‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 114 sur 314 · Lettre publiée par Nettlau · texte numérisé non relu

Lettre publiée par Nettlau

4. Joukovsky, après ni'avoir montré cette lettre, la garda par devers lui ; cela explique qu'elle ait été retrouvée dans ses papiers par Nettlau, qui l'a publiée.

1° D'envoyer un délégué au Congrès de la Suisse romande pour protester contre le Comité fédéral qui l'a repoussée, et pour demander sa reconnaissance au Congrès, aussi bien que de son délégué ;

2° D'exprimer sa sympathie et de demander l'amitié de la Section de propagande de la Chaux-de-Fonds.

Joukovsky vous dii^a en détail que parmi les raisons qui ont servi au Comité fédéral de prétexte pour refuser la Section de propagande était celle-ci : « Si nous acceptions la Section de propagande de la Cliaux-de-Fonds, nous devrons accepter celle de l'Alliance ; et ayant repoussé cette dernière, nous devons repousser l'autre». C'était tout à fait logique. Seulement, pour être plus logiques encore, ils devraient également abolir la Section centrale de Genève.

Conclusion : la cause de la Section de T Alliance est inséparable de celle de la Section de propagande. L'Alliance joindra sa protestation à celle de cette Section, et elles doivent être soutenues et doivent triompher ensemble.

Je compte pour cela sur toi et tous les amis.

La question de l'acceptation des délégués de la Section de l'Alliance et de celle de la propagande doit être la première, pour qu'ils puissent discuter et voter, et vous donner des voix.

Coullery doit être foutu.

Outine vous fera des avances, repoussez-les ; il est l'espoir de Perret. Il est perfide, flatteur, insinuant; que toute la phalange des vôtres le repousse; ce sera de la bonne et juste pratique, cela. Quelque nul qu'il soit par son intelligence, par son esprit d'intrigue il est très dangereux. Repoussez l'espoir de Perret.

Quand il verra battre Peri'et, il sera capable de parler dans votre sens et de voter avec vous ; laissez-le voter avec vous, mais défiezvous-en et repoussez-le ; je le dis parce que je le connais.

M. Bak.

Par l'intermédiaire de J.-Ph. Becker, — qui jouait double jeu, et qui, membre encore à ce moment de la Section de l'Alliance, intriguait avec nos ennemis, — Outine était entré en rapports personnels avec Marx. Il avait reçu récemment de celui-ci une lettre le chargeant de recueillir des faits et des documents contre Bakouninc; '. Naturellement il avait accepté avec joie cette tâche glorieuse, dans laquelle devaient l'aider quelques anciens membres de l'Alliance, tels que Guétat et Duval. Et Marx se croyait déjà assez sur de pouvoir accabler celui qu'il regardait, depuis le Congrès de Bâle, comme \in adversaire qu'il fallait perdre à tout prix, pour se risquer à écrire contre lui, eu sa qualité olliciclle de correspondant du Conseil général pour l'Allemagne, une dénonciation calomnieuse et secrète, la Conjldentielle MittheUung du 28 mars 1870, qu'il adressa à son atlidé le

1. « Déjà au printemps de 1870. je savais — .M. Online, un petit juif russe qui par toutes sortes de vilenies s'ellorce de se faire une position dans cette pauvre Internationale de (îenève, l'ayant raconté à qui voulait 1 entendre — que M. .Marx lui avait écrit une lettre confidentielle dans la<iuelle il lui recommandait de recueillir contre moi tous les faits, c'est-à-dire tous les contes, toutes les accusations aussi odieuses que possii)le, avec des apparences de preuves, en ajoutant que si ces apparences étaient plausibles on s'en servirait contre moi au procliain Coni^rés. » (Lettre de Bakounine, destinée, mais non (mvoyée, à la lAhrrlc de Bruxelles, Zurich. I> octobre 1872 ; le manuscrit en a été retrouvé par Ncttlau et in»priiné par lui en 1801 dans la Société nouvelle, Bruxelles, iU' année, t. H, p. 5.)

