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TROISIEME PARTIE, CHAPITRE IX IC

ipSLS fédération qui est le véritable nom du système suisse, c'est décentralisation. La Suisse idéalise, à peu de chose près, le système qui avait été établi en France parla constitution de 1791', et que l'Assemblée de Versailles, « s'inspirant des grands principes de 1789 », se propose de restaurer pour donner le change aux aspirations fédéralistes.

Le fédéralisme, dans le sens que lui donne la Commune de Paris, et que lui a donné il y a bien des années le grand socialiste Proudhon, qui le premier en a exposé scientifiquement la théorie, — Xg fédéralisme est avant tout la négation de la nation et de l'Etat.

Pour le fédéralisme, il n'y a plus de nation, plus d'unité nationale ou terintoriale. Il n'y a qu'une agglomération de communes fédérées, agglomération qui n'a d'autre principe déterminant que les intérêts des contractants, et qui par conséquent n'a aucun égai'd aux questions de nationalisme ou de territoire.

Il n'y a également plus à' Etat, plus de pouvoir central supérieur aux groupes et leur imposant son autorité : il n'y a que \s. force collective résultant de la fédération des groupes, et cette force collective, qui s'exerce pour le maintien et la garantie du contrat fédéral, — véritable contrat sj'nallagmatique cette fois, stipulé individuellement par chacune des parties, — cette force collective, disons-nous, ne peut jamais devenir quelque chose d'antérieur et de supérieur aux groupes fédérés, quelque chose d'analogue à ce que l'Etat est aujourd'hui à la société et aux communes. L'Etat centralisé et national n'existant donc plus, et les Communes jouissant de la plénitude de leur indépendance, il y a véritablement an-archie, absence d'autorité centrale.

Mais qu'on ne croie pas qu'après avoir supprimé les Etats et le nationalisme, le fédéralisme aboutisse à l'individualisme absolu, à l'isolement, à l'égoïsme. Non, le fédéralisme est socialiste, c'est-à-dire que pour lui la solidarité est inséparable de la liberté. Les communes, tout en restant absolument autonomes, se sentent, par la force des choses, solidaii'es entre elles; et, sans rien sacrifier de leur liberté, ou, disons mieux, pour assurer davantage leur liberté, elles s'unissent étroitement par des contrats fédératifs, où elles stipulent tout ce qui touche à leurs intérêts communs : les grands services publics, l'échange des produits, la garantie des droits individuels, le secours réciproque en cas d'agression quelconque.

Que le peuple français, réveillé enfin par ses malheurs, ouvre les yeux à la lumière de la vérité: qu'il soit en 1871 l'initiateur delà République fédérative et sociale, comme il a été en 1 793 le proclamateur des droits de l'homme ; et l'Europe, préservée de la restauration gothique dont la menace l'Empire d'Allemagne, verra luire dans un prochain avenir les jours delà liberté et de l'égalité.

Venait ensuite un long article de Joukovsky, La Commune de Paris, qui donnait, en cinq colonnes, des extraits de décrcls de la Conunune et d'autres documents, en les commcnlant. Joukovsky insistait sur le t'ait que, pour la première fois, Paris n'avait pas prétendu imposer sa volonté

1. Ne pas confondre la constitution de 1791, couvre de l'Assemblée constituante, avec la constitution jacobine de 17'J3, œuvre de la Convention. (Noie de l'uritjiiidL.)

à la France : « c'est un coup mortel porté aux idées centralisatrices-bourgeoises ». 11 ajoutait : « Les actes de la Commune prouvent qu'elle veut résolument marcher dans les voies du socialisme . . ISous avons remarqué, parmi les niembrcs qui la composent, un certain nfmd)r(; d'internationaux, i'ar contre, on y voit (igurer aussi quelques pcrsonnaliti-s qui ne nous inspirent malheureusement qu'une médiocre confiance, o Parlant ensuite de la province, il disait : « Ce qui se passe dans les départements est de favorable augure pour l'avenir des Communes autonomes. . . Les masses populaires viennent de rompre définitivement avec le principe d'autorité représenté par un pouvoir central. . . Si le mouvement communal de Lyon ne s'est pas maintenu conmie celui de Paris, il faut plut«)t en accuser le défaut d'intelligence pratique de ceux qui avaient mission de l'aflirmer, que les aspirations des masses travailleuses, car l'esprit des ouvriers de Lyon est socialiste et révolutionnaire. . . Nous pouvons en dire autant de Narbonne et de Saint-Etienne. » Il affirmait que Marseille tenait bon : « Les dépêches mensongères de Versailles n'ont pas réussi à étouffer le mouvement de la Commune révolutionnaire de Marseille ». Mais, à la (in du numéro, deux lignes ajoutées en dernière heure constataient la triste réalité : « Nous apprenons que le mouvement de Marseille a, malheureusement, échoué ». Un article de ce numéro prenait la défense de Karl Marx, calomnié par la presse versaillaise. C'est moi qui l'avais écrit. Je le reproduis :

Le Soi?' publie l'entrefilet suivant, que tous ses confrères se hâtent de rééditer après lui :

« Une lettre reçue d'Allemagne nous appiend que M. Karl Marx, un des chefs les plus autoiùsés de l'Internationale, était en i85;; secrétaire de M. de Bisu)arek. »

Comme nos lecteurs le savent, Karl Marx, membre de notre Conseil général, et auteur bien connu du livre le Capital, est proscrit d'Allemagne depuis 1848, et habite Londres depuis cette époque. Mais qu'importe à ces messieurs ! Il faut absolument faire croire aux badauds parisiens que l'Internationale est soldée par la Prusse. Bientôt Liebkneeht et Bcbel seront à leur tour des agents de la police secrète de Berlin, qui auront poussé lezèle Jusqu'à se laisser enfermer pour mieux faire croire à un complot socialiste. Bientôt le Volksstaat, Y Internationale, la Solidarité seront rédigés aux frais de M. de Bismarck !

Parlons sérieusement. Nous ne comprenons pas que. pendant une crise révolutionnaire, où la calomnie peut devenir une arme si dangereuse, on laisse ses adversaires, sous prétexte de libei'té de la presse, continuer leur système d'attaques jésuitiques. Est-ce que, sous prétexte de liberté de réunion, la Commune laisserait les régiments de Versailles venir camper sur la place Vendôme ? Il faut savoir être logique, et, quand on fait la guerre, la faire à outrance. Le premier jour de son avènement, la Commune de Paris aurait dû supprimer tous les journaux de police.

Le 16, nouvelle lettre de Bakounine (en russe) à Ogaref ^ :

Mon cher Aga, J'ai reçu ta lettre hier et je réponds aujourd'hui. Ne crains rien, cher ami : vos lettres ne s'égarent pas, elles marrivent toutes exactement, et il me semble que je réponds dune façon circonstanciée à toutes les questions et à toutes les remarques.

Tu m'écris mai^itenant qu'on a décidé de faire une première

t . Cette lettre a été omise dans la traduction française de la Correspondance.

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