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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII t

Gambuzzi ni lettre ni argent, de Louguinine non plus. — l'j. Point de lettres, pas d'argent. En poche 99 centimes. Reste 5.5 centimes. — 18. Lettre de Gambuzzi sans argent. Prends iio fr. chez M"i« Pedrazzini. Pars demain.

Le 19 mars Bakouiiine se rendit à Florence avec l'argent emprunté à sa propriétaire ; il réussit à y contracter un emprunt de quelques centaines de francs auprès de Louguinine. un Russe avec lequel il avait été en relations ' ; et il rentra à Locarno le 3 avril.

Le iS mars 18^1. — Nouvelle série de la Solidarité. — Les inoiivements insurrectionnels en France. — Lettres de Bakounine.

Le jour où Bakounine partait pour Florence, je lisais à Neuchâtel la dépêche, affichée à la porte du château, qui annonçait le mouvement du 18 mars. Le gouvernement avait abandonné Paris, l'hôtel de ville était occupé par le Comité central de la garde nationale. Qu'était-ce que le Comité central? Au milieu de la liste de ces inconnus, je voyais le nom d'un des nôtres, — justement de celui qui, depuis le Congrès de Btde, taisait partie de notre intimité, — le nom de V'arlin. Qu'allions-nous faire? Je télégraphiai à Spichiger et à Schwitzguébel. Ils accoururent. Nous décidâmes d'envoyer sur-le-champ quelqu'un à Varlin, pour savoir de lui le vrai caractère du mouvement, et lui demander ce qu'il attendait de nous. U fallait que notre émissaire fût un homme non surveillé, qui n'excitât pas les soupçons. Spichiger se chargea de trouver quelqu'un ; et le lendemain ou le surlendemain il m'envoyait un jeune ouvrier guillocheur du Locle, Emile Jacot. Je remis à celui-ci quelques lignes pour Varlin, tracées au crayon sur les feuillets d'un cahier de papier à cigarettes. Le voyage était encore fort long; on n'allait toujours pas directement de Neuchâtel à Paris : Jacot n'arriva que le samedi 20 au matin. Il se fit indiquer l'hôtel de ville, mais les sentinelles ne l'y laissèrent pas pénétrer. Après avoir inutilement parlementé, il finit par s'attabler chez un marchand de vin, dans une rue voisiné; là, son air étranger, ses propos et ses questions attu^èrent bientôt l'attention, et éveillèrent les soupçons. On alla chercher la garde, et on l'arrêta comme espion. U déclara qu'il ne parlerait que devant le Comité central, et c'est ainsi qu'il franchit, entouré de baïonnettes, la porte de cet hôtel de ville dont on lui avait refusé l'entrée. On l'introduisit dans une pièce attenant à la salle où délibérait le Comité central, et on prévint Varlin, dont notre envoyé avait indiqué le nom : par la porte entr'ouverte, Jacot pouvait voir les membres du Comité assis autour d une grande table et discutant avec animaiion. Varlin sortit; après avoir lu mon message, il dit à Jacot que les dépêches nous avaient donné une idée inexacte de la situation ; qu'il ne s'agissait pas de révolution internationale ; que le mouvement du 18 mars n'avait eu d'autre but que la revendication des franchises municipales de Paris, et (jue ce but était atteint ; que les élections étaient fixées au lendemain 26, et qu'une fois le Conseil municipal élu, le Comité central résignerait ses pouvoirs et tout

1 . A son sujet, Hakouaine écrivait à O^arof le ."» avril (en russe), deux jours après son retour de Florence : « Jo suis très roulent de L^oujiuininej ; j'ai retrouvé en lui un anrii'n ami; c'est toujours le uième chevalier, le dernier Mohican de la noblesse, seukinent avec un nouveau souci de coopératives. Il se consacre a mon allairc | la réclamation que lîakounine adressait à ses frères] sincèrement, chaleureusement et de lionne ifpAce ; il y a lieu d'espérer (ju'il va l'arrani^or. «> (Correspondance de Uakounine.i

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serait fini. Jacol quitta Paris le lundi matin, et s'en revint nous apporter cette réponse.

Cei)endanl I*'. Buisson était revenu de Paris, le 24 ou le 20, pour chercher sa famille. 11 ne parlait plus de m'emmener; et d'ailleurs, vu l'opposition de mon père, la i)Ossibilité pour moi de quitter l'imprimerie dépendait maintenant du retour de mon frère, (jui prolongeait son séjour à Paris et semblait ne pas se soucier de revenir. Dans les derniers jours de mars, Buisson repartit pour Paris. Son orphelinat, qui lui adopté, pendant la Commune, par la municipalité «lu 17' arrondissem(;nl, survécut aux terribles journées <le Mai, traversa la réaction versaillaise, et, transféré ensuite à Gempuis, devint l'origine de celui que possède encore dans ce village de l'Oise le département de la Seine et qui lut de 1880 à 1894 dirigé par Paul Robin.

Le premier numéro de la nouvelle série de la Solidarité parut enfin le 28 mars à Genève, à l'imprimerie Gzerniecki. Il aurait paru une dizaine de jours plus tôt, sans les événements du 18 mars et des jours suivants ; événements qui obligèrent la rédaction à retarder la mise sous presse du journal et à en remanier la mise en pages pour pouvoir donner les nouvelles qui arrivaient coup sur coup.

Le premier article du numéro, écrit par Schwitzguébel, était intitulé : Coup d'œil historique sur la situation de la Fédération romande durant les quelques mois qui viennent de s'écouler. J'en ai utilisé le contenu pour la rédaction de quelques-unes des pages du chapitre iv de cette Troisième partie. Venaient ensuite des détails sur les publications de propagande éditées par la commission centrale de vente constituée dans la Section du district de Courtelary, et le rapport de la commission chargée, par le Congrès de Saint-lmier, delà vériiication des comptes delà Solidarité. Le morceau central du numéro était un exposé intitulé La situation de l'Europe, que j'avais rédigé en ra'aidant, pour certaines parties, de notes remises par Joukovsky, Je le reproduis tout entier, parce que, la brochure d'actualité que nous avions projeté de faire paraître n'ayant ]jas été publiée, cet exposé est le seul témoignage qui subsiste de la façon dont nous appréciions les événements qui s'étaient déroulés du 4 septembre à la capitulation de Paris :

La situation en Europe '.

Pendant ces six mois où nous avons été condamnés au silence, se sont accomplis les i»lus graves événements qu'ait vus le monde depuis la Révolution de 1789. Nous avons soullert cruellement, tandis que nous voyions les ouvriers allemands protester courageusement contre une guerre atroce et inique, tandis que les ouvriers français faisaient les derniers efforts pour sauver la liberté de leur pays, tandis que les ouvriers belges, anglais, espagnols, manifestaient de toutes parts dans leurs journaux et dans leurs réunions les sentiments que leur inspiraient les péripéties de la guerre, — nous avons souffert cruellement, disons-nous, de nous voir à ce moment-là même privés de tout moyen d'énoncer publiquement notre opinion, et dètre obligés de laisser ceux des membres de nos Sections internationales qui ne recevaient pas de renseignements directs dans l'isolement le plus complet, et n'ayant d'autre lecture que celle des feuilles bourgeoises, qui avaient organisé contre le socialisme un système de calomnies aussi habile que perfide.

Aujourd'hui enfin nous possédons de nouveau un oi'gane : la voix

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