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D'^ Kugeliiianii ', à Hanovre, pour Cire coinniuniquce parles soins de celuici aux. principaux chefs du parti de la démocratie socialiste allemande, et en première ligne au Comité central du parti à Brunswick. L'existence de cette « Comnmnication confidentielle » nous lut révélée en 1872 par les débats du procès de Leipzig ; mais nous n'en connaissions pas le contenu, et ce n'est qu'en cette année 1900 que j'ai eu enfin l'occasion d'en lire le texte (il a été publié dans le numéro du 12 juillet 1902 de la Neiie Zeit). Voici ce document, littéralement traduit de l'allemand :

Intkrnationai. Workin(;men's Association

CeNTHAL COUNCIL, LoNbON

Communication confidentielle.

Le Russe Bakounine (quoique je le connaisse depuis i843, je laisse ici de côté tout ce qui n'est pas absolument nécessaire à l'intelligence de ce qui va suivre) eut peu après la fondation de l'Internationale une entrevue avec Marx à Londres. Ce dernier l'admit à ce moment dans l'Association, pour laquelle Bakounine promit d'agir de son mieux. Bakounine se rendit en Italie, reçut là, envoyés par Marx, les statuts provisoires et l'Adresse aux classes ouvrières, répondit de façon très enthousiaste, mais ne fit rien ^ Après plusieurs années, durant lesquelles on n'entend

1. C'est ce même Kugelmann dont j'avais fait la connaissance en 1867, au Congrès de Lausanne, et avec qui j'avais noué alors des relations amicales.

2. Marx avait rendu visite à Bakounine lorsque celui-ci passa par Londres en octobre 1864, revenant d'un second voyage en Suède, et se rendant en Italie. Nous avons sur cette entrevue le témoii^nage de Balîounine lui-même dans une page de la Théologie-poliliqufi de Mazzini (1871), que voici :

(( J'ai eu le bonheur de rencontrer Mazzini, et même fort souvent, pendant toute l'année 1862, à Londres. Je n'oublierai jamais le noble accueil qu'il me flt lorsque je vins dans cette ville, m'échappant de la Sibérie... Je suis même réterneliement obligé de Mazzini, car, avant môme de m'avoir connu autrement que de nom, il avait pris généreusement ma défense contre d'infâmes calomnies que des émigrés allemands, des juifs surtout, avec cette noble délicatesse, la justice et le goût qui les distinguent, avaient pris à tâche de répandre (après 1849), non tant par haine personnelle contre moi qu'en général par haine pour la Russie, pour les Slaves, et particulièrement pour mon compatriote Alexandre Herzen, qui naturellement ne manqua pas de leur répondre ; ce que je ne pouvais pas faire, enfermé que j'étais dans les forteresses russes et plus tard en Sibérie, et ignorant que j'avais été attaqué de cette façon ignoble. Herzen m'avait même dit que le citoyen Charles Marx, devenu plus tard l'un des fondateurs principaux de l'Internationale et que j'avais toujours considéré comme un homme doué d'une grande intelligence et profondément, exclusivement dévoué à la cause de l'émancipation du travail, avait pris une part active à ces calomnies. Je ne m'en étonnai pas trop, sachant par mon expérience passée — car je le connais depuis 1843 — que l'illustre socialiste allemand, aux grandes qualités duquel j'ai rendu et je ne manquerai jamais de rendre pleine justice, a pourtant dans son caractère certains traits qu'on serait moins étonné de rencontrer chez un bellettriste juif, correspondant de gazettes allemandes, que chez un défenseur si sérieux, si ardent de l'humanité et de la justice. Donc arrivé, en 1862, à Londres, je m'abstins de lui rendre visite, naturellement peu désireux de renouveler connaissance avec lui. Mais en 1864, à mon passage par Londres, il vint me voir lui-même et m'assura qu'il n'avait jamais pris aucune part ni directe, ni même indirecte, à ces calomnies qu'il avait considérées lui-même comme infâmes. Je dus le croire. Quoi qu'il en soit, Mazzini avait pris noblement ma défense... J'aime Mazzini et je le vénère aujourd'hui autant qu'il y a neuf ans, et pourtant je dois le combattre. Je dois me mettre du côté de Marx contre lui. »

