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TROISIEME PARTIE, CHAPITRE III

que d'autres criaient : « Ne lui faites point de mal ». Enfin la bourgeoisie s'est montrée ce qu'elle est partout : brutale et lâche. Car tu n'ignores pas que j'ai été délivré par quelques francs-tireurs qui ont mis en fuite un nombre triple ou même quadruple de ces héi-oïques bouti([uiers armés de leurs chassepots. J'ai été délivré. — mais de tous les objets qui m'avaient été dérobés par ces messieurs, je n"ai pu retrouver que mon revolver. Mon carnet et ma bourse, qui contenait i65 francs et quelques sous, sont sans doute restés entre les mains de ces messieurs. . . Je te prie de les réclamer en mon nom ; tu me les renverras quand on te les aura rendus.

Bakounine avait jugé et qualifié sévèrement, à l'instant même, la conduite de ceux des membres du Comité révolutionnaire qui voulaient capituler pour éviter une collision qu'ils redoutaient, et il leur avait dit, pendant qu'ils délibéraient encore à l'hôtel de ville, ce qu'il pensait d'eux. Il condamna également la tactique adoptée ensuite par certains d'entre eux, qui renièrent publiquement toute p(;nsée révolutionnaire : tel Albert Richard, écrivant le 1" octobre, de la retraite oit il s'était mis a l'abri, au Progrès de Lyon pour atténuer et dénaturer la signitication du mouvement du 28 septembre, dont le but, prétendait-il, « n'était pas de faire appliquer le programme de l'aflRche ' ». Dans un projet de lettre à Esquiros (20 octobre), dont il sera parlé plus loin, Bakounine écrit à ce sujet : « Plusieurs de mes amis, dans des lettres qu'Us ont écrites au Progrès de Lydn, ont eu la faiblesse de nier le but réel de celte manifestation manquée. Ils ont eu tort. Dans les temps comme celui au milieu duquel nous vivons, on doit avoir, plus qu'à toute autre époque, le courage de la vérité. » Enfin, dans une lettre adressée seize mois plus tard à la Tag'wackt, de Zurich, le i4 février 1872, Bakounine résuma son appréciation dans les termes suivants :

La couardise de l'attitude de Kichard a été une des causes principales de l'échec du mouvement lyonnais du -i^ septembre. Je regarde comme un honneur pour moi d'avoir pris part à ce mouvement, avec le digne citoyen Palix, qui est mort l'hiver dernier à la suite des souffrances qu'il a eu à endurer ; avec le brave citoven Charvet, qui a été, depuis, assassiné lâchement par un officier ; avec les citoyens Parratton et Schettel, qui languissent encore à cette heure dans les prisons de M. Thiers, Depuis lors j'ai regai'dé Richard comme un lâche et un traître.

Deux jours après le 4 septembre, Eugène Dupont, correspoudant du

1. Voici commont, dans sa lettre au Prof/rès île Lyon Ireproduite par Oscar Testut), Richard explique la retiaile des membres du Comité du Salut de la France : « Les délégués du peuple restèrent dans la salle des séances jusqu'à l'arrivée des conseillers municipaux, alors qu<; la ijarde nationale en (inncs, succédant h la manifestation sana armes, avait entouré les abords de l'hôtel de ville. Nous expliquAmes aux conseillers municipaux le caractère et le but de la manifeslation. Il n'y en eut p«.s (//( seul qui osAt la blAmer... Les conseillers municipaux nous prièrent de les laisser délibérer ; I hôtel de ville élait de plus en plus entouré ; mais nous avions encoie dans les cours intérieures trois ou quatre cents honunes qui s'étaient, je ne sais comment, armés et munis de cartouches, sans compter les sympathies certaines de plusieurs milliers de citoyens des bataillons de la Croix-Rousse, de la Guillotière et des Rrottcaux. (Tétait plus (ju'il n'en [allait pour conserver la position. Nous l'avons cependant évacuée, parce que nous n'avions i»as pour mission de nous imposer par la violence. Bien mieux, nous nous séparAmes en bonne intelligence avec les conseillers municipaux. . . Sur une interpellation de Bischoll, tous les conseillers présents déclarèrent ijuaucunes poursuites ne nous seraient intentées, et que même, si l'on voulait nous en intenter, ils s'y opposeraient. On se sépara au cri unanime de Vive la liepublique I ijucrrc aux Prussiens 1 »

