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Texte collationné par Nellhui

3. Malou m'a raconté plus tard comment Lafari,Mie l'invita à déjeuner, et. l'ayant présenté à sa fenuue, lui dit avec emphase : « C'est la lillf de Karl .Marx. — Ivarl Marx, dit Malon, un peu confus de ne pas connaître celui dont on lui pari. lit, je crois avoir entendu ce nom-là. N'est-ce pas un professeur allemand ? — Mais non, c'est l'auteur du livre Vas Kapilaty — et Lafar^'ue alla clierclier le jj;ros volume. Vous ne connaissez pas ce livre là ? — Non. — Ksl-ce possible ? Vous ne savez donc pas (jue c'est Marx qui mène le Conseil général?» {IfuiU'tin de la Fcderaliun jurassititne, V6 juin 187-2).

4. Robin a narré cette historiette dans son « Mémoire justiticalif » de 1872 ; jo ne l'ai apprise qu'alors.

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phrase, des mots comme un siinjiJc moyen ne faisait que inarquer avec j»lus de force la subordination de tout mouvement |)oiitique au grand but, l'émancij>alion économique; il n'y entendait pas malice. Tout au contraire,

f)our les honmics de l^ondres, sous l'inspiration de qui Lalargue afïissait, es mots a.s- a rneans, a conmie un moyen », étaient censés signifier que l'aclion i)olilique était ohlii^atoire, et que, pour enjployer les termes du manifeste de Marx de 18G4, « la conquête «lu pouvoir politique était <levenuc le premier devoir de la classe ouvrière ». Les résolutions du Conseil général de Londres du i*-" janvier 1870 marquent bien clairement la préoccupation de Marx et de ses amis : ils se ménageaient un moyen de nous faire excommunier, en déclarant que « les doctrines du J'rogrèa et de VKg-alité étaient contraires aux statuts » (voir p. aG;). Mais Ilobin ne connaissait pas ces résolutions, et n'eut pas le plus léger soupçon des arrière-pensées que nourrissaient Marx et Lafargue.

En reproduisant le comjjtc-rendu de l'assemblée de Lyon, emj)runté à la Marseillaise du 21 mars, VfJgalité suj)prima la ligne qui disait que a les Sections suisses y avaient été représentées par le citoyen Schwitzguébel », et celle qui indiquait les noms des orateurs qui avaient parlé ajirès Richard, et où le nom de Schwitzguébel se trouvait. Celte omission était un symptôme du mauvais vouloir de la coterie genevoise à l'endroit des socialistes du Val de Saint-lmier. La Section du district de Courtelary avait demandé, peu de temps auparavant, la mise à l'ordre du jour du Congrès romand de cette question : « De l'attitude de l'Internationale vis-à-vis des gouvernements » ; et le Comité fédéral avait été contraint de faire droit à cette demande. Dans l'assemblée générale du mercredi 9 mars, au Temple- Unique, les meneurs avaient manifesté le déplaisir que leur causait cette addition malencontreuse au programme du Congrès : « Magnin demande des éclaircissements relativement à cette question. — Henri Perret croit que le but de la Section qui l'a présentée est d'engager à l'abstention dans les affaires poUtiques. — Guétat est opposé à l'abstention. — Outine combat l'abstention dans les affaires politiques. Il démontre que la présence d'un ouvrier dans un parlement est un immense avantage ;,.. un temps viendra où les travailleurs pousseront leurs représentants jusqu'au pouvoir suprême. — Guétat démontre qu'en Suisse, si les ouvriers le veulent, ils peuvent arriver au pouvoir par le vote. — Crosset engage à ce que l'on combatte énergiquement l'abstention au Congrès romand '. »

A quelques jours de là, dans son assemblée générale trimestrielle, le 20 mars, la Société de secours mutuels des graveurs et guillocheurs du Val de Saint-lmier décida de se transformer en société de résistance et d'adhérer à l'Internationale =. Le président delà nouvelle Section écrivit aussitôt au Comité fédéral romand, à Genève, pour demander l'admission dans la Fédération romande. Le Comité fédéral, afin d'écarter ce renfort qui arrivait aux collectivistes, et d'empêcher la Section d'envoyer une délégation au Congrès, ajourna sa décision, sous le j)rétexte que le président de la Société des graveurs et guillocheurs avait oublié d'envoyer les statuts de la Société, — en réalité parce qu'il savait que la Section serait représentée au Congrès par Adhémar Schwitzguébel.

