‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 211 sur 314 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IX l/^'j · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IX l/^'j

déjà du commencement du mois : il avait été retenu par le manque de ressources; dès qu'il eut de l'argent, il partit. 11 venait se concerter avec nous, sans idées arrêtées sur ce qu'il pouvait y avoir à faire ; et c'était aux Montagnes qu'il établissait son quartier général, parce qu'il comptait y trouver des hommes d'action, et non à Genève où, en dehors d'une poignée d'amis, il n'aurait rencontré qu'hostilité et bavardage.

Un nouveau mouvement se préparait à Lyon. 11 eut lieu le dimanche 3o avril, jour iixé pour les élections municipales. Des placards imprimés à Genève, chez Czerniecki (Joukovsky s'était chargé d'en corriger les épreuves, et, comme on le verra plus loin, s'acquitta tort mal de ce soin), turent emportés à Lyon par .Albert Leblanc et un jeune canut, Camille Carnet : mais Leblanc tut arrêté à Bellegarde le 29, Camel seul put arriver à destinât ion. L'insurrection commença le dimanche après-midi, dans le quartier de la Guillotière, où une Commune provisoire (composée de neuf délégués des groupes révolutionnaires, Rivoire, tisseur, Bergcron, tisseur, lîrugnol, Gaspard Blanc, Bouret, charpentier, Tacussel, serrurier, Pelea, tuUiste, Velay, tuUiste, Audouard, tailleur), s'installa à la mairie du faubourg, pendant que le quartier se hérissait de barricades. La troupe marcha contre les insurgés avec des mitrailleuses : on se battit pendant la nuit du dimanche au lundi ', et le lundi matin l'insurrection était vaincue à la Guillotière. Elle recommençait aussitôt à la Croix-Rousse, où on fit battre la générale et sonner le tocsin, et où une commission executive (Raymond, tisseur, Pochon, comptable, Drevet, tisseur, Gaspard Blanc, Guiltat, ferblantier) organisait la résistance. Pendant la matinée du lundi lei- mai, on construisit des barricades, on coupa la ligne du chemin de fer de Salhonay ; mais la garde nationale ne répondit pas à l'appel que la commission executive lui adressait -, et dans l'après-midi la mairie de la Croix- Rousse était occupée par la troupe et les barricades démolies.

En lisant ce jour-là (lundi) dans les journaux les nouvelles du mouvement du dimanche, j'étais parti pour Genève; arrivé le soir, je conférai aussitôt avec Perron et Joukovsky : je voulais me rendre à Lyon. Après quelques heures de repos dans un petit hôtel du quartier des Pàquis, comme j'arrivais, le mardi matin, à la gare de Cornavin pour y prendre le train, j'appris l'échec définitif de la tentative des révolutionnaires lyonnais. En triomphant, la réaction bourgeoise jeta aux vaincus ses calomnies habituelles : le maire de la Guillotière et le maire de Lyon représentèrent, dans des proclamations et des lettres aux journaux, le mouvement comme l'œuvre des ennemis de la République, qui « provoquaient ces agitations dans un but de restauration monarchique ».

Le n" 4 de la Solidarité — ce fut le dernier — parut le 12 mai. Il contient un long article intitulé Les amis de l'Ordre, dû, je crois, à quelque réfugié français du Midi ; un second article intitulé Du suffrage universel, qui est de Schwitzguébel ; puis le compte-rendu de deux réunions tenues à Genève, au Temple-Unique, les 8 et i5 avril. La première avait été une réunion d'ouvriers de langue allemande, où parlèrent entre autres Gutsniann, J.-Ph. Becker, le D' Borutlau; un membre de la Section de l'Alliance, Lindegger, avait été admis à y prendre aussi la parole, et y avait prononcé un discours énergique. La réunion du i5 avril avait été convoquée par

1. « Comme toujours, » — dit un écrivain réactionnaire, — « les femmes se montrèrent les plus acharnées ; on vit de ces furies, lis cheveu.x au vent, les mains tachées de san^, courir de barricade en barricade, e.\ciler les hommes et leur distribuer des cartouches. » (Oscar Tcstul.)

