TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IX l
fis encore un supplément à l'Errata ; je lirai également une couverture rouge, portant le titre : UEmpire knoiito- germanique et la Révolution sociale, Première livraison *.
Je ne veux pas faire ici l'analyse détaillée de cette Première livraison -, qui se compose de trois chapitres : un exposé, taisant suite aux Lettres à un Français, de la situation de la France dans l'automne de 1870 (pages 1-74) ; un second chapitre intitulé L'alliance russe et la russophobie des Allemands ^ traitant des rapports historiques entre la Russie et l'Allemagne (pages 74-97) ; enfin un troisième chapitre intitulé Histoire du libéralisme allemand (pages 97-1 19), qui est une sanglante satire de l'esprit et des actes de la bourgeoisie allemande.
Dans le second chapitre, Bakounine a, pour la première fois, pris directement à partie Karl Marx dans un écrit public. Après s'être moqué de certains patriotes allemands, qui attribuent à la Russie et à son influence la servitude dans laquelle l'Allemagne est tenue par ses princes, il dit dans une note :
J'avoue que j'ai été profondément étonné en retrouvant ce même grief dans une lettre adressée, l'an passé, par M. Charles Marx, le célèbre chef des communistes allemands, aux rédacteurs d'une petite feuille russe qui se publiait en langue russe à Genève'*. Il prétend que si l'Allemagne n'est pas encore démocratiquement organisée, la faute en est seulement à la Russie. Il méconnaît singulièrement l'histoire de son propre pays... A-t-on jamais vu une nation inférieure en civilisation imposer ou inoculer ses propres principes à un pays beaucoup plus civilisé, à moins que ce ne soit par la voie de la conquête? mais l'Allemagne, que je sache, n'a jamais été conquise par la Russie... Ce serait vraiment un acte beaucoup plus digne d'un excellent patriote allemand et d'un démocrate socialiste sincère, comme l'est indubitablement M. Charles Marx, et surtout bien plus profitable pour l'Allemagne populaire, si, au lieu de chercher à consoler la vanité nationale, en attribuant faussement les fautes, les crimes et la honte de l'Allemagne à une influence éti'angère, il voulait bien employer son érudition immense pour prouver, conformément à la justice et à la vérité historique, que l'Allemagne a produit, porté et historiquement développé en elle-même tous les éléments de son
1 . J'ai entre les niaios les factures et différentes lettres relatives à l'impression de cette brochure. La facture de l'Imprimerie coopérative, du 19 avril i871, s'élevait à 50o fr., savoir : 48'J fr. pour 8 feuille^ à t.OOD exemplaires (à fiO fr. la feuille, prix légèrement majoré, dit la facture, » en raison delà copie presque illisible »), et 25 fr. de suri-baige pour les notes. Cette facture (ut payée par Ozerof, tant avec l'argent recueilli par Ross qu'avec celui que dut fournir Ogaref. Une seconde facture de l'Imprimerie coopérative, de 134 fr. i'M fr. pour pliage et partie du brochage, etc., 102 fr. pour composition non employêei, fut réduite ensuite à 81) fr. La facture de Neuehatel était df^ 84 fr. (24 fr. pour couverture, 30 fr. pour les deux Errata, 30 fr. de brochage). Il restait donc i\ piyer 173 fr. ; cet argent fut envoyé de Munlcb i>ar un étudiant russe, Alexandre Sjbiriakof. — Bakounine aurait désiré imprimer immédiatement une seconde livraison de 8 feuilles, dont je (is le devis, s'élevant à 512 fr. au lieu de (;78 fr. qu'avait coûtés la première ; mais Sibiriakof écrivit 12 juim que ses ressources étaient mouienlanément é|)uisées et (lu'il ne pouvait rien promettre.
2. En voici le titre complet :sur la couverture, l.'Hmpire knoulo-ijermanique el la Rérnlntion f^nciale, par Michel Iîakounine. Première livraison, tîenéve, chez tous les libraires, 1871 : — et sur la première page, à l'intérieur, La HcvDlu'ion xoriale ou la diclalure niilitiirr, par .Michel B.^kounine: Genève, Imprimerie coopérative, rue de Carouge, 8, 1871. La brochure forme un volume in-S" de 119 pages.
3. Ce titre, qui existe dans le manuscrit, a été omis dans la brochure imprimée, el l'Errata a négligé de le rétablir.