Cette attitude des meneurs genevois devait les conduire à rechercher contre nous l'alliance du parti couUeryste de la Chaux-de-Fonds, à se réconcilier avec CouUery lui même. Mais invoquer l'appui d'un homme que quelques-uns d'entre eux avaient si durement traité, en 1868, après le Congrès de Bruxelles, d'un homme auquel le Congrès de Bàle avait infligé un blâme si formel et si énergique, n'était-ce pas se déclarer ouvertement réactionnaire ? et le Conseil général de Londres n'allait-il pas être obligé d'intervenir pour nous aider à sauver la Fédération romande des mains

1. Compte-rendu publié dans l'Egalité, numéro du 12 mars 1870.

2. Lettre signée Adhémar Schwitzguébel. Sonvillier, 21 mars, publiée dans l'Egalité du 26 mars.

(le CCS intrigants dangereux '.' Nous avions la certitude, nous, d'être d'accord avec l'iaternalionalc tout entière ; non seulement avec les socialistes de France et de Belgique, comme l'avait montré l'assemblée de Lyon, mais avec ceux d'Espagne et d'Italie, d'Autriche et d'Allemagne. Liebknecht, lui-même, dans ses polémiques avec Schweitzer, n'écrivail-il pas que pratiquer le parlementarisme (das Farlumenteln), cétait myopie ou trahison {Kurzsietit oder Verrath) ; que la question sociale ne devait pas être résolue dans un parlement, mais dans la rue, sur le champ de bataille ? Le Volksstaat accueillait et publiait une correspondance de Barcelone, écrite par Sentiiion, où il était dit que « les ouvriers espagnols ont commencé à comprendre que leurs associations et leurs fédérations peuvent et doivent remplacer l'Etat » ; à propos de la candidature d'Odger à Londres, « ils s'étonnaient que nos amis anglais, qui ont la réputation d'être des hommes pratiques, pussent être assez entants pour espérer un résultat quelconque de la nomination d'un ouvrier comme membre du Parlement ' ». Scliwitzguébel, qui commençait à s'essayer à écrire, esquissa la théorie collectiviste et l'édéraliste en une série de trois articles, intitulés L'Etat '\ De l'organisation industrielle et La révolution sociale ; ils parurent dans le Progrès (12 et 19 mars et 2 avril); on put lire également dans ce journal (2t) lévrier) un autre fragment du discours de De Paepe au meeting de Patignies, disant : a Donc, prolétaires, il y a trois choses à détruire : Dieu, le Pouvoir et la Propriété ; il y a une chose à établir, la Justice » ; une étude historique de B. Malon, L'idée sociale dans le passé et dans le présent (12, 19 et 2G mars) ; le texte de l'Adresse des travailleurs belges lue au meeting de Lyon (26 mars et 2 avril). Le Progrès, par suite de léclipse de V Egalité, était resté le seul représentant dans la Suisse française du socialisme collectiviste et révolutionnaire ; mais il évitait soigneusement toute parole malveillante à l'adresse du journal genevois, tout ce qui eût pu ressembler à une attaque dirigée contre les hommes qui gouvernaient au Temple- Unique.

Cependant une nouvelle intrigue s'ourdissait à Genève. Outine, avec la complicité de Becker, venait de former un projet bien étonnant : non content de s'être emparé de ['Egalité, il rêvait maintenant de s'emparer de la Section de l'Alliance, pour la neutraliser, en lui faisant modilier son programme. Dans l'assemblée générale de la Section du (5 mars, on s'occupa, conformément à ce qui avait été décidé, d'une revision du règlement. Dans celle du 13 mars, le procès-verbal porte cette mention : « Le citoyen Outine propose de chercher les moyens pour faire la propagande ; adopté ». A l'ordre du jour de l'assemblée du 2(i mars ligure, sans autre indication, une « proposition Outine ■' » ; et dans cette assemblée on procéda à une revision du programme, A l'article i*^', Becker proposa de remplacer les mots : « L'Alliance se déclare athée » par ceux-ci : « L'Alliance se déclare matérialiste », vu que, expliqua- t-il, « la négation sans allirmation ne veut rien dire »; Joukovsky ' proposa de mettre « athée et matérialiste »; c'est la proposition de Becker qui fut adopiéc. A l'article 5 : « Elle; reconnaît que tous les Etats politiques et autoritaires actuellement existants... doivent

1. Celte correspondance fut reproduite dans le Progrès du 19 mars 1870.

2. Crt article LEt'il m'a ùlé attribué par erreur dans le livre russe Développement historique de l'inlernatiouale {istorUctieslcuè razvitié InlernuLsionala), Zurich, 1873.