Conseil général de Londres pour la l'^rance, avait envoyé, au nom de ce Conseil, à tous les correspondants français des instructions sur la li}<ne de conduite à suivre. Voici ce qu'il avait écrit à Albert Richard (lettre imprimée par Oscar Tcstut) :

Londres, G scptcnnbrc 1870.

Mon cher lîichard, La piteuse fin du Soulouque impérial nous amène au pouvoir les Favre et les Gamhella. Rien n'est changé. La puissance est toujours à la bourgeoisie. Dans ces circonstances, le rôle des ouvriers ou [)lutôt leur devoir est de; laisser cette vermine hourgeoine faire la paix avec les Prnasiens (car la honte de cet acte ne se délachcra jamais d'eux), ne pas les allei-mir par des énuîutes, mais profiter des libertés que les circonstances vont apporter pour organiser toute les forces de la classe ouvrière. La bourgeoisie, qui est dans ce moment allolée de son triomphe, ne s'apercevra pas tout d'abord des pi'ogrès de l'organisation, et pour le jour de la véritable ^aerre les travailleurs seiont px'èts . . . Sers-toi des pouvoirs que t'a donnés le Conseil général pour arriver à ce but.

On trouve les mêmes idées dans le Manifeste (rédigé j)ar Marx) adressé à la date du 9 septembre à tous les membres de l'Internationale par le Conseil général. On y lit :

Les classes ouvrières françaises traversent des circonstances extrêmement difliciles. Toute tentative de renverser le nouveau gouvernement, dans la crise actuelle, quand l'ennemi est presque aux portes de Paris, serait une folie désespérée. Les ouvriers français doivent remplir leurs devoirs de citoyens ; mais, en même temps, il ne faut pas qu'ils se laissent entraîner par les souvenirs de 1792, comme les paysans français se sont laissé précédemment duper par

j les souvenirs du premier Empire '. Ils n'ont pas à recommencer le passé, ma.is à édifier l'avenii'. Qu'ils profitent avec calme et résolu-

I tion des facilités qiîe leur donne la liberté républicaine, pour travail-

\^ 1er à leur organisation de classe. Cela les dotera d'une vigueur herculéenne pour la régénération de la France et notre tâche commune, l'émancipation du travail. De leur énergie et de leur sagesse dépend le sort de la République ^

Ainsi, ces Messieurs du Conseil général, qui recommandaient habitueUement la participation des ouvriers aux mouvements politiques, trouvaient à propos, en cette circonstance, quand les armées allemandes envahissaient la France, d'ordonner aux ouvriers français de se désintéresser de la guerre, d'écarter de leur mémoire les souvenirs de 1792, et de laisser, sans intervenir, conclure une paix honteuse avec le roi de Prusse, sous le prétexte qu'il était bon que cette honte s'attachât à la « vermine bourgeoise » ; ils leur ordonnaient surtout de ne pas faire des a émeutes », attendu que les mouvements insurrectionnels, selon eux, « alTerrairaient » les gouvernants ! Et c'était nous, au contraire, — ceux qu'ils appelaient les

i. Comment Marx a-t-ii osé assimiler les «souvenirs de 1792 », les souvenirs du grand soulèvement révolutionnaire contre les armées de la coalition monarchique, aux (( souvenirs du premier Empire » ? Inconscience ou perfidie ?

2. Je ne vois pas très bien comment cette façon de conseiller aux ouvriers le calme et la sagesse, de les dissuader de vouloir faire ce que firent leurs pères de 1792 (c'est-à-dire de battre les Prussiens), se concilie avec l'appel à l'action qui termine le manifeste (voir p. 88) : mais c'est affaire à Marx de se mettre d'accord avec lui-même.

