Cette raillerie est en français dans le texte
Cl. l'erron se maria peu île temps a|)rés, i^n juilh^t, el dans une autre lettre ;■» Mroczkowski (1" aoiltl. lîakouuine écrivait : « l'erron s'est marié et s'est détache entièrement des militants ". (Correspiindanco de HaUounine. t'd. française, p. Xi'2 .
7. Il faut noter toutefois que. pendant la L;réve des plâtriers-peintres et le ;:ian<l lockoul, de l'industrie du hàtiment à (ienèvc. dont il va être (|nestuin. Jcuikovsky devint un collaliorateur actif de la Siilnliinli' : noire oriraue puliiia de lui deux excellents articles en forme de dialoi;ues. sur les ateliers co(»per,ilifs l't les caisses de résistance, et sur l'instiuclion intéf^rale (n" 10 et lyi, et plusieurs corr<>spondauces sur la grève (n'" lU, ii, 14).
4^4 l'internationa.lk
convocation d'une assemblée composée exclusivement d'ouvriers suisses, qui, réunis le 7 juin au nombre de cinq mille, protestèrent à l'unanimité « contre la provocation à la dissolution de l'Association internationale et contre la menace d'expulsion l'aile à l'adresse des étranj^ers ». Celte i)uissanle manilestalion populaire donna à réfléchir à la bourgeoisie et au gouvernement cantonal, (;t le Conseil d'Etat genevois n'osa pas obtempérer aux injonctions des patrons. Pour nous, nous saluAmes de nos plus sincères applaudissements l'attitude prise en cette circonstance par les ouvriers de Genève, qui venaient de démontrer de façon si péreniptoire l'eflicacilé de ce qu'on appelle aujourd'hui l'action directe ; et nous aflirm;\mes nos sympathies et notre solidarité autrement que par des paroles ; notre Comité fédéral adressa à nos Sections la circulaire suivante :
Le Comité fédéral romand à toutes les Sections.
En présence des graves événements qui se passent à Genève, toutes les Sections de rinternationale faisant partie de la Fédération romande doivent faire preuve de la solidarité la plus absolue. Nous vous invitons en conséquence, quoique les caisses de résistance ne soient pas encore détinitivement ledéralisées , à organiser dans chaque Section des cotisations réglementaires pour soutenir les ouvriers en grève. Nous vous demandons en outre un premier envoi immédiat de l'argent dont vous pouvez disposer.
Salut fraternel.
Chaux-de-Fonds, le 10 juin 1870.
Au nom du Comité fédéral romand :
Le secrétaire général, Fritz Robert.
Cet appel fut entendu, et de toutes nos Sections les envois d'argent pour les grévistes aftluèrent à Genève *.
Les chefs d'atelier de l'industrie du bâtiment avaient décidé, dans une réunion tenue le 2 juin, que si les ouvriers plâtriers-peintres n'avaient pas repris le travail le jeudi 9 juin, tous les ateliers et chantiers du bâtiment seraient fermés à partir \lu samedi soir 11 juin. La menace fut mise à exécution : le lundi matin i3 juin trois mille ouvriers du bâtiment, à Genève, se trouvèrent jetés sur le pavé.
La publication par V Egalité (21 mai) du rapport des Sections genevoises sur l'attitude de l'Internationale vis-à-vis des gouvernements, et, à quelques jours de là, la grande assemblée populaire du 7 juin, me furent une occasion de revenir sur la question politique et de continuer dans la Solidarité l'exposé de notre manière de voir. Je publiai le 4 juin un article dont je reproduis seulement la fin :
L'Internationale et les candidatures ouvrières. {Sulidarité du 4 juin 1870.)
Nous relèverons dans le Rapport genevois une dernière remarque, avec laquelle nous sommes entièrement d'accord :
1. « Faut-il le dire, hélas ? Les Genevois se montrèrent si peu attentifs à ces marques de cordiale sympathie, qu'ils ne daip:nèrent pas même accuser réception des sommes envoyées ; c'est ainsi, par exemple, que jusqu'à ce jour le caissier de la Section de Neuchatel n'a pas encore pu obtenir un reçu de deux sommes de 50 fr. et de 24 fr., expédiées les 11 et 14 juin 1870. à l'adresse de M. Saulnier, président du comité de la grève, et dont l'envoi est constaté par les récépissés de la poste, n [Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 154.)
