d'accusation du troisième procès de l'Internationale à Paris (22 juin 1870), et dans laquelle on retrouve mot pour mot la fin de cette dernière phrase. « Millière, nommé directeur, — écrivait Vàrlin, — est en même temps et surtout chargé de la ligne socialiste du journal. Cette ligne est celle affirmée par la presque unanimité des délégués de l'Internationale au Congres de Bâle, c'està-dire le collectivisme, ou communisme non autoritaire. » Cette lettre contient un passage qui fait connaître les vues des militants de l'Internationale parisienne à ce moment : « Il est utile que je vous donne quelques explications sur la Marseillaise, afin que vous ne croyiez pas qu'il n'y a lu qu'une machine de guerre contre l'empire... Les fondateurs se proposent non seulement de faire de la propagande, mais encore de rallier tout le parti socialiste européen, d'établir, par la voie du journal, des relations permanentes entre tous les groupes ; de préparer, en un mot, la révolution sociale européenne. Pour vous faire connaître plus complètement encore l'esprit des fondateurs, je dois vous dire que, dans nos réunions, nous avons été presque unanimes à reconnaître que nous n'étions pas prêts pour la révolution ; qu'il nous fallait encore un an, deux ans peut-être, de propagande active par le journal, les réunions publiques et privées, et l'organisation de sociétés ouvrières, pour arriver à être maîtres de la situation et être assurés que la révolution ne nous échappera pas au protit des républicains non socialistes. La partie politique du journal n'est que l'accessoire, un journal devant être varié pour être lu ; la partie sociale est la seule importante pour nous. Il faut nous appliquer à la rendre intéressante et sérieuse, afin qu'elle prenne chaque jour plus d'extension dans le journal. Pour cela nous avons besoin du concours de tous nos amis, me disait Millière dans notre entrevue do ce matin. »
de communisme ayant gardé quelque chose de défavorable, à cause de l'emploi qui en avait été fait, les Sections de Tlnternationale ont généralement préféré, pour désigner la doctrine socialiste qui veut que la terre et les instruments de travail soient propriété commune, le mot nouveau de collectivisme.
Dans les sociétés ouvrières de Paris, l'expression nouvelle paraît n'avoir pas encore fait fortune, et on s'en tient généralement au terme ancien de communisme, mais en lui donnant une signification qui, bien différente de celle qu'y attachaient les autoritaires de 1848, répond exactement à celle que nous donnons au mot collectivisme.
L'année 1870 paraissait s'ouvrir sous d'heureux auspices. Nos amis de France étaient pleins d'ardeur et d'espoir, et nos cœurs battaient à l'unisson des leurs. U Egalité , dans son n" du x" janvier, saluait la nouvelle année en disant : « Que l'organisation générale de l'Internationale s'aclive, et que bientôt, par elle, dans tout l'univers, le règne de la Justice prenne la place de tous les despotismes écrasés !» — et le Conseil de rédaction publiait en tète du journal la déclaration suivante :
« Le Conseil de rédaction aux abonnés.
« Au moment où notre journal entre plein de vigueur et d'avenir dans la deuxième année de son existence, les soussignés, membres du Conseil de rédaction, croient de leur devoir, pour éviter toute erreur au sujet de la rédaction de notre journal, de déclarer :
« i" Que pendant l'année écoulée le Conseil a eu régulièrement, sans interruption, ses séances hebdomadaires ;
« 2" Que tous les articles parus dans l'organe officiel de nos Sections ont été discutés dans ces séances et admis par ledit Conseil ;
« 3° Que s'ils ont à continuer la rédaction de V Egalité jusqu'au Congrès romand, ils lui maintiendront la marche qui lui est imprimée aujourd'hui et l'unité de vues résultant du parlait accord des membres du Conseil de rédaction soussignés,
« Ch. Perron, Dutoit, A. Lindegger, Ph. Becker, P. Robin, Pinier. »
On remarquera qu'à ces signatures il manquait celles de Waehry et de Paillard.
Bakounine à Locarno {noverubve-mars) ; la traduction du Kapital ; retour de Nctchaief (Jauvier). La « Communication privée » du Conseil général de Londres (/" janvier iS-o). Démission de la rédaction de TEgahlé (V janvier) ; Outinc et M'œhry s^emparent du journal. La situation à Paris ; journée du I j janvier. Robin quitte Genève pour Paris {févi-ier). Poursuites contre JSetchaïeJ' ; articles du Progrc's (J et ly Jévricr, 5 mars). Les rapports devieU' nent tendus entre Genève et les Montagnes, lia/iouinne se rend a Genève pour les affaires russes {la mars). Assemblée de Lyon (ij mars). Convocation du Congrès romand pour le ^ avril à la Chaïux-de- Ponds ; on se prépare de part et d'autre à la lutte. La Conlidenlielle Mitthcilung de Mar.x (26 mars). Der" nier article du Progrès {j avril).
