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TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE X l

assez bourgeois, assez positifs, assez hommes d'affaires, tous n'avez pas assez de régularité, de ponctualité, enfin toutes ces qualités fort ridicules, si tu veux, mais essentielles dans toute organisation ; vous êtes paresseux, volages, étourdis, capiùcieux comme des artistes. Et je vois, hélas ! qu'il n'y a rien à faire pour vous convertir à des pratiques moins fantaisistes : un Maure changerait-il sa peau et un léopard ses taches ?

2"^ Persistez-vous à créer une nouvelle Section ? Je te répète quà mes yeux c'est une très grande faute, que cela détruit tout le bien qu'aurait fait la dissolution de l'Alliance. Il faut, suivant moi, demander l'entrée dans la Section centrale de Genève, il faut que vous soyez refusés, refusés avec bruit, avec scandale ; il faut que vous mettiez ainsi vos adversaires complètement dans leurs torts ; il faut que cela soit publiquement constaté, que cela crève les yeux à tout le monde, et surtout aux Français réfugiés, — et alors vous ferez ce que vous voudrez : vous fonderez une Section, ou, comme le propose Michel, vous vous aflilierez à celle de Saint-Imier ; mais je serais plutôt d'avis de vous grouper entre vous à Genève : peut-être même serait-il mieux d'attendre la Conférence de Londres avant de reformer une Section, et de vous présenter devant cette (Conférence comme des membres de l'Internationale repoussés par la Section centrale [de Genève] sans motif valable. . .

J'ai modifié mes idées à l'égard de la suppression du Conseil général. Il me semble que si nous pouvions faire la paix avec lui. cela vaudrait encore mieux, pour le moment, que d'amener une guerre générale.

En outre, les renseignements contenus dans la lettre de Robin, et tout ce qui s'est passé depuis mon voyage à Genève, me font penser que notre proposition' lu' serait pas votée-, et qu'en outre on y verrait tout simplement une cons])iration organisée i)ar Bakounine contre Marx. Or, tout en défendant énergiqaement la personnalité de Michel contre les calomnies de nos sales eniieniis. je suis d'avis ({u'il faut éviter tout ce qui j)Oui'rait faire dire aux autres : Ah ! ce sont des agents de Bakounine !

Et à ])ropos de Miclnd. as-tu vu dans la Lihci-lc d'hier sa lettre à Mazzini? Je suis enchanté (pie la Liberté l'ait insérée. Il y aura encore, je l'espère, moyen de s'entendre avec les Belges. . .

Joukovsky répondit sur un ton piqué à ma scnioncc relative à sa lu'ijligence. Mais sa réponse, écrite le lundi 21, mil une semaine à me parvenir, parce qu'il avait oul)lié <tc la jeter à la poste. Je la reçus le samedi ^?^^ au soir, et le lendemain je lui écrivis ceci ' :

Neuchàtel. iî^ août 1871.

Mon cher Jouk.

Vraiment tu me fais rire. Tu te fâches parce tpn' je t'apixdlc artiste, (pie j(^ me ]>lains de ton maïupie de régularité dans la e()i"i-espondanc(>. (pie je constate que tu n'as pas h>s (pialités d'un bourgeois ponctuel (M méticuleux, tandis que tu as celles - fort appréciées par moi d'ailleurs — d'une imagination riche et féconde, mais capricieuse : tu le fâches.

t. IV' snpprinioi' le Coiisril t,'i'n(r;il

2. Par les (l('l(\i,'U('s (le i'lnl(^rnalion;ilr rounis en (loiift^ronco on en Conirn's.

li. IVaprt's l'Dfiyinal, qui m'a ofc nndu i-n \'M".\ par M"" .kmkovsliv .

i86 l'im'i;i<na.tionai.e

dis-je, et voilà que lu as soin, f;u inônie temps, dejustifior de i^oiut en point mon iug(Mnent.

En cHet, tu i)r<''ten(ls inc i-épondi-c // lelli'c vue : aussi tu m'écris lundi soir, à minuit! heure un ])<>u indue. Seulement tu oublies la letti'e dans ta poehe. et tu ne la mets à la poste que le samedi matin, eomme le constate le timbre de Genève, — en s(jrle (|u'elle mariive le samedi soir.