« Nous devons compter avec les faits qui se produisent parmi les ouvriei'S de tous les pays : nous serions encore une fois autoritaires et doctrinaires, si nous voulions imposer aux ouvriers quelque système élaboré par des savants dans leurs cabinets. Eh bien ! voyez ce qui se passe en Angleterre, en France ', en Allemagne, en Amérique. Les ouvriers de tous ces pays prennent une vive part aux élections ; partout ils posent des candidatures ouvrières, etc. »
Oui. nous devons compter avec les faits existants.
Et c'est pourquoi nous déclarons que si les Anglais, les Allemands, les Américains ont un tempérament qui leur fait voir les choses autrement que nous ; si leur conception de l'Etat diffère de la nôtre, si enfin ils croient servir la cause du travail au moyen des candidatures ouvrièi'es, nous ne pouvons pas leur en savoir mauvais gré. Nous pensons autrement qu'eux ; mais, après tout, ils sont plus compétents que nous pour juger de la situation chez eux, et, d'ailleurs, s'il leur arrive de se tromper en ce moment, l'expérience leur fera reconnaître leur erreur mieux que ne le pourrait faire tout le raisonnement des théoriciens.
Mais nous demandons, à notre tour, à être mis au bénéfice de la même tolérance. Nous demandons qu'on nous laisse juger quelle est la tactique qui convient le mieux à notre position [,et agir d'une façon qui n'est pas celle des Allemands ou des Anglais ^], sans en conclure dédaigneusement à notre infériorité intellectuelle. Et lorsqu'un mouvement anti-politique se produit avec autant de puissance, lorsque des hommes des nationalités les plus diverses, des Belges, des Hollandais, des Suisses, des Français, des Espagnols, des Italiens, y participent, il nous semble juste de reconnaître là aussi un fait qui a le droit d'être respecté.
Travaillons chacun dans notre voie ; élaborons nos théories, en tenant compte de l'expérience de chaque jour ; tâchons de nous défaire de toute prétention au dogme, à l'absolu ; discutons de bonne foi, sans arrière-pensée personnelle : il est impossible que la vérité ne se dégage pas du graml débat qui préoccupe en ce moment toute l'Internationale. Et s'il arrivait i|ue nous ne pussions i)as nous mettre d'accord, rappelons-nous que, dans ces questions-là. la véi'ité n'est pas une. mais multiple, c'est-à-dire que ce qui convient à certains groupes d'hommes peut n'être pas approprié à d'autres, et laissons chaque groupe choisir en toute liberté l'organisation, la tactique et la doctrine qui résultent pour lui de la force des choses.
Quinze jours après, autre article à propos de l'assemblée populaire du 7 juin :
La protestation populaire à Genève.
{SoiidariU' du 18 juin 1870.)
Mardi 'j juin, le peuple ouvrier de Genève a protesté, dans une assemblée' qui comptait, d'après VEgnlitc, cinq mille assistants,
1. Il n'o^st p;is l'.xnct ii<' mni^ir la Kianre au nomlire di's pays favorables aux candidaliires ouvrières. La plupart des Sections françaises y sont au contraire opposées. {Note lie 1(1 SoLiuAUiTi;.)
2. .rintercalc les mots places entre crocliets, omis dans le texte île la Solidurité, et nécessaires au sens.
44 l'tnternationalt:
contre les menaces ridicules que les [)atr()iis avaient placardées sur les murs de la ville.
(]ette réunion était composée exclusivement de citoyens suisses, parce ((u'il fallait, une fois pour toutes, prouver à nos calomniateurs que l'Internationale est comprise et acceptée chez nous, par les ouvriers de notre République, et que les histoires d(; meneurs étrangers, de directions venues de Londres et de Paris, sont des inventions stu[)ides de la presse boui-geoise.
Après avoir entendu un discours de Grosselin, qui a très bien réfuté les incroyables prétentions de Messieurs les patrons, et dont les paroles ont soulevé d'ardentes acclamations, l'assendjlée a voté à l'unanimité une [)rotestatioa énergique ; i)uis elle s'est séparée dans un ordre |)arfait.