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« abstentionnistes », — qui disions qu'il fallait, en ce moment décisif, faire un effort suprême pour affranchir le peuple des derniers restes de l'autorité gouvernementale ; que le soulèvement des ouvriers et des paysans contre l'envahisseur serait en même temps un soulèvement contre la tyrannie économique de la classe capitaliste ; et qui tentions, par la parole et par les actes, de provoquer ce soulèvement et de montrer au peuple français le moyen de se sauver lui-même en préparant, du même coup, le salut du prolétariat universel.

11 existe une lettre de Marx au professeur Edward Spencer Beesly, du 19 octobre i>J70 (publiée dans The Social- Democrat de Londres, du i5 avril 1903), où il apprécie les événements de Lyon d'après des lettres qu'il venait de recevoir. Voici comment il s'exprime :

Au début tout marchait bien. Sous la pression de la Section de l'Internationale, la République avait été proclamée à Lyon avant de l'être à Paris. Un gouvernement révolutionnaire l'ut tout de suite établi, la Commune ', composée en partie d'ouvriers appartenant à l'Internationale, en partie de républicains radicaux bourgeois... Mais les ânes Bakounine et Cluseret arrivèrent à Ljon. et gâtèrent tout. Appartenant tous deux à l'Internationale, ils eurent malheureusement assez d'influence pour égarer nos amis. L'hôtel de ville fut pris, pour un moment seulement, et de très ridicules décrets sur Vaholition de VEtat et autres balivernes furent rendus. Vous comprenez que le seul fait d'un Russe — que les journaux de la bourgeoisie représentaient comme un agent de Bismarck — pivtendant s'imposer à la tête d'un Comité du Salut de la Fram-e était tout à fait suflisant pour changer complètement l'opinion publique '. Quant à Cluseret, il s'est comporté à la fois comme un idiot et comme un lâche. Ces deux hommes ont quitté Lyon après leur insuccès.

Il convient de citer, pour achever ce chapitre, les (jn(;l([ucs phrases que Marx a consacrées au mouvement du 28 septembre dans sa brochure de 1873, U Alliance de la démocratie socialiste (p. 21). Voici cel extraordinaire morceau :

Le mouvement révolutionnaire de Lyon venait d'éclater. Bakounine d'accourir rejoindre son lieutenant Albert Richai'd et ses sergents Bastelica et Gaspard Blanc. Le 28 septembre, jour tie son arrivée, le peuple s'était emparé de l'hôtel de ville. Bakounine s'y installa : alors arriva le moment critique, le moment attendu depuis bien des années, où Bakounine put accomplir l'acte le plus révolulionnaire que le monde ait jamais vu : il décréta Vabolilion de l'Etat. Mais l'Etat, sous la forme et l'espèce de deux compagnies de gardes nationaux bourgeois, entra par une porte qu'on avait oublié de gai'der. balaya la salle, et fit reprendre à la liait' le chentin de Cenève à Bakounine \

1. Marx veut parler du Comité de sahit pul)Iic, qui prenait en elTet la i|inlilic;ition de « Commune de Lyon ».

2. J'ai explicpié phis haut (p. Hii) la raison qui avait déterminé Hakoiinine îiki^mT raffiche du Comité du Salut de la Kranre.

3. FCn rei^ard de ces lju;nes dictées par la iiaitie. où Marx s'est eflorcé de ridiculi'ir un homme qu'il délestait, il me plaît de rcproduii-c d autres lii^nes écrites par le même Marx dix-huit ans auparavant, dans un article de la .\pir York Daily Tnhiine (2 octobre 1852) intitulé : « Sur la révolution et la contre-révoltilion en Allcmaiine » ; il y parle en ces termes de l'insurrection de Dresde de mai 1849, h laquelle Itakoiinine avait pris la part (|ue l'on sait : u A Dresde, on se battit pendant (|ualre jours dans