Puis, dans cette ré[)onse // lettre vue qui a mis une semaine à me parvenir, tu ne me parles ((ue dune seule chose, et tu persistes à garder un ssilence incomi)réh(^nsible sur les points les plus essentiels.

Ainsi, je nai jamais pu obtenir de loi une réponse à l'éj^ard des conq:>tesde la .S'o/îV/«/77e. ïu te rappelles que lorscpje je suis allé à Genève, au moment où je commençais à te l'aire des reproches au sujet de ces eouq)tes que tu néglig-eais d'envoyer au Comité lédéi'al. tu m'as coupé la pai'ole en \najfivinant que tu venais de les envoyer. Et cependant ta ne les avais pas envoyés, je lai appris à mou rc.'lour. Aussitôt je t'ai écrit lettre sur lettre: tu as toujours négligé de me répontlre sui' ce point. . .

Je persiste à croire que vous aviez le tenq)S de prévenii* Michel de ma proposition concernant l'Alliance II ne s'agit i)as ici de l'autorité d'un homme, de dictature, etc. ; il s'agit d'égards dus à un ami. \ ous pouviez très bien fixer à huit jours la séance dans laquelle on discuterait la question, et dans l'intervalle écrire à Michel. Enfin, c'est fait, n'en parlons plus...

A partir de ce moment, je m'abstins de toute récrimination au sujet du l'ait accompli.

Au printemps de iiS^i, pendant que la Gonnnune luttait contre l'armée de Versailles, nous avions aî)pris que Netcliaïct' s'éluil rendu à Paris ; et j'a\oue que je m'attendis un momeut à voir citer son nom, associé au récit de quelque exploit téméraire ou de (juelque acte de sauvagerie désespérée. Mais il ne semble pas que Netchaïet ait coaibatlu dans les rangs des défenseurs de Paris : ou bieu il se trouva dépaysé dans ce milieu qu'il ne comprenait pas, ou bien il se réservait. Après récraseuienl de la Gonnnune, nous n'entendîmes plus parler de lui durant tout le reste de lannée 1S71 ; il était, je crois, revenu en Suisse, ei s'y tenait caché. Pendant les mois de juillet et d'août, les journaux publièrent l'réquennncnt des nouvelles du procès qui se déroulait en ce moment même à Saint Pétersbourg, et où iiguraient, avec ceux qui avaient été ses associés, des personnes plus ou moins sympalliiques au mouvement révolutionnaire qui s'étaient trouvées compromises par les imprudences de Netchaïet' ou par ses manœuvres. Ou voit, par le calendrier-journal de Bakounine, (pie celui-ci lisait le compterendu de ce prorès ; et une note de ce journal nous t'ait connaître le genre de sentiments que cette lecture lui inspirait : le i*^"^ août il écrit :

« Procès de Nietchajell. Quel ini'àme ! »

J'ai dit que Bakounine avait connneucé le 12N juillet un Mémoire justiiicatit (qu'il appelle, dans sa correspondance, Iltipport sue V Alliance), et qu'il m'en avait expédié le 5 aoiit les 28 premiers téuiileis, envoyés aussitôt par moi à Genève, il continua, pendant la plus grande partie du mois d'août, à travailler à ce manuscrit. Les feuillets 29-G8 me furent envoyés le 2L août: au bas du feuillet (58 il a écrit cette annotation :

Fin immédiatement. — Je ne sais pas l'usage que vous trouverez bon de faire de ce manuscrit. Ce qui est certain, c'est que je ne ferai pas d'autre rapport [que celui ci], qui ne peut pas être imprimé dans

sa forme présente, mais qui contient des détails suffisants pour éclaircir tous les points et poui* vous fournir tous les matériaux nécessaires pour un mémoire plus serré et plus court. — Je vous prie instamment, chers amis, de ne [)oint éoarer ce manuscrit, et de me le renvoyer tout entier, après en avoir [tiré] le parti que vous voudrez.