Nous demandons à nos frères de Genève de nous permettre, au sujet de 'leur imposante manifestation, de revenir sur les idées que nous avons déjà émises plusieurs fois, mais qui se présentent à nous avec plus de force que jamais. Et si nous sommes obligés, pour expliquer notre pensée, de répéter souvent le nom de l'orateur qui a si bien exprimé le sentiment de l'assemblée populaire, notre ami Grosselin voudra bien nous pardonner.
Voici la réflexion que nous faisions en lisant dans l'Egalité la reproduction du discours de Grosselin :
Si pourtant les ouvriers de Genève qui portaient Grosselin comme candidat au Conseil d'Etat avaient réussi, et qu'il eût été élu membre du gouvernement, aurait-il j)U, dans cette position officielle, renilre à la cause des travailleurs des services plus importants que celui qu'il lui a rendu dans l'assemblée populaire ?
Qu'est-ce qui avait désigné Grosselin à l'attention et à la confiance des ouvriers ? C'est précisément sa parole courageuse, qui déjà en plus d'une circonstance a été l'organe des travailleurs genevois. En votant pour lui, c'est donc l'orateur populaire qu'on aurait porté au Conseil d'Etat.
Assis sur le fauteuil des gouvernants, devenu collègue de MM. Camperio et C'*'. pense-t-on que Grosselin. dans la circonstance qui nous occupe, aurait pu se servir d'une manière efficace de la portion de pouvoir qui lui aurait été confiée, soit pour amener les patrons plâtriers à accepter les conditions de leurs ouvriers, soit pour empêcher la coalition et prévenir la grève générale ^ ? Evidemment non. Dans ces choses-là, le gouvernement est impuissant ; une seule attitude lui est permise : laisser faire librement chacun dans la mesure de son droit. Et c'est jusqu'à présent ce que le gouvernement genevois a fait ; on ne peut pas lui reprocher, cette fois, d'atteinte à la liberté des uns ni des autres. Si donc Grosselin avait été au Conseil d'Etat, les choses se seraient passées exactement comme elles se sont passées. — sauf peut-être en un point.
La grande assemblée ouvrière aurait eu lieu, comme elle a eu lieu en effet ; mais Grosselin y aurait-il pris la parole ? Lorsqu'on occupe une position ollicielle, on y regarde à deux fois avant de se faire le
1. </est « le lockout généra! » qu'il aurait fallu dire, puisque c'étaient les patrons qui avaient fermé tous les ateliers et cliantiers du bâtiment pour forcer les ouvriers plâtriers-peintres à se soumettre.
TROISIÈME PAUÏIP:, CHAPITKE II /\5
porte-voix du peuple indigné ; il y aurait eu toute sorte de considérations qui auraient engagé Grosselin, conseiller d'Etat, à garder dans la question de la grève une stricte neutralité. Et s'il ne leùt pas fait, s'il eût cru de son devoir de parler, sa parole n'aurait certainement pas eu la même signification ni la même influence. \'enant d'un membre du gouvernement, elle eût éveillé certaines méfiances ; venant d'un ouvrier, l'assemblée a été unanime à en applaudir l'indépendance et la vérité.
Ainsi, nous croyons avoir le droit de féliciter Grosselin de n'avoir pas fait partie du gouvernement : la voix d un ouvrier libre et courageux, parlant au nom de cinq mille hommes, a été d'un plus grand poids <lans la balance que n'aurait pu l'être la bonne volonté de tout
un Conseil d'Etat.
Encore une remarque. Les ouvriers genevois ont fait, le j juin, une manifestation du genre de celles que nous recommandions dans la Solidarité. C'est là, à nos yeux, la seule manière digne pour les travailleurs d'intei'venir dans la politique.
Et qu'on ne dise pas que cette manifestation est restée infructueuse. Elle n'a pas empêché les gros patrons de faire la grève qu'ils avaient annoncée, mais elle a fait l'éfléchir les petits patrons, et les a décidés à ne pas suivre leurs collègues dans la voie insensée où ceux-ci se sont engagés. La manifestation a prouvé au gouvernement que les ouvriers genevois étaient décidés à maintenir leur droit, qu'ils ne se laisseraient pas assommer par la police, ni intimider par les baïonnettes d'un bataillon fédéral. Enfin, — et ce n'est pas son résultat le moins remarquable, — elle a fait taire le Journal de Genève.