2. Cet appel disait : « Le sang a coulé dans notre ville. Une réaction infAme a forcé les soldats à mitrailler leurs frères et les vôtres. . . Les gardes iiationau.x de la Croix-Rousse sont lonvoqués, en armes, aujourd'hui, à quatre heures du suir...; pir leur nombre et leur attitude les soldais-citoyens imposeront à leurs frtres de l'armée régulién; les sentiments de fraternité qu'ils sont en droit d'attendre d'eux. . . Pas un de vous ne manqu(Ta à l'apitel, cl votre union ser.i un si'ir garant qu'il n'y aura plus de sang versé! n

1^8 LINÏERNATIONALF,

Ouline, Henri Perret, cl autres ; Brosset, sans s'occuper de la présence de nos adversaires, n'avait pas hf'sité à se rendre ce jour-là au Temple- Unique, où son éloquence p<)[)ulaire souleva l'enthousiasme, comme autrefois. Une Adress(! à la Commune, rédijjfée par Outine, fui adoplée ; et bien qu'elle portftl excluî-ivcmenl les sif^nalures d'hf)mmcs qui nous éiaienl hostiles, Dupleix, Guétat, Becker, Outine, Henri l'errel, etc., la Solidarité consacra une de ses colonnes à la reproduire in-exlenso. Le numéro se terminait par un manifeste du Conseil fédf'ral espagnol repoussant les calomnies répandues sur l'Internationale en Europe ; le compte-rendu (extrait du Vengeur) de l'inauguration du Club de la Révolution sociale dans l'église Saint Michel, à Paris (BalignoUes); enfin le récit de l'arrestation de Parraton à Tonnerre.

Après l'échec du mouvement du 3() avril, il semblait qu'il n'y eût plus rien à tenter à Lyon. Mais, tant que la Commune de Paris restait debout, on pouvait espérer encore, et un groupe de Lyonnais organisa un « Comité central républicain socialiste de la France méridionale », qui fil imprimer à Genève diverses proclamations, affichées, dans le courant de mai, à Lyon et dans plusieurs autres villes. Albert Richard faisait partie de ce Comité, et Oscar Teslul a publié le texte d'une lettre, probablement saisie sur un émissaire, adressée le i-i mai par Richard et Gaspard Blanc à Charles Perron, à Genève. Richard écrivait :

Nous préparons un mouvement sérieux. Je crois pouvoir compter sur notre vieille amitié, et j'ai maintenant besoin j)lus que jamais d'y faire appeL Je te prie d'aider le jeune homme qui te remettra ce billet de tes conseils et de tes renseignements... Il s'agirait de trouver quelqu'un qui transporterait à Seyssel ou Annecy un ballot d'imprimés. . . Si tu ne nous aides pas, nous serons très embarrassés.

Blanc avait ajouté ce post-scriplum :

En outre de ce que vous demande Albert, je vous prie de vouloir bien revoir avec soin les épreuves des diverses impressions que nous faisons faire à Genève. Ce Cosaque de Jouk, qui les a corrigées l'autre fois, y a laissé des imperfections épatantes. Les Lyonnais sont des ganaches, mais ils sont très méticuleux pour ce qui est des choses de l'orthographe. Occupez-vous donc immédiatement de nos impressions. Poignée de main,

La propagande du Comité central delà France méridionale ne produisit aucun résultat. A partir de la fin de mai, Albert Richard et Gaspard Blanc disparurent de la scène, et nous n'entendîmes plus parler d'eux, jusqu'au commencement de l'année suivante.

L'impression de la brochure de Bakounine avait été terminée à l'Imprimerie coopérative de Genève, au milieu d'avril. La prière de substituer, au titre primitif, ce titre nouveau : L'Empire knoiito- germanique et la Révolution sociale, était arrivée trop tard. Mais ce n'était là qu'un petit malheur. Ce qui consterna Bakounine, lorsqu'il eut en mains les feuilles imprimées, ce fut la quantité de fautes d impression énormes que les correcteurs avaient laissé passer. C'est ainsi que Quinel avait été transformé en Guizot, lord Bloom/îeld en lord Bloompichi, Wartbourg en Werthory, les trois mots allemands in's Blaue hinein en ce logogriphe : isis Hlanchinein ; l'impératrice Catherine II, de lascive mémoire, était, par le compositeur, dite de bonne mémoire ; l'animalité bourgeoise rugissante était devenue : animalik bourgeoise vigilante, etc. Bakounine me demanda d'imprimer sur-le-champ un Errata, que, dans sa colère, il ne voulut pas faire faire à l'Imprimerie coopérative; je tirai l'Errala qu'il m'envoyait; et ensuite, le manuscrit de la livraison m'ayant été expédié de Genève, sur ma demande, pour que je pusse collationner l'imprimé avec l'original, je

Page 1