En quittant Genève, Bakounine s'était rendu à Lugano ; mais conmio Mazzini séjournait dans cette ville, les réfugiés italiens de son entourage engagèrent Bakounine à se fixer de prélérence à Locarno : il suivit ce conseil, et loua, pour le prix de cinquante-cincj francs par mois (lettre à Ogaref), un apparleinent meublé dans la maison de la veuve Teresa Pedrazzini. Ainsi qu'on l'a vu par la lettre qu'il m'avait écrite le 3 octobre, il ne* voulait pas qu'on sût où il était, et il ne donna son adresse qu'à de
aBo r/lNTER>fATIONALE
rares amis. Depuis le refroidissernenl qui s'était produit dans ses rapports avec la j^rincesse Oholensky, c'est-ù-dire depuis la dissolution de l'ancienne Fraternité internationale, il lui avait fallu se préoccuper de se créer des moyens d'existence : par l'intermédiaire d'un jeune Russe (\m habitait l'Allemagne et que j'appellerai Y. Z.', il fut mis en relations, dans l'automne <le i80y, avec un é<liteur juif de Saint-Pétersbourg, Poliakof, qui le chargea de faire une traduction russe du livre de Karl Nlarx, J)afi Kapital : le prix de cette traduction fut lixé à neuf cents roubles, dont Bakouninc reçut le tiers d'avance '.
A c(; moment, Bakouninc était encore censé Ctre en bons termes avec Marx. Celui-ci, lors de l'apparition de son livre, en i867, lui avait fait hommage d'un exemplaire ; et Bakounine a raconté lui-même à ce sujet la petite anecdote que voici :
Pendant le Congrès de la paix, à Genève, le vieux communiste Philippe Becker, comme Marx l'un des fondateurs de l'Internationale, et son ami, toutefois à la manièi^e allemande, c'est-à-dire ne demandant pas mieux que d'en dire pis que pendre quand il peut le faire sans se compromettre, me remit de la part cle Marx le premier volume, le seul qui ait paru jusqu'à présent, d'un ouvrage excessivement important, savant, profoad, quoique un peu abstrait, intitulé Le Capital. A cette occasion, je commis une faute énorme : j'oubliai d'écrire à Marx pour le remercier. Quelques mois plus tard... '
Le manuscrit s'interrompt malheureusement ici. Mais un autre manuscrit, un projet de lettre au socialiste espagnol Anselmo Lorenzo, du 7 mai 1872, qui contient la môme historiette, en donne la lin :
A cette époque, j'ai commis une grande faute. Je ne me suis pas empressé de l'en remercier, et de lui faire mes compliments de cet ouvrage vraiment remarquable. Le vieux Philippe Becker, qui le connaît de longue date, ayant appris que j'avais commis cet oubli, me dit alors : « Gomment, tu ne lui as pas encore écrit ! Eh bien, Marx ne te le pardonnera jamais. » Je ne crois pas pourtant que c'ait été la cause de la reprise des hostilités par Marx et les marxistes contre moi. Il y a une autre cause plus sérieuse, toute de principe, mais qui, en se confondant avec les anciennes causes personnelles, a donné naissance à l'ignoble persécution dont je suis aujourd'hui l'objet de leur part *.
Bakounine était rentré en correspondance avec Joukovsky (lettre du 23 novembre), qui venait de se fixer à Genève, et à propos duquel il avait écrit à Ogaret (le 16 novembre) : « Cet homme a un cœur d'or, plein d'affection et de dévouement... 11 manque de caractère, c'est vrai. . . Fais en sorte de le rallier à nous : ce sera utile, et c'est très possible. Pour cela, sans jamais lui confier de grand secret, fais-lui part de quelque chose de peu d'importance réelle, mais qui en ait l'apparence, comme, par exemple, que je me trouve actuellement à Locarno ; confie-lui ce secret en lui disant que je t'ai autorisé à le lui communiquer, mais en le priant de n'en soufiler
1. Le nom de cet intermédiaire ne m'a été révélé qu'en 1904, par R. S., qui fut, de 1870 à 1876, le plus intime des afïîdés russes de Bakounine ; il m'a demandé de ne pas publier ce nom, parce que la chose pourrait avoir encore des inconvénients. C'est cet Y. Z. qui est désigné par l'initiale L. dans une lettre de Bakounine à Ogaref du 14 juin 1870. Ce n'est pas Lopatine, comme quelques-uns l'ont cru, ni Negrescul.