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TROISIEME PARTIE, CHAPITRE PREMIER

Bien que le Congrès romand eût été brutalement expulsé du Cercle, et que la minorité, loin de faire entendre aucune protestation contre ce procédé, se fût associée aux injures dont ses amis avaient accablé le Congrès, les délégués de la majorité, animés d'un véritable esprit international, cherchèrent immédiatement à amener une conciliation.

[Suit le récit des tentatives qui furent faites dans la journée du mardi pour engager les scissionnaires à reprendre leur place au Congrès. Je ne reproduis pas ici le texte des lettres échangées. Les négociations n'aboutirent pas. Une dernière lettre, dans laquelle nous invitions encoreune fois «les délégués qui se sont retirés » à prouver «qu'ils étaient animés comme nous d'un désir sincère de conciliation», en venant «reprendre leurs sièges au Congrès romand, qui est réuni au café Vonivsenel, rue du Stand », n'eut pas même les honneurs d'une discussion. « La minorité, fanatisée par quelques meneurs, et montrant clairement qu'elle voulait non la conciliation, mais la domination, accueillit cettre lettre par des éclats de rire et passa à l'ordre du jour. » L'article de la Solidarité continue en ces termes : |

La séparation se trouva ainsi consommée ' . Il ne restait au Congrès romand qu'une chose à faire : c'était de continuer ses travaux et de s'occuper de son ordre du jour. Dans les quatre séances qui remplirent les journées du mardi et du mercredi 5 et 6 avril, toutes les questions du programme furent discutées, et on trouvera plus loin les résolutions prises, qui furent toutes votées à l'unanimité.

Arrivé à la fin de ses travaux, le Congrès n'avait plus qu'à s'occuper de la nomination du Comité fédéral, et de la rédaction de l'organe de la Fédération romande.

L'ancien Comité fédéral n'ayant pas rendu ses comptes, une protes^ tation a été envoyée à Lontlres contre sa conduite-. Le nouveau Comité fédéral a été placé à la Chaux-de-Fonds, et ses membres ont été i^ris dans les Sections, très voisines les unes des autres, de la Chaux-de-Fonds et du Locle. Il se compose des compagnons Clievalley, Fritz Heng, Fritz Robert, Numa Brandt, de la Chaux-de-Fonds,

d'«nvover leurs délégués siéger au Congrès anti-collectiviste (ce furent Fuliror et nuersta'ttor. des guilloclieurs ; Durafour et .luvet, des faiseurs de secrets en argent ; Rufener et Stretiler, des charpentiers et nienuisiersi. En outre, deux nouveaux délégués de Genève, appelés par télégramnic. vinrent renforcer les rangs de leurs collègues (Pit'uet, de la Section des faiseurs de pièces à musique; Kreppaz, de la Seciion des tailleurs de pierre et maçons). Coullery,qui ne siégea que le mardi, fut remplacé après son départ par Ulysse Dubois. Le Cont;rés anti-collectivisle se Irouva delà sorte réunir en tin de compte" un chitTre de vingt-liiiit délégués, dont un. Baumann (le mandataire infidèle des monteurs de bottes du Vignoble neucli;Uelois). n'avait pas le droit d'\ siéger.

1. Le 5 avril, au Icndeuiain de la scission, » un télégramme de Genève, envoyé au nom des trente Sections de Genève, était venu approuver la conduite des délégués genevois; il sera intéressant d'ajouter que ce télégramme avait été expédié par une réunion du Comité cantonal, réunion à la(}uelle assistaient quatre membres de ce Comité sur soixante, et sans que les Sections eussent été le moins du monde consultées. » {Mémoire de la Fédération Juras!<ienne, \). 1:J7.)

2. Pans la séance du lundi après midi, avant la scission, une Commission de cinq membres avait été nommée pour la vérilication des comptes du Comité fédéral. Ces cinq membres étaient : James Guillaume (iS voix sur 'M votants), Treyvaud (2.) voix), Rossier et Haumi^'artner Idiacun 23 voix), Tombet (22 voix). La majorité de cette Commission (dont deux membres seulement, Haunigartner et Tombet, appartrnaient à la minorité du Congrès) invita le m.irdi malin par lettre le pn'sident liu Comité fédéral. Guétat, à « s'entendre avec elle pour que le travail de vérilication pilt se faire sans retard » : Guétat ne daigna pas répondre.

