‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 181 sur 314 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III qS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE III qS

plaire ', mais elle vient d'être réimprimée ^ dans un volume qui contient aussi deux autres écrits de Bakounine de la même époque : je renvoie le lecteur à cette réimpression. Ce volume contient en un Appendice (pages i35-268) la reproduction intégrale du manuscrit de Bakounine duquel a été extrait le texte de la brochure, avec tous les passages remaniés, abrégés ou supprimés en 1870. Parmi les parties de ce manuscrit qui étaient restées inédites, je signale particulièrement à l'attention celle (pages 254-261 > où l'auteur démontre aux ouvriers parisiens — qu'un correspondant du Volksstaat représentait comme « inditîérents à la guerre actuelle » — qu'ils ne peuvent pas se désintéresser de l'invasion allemande, et qu'il leur faut absolument défendre leur liberté contre « les bandes armées du despotisme prussien »; j'en reproduis ici le passage principal :

Ah ! si la France était envahie par une armée de prolétaires, Allemands. Anglais, Belges, Espagnols, Italiens, portant haut le drapeau du socialisme révolutionnaire et annonçant au monde réinancipation finale du travail, j'aurais été le premier à crier aux ouvriers de France : « Ouvrez-leur vos brus, ce sont vos frères, et unissez-vous à eux pour balayer les restes pourrissants du monde bourgeois ! » Mais l'invasion qui déshonore la France aujourd'hui, ce n'est point une invasion démocratique et sociale, c'est une invasion aristocratique, monarchique et militaire. Les cinq ou six cent mille soldats allemands qui égorgent la France à cette heure sont les sujets obéissants, les esclaves d'un despote qui est tout entiché de son droit divin ; et dirigés, commandés, poussés comme des automates, par des officiers et des généraux sortis de la noblesse la plus insolente du monde, ils sont — demandez-le à vos frères les ouvriers de l'Allemagne — les ennemis les plus féroces du prolétariat. En les recevant pacifiquement, en restant indifférents et passifs devant cette invasion du despotisme, de l'aristocratie et du militarisme allemand sur le sol de la France, les ouvriers français ne trahiraient pas seulement leur propre dignité, leur propre liberté, leur propre prospérité, avec toutes les espérances d'un meilleur avenir, ils trahii^aient encore la cause du prolétariat du inonde entier, la cause sacrée du socialisme révolutionnaii'e.

L'impression des Lettres à un Français fut achevée vers le 20 septembre, et j'envoyai aussitôt la brochure en un ballot à Genève, à l'adresse de notre ami Lindegger.

Le samedi 24 septembre, dans une grande réunion publique tenue à la Rotonde, et présidée par Kugène Saignes, — un ouvrier pl;\trier-pointre, homme énergique, vrai tribun populaire, très influent parnu les ouvriers lyonnais, — furent volées diverses résolutions relatives à la destitution de tous les olliciers et à leur remplacement par des chefs élus ; à la remise des forts à la garde nationale ; à un impôt forcé sur les riches. La journée du lendemain dimanche fut employée à la rédaction et à l'impression d'une grande afliche rouge, contenant le programme de la révolution que le Comité central du Salut de la France proposait au peuple d'accomplir ; il fut décidé que l'afliche serait signée par tous les membres du Comité, et Bakounine, quoique étranger, crut de son devoir de mettre son nom à côté de celui de ses amis. Le mouvement était fixé au lendemain lundi 2(5, et des arrestations devaient être faites par les révolutionnaires dans la nuit du dimanche au lundi : c'est du moins ce qu'indique une lettre (en russe)

i. Klle existe à la Hibliolbèque nationale de l'aiis, sous la cote Llr' 297. iii-S». 2. l'aiiï, Stock, 19U7.

de Bakonniiie h. Ofi^arcf, du ao ; j'ifjfnore quoi motif lit ajourner ensuite l'exécution du plan jusqu'au mercredi 28. Voici la lettre de Bakounine dont je viens de parler :

'->..■) seplciiibr-o 1870. Lyon.

Mon vieil ami. Je l'enverrai immédiatement noti'e proclamation qui fait appel au peu[)le pour jeter bas tous les pouvoirs qui restent et qui gênent '. (>ette nuit nous allons arrêter nos principaux ennemis ; demain la dernière l)ataillo, et. nous l'espérons, le triomphe.

Envoie Henry [SutlierlandJ chez Lindegger. Probablement G[uillaume] a déjà l'ait parvenir la brochure. Sinon. qu(; Henry prie Lindegger de vous l'apporter aussitôt qu'il l'aura reçue. Et dès ([ue tu l'auras reçue, que notre ami, le vaillant colontd -, l'apporte immédiatement, sans perdre une îuinute, à Lyon. Directement chez Palix, Cours Vitton, ^1, entrée par la rue Masséna, 20, au premier. La brochure est indispensable, nous l'attendons tous.

Ton M. B. '.

Le lundi 26, nouvelle réunion publique à la Rotonde ; Saignes préside ; Beauvoir donne lecture de l'atliche, qui est applaudie par la foule et dont la rédaction est adoptée à l'unanimité. Le président annonce qu'elle sera placardée sur tous les murs do la ville, et ajoute : « C'est notre tète que nous jouons en signant cette affiche, si nous ne réussissons pas ; mais le moment est venu ! Vaincre ou mourir ' ! »

Voici le texte de ce document :

République française.

Fédération révolutionnaire des communes.

La situation désastreuse dans laquelle se trouve le pays ; l'impuissance des pouvoirs oliiciels et l'indifférence des classes privilégiées ont mis la nation française sur le bord de l'abime.

Si le peuple organisé révolutionnairement ne se hâte d'agir, son avenir est perdu, la Révolution est perdue, tout est perdu. Sinspirant de l'immensité du danger, et considérant que l'action désespérée du peuple ne saurait être retardée d'un seul instant, les délégués des Comités fédérés du Salut de la France, réunis au Comité central, proposent d'adopter immédiatement les résolutions suivantes :

Article premier. — La machine administrative et gouvernementale de l'Etat, étant devenue impuissante, est abolie.

Le peuple de France rentre en pleine possession de lui-même.

Art. 2. — Tous les tribunaux criminels et civils sont suspendus et remplacés par la justice du peuple.

Art. 3. — Le paiement de l'impôt et des hypothèques est susj)endu. L'impôt est remplacé par les contributions des communes fédérées, pi'élevées sur les classes riches-, proportionnellement aux besoins du salut de la France.

1. Je reçus également à Neuchâtel des exemplaires de l'affiche, le mardi ou le mercredi.

2. J'ignore quelle est la personnalité que Bakounine désigne par ce sobriquet de « vaillant colonel «.

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