JO'2 L INTEnNATIONAI.E

Inutile (le relever les inexactitudes, les unes voulues, les autres inconscientes, que Marx aaccunnilécs (în ce peu de lignes Bakounine n'était pas arrivé à I.yon le 28, jour du mouvement, mais h; i5 ; c(; mouvcnuïnt, il ne s'y était pas assot-ié après coup, mais c'était lui iiième qui l'avait préparé treize jours durant; il n'était pas entré à l'hôtel de ville à la suite du peuple, mais, avec Saignes et Parraton, il en avait forcé les j)ortes, frayant la route à la foule; une fois dans la jdace, il ne s'était pas amusé à « décréter Tabolition de l'Etat « : au contraire, pendant que les membres du Comité perdaient leur temps à rédiger des arrêtés, il n'avait cessé d'insister, vainement, pour une action énergique et immédiate ; si les gardes nationaux bourgeois étaient, quelques heures plus tard, rentrés dans le palais municipal, ce n'était pas « par une porte (ju'on avaii oublié de garder » : la trahison de Cluseret, la lA.cheté d'Albert Richard étaient les seules causes de cet avortement d'une insurrection d'abord victorieuse ; enfin, il n'avait pas « repris à la hilte le chemin de Genève », mais s'était rendu à Marseille avec l'espoir qu'il serait possible de renouveler une tentative de la réussite de laquelle il ne voulait pas encore désespérer '.

Mais le Volksslaat a su dire mieux encore (|ue Marx. Dans son numéro du 12 octobre 1870, il a imprimé ceci :

Comme caractéristique de l'esclandre machiné à Lyon par Bakounine, nous reproduisons la proclamation suivante [suit le texte de l'aftiche rouge du 26 septembre]. On n'aurait pas pu mieux faire au bureau de la presse, à Berlin, pour servir les desseins de Bismarck. Heureusement Bakounine, qui du reste, paraît-il, est en prison, n'a pas pu causer de dommage sérieux, ce qui est une nouvelle preuve du sens politique des ouvriers français. (Jedenfalls hâtte die obige Proclamailon im Beiiiner Pressbureau nicht passender fiir Graf Bismarck gemacht werden kônnen. Dass Bahunin, der iibrigens verhaftet sein soll. keinen ernsten Schaden zii thun çermochte, bildet einen neiien Beweis fiir die politische Bildung der franzôsischen Arbeiter.)

Ces lignes sont, je crois, de la plume de Hepner.

Je mentionne encore, ici, la tentative révolutionnaire qui fut faite à Brest au commencement d'octobre. Les membres de la Section internationale de Brest ^ avaient tenu en septembre des réunions en vue de la formation

les rues de la ville. Les boutiquiers de Dresde non seulement ne combattirent pas, mais dans plusieurs cas favorisèrent l'action des troupes contre les insurgés. Ceux-ci se composaient presque exclusivement tiouvriris des districts manufacturiers environnants. Ils trouvèrent tin chef capable et de sang-froid dans le réfugié russe Michel liukounine fThey found an able and coolheaded commander in the Russian refugee, Michael BakuninJ. »

i. Dans un article intitulé f.es syndicats et l'action, politique (Eumanilé du 25 septembre 1906), M. Paul Lafargue a réédité tout récemment les plats mensonges de son beau-père presque dans les mêmes termes. Il a écrit : « Bakounine, qui, sans grande réflexion, prit à la lettre l'anarchie de Proudhon, s'imagina qu'on pouvait supprimer l'Etal bourgeois avec despiirases. Quand il s'empara de l'hôtel de ville de Lyon, en 1871 (sic)^ il rédigea de sa meilleure plume anarchiste une ordonnance {sic) qui plagiait la pasquinade de Rochefort, et qui décrétait l'abolition de l'Etat. Mais quatre hommes et un ca| oral (sic\. envoyés par le préfet Andrieux (sic), l'expulsèrent et lui démontrèrent qu'on ne se débarrassé pas de l'Etat par un Vade rétro Satanas. » Pauvres marxistes, ils nous font vraiment la partie trop belle! ils ne savent pas, ils ne comprendront jamais combien de semblables procédés de polémique soulèvent l'indignation des consciences droites, et détachent d'eux la nouvelle génération.

