TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III
« Depuis le commencement de la guerre, les internationaux français, ceux de Paris en particulier, après avoir protesté de toutes leurs forces contre une lutte fratricide, cherchaient l'occasion favorable pour renverser l'empire ; ils voulaient proclamer la République sociale et offrir la paix à l'Allemagne ; puis, si celle-ci refusait, faire, non au peuple allemand, mais au gouvernement allemand, la guerre révolutionnaire, avec l'espoir de trouver dans les socialistes allemands un puissant appui. La République sociale pouvait être proclamée aussi en Allemagne, et alors la révolution internationale s'accomplissait.
« Malheureusement, beaucoup des membres les plus actifs de l'Internationale parisienne étaient alors sous les verroux, à la suite du troisième procès des Sections de Paris : Avrial, Theisz, Robin, Malon, Duval, etc. ; VarUn était réfugié en Belgique. Il en résultait que l'organisation d'une action commune était beaucoup plus difficile. Néanmoins un comité d'action fut institué, et il fut résolu que le jour de la rentrée du Corps législatif (9 août), le Palais-Bourbon serait envahi et qu'on tenterait une révolution. L'arrestation du chef désigné du mouvement, Pindy, qui eut lieu le matin même du jour fixé, fit avorter ce projet. Mais on ne renonça pas à la lutte, et on attendit une nouvelle occasion '. »
Dans les premiers jours d'août, avant que les armées en fussent venues aux mains, nous étions fort perplexes, et j'exprimai dans la Solidarité (numéro du 6 août) notre état d'esprit en ces termes :
Que faut-il faire ?
Quelle attitude l'Internationale doit-elle prendre en présence des événements ?
Question à laquelle il est d'autant plus dilUcile de répoudre que ces événements sont encore à venir, et que personne ne peut prévoir quelle sera la situation de IFlurope dans quinze jours.
Il nous paraît, pour le moment, que l'Internationale doit se borner à regarder l'aire, sans même essayer, soit par le refus du travail, soit par quelque autre moyen, d'empèeher de s'accomplir les événements qui se préparent. Deux jurandes puissances militaires vont s'entredévorer : le socialisme ne peut que profiter des blessures mutuelles qu" elles se feront. Puisque nous avons obtenu cet immense résultat, que les deux peuples que leurs maîtres ont déclaré en état de guerre, au lieu de se haïr, se tendent la main, nous pouvons attendre avec confiance le dénouement.
Les gouvernements cwilisateurs ont donné la mesure de ce qu'ils savent faire pour le bien de l'humanité ; la démoeratie bourgeoise, personnifiée dans la Ligue de la Paix et de la Liberté, a pris soin de Faire éclater à tous les yeux sa stérilité et sa faiblesse -. Sur les ruines que vont faire les deux années ennemies, il ne restera d'autre puissance réelle ([ue le socialisme. Va" sera alors, pour l'Inlernalionale, le moment de se demandei" ce quelle doit l'aire.
D'ici là, soyons calmes et veillons.