Le Congrès annuel du parti de la démocratie socialiste ouvrière d'Allemagne avait eu lieu à Stuttgart du 4 au 7 juin, et il avait adopte, concernant la politique, les résolutions suivantes : n Le parti de la démocratie socialiste ouvrière ne participe aux élections du Reichstag et du Parlement douanier que dans un but de propagande et d'agitation. Les représentants du parti au Heichstag ei au Parlement douanier doivent agir autant que possible dans l'intérêt de la classe ouvrière, mais ils doivent, comme règle générale, observer une attitude purement négative (ne<^irend sich verhalten), et profiter de toutes les occasions pour faire comprendre le néant des délibérations de ces deux assemblées et montrer qu'elles ne sont qu'une pure comédie. Le parti de la démocratie socialiste ouvrière ne fait d'alliance ou de compromis avec aucun autre parti. Mais le Congrès recommande aux membres du parti, lorsque le parti ne peut présenter lui-même des candidats ouvriers, de donner leurs voix à des candidats qui acceptent, du moins sous le rapport politique, notre programme dans ses traits essentiels. Le Congrès recommande également, dans les circonscriptions où le parti renonce à présenter des candidats pour son compte, de donner sa voix à des candidats présentés par d'autres partis socialistes, pourvu que ce soient bien réellement des candidats ouvriers. »
La Solidarité (9 juillet), après avoir reproduit ces résolutions, ajouta cette réflexion :
Ces résolutions sur hi politique diffèrent totalement des nôtres ; et cependant, nous n'hésitons pas à le dire, l'esprit ipii les anime nous semble être le même (pie celui des membres île la majorité [collectivistej du Congrès romaml. malgré ce qui au premier coup d'œil parait séparer les deux leiulances. Nous croyons du reste que.
46 l'internationalk
si on veut bien regar-dcr au fond des choses, on peut en dire autant de la ])lupart de ceux qui, dans rinlernatioiiale, veulent encore participer au mouvement politique : tous nous jugeons de môme la valeur de la i)(>lili([ue bourgeoise, tous nous avons le sentiment de son néant ; nous dillérons seulement sur une question de tactique.
Deux mois plus tard, nous pouvions constater que certains socialistes allemands se trouvaient en conformité d'opinion avec nous j)lus encore que nous ne l'avions supposé. Les démocrates socialistes de Barmen-Elberfeld publièrent en août des observations sur certaines des résolutions du Congrès de Stuttgart, observations qui parurent dans le Volksstaat du 27 août. On y lisait : « Sur la résolution II, concernant la politique, nous remarquons (jue, puisque nous avons déclaré que le Reiclistag n'était qu'une comédie, ce serait également une pure comédie que de participer aux élections pour y envoyer des députés, et de mésuser ainsi du suffrage universel pour la nomination d'un corps aussi anti-démocratique. Nous ne comprenons pas non plus quels sont les candidats que nous pourrions reconnaître pour de vrais candidats ouvriers, en dehors de notre parti. »
Cependant le Conseil général de Londres continuait à observer à notre égard un silence qui finit par nous sembler singulier ; et lorsque nous vîmes que VEgalité (numéros des i4, 21 et 28 mai) publiait des communications qui, à nous, ne nous étaient pas envoyées, je me décidai, comme on l'a vu par ma lettre à Joukovsky (p. 4o), à écrire à Jung, le 3o mai, pour lui demander des explications. 11 me répondit, dans les premiers jours de juin, par une lettre fort longue, écrite sur un ton amical, lettre qui a été reproduite in-extenso dans le Mémoire de la Fédération jurassienne (p. 134), et dont je me borne à donner ici les passages principaux :
En réponse à votre excellente lettre du 3o mai, je vous dirai que je nai pas envoyé les résolutions en question au Comité siégeant à la Chaux-de-Fonds : cela pour dilïerentes raisons ; d'abord nous n'avons pas reçu de lettre olïicielle nous annonçant l'existence de ee Comité ' ; et ensuite, le Conseil général n'ayant pas prononcé sur le regrettable événement du Congrès de la Chaux-de-Fonds, il me siérait mal de me mettre officiellement en rapport avec un Comité
âui n'a pas annoncé son existence et qui n'est pas reconnu par le onseil général.
