TROISIEME PARTIE, CHAPITRE PRECHER a
la paix à Berne en 18G8 pour créer 1" Alliance de la démocratie socialiste et se joindre à l'Internationale, comme les plus dangereux ennemis du peuple, ajoutant que s'il en avait un jour le pouvoir, il les ferait guillotiner. I.e président Dupleix, de Genève, quitta le fauteuil pour accuser la Section de l'Alliance de professer l'athéisme, et de ne croire ni à Dieu ni à la morale. Déjà le matin, Weyermann, de Genève, avait déclaré que, si l'Alliance était admise dans la Fédération romande, ses collègues et lui quitteraient le Congrès. On trouvera dans les pi^ocès-verbaux que la Solidarité publiera in-extenso tous les détails de cette discussion.
Après un long débat, il fallut se prononcer définitivement. Le président fit voter, par appel nominal, sur la question ainsi posée : La Section de l'Alliance de la démocratie socialiste sera-t-elle admise dans la Fédération romande ?
Vingt et un délégués dirent oui, dix-huit répondirent non '.
Aussitôt que le résultat du vote fut connu, ceux des délégués qui avaient voté non se levèrent d'un même mouvement, et déclarèrent qu'ils se retiraient du Congrès.
Le président Dupleix déclare qu'il se retire aussi.
Au milieu d'un tumulte inexprimable, M. Ulysse Dubois, président du Cercle, — qui n'avait pas le droit de j)rendre la parole dans une séance du Congrès, n'étant pas délégué, — monte à la tribune : il dit qu'en présence du vote que vient d'émettre la majorité, il ne peut tolérer plus longtemps la présence du Congrès au Cercle, et il enjoint aux délégués collectivistes d'évacuer immédiatement la salle.
Au milieu des vociférations d'individus appartenant pour la plupart à la Section centrale de la Chaux-de-Fonds. le Congrès se retire et va chercher un autre local -.
1 . Un des deux délégués de la Section des monteurs de boites du Vio;noble neuchâtelois, Baumann, de la Chaux-de-Fonds, circonvenu par les coullerystes, vota non avec la minorité, quoiqu'il eût reçu, comme son collci;iie Bôtrix, le mandat iu\pératif de voter o\n. Ce mandataire inlid^•il' fut désavoui' puljliquemeut par ses commetlarUs (lettre de la Section des ouvriers monteurs île boites du Vignoble neuchAlelois, du 14 avril 1870. publiée dans le n° 2 de la Solidarité). Les cbilïres eussent été, si Baumann avait voté conformément à la volonté de la Section qu'il représentait, vingt deux oui et dix-sepl non.
2. Voici ciimment le Mémoire de la Fédération jiira?sienne{-g. 121) relate l'incident : « A peine le résultat du vote avait-il été proclamé par le président, que deux ou
trois délégués de la minorité, se levant, s'écrient : c Au nom de ma Section, je. me (( retire ». Et le cri gagnant fie prêche en proche, toute la délégation de (ienéve et de la Chaux de-Fomis, debout, s'apprête a sortir. Le président Dupleix. réclamant le silcnct!, dit ces mots :
« Messieurs, je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait en me confiant H la pnsidence. mais je ne puis plus continuer i'i siéger au milieu de vous, et je (( dois me retirer avec mes collègues ».
(I Ce coup de théiUre, prémédité par la minorité, étonne un moment les délégués de la majorité ; mais bientéf plusieurs voix se font entendre : « Nommons un autre « président et continuons la séance ! — Assis ! assis ! les délégués de la majorité (i sont invités à rester assis ! »
" A ce moment. M. Ulysse Dubois, président du Cercle auquol appartenait le local où se tenait le Congrès, monte à la tribune. Il est furieux, il parle avec de grands éclats de voix :
(< .le vous annonce. » dit-il, ((i|u'il ne convient plus au Cercle, dont je suis le prête sident, de meUi'e son loi'al à la dis|)ositiou d'un Congrès comme celui-ci. .l'invite « les collecUvif.les à évacuer la salle au plus vite, faute de quoi nous emploierons « d'autres moyens. »
((^Et]j là-dessus, grands a|)plaudissemen(s des coullerystes, qui pénètrent brus-
'J'cl est l'incidenl i)i'o(oiuléiiK'nl regret table (jui, tirs le début, a failli enii)êcher les délibéralions du Congrès romand. Les nienibrcîs de rinternationale jugeront eomnie il appartient la conduite de la majorité et de la minorité.