2. Six d'entre eux avaient été condamnés à l'emprisonnement le 23 juillet [>ar le tribunal correctionnel, pour afTiliation à l'Internationale ; mais ils avaient interjeté appel, et le 17 septembre la Cour de Rennes déclara le jugement annulé par j'amnistie du 6 septembre.

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d'un Comité de surveillance et de défense nalionale ; ce Comité, nommé le i*^"" octobre dans une réunion publique, essaya le lendemain de faire envahir l'hôtel de ville ; niais son appel aux armes demeura sans effet. Les initiateurs du mouvemenl furent arrêtés : quatre d'entre eux furent condamnés, le 27 octobre, par un conseil de guerre, à des peines variant de deux ans à huit jours d'emprisonnement ; mais ils furent graciés par la délégation de Tours. Paul Robin, à sa sortie de la prison de Beauvais (5 septembre), où avaient été transférés les condamnés du troisième procès de l'Internationale parisienne, était allé à Bruxelles chercher sa femme et ses enfants, qui s'y étaient réfugiés : il voulait les ramener à Paris. Mais, sur la dénonciation d'un policier français, il fut emprisonné pour avoir enfreint l'arrêté d'expulsion pris contre lui par le gouvernement l>elge l'année précédente, puis, après quelques jours de détention aux Petits- Carmes, conduit à la frontière. Paris étant déjà bloqué par les Prussiens, il s'était rendu à Brest, sa ville natale, où il se remit à faire de la propagande révolutionnaire : mais bientôt, forcé de quitter la France pour éviter un nouvel emprisonnement, il se réfugia à Londres avec sa famille. Là, il reçut l'accueil que devait lui valoir le zèle avec lef|uel il avait travaillé à l'organisation socialiste en Belgique, en Suisse, et à Paris, ef, sur la présentation de Karl Marx lui-même, il devint membre du Conseil général de rinternalionale (octobre).

Protestation de notre Coniilé féclrral {j octobre iS~()); dongrès de Saint-Imier (g octol)re). — Bakounine à Marseille {'io se/)tenil)re--j.î octnl)i-e). — La Coniinaae de Marseille {'h octobre-^ novembre).

Par une circulaire en date du 23 septembre, le Comité fédéral roniaad siégeant à la Chaux-de-Fonds convoqua nos Sections à un Congrès extraordinaire pour le dimanche 9 octobre, à Saint-liiiier. Il s'agissait essentiell(;ment d'aviser aux moyens de ressusciter la Solidarité. J'ai sous les yeux le procès-verbal de l'assemblée générale de la Section de l'Alliance de Genève, du samedi i-' octobre, assemblée dans laquelle cette Section désigna Joukovsky pour la représenter au Congrès ; on y lit : a I^e citoyen Joukovsky expose la situation économicjue de la Solidarité : une dette de huit cents francs pèse sur le journal ; il faut que les Sections la paient. La rédaction ayant donné sa démission, il faut en nommer une autre. Xa. l'impossibilité de publier le journal à Ncuchàlel, il faut changer le lieu de publication.» La Section décide (pie son délégué fera au Cïongrès la proposition suivante : « Constater ïc chitlVe de la dette ; constater le nombre des membres de la Fédération, et répartir le chitfre entre tous ». Puis on discute la question du lieu de ptd)licaiion : (( Plusieurs mend)res exposent les ditlieuliés (jui S(î présenteraient au cas où le Congrès désignerait Genève pour la publication de la Solidarité. Le délégiuî est chargé de les exposer au (Congrès, (^uanl à l'attitude (pie le journal devra prendre visà-vis des événements (pii bouleversent FFuroix* en ce moment, elle doit être énergique ; après le Manifeste (pii nous a compromis aux yeux des bourgeois, nous devons nous tenir strictement aux principes révolutionnaires, nous devons les exposer sans crainte ni taiblesse. » — Les autres Sections prirent des décisions analogues.