Jusqu'à ee jour je n'ai pas reçu de l'éponse à la lettre que je vous ai envoyée immédiatement après le Congrès de la Chaux de-Fonds ; il est vrai que vous m'en avez accusé réception % mais depuis lors je n'ai rien reçu ; le Conseil a agi avec vous comme avec les Genevois : il a gardé le statu quo ; toutes mes communications ont été envoyées à l'ancien secrétaire (H. Perret) de l'ancien Comité ^ ; le Conseil ne
1. Jung se trompe; mais, s'il affirme que le Conseil général n'a pas reçu de lettre officielle de notre Comité fédéral, c'est qu'il ignorait l'existence, qui Lui avait été dissimulée, de la lettre du 7 avril, signée par Fritz Robert, dont j'ai parlé plus haut (p. 17). En 1872, dans le pamphlet Les prétendues scissions dans L'Internationale, p. 12, lignes 20-22, Marx reconnaît que cette lettre a été reçue : « A peine le Congrès romand était-il clos », dit-il, « que le nouveau Comité de la Chaux-de-Fonds en appelait à l'intervention du Conseil général, dans une lettre signée F. Roblrt, secrétaire ».
2. Cet accusé de réception suffisait : c'était au Comité fédéral, à qui j'avais transmis la lettre, à répondre s'il le jugeait à propos. Mais le Comité ne voulut pas répondre à une lettre privée, et qui ne lui était pas adressée : il attendait une réponse officielle à sa lettre du 7 avril.
3. Ce passage nous révèle le mystère d'une machination particulièrement jésuitique de la coterie marxiste. On avait imaginé, à Londres, pour se donner un air
favorise pas plus les Genevois que les Neuchàtelois : pour lui il n'y a que des internationaux ; tant qu'ils se conforment aux principes de l'Internationale, ils conservent leur autonomie et leur liberté d'action conformément aux statuts de l'Internationale.
Je m'accorde avec vos vues sur la coopération ; la tendance naturelle de la coopération est de diviser les traA'ailleurs eux-mêmes en classes et faire de petits bourgeois de ses membres .... Je partage aussi vos vues sur l'emploi des fonds [destinés à la résistance] à des travaux coopératifs ; Aubry croit avoir trouvé la clef de la solution dans la grève productive : erreur, mon cher, erreur fatale ; il y a vingt ans que les sociétés anglaises ont essayé l'emploi de ces fonds à la coopération productive ; et elles n'ont trouvé que déception et ruine.
[Suit un long passage sur les expériences faites en Angleterre, et un exposé de la théorie de « l'armée de réserve » formée par les ouvriers inoccupés. J
. . . Pardonnez-moi, mon cher Guillaume, si je me sers d'exemples aussi élémentaires, surtout avec vous, qui devez connaître ces choses aussi bien que moi.
J'arrive à la question politique, et dans celle-ci mes vues diffèrent totalement des vôtres. . . Je suis loin de m'accorder avec tous les arguments dont s'est servie l'Egalité : ils étaient en général très faibles, et je reconnais la force et la logique de quelques-uns de vos arguments en faveur de l'abstention, sans pour cela m'accorder avec le principe même. . . Je ne crois pas que la législation directe par le peuple puisse jamais accomplir rien de sérieux pour les travailleurs ; je n'attache pas toute l'importance au mouvement politique qu'y attachent Liebknecht et Bûrkly, et je crois même que l'abstention en matière politique est très utile et même nécessaire parfois comme protestation contre le système actuel : mais préconisée comme théorie, comme système, elle est fatale à notre œuvre. . .
