Mémoire de In Fédération jurassienne, p
2. La Ligue <ic la pai.x et de la libcrttî avait tenu le 24 jtiiili't à M\e un Congrès, à propos (lu(iuel la Solidarité avait dit ceci dans son uuiik'to prcci'dcnl (liO juiiloti :
« Les rarcïs orateurs qui ont parle, et dont les principaux étaient M. et M"" (ùvirs?, ont débité des phrases creuses sur la fraternité des peu|)les ; il parait même que leurs discours ont été excessivement modérés, <i par étrard pour la neutralité suisse «>, disent les journaux. Hspéroiis que c'est la dernière fois (|ue la Lii;ue de la paix et de la liberté fait parler d'elle, et que les quelques hommes de proiires qui peuvent s'y trouver compnmdront qu'il n'y a qu'un moyen de travailler sérieusement ù l'avènement de la paix et de la justice : se joindre à l'internationale. »
Les manifestations faites par les ouvriers d'Allemagne ne répondaient pas entièrement à ce que nous aurions désiré, et nous en fîmes l'observation :
Les ouvriers allemands nous paraissent en général moins guéris du fanatisme national que ne le sont les ouvriers fran(,ais. A l'occasion de la guerre, les ouvriers allemands ont témoigné partout leurs sympathies au peuple français ; mais dans plusieurs des assemblées populaires tenues dans ce but, on a ajouté que. l'Allemagne étant injustement attaquée par Bonapaj'te. les Allemands de tous les partis devaient s'unir pour défendre la patrie contre l'ennemi commun. La Tagwacht remarque très bien à ce sujet (à l'occasion dune résolution semblable votée par une assemblée ouvrière à Brunswick) que le gouvernement prussien est tout aussi coupable dans cette afïaire que le gouvernement français, et que les ouvriers allemands qui se laissent entraîner par un enthousiasme patriotique font vraiment trop beau jeu à Bismarck et à la réaction. {Solidarité du 3o juillet.)
Les diflérents manifestes, proclamations, adresses, etc., des ouvriers allemands que nous apporte cette semaine le Volksstaat ont un caractère plus international et plus révolutionnaire que ceux de la semaine passée. Nous remarquons cependant à regret, dans une proclamation du Comité central du parti ouvrier de la démocratie sociale, datée de Brunswick-Wolfenbûttel. aZj juillet 1870, des expressions qui nous paraissent bien peu socialistes. Le Comité parle beaucoup des « légitimes aspirations du peuple allemand vers l'unité nationale », de la « défense du sol allemand contre l'envahisseur», de la « constitution du grand Etat allemand » ; et la proclamation se termine par ces mots : « Vive l'Allemagne ! Vive la lutte internationale du prolétariat ! » — c'est-à-dire que le sentiment patriotique prend le pas sur les principes socialistes, que l'Allemagne passe avant l'Internationale. Cela n'est pas bien, frères allemands '. {Solidarité du 6 août.)
Un socialiste pose dans le Volksstaat la question suivante :
« Qu'arriverait-il si tous les ouvriers de France et d'Allemagne cessaient le travail d'un commun accord à un jour donné, et opposaient ainsi à la guerre une grève internationale ? Je suis persuadé que dans ce cas la guerre serait terminée en quelques jours, sans même que le sang ait coulé. Car de même que la guerre rend impossible le travail rémunéi'ateur, de même la cessation du travail rendrait la guerre impossible ^ » {Solidarité du 6 août.)
Les premiers succès des armées allemandes (Wisserabourg, 4 août ; "Wœrth-Reichshoffen, Forbach, 6 août ; entrée des Allemands à Nancy,
1. Les membres de l'Arbeiterbildimgsverein de Nuremberg protestèrent contre les dernières mots de la proclamation du Comité central, et écrivirent au Volki^slaat : « Ces mots renferment : 1" une contradiction, parce qu'on y exprime en même temps un sentiment national et un sentiment imernational ; 2" un non-sens, parce qu'on ne peut pas souhaiter à une lutte de vivre. » (Solidarité du 27 août)
2. Le Congrès de l'Internationale k Bruxelles, en 1868, avait recommandé aux travailleurs « de cesser tout travail dans le cas où une guerre viendrait à éclater dans leurs pays respectifs » (voir t. h'', p. 69). A la question posée dans le Volksstaat par un isolé, nulle réponse ne fut faite. (3n ne pouvait pas attendre une initiative de la part des Allemands. Nous comprîmes qu'elle devait partir des Français, et que le moyen à employer contre la guerre, ce n'était pas la cessation du travail, mais la révolution.