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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE X l6l

uniquement sur l'organisation du travail collectif, inévitablement imposé à chacun et à tous par la l'orce même des choses, à des conditions économiques égales pour tous, et sur l'appropriation collective des instruments de travail. Seulement les communistes [d'Etat] s'imaginent qu'ils pourront y arriver par le développement et par l'organisation de la puissance politique des classes ouvrières et principalement du prolétariat des villes, avec l'aide du radicalisme bourgeois, tandis que les socialistes révolutionnaires, ennemis de tout alliage et de toute alliance équivoque, pensent, au contraire, qu'ils ne peuvent atteindre ce but que par le développement et par l'organisation de la puissance non politique, mais sociale, et par conséquent anti-politique, des masses ouvrières tant des villes que des campagnes, y compris tous les hommes de bonne volonté des classes supérieures qui, rompant avec tout leur passé, voudraient franchement s'adjoindre à eux et accepter intégralement leur programme.

De là, deux méthodes diUérentes. Les communistes [autoritaires] croient devoir organiser les forces ouvrières pour s'emparer de la puissance politique des Etats. Les socialistes révolutionnaires s'organisent en vue de la destruction, ou, si l'on veut un mot plus poli, en vue de la liquidation des Etats. Les communistes sont les partisans du principe et de la pratique de rautorilé, les socialistes révolutionnaires n'ont de conliance que dans la liberté... C'est la contradiction, devenue déjà historique, qui existe entre le communisme scientitiquement développé par l'école allemande et accepté en partie par les socialistes américains et anglais, d un côté. — et le proudlionisme largement développé et poussé jusqu'à ses dernières conséquences, de l'autre, accepte par le prolétariat des pays latins '.

Le socialisme révolutionnaire vient de tenter une première manifestation éclatante et pratique dans la Commune de Paris.

Et Balvounine continue en montrant comment, dans la Gounnune, se trouvèrent en présence les socialistes révolutionnaires, membres de 1 internationale, qui turent en minorité, et les « jacobins » ou autoritaires, qui formaient la majorité :

Je suis un partisan de la Commune de Paris, qui, pour avoir été massacrée, étoullée dans le sang par les bourreaux de la réaction monarchiciue et cléricale, n'en est devenue que plus vivace, plus puissante dans l'imagination et dans le cœur du prolétariat de 1 Europe ; j'en suis le partisan surtout parce qu'elle a été une négation audacieuse, bien prononcée, de l'Ktat.

C'est un fait historique immense que cette négation de l'Etat se soit manilestée [)récisément en France, qui a été jusqu'ici par excellence le pays de la centralisation politique, et que ce soit Paris, la tète et le créateur historique de cette grande civilisation t'rauçaise, qui en ait pris l'initiative. . .

La Commune de Paris a duré trop peu tic leiiq)s, el elle a été trop empêchée dans son développement intérieur [)ar la lutte luorti'Ue quelle a dû soutenir contre la réaction de N'ersadk^s. pour qu'elle ail pu, je ne dis pas même appliquer, mais élabor(>r théi>riquemenl son programme socialiste. D ailleurs, il faut bien le reconnailre. la

1. Il est égalcmoat accepté et il le sera toujours davantage par l'instiiKt essentiellement anti-politique des peuples slaves. (Note de Bakounine.)

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niajoiilé des membres de la Commune n'étaient pas proprement socialistes, et s'ils se sont montrés tels, c'est qu'ils ont été invinciblement poussés i)ar la force irrésistible des choses, i)ar la natui-e de leur milieu, [)ar les nécessités de leur position, et non par leur conviction intime. Les socialistes, à la tète des((uels se place natuiellement notre ami \'arlin, ne lormaient (pi'unetrcs inlime minoi-ité : ils n'étaient tout au plus (jue qualoi'/c ou cpiiuze meiid>i'es. Le rcsle était composé de jacobnis. Aiais entendons-ncjus, il y a jacobins et jaeobins. 11 y a les jacobins avocats et doctriiuiires, comme M. Gambelta... ; et il y a les jacobins tVancliement i-évolulionnaires, les héros, les derniers représentants sincères de la loi démocratique de i^yS, capables de sacrifier et leur unité et leur autorité bien-aimées aux nécessités de la Révolution, plutôt que de ployer leur conscience (lésant l'insolence^ de la réaction, (^es jacobins magnanimes, à la tête desquels se place naturellement Delesciuze, une giande àme et un grand caractère, veulent le triomphe de la Révolution avant tout ; et comme il n'y a point de révolution sans masses populaires, et comme ces masses ont éminemment aujourd'hui linslinct socialiste,... les jacobins de bonne loi, se laissant enlrainer toujours davantage par la logique du mouvement révolutionnaire, finiront par devenir des socialistes malgré eux.

Telle lut précisément la situation des jacobins qui firent partie de la Commune de Paris. Delesciuze et bien d'autres avec lui signèrent des programmes et des proclamations dont l'esprit général et les promesses étaient positivement socialistes. Mais comme, malgré toute leur bonne loi et toute leur bonne volonté, ils n'étaient que des socialistes bien plus extérieurement entraînés qu'intérieurement convaincus,... ils ne purent jamais sortir des généralités, ni prendre une de ces mesures décisives qui rompraient à jamais leur solidarité et tous leurs rapports avec le monde bourgeois. Ce fut un grand malheur pour la Commune et pour eux ; ils en furent paralysés, et ils paralysèrent la Commune ; mais on ne peut pas le leur reprocher comme une faute. Les hommes ne se transforment pas d'un jour à l'autre, et ne changent ni de nature ni d'habitudes à volonté. Ils ont prouvé leur sincérité en se faisant tuer pour la Commune. Qui osera leur en demander davantage ' ?

Ils sont d'autant plus excusables que le peuple de Paris lui-même, sous l'iniluence duquel ils ont pensé et agi, était socialiste beaucoup plus d'instinct que d'idée ou de conviction réfléchie. Toutes ses aspirations sont au plus haut degré et exclusivement socialistes ; mais ses idées ou plutôt ses représentations traditionnelles sont loin encore d'être arrivées à cette hauteur. 11 y a encore beaucoup de préjugés jacobins, beaucoup d'imaginations dictatoriales et gouvernementales, dans le prolétariat des grandes villes de France et même dans celui de Paris. . ,

La situation du petit nombre des socialistes convaincus qui ont fait partie de la Commune de Paris était excessivement diflicile. Ne se sentant pas sulïisamment soutenus par la grande niasse de la population parisienne, l'organisation de l'Association internationale, très imparfaite elle-même d'ailleurs, n'embrassant à peine que quel-

1. Rapproclier ce passagi^ du dernier alinéa de la lettre que Bakounine m'avait écrite le II) juin (p. 156).

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