[Vient ensuite un long passage sur Bakounine et sur l'Alliance : « Je n'attaque, dit Jung, ni la bonne foi ni l'honnêteté de Bakounine, mais j'ai le droit de douter de son jugement ». Puis il continue :]
Vous traitez les Genevois de bourgeois ; j'admets qu'ils étaient
d'impartialité, d'allecter d'ignorer à la fois le nouveau Comité fédéral de la Chau.xde-Fonds et le nouveau Comité fédéral de Genève, et, comme dit Jun^, de « garder le statu quo » en adressant la correspondance « à l'ancien secrétaire de l'ancien Comité >•>, Comité qui n'existait plus. Mais, en s'abstenant de correspondre avec Jules Dutoit. le secrétaire du nouveau Comité fédéral de Genève, et en correspondant avec Henri Perret, considère, par une fiction, comme exerçant encore les fonctions de secrétaire d'un Comité fédéral défunt, le Conseil général — tout en préleiuiant (|u'il ne favo • risait aucun des deux partis et qu'il tenait la balance égale entre eux — savait très bien que les lettres envoyées de Londres à Henri Perret étaient transmises par celui-ci ;"i son compère Dutoit. et que par consè(juant il correspondait en realité avec le nouveau Comité de Genève. D'ailleurs on dédaigna bientôt de prolonger la comédie; dès le mois de juin, Dutoit, riiomme de paille, fut éloigné, et Henri Perret, prenant sa place, cumula les fonctions de représentant du u statit niti) ■, comme u ancien secrétaire de l'ancien Comité », et de représentant de la Fédération genevoise dissidenli>. comme nouveau secrétaire du nouveau Comité. .\ partir du 14 juin, c'est Henri Perret qui signe les circulaires du Comité fédéral de tienèvo (voir lùjiiittc du lt< juin iH70). Dans toute celte affaire, .lung joua le rôle d'un instrument aveuL;Ie entre les mains de Marx : il ne devait ouvrir les yeux (ju'en \H~2, — mais alors il les ouvrit bien, et flétrit hautement les manœuvres dont il avait été longtemps la dupe.
48 l'tnternationai.k
presque tous individualistes; mais depuis quelque temps j'ai commeucé avec eux une correspondance très serrée, et jai la prét(;ntion de croire (fue j'en ai converti plusieurs au collectivisme ' . . . (Juant à CouUery, il est jug'é : sa conduite, a[)rès le Conjurés de Bruxelles, m'a suilisannnent renseigné sur ses vues \
A ce momcnl se place un incident qui nous montra de façon saisissante combien l'on répondait mal, au Temple-Unique, à nos sentiments de fraternité et de solidarité. Au commencement de mai étaient arrivés en Suisse trois jeunes ouvriers j)arisiens, membres de l'Internationale, Gheminet, Giraudier et Lafurgue, tous trois tailleurs de pierres, qui avaient quitté Paris au moment des arrestations, craignant d'être englobés par la police dans le fameux complot plébiscitaire. Ils étaient porteurs d'une lettre de Mangold, secrétaire de la Section de Belleville, qui les recommandait aux Sections suisses comme des membres dévoués de l'Association. Us avaient passé au Locle et à Neuchâtel, cherchant du travail ; nous ne pûmes leur en procurer, mais nous leur fîmes une réception cordiale, et les aidâmes de notre mieux ; ils se rendirent ensuite à Genève, et là ils trouvèrent de l'embauche. Naturellement, en leur qualité de Parisiens, ils avaient ressenti plus de sympathie pour notre manière de comprendre et de i)ratiquer le socialisme que pour celle qu'ils rencontrèrent au Temple- Unique. Ils s'abonnèrent à la Solidarité, et, à Genève, ils cherchèrent à la faire lire par leurs camarades de travail. Le dimanche 12 juin, ils distribuèrent des exemplaires du numéro de la veille, qui contenait divers articles sur la grève des plâtriers-peintres et l'appel de notre Comité fédéral (voir plus haut, p. 42). Ceci ne fut pas du goût de la coterie dominante, qui le leur fit bien voir; le i5 juin, je recevais des trois Parisiens une lettre où ils me racontaient les mauvais procédés dont ils étaient victimes. On les avait dénoncés, le r3, dans une assemblée tenue au Temple-Uuique ; un tailleur de pierres nommé Goy, — qui leur avait dit, la veille, ces mots bien caractéristiques, « qu'il était international, mais pas socialiste pour le moment, parce que présentement cela ferait trop de tort )\ — leur reprocha violemn)ent d'avoir distribué la Solidarité et la brochure sur l'arrestation du citoyen russe Serebrenikof^et ajouta: «11 faut que ces distributions cessent, car le journal la Solidarité parle tout à fait contre l'Internationale, et ce journal sera la cause de la mort de rinternationale à Genève ». Le président de l'assemblée, Dailly, a demanda ce qu'il fallait faire de ces trois citoyens ; pour lui il trouvait qu'il fallait les renvoyer d'où ils sortaient ; beaucoup de voix ont appuyé ces paroles du président ». Le soir même, deux autres tailleurs de pierres, 'Thévenet et Henrioud, « sont venus — continuait la lettre — à la pension où nous mangions, dire que nous étions des mauvais jeunes gens, des révolutionnaires qui voulaient faire une révolution à Genève, en distribuant des journaux et des ouvrages pour mettre le désaccord dans l'Internationale, et que nous étions tout à fait contre l'Internationale, et que le marchand de vin qui nous donne pension se ferait du tort en nous gardant chez lui, — enfin toutes les choses qu'il faut pour que nous n'ayons plus à manger, de manière à ce que nous soyons obligés de partir de Genève ».
