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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII l

du socialisme se fera de nouveau entendre chez nous ; nous pourrons juger à notre point de vue international, qui est celui de la justice et de la liberté, les événements importants ; nous pourrons répondre aux calomnies, l'éfuter les mensonges, rétablir les faits dans leur vrai jour ; et en lisant notre journal, en comparant nos principes à ceux des hommes qui ont attiré sur l'Europe tant de malheurs ou qui n'ont pas su les conjurer, les ouvriers verront mieux que jamais que le salut de l'humanité est dans la réoi'ganisation sociale.

Nous ne pouvons pas résumer ici la série des événements auxquels nous avons assisté depuis le mois de septembre. Il est nécessaire pourtant que la vérité soit connue tout entière ; aussi exposerons-nous, dans une brochure spéciale qui est en ce moment sous presse ', les principaux actes du drame qui vient de se jouer en France; nous y dirons surtout la part qu'y ont prise les socialistes, et ce qu'ils ont fait pour essayer de sauver la République.

Mais dès à présent il sera utile de donner quelques éclaircissements sur des faits qui ont été étrangement dénaturés par la presse bourgeoise.

Dès le commencement de septembre, il fut clair pour les ouvriers français que le gouvernement de la soi-disant Défense nationale ne prenait pas sa tâche au sérieux, et que, loin de vouloir sauver la France en faisant appel à Tenthousiasuie révolutionnaire, il avait une peur horrible de la révolution et qu'il préférait les Prussiens au socialisme. Dès lors, sans qu'il y eût eu entente préalable, les ouvriers des grandes villes françaises, animés de la même pensée, se dirent qu'il n'y avait qu'un moyen de faire face au danger : l'initiative spontanée et libre de chaque ville, de chaqiu^ comumne, affranchies des entraves que mettait à leur action le gouvernement.

Des tentatives dans ce sens furent faites à Strasbourg, à Mulhouse, à Metz, à Lille, à Rouen, à Rrest. dans plusieurs villes du Midi ; mais ce sont les mouvements de Lyon et de Marseille qui ont eu le plus de retentissement, et nous ne parlerons ici que de ceux-là.

Vers la fin de septembre, les ouvriers de Lyon, voyant que Paris, bloqué par l'ennemi, ne pouvait plus diriger la France, et que le gouvernement était tombé aux mains d'houmies qui n'étaient pas à la hauteur de la situation, résolurent de prendre cux-mèuies en mains leurs affaires, et d'entraîner la France daus un cllurt suitrème. A la suite de nombreuses l'éunions publi([ues. il fut di-cidé c[ue la municipalité de Lyon serait invitée à donner sa démission et rem[)lacée par une (lommune révolutionnaire ; les villes ilu Midi auraient suivi cet exemple, et une Convention, compost'c de déh-gués des (communes, et siégeant à Lyon, aurait renq)lacé l'incapable dc'légation île Tours et aurait inq)riuié à la défense cette énergie et cette passion qui ont enfanté les [uodiges de I79'3. Le u8 septembre, le [)eu|de se porta en nuissc à riiôtel de ville de Lyon ; une partit^ du conseil inunici[)al donna sa démission, une commission [)rovisoire fut installée en atten-

1. On voit que nous comptions encore réaliser notre projd do la publication delà brochure d'actnalitc. Nous en fûmes emprclics par les événements, qui allaient nous imposer des pré,occupa lions nouvelles et absorber noire activité d'iine autre favon.

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danl l'élcclion de la (^oiniiiune. l'ar quelle série de fatalités un mouvement si bien commencé éclioua-t il si miséral>lement? c'est ce qui sera expliqué dans la hroiliui-e dont nous avons j)ai'lé ; on y verra quels sont les homun^s qui ont trahi la cause du ])euple, et sur (jui doit tomber la responsabilité <le l'échec du 28 septendn'e.

Dès ce moment, le sentiment de tous les socialistes lut que la France était perdue. On avait laissé échapper l'instant décisif ; à supposer même qu'un autre mouvement eût réussi, en octobre ou en novend)re, il était trop tar<l pour réparer le mal : mais en septembre la révolution de Lyon, si elle eût triomphé, pouvait encore; tout sauver.

Néanmoins, un mouvement tout à fait pareil eut lieu à Marseille au commencement de ncnembre, après la trahison de Bazaine, et cette fois il réussit entièreuient. La Commune révolutionnaire siégea pendant trois jours à l'hôtel de ville ; le général (^luseret fut nommé commandaiit de la garde nationale : puis tout à coup, sans qu'on put comprendre les raisons d'une i)areille faiblesse, la Comnmne déposa sa démission entre les mains du préfet Gent, envoyé par Gambetta ; et le peuple, abandonné par ceux auxquels il avait donné le mandat de le représenter, se vit Grosjean comme devant. « Il fallait à tout prix éviter l'effusion du sang, » disent ceux qui veulent justifier cette attitude de la Commune de Marseille. Ce sentiment d'humanité est honorable sans doute, mais ce n'est pas la réaction qui se laisserait arrêter par des scrupules de ce genre.

L'Internationale fut l'âme des mouvements de Lyon et de Marseille ; c'est elle qui avait compris la première que la révolution seule "[pouvait rendre à la France l'énergie dont elle avait besoin ,- c'est elle qui a été vaincue et persécutée par la réaction à Lyon et à Marseille; et c'est elle qui reste, suivant l'expression de l'écrivain parisien Robert Hait, « l'esprit et le sel de la terre », l'armée de la révolution futui'e.

Les ouvriers parisiens, bien que privés de toute communication avec le dehors, se trouvèrent avoir exactement le même programme que leurs amis du reste de la France. Eux aussi, ils voulaient enlever au gouvernement de la Défense nationale un pouvoir dont il se servait beaucoup plus contre le peuple que contre les Prussiens, et remplacer l'incapable Trochu, le mielleux Jules Favre, le pleurard Jules Simon et leur séquelle, par des hommes qui prissent au sérieux la défense de Paris. Le mouvement du 3i octobre ne fut pas, comme le gouvernement essaya de le faire croire, une simple échauffourée blanquiste ; ce fut une véritable révolution populaire, à laquelle l'Internationale prit sa large part. Il s'agissait d'obtenir la démission du gouvernement et de faire élire, dans les quarante-huit heures, la Commune de Paris. Le peuple remporta une victoire complète ; ceux des membres du gouvernement qui refusèrent de donner leur démission furent gardés prisonniers ; les autres signèrent une pièce convoquant immédiatement les électeurs parisiens pour la nomination de la Commune. Cette pièce, dont l'existence a été niée depuis par ses signataires, existe bien réellement : un membre de l'Internationale nous a aflirmé l'avoir vue de ses yeux, touchée de ses mains. Le peuple, considérant la journée comme finie, regagna ses quar-

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