Auguste Spicijigcr, l^aul Quarlier et Charles Dueoiiunun, du Locle ^ La rédaclion de VE^alilé n'a pas rendu ses comptes non plus. Le Congrès, modifiant le tilre de l'organe Céderai pour éviter des chicanes puériles % a décidé que le journal porterait le titre de la Solidarité, vX'û en a confié la rédaction à James Guillaume, de Neuchâtel, auquel ont été adjoints, comme collaborateurs, ScliAvitzguéhel et Cagnon, du Val de Saint-Imier, Perron (!t Joukovsky, de Genève, Fritz Robert, de la Chaux-de-Fonds, et (^h. Monnier, du Locle.

Tels sont, brièvement résumés, les actes du Congrès romand de la Chaux-de-Fonds. Nous laissons maintenant la parole aux résolutions et aux procès-verbaux, qui feront connaître, mieux que tous les plaidoyers, l'esprit qui animait les délégués de la majorité et les principes des Sections qui les ont envoyés.

Avant de reproduire le texte des résolutions de notre Congrès, — le Congrès collectiviste, — je voudrais, sans entrer dans le détail, faire connaître quelques-unes des paroles qui lurent dites le 4 avril, dans ce débat sur l'admission de la Section de l'Alliance qui aboutit à la scission. Je les emprunterai non à notre procès- verbal, mais au compte-rendu hostile et partial publié par V Egalité et rédigé par M. Outine lui-môme.

Voici des extraits du réquisitoire prononcé par Outine contre Bakounine :

« Outine. . . Toujours et partout Bakounine vient prêcher ses funestes doctrines qui tendent à établir une dictature personnelle et étrangère à la classe ouvrière pour guider les ouvriers vers leur affranchissement... C'est une douleur inexprimable, une tristesse profonde que je ressens, en songeant aux victimes irréparables et au préjudice grave que Bakounine a porté à la cause révolutionnaire et socialiste en Russie . . Je m'abstiens de vous traduire ses proclamations ', où les procédés les plus infâmes sont prêches envers les adeptes du jeune parti révolutionnaire qui ne veulent avoir rien de commun avec lui, et où la dictature personnelle la plus révoltante est proclamée*-.. Bakounine, dans ses proclamations russes, déclare hautement que pour lui il n'existe ni foi ni loi, en ce qui concerne ses menées soi-disant révolutionnaires, ni justice, ni morale, et

1. La minorité scissionnaire nomma de son côté un nouveau Comiti' fédéral, dont elle plaça l(i siège à Genès-e ; les sept membres de ce Comilé furent P. Chcnaz, Th. Duval, L. Martin, Napoléon Perret, Tellier, K. Rosselli. et Jules Dutoit. secrétaire. Henri Perret n'en faisait pas partie ; il y avait une raison, comme on le verra plus loin (p. 46, note 3), pour qu'il restât momentanément à l'écart : on avait besoin de son nom pour prolonger fictivement l'existence de l'ancien Comité, afin que le Conseil général pût se donner l'apparence de la neutralité en correspondant avec l'ancien secrétaire Henri Perret, et non a\ec le nouveau secrétaire Dutoit.

2. Il était à prévoir que les Sections sci^sionnaires continueraient la publication de VEijalilé, d'où notre décision.

3. Ce qu'Outine appelle b^s d proclamations russes » de Bakounine, ce sont à la fois les opuscules écrits en russe par Bakounine lui même (les Quelques paroles à nos jeunes frères de Russie, l'appel Aux ofjiaei'i^ dr l'armée ruKsej et ceux qui sont l'œuvre personnelle de Nelchaïef (les Principes de la révolution, les n»' 1 et 2 des PubHcalioiis (le la Sondé la Justice du Peuple, l'appel A la noblesse russe). L'équité commande de ne pas les confondre.

4. Il s'agit évidemment de passages de l'écrit (russe) Les Principes de la révolution (août 1869), œuvre de Nelcliaïef seul. Un de ces passages contient une menace à l'adresse de « certains bavards » que l'on se promet de « faire taire par la force » ; Netch;iïof ajoute plus loin : « Celui qui ne se mettra pas dans les rangs des hommes d'action, il ne tiendra pas à nous qu'il ne soit perdu : et de même il ne tiendra pas à nous que tous ceux qui se cachent derrière les coulisses ne soient anéantis froidement, impitoyablement, avec les coulisses qui les cachent )>.

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