Je publiai la lettre des trois Parisiens dans la Solidarité du i3 juin, en l'accompagnant des observations suivantes :
1 Quelques-uns des meneurs du Temple-Uniquo avaient compris que, pour s'assurer les faveurs de Londres, il serait politique de leur part de paraître disposés à accepter le principe collectiviste : de là leur nouvelle attitude au meeting de Vevey, où ils avaient voté sans protestation la résolution dont on a vu les termes ip. 38).
2. On voit qu'à Londres on savait à quoi s'en tenir sur Coullery et le coullerysme. Mais les coullerystes nous faisaient la guerre, cela suffisait pour que Marx les acceptât pour alliés contre nous.
3. Sur l'arrestation de Semen Serebrenikof, voir plus loin p. o9.
Ainsi, c'est au moment même où les Sections romandes [il s'agit des Sections romandes de notre Fédération^ vident leurs caisses de résistance pour venir au secours des grévistes genevois, que certains membres de l'Internationale de Genève accusent publiquement l'organe de ces Sections, la Solidarité, d'être un journal « contraire à l'Internationale » ! On fait un crime à des ouvriers de porter ce journal dans les chantiers, de le faire lire à leurs camarades ! On craint peut-être que ceux des ouvriers qui ont été aveuglés et excités contre nous ne s'aperçoivent, en lisant notre journal, des sentiments de fraternité qui nous animent ; on veut à tout prix les maintenir à l'état d'hostilité contre leurs frères de certaines Sections. Et comme les paroles du président Dailly, qui reproche à des ouvriers d'être des Parisiens, s'accordent bien avec les sentiments généreux exprimés à l'égard des étrangers par l'assemblée populaire du 7 juin ! . . . Ces choses nous attristent, mais elles ne nous feront pas changer de conduite à l'égard de frères qui luttent comme nous contre l'oppression de la bourgeoisie. D'ailleurs nous croyons fermement que s'il se trouve à Genève des ouvriers pour répondre par des injures à nos actes de fraternité, ces gens-lk ne peuvent former qu'une infime minorité, et que la majorité les désavouera. Rien d'étonnant à ce que des hommes qui prétendent être irdernationaiix, mais pas socialistes, jettent la pierre à un journal qui tient haute et ferme la bannière du socialisme.
Aucun désaveu ne vint de Genève, et les trois Parisi. ., Laforgue, Giraudier et Cheminet, furent obligés de quitter une ville si peu hospitalière. Mais dans son numéro suivant la Solidarité pubUait la lettre ci-après, que lui écrivaient, à la date du 20 juin, les meinl)res de la Section de Vevey, — de braves cœurs ceux-là :
Pour venir en aide à nos frères de Genève, nous n'avons pas attendu que notre Comité fédéral nous ait indiqué les mesures à prendre. La première souscription, rentrée le 11 juin et montant à dix francs, fut expédiée de suite. Le 11 juin, nous avons reçu une dépêche du Comité fédéral romand, à la Chaux-de-Fonds, nous demandant de trouver des fonds pour soutenir nos frères de Genève, et nous rappelant les devoirs de tout international sérieux et convaincu. Sur-le-champ, notre Comité se réunit, et décida de consacrer à la grève tous les fonds qui étaient disponibles en ce moment, la somme produite par la souscription pour le di'apcau, de môme que de l'argent que nous voulions placer : nous avons pensé
Îu'il ne pouvait être mieux placé qu'en aidant nos frères de Genève, -e 12 juin, nous fîmes donc un second envoi de soixante-dix francs. Nos souscriptions continuent avec activité. Nous venons île faire, hier dimanche, un troisième envoi de vingt-cinq francs. . . Notre second envoi pour Vienne (Isère) a été de vingt francs'. Je pense que nos collègues de Genève auront vu que nous n'étions pas si mauvais internationaux qu'ils nous l'ont dit au Congrès i-omand fde la Chauxde-Fonds], et que nous savons mettre en [iratique les i)rincipes de solidarité que nous [)rofessons.