;i. Ce n'est pas qu'Oulinc fût devenu clleetivcment membre do la Section de l'Alliance. Les séances étaient publiques, et tout membre do l'Internationale avait le droit d'y parler. Mais il est certain qu Uuline avait annoncé l'intention de se (aire inscrire comme membre de la Section, et (ju'en même temps il avait fait des objections il certains arliclcs ilu programme, qu'il (ii'>irait voir cban,i,'er (Mémoire de la Fédération jurassienne, p. U'J;. C'est probablement à cela que se rapportent les mots « proposition Outine " du procès-verbal du l'.l mars.

4. Depuis le l'J mars, Joukovsky était devenu secrétaire de la Section, en remplacement de l'Espagnol Celso Goinis, qui avait (juitté Cenéve,

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disparaître... », Becker proposa de remplacer « Etats >) par « gouverncmeiils »; Joukovsky lit ol)server « que le mol. l^lal exprime toute l'orj^anisatioii bourgeoise, (ju'il itielut toutes les iili'-cs de privilèges et il'inégalités ; la société restera, mais les Etals disparaîtront»; eu conséqueuee, il demanda que l'on conservât le mot « Etats ». Au vote, la profîosilion de Joukovsky obtint deux voix ; celle de Becker réunit la majorité '. Outine était donc parvenu à ses lins ; mais son triomphe lut de courte durée. Bakounine, qui depuis le 12 mars, on l'a vu, se trouvait incognito à Genève pour les allaires russes, apprit ce cpii se passait dans l'Alliance, et jugea le moment venu de se montrer. Le 1'' avril, il ass-islait à la réunion du comité de la Section de l'Alliance, et le lendemain à l'assendjlée générale : il y proposa que la Seclion envoyât un délégué au (Congrès romand, pour protester contre l'ajournement indéilni qu'avait {)r(jnoncé le Comité ledéral le 22 septembre, et réclamer l'adunssion dans la Fédération romande; Becker objecta en vain la décision prise h; a'J janvier, en ajoutant que la Section de l'Alliance, ayant des membres dans dillérents pays d'Europe, ferait mieux de rester en dehors de la iédération des sections romandes: l'avis de Bakounine l'emporta, et Joukovsky lut désigné comme délégué. Ensuite, Bakounine prolesta contre les modifications api)ortées au règlement et au programme : il fit observer qu'elles avaient été laites en violation d'un article du règlement qui stipulait que toute proposition tendant à une modification de ce genre devait être aflichée pendant un mois. Après une courte discussion, il fut décidé d'annuler les votes émis à ce sujet dans les séances précédentes, et d'afficher les propositions de modifications, ainsi que le règlement l'exigeait : « ce qui priva l'Alliance de la gloire de posséder M. Ouline au nombre de ses adhérents » {Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 100).

En constatant le mouvement créé dans l'émigration russe par la venue de Nctchaïef en Occident, et la part prépondérante qu'y prenait Bakounine, Outine s'était senti mordu par Ja jalousie : il voulut, lui auj-si, faire quelque chose, et dreirser autel contre autel ; en conséquence, lui et son ami Troussof se constituèrent en « Section russe de l'Internationale «, demandèrent leur admission au Conseil général de Londres, et une leltre en date du 23 mars, signée de Troussof et publiée dans V Egalité (2() mars), annonça à l'univers que la Section russe se proposait de c-ombaltre a les idées vieillies et pernicieuses du panslavisme », et que le journal la Cause du peuple, dont Outine était le rédacteur en chef et Troussof le secrétaire, serait son organe.