Avant le Congrès, et après entente avec les Sections, le tiOmil»' fédéral publia une protestation relative à l'accueil fait par les coullerysles et les hommes du Temple-Uni(|ue au Manifeste de la Solidarité, ('omme nous n'avions plus d'organe à nous, le Comité fut obligé de se servir de la presse radicale, etenvoya celle prol<'slalion au journal le .Xatio/ial siiisstde la Chaux-dc-Fon<ls, (jui l'inséra dans son numéro <iu () octobre. La voici :

I04 l/rNTF.HNATIONALE

Aux membres de V Association internationale des travailleurs. Conij)agnons,

C'est un devoir pour nous que d'opposer une prcHeslalioa énerf(ique à certains laits qui viennent de se passer dans la Suisse romande, relativement à un Manifeste publié dans notre organe la Solidarité .

Nous avions cru que la scission (jui s'était opérée au Congrès de la Ghaux-de-Fonds avait laissé chez tous d'assez tristes souvenirs, pour que chacun s'eflbrçât de ne pas envenimer une situation déjà assez anormale. Nous pensions aussi ([ue notre conduite à l'égard des Sections qui crurent devoir se détacher de nous aurait dû nous valoir, de la part des membres de ces Sections, des sentiments plus fraternels que ceux qu'ils viennent de faire éclater si publiquement à notre égard,

La rédaction de la Solidarité a publié, comme elle en avait le droit, un Manifeste affirmant la solidarité morale et matérielle qui doit exister entre tous les républicains, et faisant appel au dévouement de tous les socialistes pour aider à sauver la France républicaine du despotisme de la Prusse monarchique ; et cela non pas, comme cherche à le faire croire Y Egalité de Genève, en vue de sauvegarder l'intégrité territoriale de la France, et de prendre part à une lutte nationale, mais bien parce que la jeune République représente la révolution européenne qui affranchira les travailleurs.

Cet affranchissement ne pouvant être opéré que par les travailleurs eux-mêmes, comme le disent très bien nos statuts généraux, quoi de plus logique que d'engager les ouvriers de tous les pays à prêter leur concours à la défense du principe de liberté qui vient d'être proclamé à Paris ? N'est-ce pas déjà une conséquence naturelle du caractère international de notre Association ? Les ouvriers de tous les pays, les Belges, les Allemands, les Anglais, les Italiens, les Espagnols, ne se sont-ils pas empressés chacun de leur c(Mé d'acclamer la République française ?

Que la boui'geoisie voie de mauvais œil des manifestations semblables ; que les autorités constituées se soient empressées de les réprimer, c'est tout naturel. Elles sont dans leur rôle. Nous ne voulons pas, dans les circonstances exceptionnelles où nous nous trouvons, discuter la question délicate de savoir jusqu'à quel point la neutralité suisse pouvait se trouver compromise par la publication du Manifeste de la Solidarité. Mais que des hommes qui. jusqu'à présent, ont aussi fait partie de l'Internationale, et qui prétendent avoir plus que nous le droit de parler en son nom ; que ces hommes aient saisi ce prétexte pour nous jeter l'injure et la calomnie, pour dénaturer perfidement nos intentions, pour nous dénoncer. — oui, pour nous dénoncer, dans leurs journaux, aux autorités comme des hommes dangereux : voilà ce qui nous remplit d'indignation.

Lors même que le Manifeste se serait trouvé sur quelque point en contradiction avec leurs propres opinions, cela pouvait-il motiver, de la part d'hommes qui eussent été véritablement internationaux, un pareil débordement de haine et de basse injure ? Est-ce bien à eux à nous montrer du doigt à la police ? Etait-ce une conduite digne de socialistes que décrire, à la Chaux-de-Fonds dans la Montagne, à Genève dans Y Egalité, à Berne dans le Bund, des articles remplis de

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