TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE VIII iS
tiers ; c'est à ce moment que les blanquistes essayèrent d'accaparer le mouvement à leur profit, et que ïrochu et Ferry, qui n'étaient plus retenus prisonniers parce que la victoire semblait achevée, allèrent chercher les mobiles bretons qui reprirent l'hôtel de ville sans résistance. La terreur que ïrochu et ses collègues, revenus au pouvoir, jetèrent dans la population par les mesures qu'ils prirent le lendemain, par les arrestations '. parles suppressions de journaux, etc.. explique suffisamment comment il ne s'est trouvé, quelques jours plus tard, au fameux vote par oui et par non, que soixante raille voix pour protester jusqu'au bout.
Trois mois plus tard, à la veille de la capitulation, lorsque le gouverneur de Paris , reniant sans pudeur son serment de ne jamais capituler, livrait la ville à l'ennemi, quelques membres de l'Internationale se levèrent encore pour protester. Ils lurent accueillis par les coups de fusil des mobiles bretons. Ce fut la journée du 22 janvier. Trochu resta le maître, et l'on vit alors cette chose inouïe : huit cent mille hommes armés, trahis par leurs chefs, obligés de poser les armes devant quatre cent mille ennemis.
Nous n'avons encore parlé que de la P'rance. llendons à chacun ce qui lui est dû. Une partie des ouvriers allemands a nol)lemen et courageusement protesté contre la guerre. Le Comité central des Sections internationales allemandes -, siégeant à Brunswick, a été jeté en prison par le gouvernement })russien ; Bebel et Liebknecht, dont on n'a pas oublié les fières paroles au Reichstiig, ont été emprisonnés à leur tour. Tout cela n'a pas abattu le courage de nos amis : le Volksstaat de Leipzig et le l'roletarier d'Augsbourg ont continué à défendre avec la même énergie la cause du droit et de la justice.
Mais quelle infime minorité forment ces hommes convaincus ! Combien sont-ils en Allemagne, hélas ! dont nous puissions nous dire encore les frères ? L'immense majorité des ouvriers allemands ne sest-elle pas grisée, comme la bourgeoisie, des victoires de Bismarck ? et ne sommes-nous pas obligés aujourd'hui, tout en faisant une honorable exception pour les amis dont nous venons de parler, de considérer le peuple allemand, dans sa masse, comme un obstacle à la Révolution ?
Oui, il faut le dire sans ambages, l'esprit révolutionnaire semblé/ 1 s'être retiré de la race allemande, et il est aujourd'hui concentré danaB les pays de race latine, la Belgi(pie. la France, l'Italie et lEspagnc' C'est au prolélai'ial de ces pays à sauver l'Europe du ilanger dont la' 1 menace cet ennemi de toute liberté (jui s'appelle l'Empire allemand. \\ La Fi'ance révolutionnaire tendra sa main Ira te rue 1 1 è' înt-prxLléluri at de l'Allemagne, qui, après avoir fait l'expérience de ce que coûte la j gloire militaire, entrera lui-même dans la voie de la révolution. \
1. On s;iit que, si des mandats d'amener avaient été lancés rentre Blamini et ses amis Tridon, Eudes, Jaclard, l^evraiid, Hanvier, etr.. de nième que contre Flonrens et Félix l'yat, on arrêta aussi Vermorel et Lefrançais. Mllllére et Vallès, égalenienl poursuivis, purent se soustraire à l'arreslalion.
i. Mal informés, nous croyions, à ce niomciit-là, (]u'il existait des Sections d(> rinlernationalo en Alleniai,'ni', tandis (|ue,;i cause des ciilraves de la lé|,'islation, il ne pouvait y avoir dans ce pays que des adhérents individuels à notre .Association.
i38 l'internationale
Que lîiut-il penser de la siluation actu(;lle ? Où en sont les allaii'es? Y a-l-il espoir (le voir, dans un avenir proehain. leseiioses s'améliorer?
C'est sur la France; qu'il faut porter notre attention, car c'est là que les questions révolutionnaires doivent se décider.
Les élections à l'Assemblée nationale se sont faites dans des conditions telles que cette Assemblée devait nécessairement être réactionnaire. Cependant le résultat inespéré du scrutin de Paris, qui a donné la majorité aux socialistes, et qui a envoyé à l'Assemblée deux de nos amis de rinternalionale. Malon et Tolain, montre que la situation est loin d'être désesi>érée. Qu'on laisse à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Rouen le temj)S de se reconnaître, et bientôt toutes les gi'andes villes suivront l'exemple de Paris. Le socialisme, qui semblait anéanti, se relèvera plus vivace que jamais.
La triste Assemblée qui siège à Bordeaux fait du reste à merveille les allaires de la Révolution. Elle a livré l'Alsace et la Lorraine. — et par là elle a porté un coup mortel à cette unité nationale de la France qui était un si grand obstacle à la Révolution, elle a ouvert le chemin au fédéralisme et a renié solennellement le dogme politique des nationalités. Elle a contracté une dette de cinq milliards, — elle mène la France à la banqueroute, c'est-à-dire à la Révolution. Entin, redoutant Paris, elle a décidé de se retrancher à Versailles |)our être plus en sûreté, — et elle n'a pas compris qu'elle allait par là même faire sentir plus vivement que jamais aux Parisiens le besoin de leur autonomie ; Paris se constituera en Commune libre, les villes de province en feront autant; ces Communes républicaines et socialistes se fédéreront entre elles, et il ne restera alors à l'Assemblée d'autre ressource que de créer un royaume de Versailles, pour remplacer la France qui lui aura échappé.
Les Nouvelles de l'Extérieur, occupant le bas de la troisième page et toute la quatrième, annonçaient et commentaient les mouvements révolutionnaires dont le télégraphe et la presse venaient de nous informer. Du mouvement parisien, la Solidarité disait :
Au moment où notre journal allait paraître sont arrivées les dépêches annonçant la révolution de Paris. Il est encore impossible, vu le manque de détails, d'apprécier complètement les graves événements qui viennent d'avoir lieu. . . Le mouvement révolutionnaire a été dirigé par un Comité central, régulièrement élu par des délégués de 21 5 bataillons de la garde nationale, où nous voyons figurer plusieurs de nos amis, entre autre Varlin, Malon ', et Assi du Creusot... Le lendemain 19 mars, une proclamation au bas de laquelle se lisent entre autres les noms de Jules Favre et de Jules Simon, deux soidisant républicains, contient les infamies suivantes : (( Quels sont les membres de ce Comité? Sont-ils communistes, bonapartistes ou Prussiens ? Sont-ils les agents d'une triple coalition ? Quels qu'ils soient, ce sont les ennemis de Paris, qu'ils livrent au pillage. » Cette calomnie de bonapartistes et de Prussiens est de la même forcée que les divagations de ce membre du Conseil municipal lyonnais, le nommé
i. Joukovsky se trompait : on sait que Malon ne faisait pas partie du Comité central.