On trouve quelques renseignements sur l'état d'esprit des meneurs de la coterie genevoise dans le compte-rendu, donné par VEg-alité le 2 avril, d'un « change banal » ijui eut lieu au Temple-Unique le 26 mars, à l'occasion d'une léle des menuisiers. Grosselin y fit un discours où, jouant sur les mots, il glorifia le « collectivisme », par lequel il entendait tout simple-' ment l'association. « On combat, dit-il, le socialisme par des sophismes, en disant à l'ouvrier que ce principe, ces idées, l'association, tout cela est contraire à. la liberté mdividuelle. Vaines paroles! le socialisme, aujourd'hui, partout se répand, et chacun a compris qu'il était une vérité. Ce n'est que parle collectivisme de nos sociétés que nous pouvons mettre un terme à l'exploitation que nous subissons. Ouvriers, groupez-vous donc! » Henri Perret, tout en adressant des compliments aux menuisiers, fil un aveu significatif : « Je dois m'expliquer franchement, mais il ne faut pas prendre mes paroles en mauvaise part. Qu'avons-nous fait depuis la grève de i8G8?Rien ou à peu près rien ; nous n'avons point encore d orgauisa-

1. 11 y a une erreur dans le mémoire de la Fédération jurassienne, où il est (.lit que les articles du progiamnu- dont Ouline demandait la revision étaient l'article t"' (« l'Alliance se déclare alliée » ) et l'article 4 ( d ... Elle repousse toute action politique qui n'aurait point pour but immédiat et direct le trioraptic de la cause des travailleurs contre le capital »},

tion de résistance, et pourtant il se présente toujours des grèves. En ayant des caisses fédérées, vous serez forts ; toutes les branches du bâtiment doivent être unies, et j'espère que ces conseils seront suivis et que l'on ne se contentera pas de paroles, mais de faits. » Duval, qui, malgré sa défection, ne pouvait pas sympathiser avec les politiciens, fît ressortir l'opposition entre l'organisation économique et l'organisation politique : « Il est indispensable que toutes les Sections aient une caisse de résistance, dit il, sans cela la révolution politique s'emparera du mouvement et nos intérêts seront encore une fois abandonnés ». Enfin Outine dit clairement la pensée dominante de la coterie à la veille du Congrès : « Il exprime le désir que les délégués, en se rendant au Congrès romand, soient fermes pour maintenir le journal et le Comité fédéral à Genève, Il y a pour cela plusieurs raisons : d'abord cette ville, par sa situation, est parfaitement placée pour recevoir les nouvelles importantes arrivant de France, d'Allemagne, d'Italie; en outre, c'est le plus fort groupe, et cette cité est, quant à présent, comme la capitale, du travail quant à la Suisse; de plus, nous avons ici la coopération typographique, que nous devons soutenir, car étant le fruit de la grève nous ne pouvons l'abandonner. » Il parla ensuite de sa récente création, la Section russe : « Comme Russe, je dois remercier au nom de mes compatriotes les Sections genevoises de l'hospitalité que nous y avons rencontrée ; c'est à leur contact que nous avons pu étudier la question du travail. Nous aussi nous avons formé une Section qui, acceptée par le Conseil général, le sera aussi, nous l'espérons, par la fédération locale. » Ainsi, Genève avait repoussé l'Alliance, mais ce devait être pour accueillix à sa place la Section de M. Outine.

J'ai dit que les meneurs genevois avaient recherché l'alliance du parti couUeryste de la Chaux-de-Fonds ; de leur côté, les coullerystes avaient été enchantés de constater qu'ils pourraient trouver un point d'appui à Genève pour reprendre la lutte contre les collectivistes, et que VEgalité qui, dans l'été de 1869, avait si rudement flagellé par la plume de Bakounine la trahison de leur chef, était maintenant devenue l'organe d'un « coopérativisme » qui ne pouvait plus effaroucher personne. L'entente fut conclue, et, par un acte public, le Comité fédéral romand donna un gage aux coullerystes du Cercle ouvrier, quelques jours avant l'ouverture du Congrès de la Fédération. Les collectivistes de la Chauxde-Fonds, je l'ai dit (p. 247), avaient constitué, en décembre 1869, un groupe qui s'était donné le nom de Section de la propagande; ce groupe travaillait à organiser à la Chaux-de-Fonds une fédération ouvrière locale. Il s'adressa au Comité fédéral romand pour lui demander d'être admis comme Section dans la Fédération romande. On vit alors cette chose inouïe : le Comité fédéral, pour complaire aux coullerystes, refusa l'admission de la Section de la propagande, en donnant les raisons suivantes (lettre du secrétaire fédéral Henri Perret, 27 mars) : L'article 2 des statuts de la Section disait qu'elle se proposait « d'entrer en relations avec le plus grand nombre possible de fédérations ouvrières, afin de connaître la position de l'Association internationale dans chaque pays » ; or l'établissement de relations directes entre la Section et d'autres organisations ouvrières était chose inadmissible, parce que de semblables relations seraient attentatoires aux droits du Comité tédéral ; en outre, l'article 17 disait que « le règlement pourrait être revisé en tout temps », ce qui, objectait le Comité fédéral, « était par trop élastique ».

