‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 218 sur 314 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE X tO<J · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE X tO<J

kovsky. se rapporte à des incidents dont je n'ai pas parlé encore, afin de ne pas interrompre le récit de ce qui concerne les insurrections communalistes. C'est au Mémoire de la Fédération jurassienne que j'en emprunterai l'exposé :

Pendant l'hiver de 18-0-1871, au milieu des événements les plus importants peut-être de l'histoire du dix-neuvième siècle, et pendant que se déroulaient les phases palpitantes de cette révolution du 18 mars qui remuait si profondément, d'un bout du monde à l'autre, les masses prolétaires, Messieurs les meneurs du Conseil général étaient essentiellement préoccupés de profiter de l'occasion que leur olfraient les circonstances pour établir solidement dans l'Internationale leur autorité en supprimant les Congrès généraux, et pour écraser déiinitivement les opposants qui avaient excité leur haine.

Oui, tandis que chacun des membres des Sections de nos Montagnes ne vivait plus que de la vie des héroïques Parisiens, tandis que les hommes d'action dans l'Internationale concentraient toute leur activité et toutes les forces de leur intelligence sur ce seul but : venir en aide à la Commune de Paris, — Marx et ses créatures ne songeaient qu'à faire servir les péripéties de ce drame gigantesque à la réalisation de leurs petits calculs, et ils disposaient d'avance, avec une adresse infernale, leurs toiles d'araignées, comptant prendre au piège les Fédérations sans défiance et faire de l'Internationale tout entière la proie de leur vanité et de leur esprit d'intrigue.

C'est une chose difficile à croire, mais parfaitement vraie : en mars 187 1, les acolytes de Marx en Suisse, Outine, H. Perret et consorts, n'avaient qu'une préoccupation, absolument étrangère à la révolution sociale et aux événements de Paris : celte préoccupation était d'achever de se débarrasser de la Section de l'Alliance, et pour cela ils venaient d'inventer un truc nouveau. Ils osèrent déclarer en assemblée générale des Sections de Genève ([ue jamais la Section de V Alliance n'avait été admise par le Conseil général. Cette étrange assertion fut rapportée à l'Alliance, et le secrétaire de cette Section (Joukovsky), en réponse aux mensonges d' Outine, produisit publiquement les originaux des deux lettres écrites à l'Alliance par Éccarius et par Jung, en date du 28 juillet et du aô août 1869 ; la première de ces lettres annonçait que le Conseil général avait admis la Section de l'Alliance à l'unanimité, la seconde accusait réception des cotisations de citte Section. La réplique était écrasante, semblet-il? Pas du tout: Outine et ses amis payèrent d'audace et affirmèrent cyniquement que ces deux lettres devaient être des faux, et qu'une personne bien renseignée, venant de Londres, le leur avait dit.

Cette personne bien renseignée était Madame Dmitrielf, une amie d'Outine, Russe comme lui. et, — disons-le, car c'est un détail caractéristique, — Juive comme lui, comme Marx, comme Borklieim (collaborateur de la Zukunft de Berlin et du Volksstaat de Leipzig), comme Moritz Hess ; comme Hepner, rédacteur du Volksstaat ; comme Frankel, membre de laComumne de Paris '.

1. Je reproduis sans y rien chanjjer cello pliraso et la snivanto. Calomnies et vilipendés par une séquelle d'intrif,Mnts, nous avions bien été ohlipés de ronstater que qutîitiues-uns des plus acharnés eonlrc nous étaient des Juifs allemands et russes, qui semblaient se soutenir entre enx par espiit île corps. — et nous avions cru devoir le dire. Mais nous n'avons jamais eu d'animosilé contre aucune des races

i58 l'inteknationaij:

Madame Dmitrieff, connue aussi sous le nom de la citoyenne Elise, est une admiratrice fanatique do Marx, qu'elle appelle, en style de synagogue, le MoHo moderne. Elle venait «le passer quelque temps auprès de lui à Londres (en lévrier), et s'était ensuite rendue à Genève, munie évidemment d'instructions confidentielles. Ce fut aprcs son arrivée que fui remise sur le tapis la question <le l'Alliance, et qu'on lit en assemblée générale des Sections genevoises cette fameuse déclaration, que TAUiance n'avait jamais été reçue dans l'Internationale.

Cependant, quand on avait im])udemment aflirmé que les lettres d"Eccarius et de Jung étaient des /«//.v, tout n'était pas fini i)ar là; il fallait encore le prouver ; et pour cela on s'adressa de Genève au Conseil général. Le secrétaii-e i)erpétuel de la coterie genevoise. Henri Perret, écrivit doue à Londres, pour demander ce qu'il fallait penser, en réalité, de l'authenticité des deux lettres '.

Ce qui se passa au Conseil général de Londres, après la réception de la lettre écrite par Henri Perret, a été raconté par Robin dans un document rédigé en i8j2 sous le titre de Mémoire justificatif \ et qu'il m'envoya :

J'arrivai à Londres en octobre 1 870, — raconte Robin, qui fait connaître, au début de son Mémoire, ses relations avec Marx : — . . . sitôt que j'y eus trouvé de modestes et temporaires moyens d'existence, je fus présenté au Conseil général par le citoyen Marx et admis à l'unanimité. Pendant plusieurs mois, peu familiarisé avec la langue anglaise, je pris à peine part aux travaux du Conseil, d'ailleurs prescjue nuls à ce moment... Exclusivement préoccupé de la guerre , ., je revins à l'espoir le 18 mars. Que j'aurais voulu alors courir à Paris et prendre part à la grande lutte sociale ! Mais d'un côté j'étais très soutirant, de l'autre je venais d'obtenir une position qui assurait pour quelques mois la vie de ma famille. C'était par un hasard véritable que mes enfants avaient échappé à la mort : sans la police belge j'allais en elï'et vers le 8 septembre m'enfermer dans Paris % et l'on sait que les enfants en bas âge n'en sont pas revenus. Après cela je n'eus pas le courage de les laisser avec leur mère isolée et sans ressource aucune, en pays étranger. D'autres l'évolutionnaires auraient peut-être passé là-dessus ; en ne le faisant pas, je ne crus pas perdre le droit de travailler encore à la révolution sociale, et je me promis de racheter mon abstention d'alors. D'ailleurs, quoique n'ayant plus, depuis des années, l'ombre de confiance dans les bourgeois libéraux, je ne pouvais croire de leur part à une guerre d'exter-

qui composent l'iiumanité. Nous savions bien que si Marx était Juif, son aller ego, Engels, bien moins intelligent et bien plus haineux que lui, ne l'était pas ; et nous n'avons pas ménagé l'expression de notre admiration et de notre sympathie pour des Juifs comme Henri Heine et Ferdinand Lassalle. Nous avons compté dans nos rangs, au nombre de nos camarades les plus dévoués, des Israélites, hommes et femmes; et aujourd'hui n'existe-t-il pas des groupes de Juifs russes anarchistes où la méiiioire de Bikounine esl l'objet d'un véritable culte ?

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