Le 2'3, Bakounine m'envoya les feuillets 69-77, et le lendemain les feuillets 7898. Au haut du feuillet 88 il a écril celte ligne: Pour les très intimes amis. Le 2.5, le calcnrlrifr-journal nous le montre commençant à écrire un second article contre Mazzini, qu'il inJcrrompit le soir pour reprendre le manuscrit du rapport et tracer ce porlraii d Online dont j'ai donné des extraits (t. 1"". pages 227-229). 11 commence par celle phrase :

Ce soir, je veux m'amuser. Je remets donc à demain la continuation de mon second article contre Mazzini, et je m'en vais tâcher de peindre le portrait de M. Nicolas Outine.

Le 26, Bakounine ne travailla qu'an rapport sur r.AlUancc; il acheva le portrait d'OuUne (feuillets 99-1 k»), esquissa celui d'Henri Perret (fenillets 111-112). cl écrivit les trois premières lignes de celui de J.-Ph. Becker, qu'il laissa inachevé. S'il renonça à pousser plus loin ce travail, c'e.^t {|u'il voulait maintenant se consacrer tout entier à sou second article contre Mazzini. qni allait devenir un livre, et qui l'occupa, à [lartir du 27, pemlant la fin du mois d'août, tout le mois de septembre, la plus grande partie de celui d'octobre, et la première moitié de celui de novembre, jusqu'au 16 '.

En m'envoyant les feuillets 99-11 1 du rapport (il conserva par devers lui le feuillet 112), il ajouta au verso du feuillet m cette note :

Presque fin de mon rapport sur l'Alliance, pages 99-111. — Jai vraiment très peu de choses à y ajouter: Portrait de Philippe Becker; leurs ^ exploits triumviriques pendant l'hiver 1869-18^0. jusqu'au Congrès delà Chaux-de-Fonds. Tout le reste vous est aussi bien connu qu'à moi-même.

Aucun usage ne fut fait de ce « rapport » de Bakounine à ce moinenl-là, parce que sa proposition, présentée aux membres de la Seelion de l'Alliance par la lettre du B août, « d'adresser un mémoire justili.-atif au Comité fédéral de Saint-lmier », ne fut pas adoplée, non plus cpie celle d'envoyer au Conseil général de Ltmdres et aux principales Fi-dérations tic l'Internationale un mémoire dans lequel ce (Comité fédéral raconterait les faits qui s'élaient passés an (Congrès de la Chaux-de-Fonds el depuis. Mais en 1872, j'insérJii dans le Mém tire de la Fédération jurassienne deux fragments du manuscrit de Bakounine: le i)remier, fcuillcls JS-of), dans les Pièces justilicatives. pages 4;>-")8 : le second, feuillets 58 78 (avee beaucoup de suppressions et d'atténuations), aux pages (xS (1. "i)-77 (l. n) du texte.

.le suis resté en jiossession de ce manuscrit, à l'exception des fiuillels 1-28, envoyés par moi à Genève et perdus, comme je l'ai dit, cl du feuillet 112, conservé par bakounine, cl qui existe dans ses pajMcrs (où Xelllau la retrouvé et copié). J'ai donné, dans le premier volume de C(;:> hocuiiwiits et Souvenirs, un certain nond)rt' de passages inédits. l'Xlrails des feuillcls 29-36, .57-08, 79-81, <S8-iio.

On a vu (pie Bakounine aurait désiré qu'un dekgué fCll envoyé pai'

1. Les (l'uillrls [ 2'i (le ci' iiouviMii in;iniiseril me furent expi'iiiés |)ai- laiileur il;uis le courant de soptinibn' ou au coinuienceineut il'ortolnv, ou peut-rtre rcuiis par hii lors ilo la visite (lui; je lui lis a Locarno (voir plus loin )). l',H) ; cii tèlc du pn-uiicr feuillet sont écrits le titre : lleiioiisr (l'un uilcrndliLnni à Miizznii.el la date «27 auiH ISTl ». Uu second envoi me fut fait le 17 oc'ohic (feuillets 2,"i V.>i. au troisieim> cl dernier le 16 novembre (feuillets riO-110: voir p 227'.

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