Avant de connaître la décision du Comité fédéral, la Section de la propagande avait écrit à Perron, à (ienève, pour lui ofiVir un mandat de délégué pour le Congrès do la Chaux-de-Fonds ; elle pensait que Perron, en butte depuis des mois aux insinuations malveillantes de la coterie du Temple-Unique, devait être désireux d'avoir l'occasion de démas((uer, dans un débat public devant le Congrès, les manœuvres et l'intrigue de nos adversaires. Mais Perron était las de la lulte. et d'ailleurs des néces-

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sites économiques impérieuses l'enchaînaient à son travail professionnel et ne lui permettaient i)as, à ce moment, une absence de plusieurs jours; il répondit par la lettre suivante :

« J'ai dépensé six mois de mon temps et le peu d'argent que j'avais à créer l'Effalité, cl (piatre autres mois à essayer de fonder une imprimerie coopérative pour laquelle j'avais déjà réimi vingt mille francs, lorsque, entre autres motifs, 1 intérêt personnel d'un mauvais génie ' trop connu dans l'internationale de Genève est venu faire échouer un projet que les membres de l'Imprimerie coopérative actuelle ont lieu de regretter. Quoi qu'il en soit, après ces dix mois de temps perdu, je me suis trouvé en face de dettes et (le patrons bijoutiers qui me refusaient de l'ouvrage. La situation était tendue, j'ai redoublé d'activité, j'ai cherché de l'ouvrage à l'extérieur et j'en .ii trouvé ^ ; l'ouvrage presse maintenant, et m'absenter trois ou quatre jours c'est perdre ma clientèle, c'est perdre lindépendance que je me suis créée par mon travail, ma patience et mon activité. J'ai encore quelques dettes et je ne puis jouer ce jeu ; je dois donc laisser passer cette affaire du journal sans rien dire. Je désirerais vivement que le jour se fil tout plein sur la question du journal. J'aurais voulu faire la lumière sur cette question qui n'est jamais sortie des petits comités ; j'aurais voulu que la publicité des comptes-rendus du Congrès réduisît à néant, aux yeux de tous les membres de l'Association, les calomnies indignes dont Robin, ce champion si ardent et si avancé de Tlnternationale, a été victime ; j'aurais voulu faire ressortir ce fait qui est au fond du débat, c'est que ce sont les principes mêmes du socialisme révolutionnaire qui sont mis en question et cond)attus par ceux de nos frères qui en sont encore aux idées de 1848, ou aux idées qui prévalaient au début de l'Association internationale. Ce sont les idées confuses où nous étions nousmêmes pour la plupart, il y a deux ou trois ans à peine, qui sont aux prises avec la conception claire, parfaitement définie, des moyens de parvenir à l'affranchissement radical du prolétariat que beaucoup d'entre nous ont acquise. . . Après m'être vu calomnié à Genève pour avoir eu le courage de défendre jusqu'au bout le socialisme révolutionnaire et mon ami Robin, je suis encore forcé de me laisser calomnier sans défense devant les internationaux de la Suisse représentés au Congrès romand, et cela par des ouvriers, par nos frères ! C'est dur. . . Je réclame de vous, de votre amitié, que vous demandiez la nomination d'un jury d'honneur qui siégerait à Genève, et qui, dans ses séances publiques, ferait une enquête et prononcerait un arrêt porté à la connaissance de tous par V Egalité ' ».

Devant le refus ainsi motivé de Perron, la Section de la propagande désigna deux de ses membres, Fritz Heng et Henri Chevalley, pour la représenter au Congrès romand, y prolester contre la décision du Comité fédéral, et réitérer la demande d'admission dans la Fédération romande.

On apprit en même temps que la Section centrale de la Chaux-de- Fonds, ou ancienne Section, — celle des coullerystes, — venait de choisir, pour ses délégués au Congrès. CouUery lui-même — qui allait rentrer en scène — et un de ses amis, G. Robert-Giroud. C'était la déclaration de guerre.

Le samedi 2 avril, Bakounine m'écrivait de Genève la lettre suivante, qui fut apportée à la Chaux- de-Fonds le lendemain par Joukovsky * :

Mon cher ami, Hier soir, le comité de la Section de l'Alliance, sur ma proposition, a décidé qu'il sera proposé à la Section :

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