Il est aisé de s'expliquer pourquoi Bakounine ne fit pas, de 1864 à 1867, de propagande pour l'Internationale en Italie ; il se trouvait là dans un milieu où le terrain ne semblait pas encore préparé pour l'organisation ouvrière proprement dite, et il

plus parler de lui, il reparaît en Suisse. Là il se joint non pas à l'Internationale, mais à la Ligue de la paix et de la liberté. Après le Congrès de cette Ligue (Genève, 1867), Bakounine s'introduit dans le Comité exécutif de celle-ci, mais il y trouve des adversaires qui non seulement ne lui permettent aucune influence « dictatoriale », mais encore le surveillent comme suspect au point de vue russe. Peu après le Congrès de Bruxelles (septembre 1868) de l'Internationale, la Ligue de la paix tient son Congrès à Lausanne '. Cette fois Bakounine se pose en ftr-ebrand -',et — soit dit en passant ' — dénonce la bourgeoisie occidentale du ton sur lequel les optimistes [sic] moscovites ont coutume d'attaquer la civilisation occidentale pour pallier leur propre bax'barie. Il ]jro[)ose une série de l'ésolutions qui, ridicules en elles-mêmes, sont calculées pour inspirer l'effroi aux crétins boui'geois et pour permettre à Monsieur Bakounine de sortir avec éclat de la Ligue de la paix et d'entrer dans l'Internationale. Il suilit de dire que son programme proposé au Congrès de Lausanne ' contient des absurdités comme ïégalité '" des classes, V abolition de l'héritage comme début de la révolution sociale, etc. : des bavardages vides de sens, un chapelet de phrases creuses, qui prétendent être terribles, bref une insipide improvisation, qui n'était calculée qu'en vue de produire un certain elïet momentané. Les amis de Bakounine à Paris (où se trouve un Busse co-éditeur de la Repue positiviste) et à Londres annoncent au monde la sortie de Bakounine de la Ligue de la paix comme un événement \ et présentent son grotesque programme, cette olla podrida de lieux communs usés, comme quelque chose d'extraordinairement elïroyable et original.

Bakounine était sur ces entrefaites entré dans la Branche romande ' de l'Internationale (à Genève). Il avait fallu des années pour qu'il se décidât à faire ce pas ; mais il ne fallut pas un jour pour que Monsieur Bakounine résolût de bouleverser l'Internationale et de la transformer en son instrument.

Derrière le dos du Conseil général — qui fut renseigné seulement lorsque tout sembla prêt — il fonda l'Alliance des démocrates socialistes ". Le programme de cette Société n'était autre chose que celui que Bakounine avait présenté au Congrès de la paix de Lausanne \ La Société s'annonçait ainsi dès le début comme une société destinée

crut servir plus utilement la cause socialiste en créant l'association secrète destinée ii combattre l'ors^anisation niazzinionne. Ce fut seulement ([iiaml l'Internationale, d'une part, se fut révélée comme une force capable d'opérer la transformation sociale, et que, d'autre part, la faillite de la démocratie radicale ont été constatée au Congrès de Herne, (juc Hako\inine e arriva à comprendre combien Marx avait eu raison en suivant et en nous invitant tous i"! marcher sur la trrande route de la révolution économique » (lettri^à Marx du 22 décembre i8()8, reproduite p. 103).

1. Lire: «à Berne ». Marx semble, en certaines occasions, avoir été atteint d'une infirmité spéciale (|ui le mettait dans rimpossil)ilitr\ d(> reproduire exactement les mots ou les faits (lu'ii voulait citer. On en a déjà vu des c^vcm pies dans la " Communication privée » ; la ConfutfiblielU Milllieiluiuj en fournil de plus nombreux encore.

2. En anglais dans le texte. Firebrand signilie « boule-feu ».

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