Voici les noms des vingt et un délégués qui ont voté pour l'admission de r.Mlianee de la démocratie socialiste : (Suivent les vingt et un noms ').
Quant aux dix-huit délégués qui formaient la minorité ', nous ne pouvons en donner la liste com[)lète, attendu que la feuille d'appel et la ])lupart des jiapiei's ap])artenant au Congrès sont restés enti'e les mains des membres du Cercle, qui ont refusé de les restituer. Nous dirons seulement que cette minorité était formée de tous les délégués de Genève, sauf un représentant des ouvriers en bâtiment \ et des délégués de trois Sections de la Chaux-de-Fonds.
Le Congrès repi'it ses séances dans une salle du café Vonkamel [rue du Stand], qui fut mise obligeamment à sa disposition. 11 élut comme président, pour remplacer Dupleix, Treyvaud, de Xeucliàtel ; il admit dans la Fédération romande la Section de propagande de la Chaux-de-Fonds, et accorda à ses délégués, Fritz Heng et Chevalley, voix délibérative, ainsi qu'au délégué de l'Alliance, Joukovsky. Le nombre des délégués continuant à siéger se trouva ainsi porté à vingtquatre.
Fendant c« temps, la minorité démissionnaire, restée au Cercle, se reconstituait, formait un bureau, et se mettait de son côté à siéger, en se déclarant de sa propre autorité le seul et véritable Congrès romand. Elle s'accrut bientôt par l'arrivée de trois ou quatre délégués de la Chaux-de-Fonds, entr'autres de M. Coullery, délégué par la Section centrale de la Chaux-de-Fonds \
quement dans l'enceinte du Congrès, aux cris de : .4 la porte les collectivistes ! Voyant que le Contrrès allait dégénérer en une scène de pugilat, et ne voulant pas se colleter avec ces excellents internationaux qui expulsaient du lieu de ses séances un Congrès international, les délégués de la majorité se levèrent silencieusement et se retirèrent.
« Ainsi finit le dernier Congrès de l'ancienne Fédération romande. »
1. Ce sont les noms qui figurent ci-dessus dans la liste intitulée Autres localités, avec un nom en moins, celui du monteur de boites Baumann. et un nom en plus, celui d'Alfred .leanrenaud. l'un des délégués des graveurs et guillocheurs du district de Courleiary (l'autre délégué, Schwitzguébel, se trouve déjà dans la liste comme délégué de Granges).
2. Ce sont douze des treize délégués de Genève (Dupleix, comme président, n'avait pas voté), cinq des six délégués de la Chaux-de Fonds (Coullery était absent), et Baumann, également de la Chaux-de-Fonds, l'un des délégués des monteurs de boîtes du Vignoble neuchâtelois, qui avait voté contre le contenu exprès de son mandat.
3. imparfaitement renseignés à ce moment, nous ne connaissions pas les noms de tous les délégués de Genève ni leur nombre exact, et le bruit courait qu'il y en avait eu un parmi eux qui s'était abstenu. C'était une erreur.
4. La minorité étant désireuse d'augmenter le chiffre de ses membres et de se transformer en majorité, les coullerystes firent immédiatement une démarche auprès de trois sociétés ouvrières delà Chaux-de-Fonds, où ils avaient des amis, pour obtenir leuradhésion à l'Interna tinnale. Ces sociéiés — «elles des guillocheurs. des faiseurs de secrets en argent, des charpentiers et menuisiers — s'étaient tenues à l'écart de l'Internationale parce que les doctrines révolutionnaires des collectivistes les effrayaient : mais dès qu'elles eurent compris qu'il s'agissait, celte fois, de manifester contre les collectivistes et de soutenir Coullery, elles s'empressèrent d'adhérer et