1. Il y avait à Vienne (Isère) une f^r^ve des ouvriers iniHailurgistes, cl les ouvriers fondeurs et niécaiiiriens de Vevey avaient fait, en mai, aux i,'révisle8 viennois un premier envoi d'argent [Solidarité du 4 juin).
5o l'internationale
Nos amis les Parisiens Giraudier, Lafargue et Cheminet, dont vous avez publié une lettie, ont du quitter Genève et sont venus ici avec deux autres. Nous les avons re<;us et nous avons réussi à leur procurer du travail ; nous avons l'ait pour eux comme des internationaux doivent faire i)our tous leurs mendjres, sans s'inquiéter s'ils sortent de Paris ou d'ailleurs.
j La conduite de certains Genevois à l'égard de ces compagnons et ' leur mauvaise volonté contre nous, malgré tout ce que nous faisons ' pour eux, nous a fait beaucoup de peine. Néanmoins, nous ferons toujours, dans la mesure de nos forces, tout ce que nous pourrons pour soutenir nos frères travailleurs, quelle que soit la ville qu'ils habitent, sans nous inquiéter de ce qu'ils diront de nous : il sullit qu'ils soient malheureux pour avoir droit à notre appui. -^-■
Dans son numéro suivant (2 juillet), la Solidarité eut k publier une fâcheuse nouvelle : Un ouvrier tailleur, venu de Lausanne où il s'était acquis, par un grand étalage de dévouement à la cause socialiste, une certaine popularité, et établi depuis quelques mois à la Chaux-de-Fonds, Henri Chevalley, dirigeait dans cette ville un atelier coopératil, et il y avait fait entrer comme placier le jeune graveur Gagnon, dont j'ai eu à mentionner le nom à propos du Congrès de la Ghaux-de-Fonds, un beau parleur, qui lâcha volontiers le burin pour se faire courtier. A la suite de circonstances qui sont demeurées pour nous un mystère, ces deux hommes se décidèrent à commettre un vol, et dans la nuit du 28 au 29 juin ils disparurent après avoir mis l'atelier des ouvriers tailleurs au pillage. La Solidarité i .aonça leur fuite en ces termes^^
« Nous signalons à toutes les Sections de l'Internationale deux voleurs, les nommés Henri Chevalley et Emile Gagnon. Après avoir trompé de la manière la plus indigne la confiance de leurs associés, ils ont quitté clandestinement la Ghaux-de Fonds, en emportant des marchandises volées. On ignore de quel côté ils se sont dirigés. Nous mettons en garde les internationaux contre des tentatives possibles d'escroquerie de la part de ces individus. »
Les deux fugitifs ne donnèrent jamais de leurs nouvelles, et je ne sais pas ce qu'ils sont devenus. Ghevalley, d'après ce que m'ont dit des personnes qui l'ont connu de plus près, était un coquin, mais le jeune Gagnon, un tout nouveau venu parmi nous, semble avoir été plutôt un caractère faible, et s'être laissé entraîner par l'ascendant d'une volonté dont il subissait la domination. Gette aventure, qui me causa un vif chagrin, a été pour Marx un thème à aimables plaisanteries : dans une note de sa brochure L'Alliance de la démocratie socialiste (p. 19), il dit de Ghevalley et de Gagnon : « Ces deux individus avaient fait preuve de révolutionnarisme anarchique en volant l'Association coopérative des tailleurs de la Ghaux-de-Fon<is ».
Cependant, le lock-out des patrons du bâtiment, à Genève, commencé le i3 juin, se prolongeait ; car les plâtriers-peintres tenaient bon, encouragés à la résistance par leurs camarades des autres métiers. Les ouvriers de la « fabrique », en cette circonstance, firent preuve de solidarité, et une Adresse aux ouvriers du bâtiment, votée par eux le 17 juin, annonça « qu'ils s'imposeraient, durant toute la grève, des cotisations ou souscriptions extraordinaires ». En dehors de Genève, les principales manifestations de sympathie vinrent du Jura. A Saint-huier, une grande assemblée populaire, réunie dès le i5 juin, sous la présidence d'Ali Eberhardt, nomma une commission centrale de secours pour l'organisation des souscriptions, et protesta énergiquement contre toute velléité d'intervention militaire de de la part des autorités. A la Ghaux-de-Fonds, le 20 juin, une assemblée