‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 240 sur 314 · Cet alinéa est éi^'alemenl tiré tlu Mèmuiic île llobiii · texte numérisé non relu

Cet alinéa est éi^'alemenl tiré tlu Mèmuiic île llobiii

ti. M. — m.

représenter en niênie temps la l^'rance ^ : c'étaient Serraillier, Vaillant, liastelica, MotlerslnNid, Fi-iiiikel el Jung.

(a^s treize membres du (Conseil général, qui navaient aucun mandai, foi-maient à eux ti'eize la majorité de la Conférence, com])oséc de vingt-trois nunnbres.

L'inconnu sans mandat était un ciloy<;n de Bordeaux, présenté seulement en séance. Il avait pour tout titre une lettre particulière où il était l'ait )nention des progrès de llnternationale à Bordeaux ; la coterie Marx comptait sur lui, il l'ut admis à siéger. On a su depuis qu'il avait été très confus du l'ôle qu'on avait voulu lui l'aire jouer ; et, faute de mieux, il cessa d'assister aux séances.

Il est juste d'ajouter à cette liste les filles de Karl Marx, qui furent admises à siéger à la dernière séance d(; cette Conférence secrète. La chronique ne dit pas si la Conférence leur donna voix délibérative ; elle aurait ])U le faire sans déroger, car ces demoiselles avaient autant de titres à représenter le prolétariat international que le plus grand nombre des soi-disant délégués.

Ce qui se passa dans la Conférence a été raconté, en partie, par un témoin perspicace, Paul Robin, qui en sa qualité de membre du Conseil général assista à un certain nombre de séances. Je reproduis les principaux passages de son Mémoire Justificatif relatifs à ce sujet, passages dont quelques-uns ont été insérés, soit textuellement, soit un peu abrégés et atténués, dans le Mémoire de la Fédération jurassienne :

Je nai pas à parler de la préparation de la Conférence. Des raisons de distance et de famille m'empêchèrent alors d'assister assidûment aux séances du Conseil général. . . J'assistai seulement à la dernière, dans laquelle Marx eut le talent de nous faire peur des mouchards français (il avait déjà des indices sur Gustave Durand "), et nous fit voter à l'unanimité de n'admettre aucun délégué des réfugiés français à Londres... Nous verrons comment on y suppléa '\

Enfin vint le jour de la Conférence ; on fait mystère du lieu * et de l'heure des séances, sous prétexte de j)olice, mais en réalité par peur du contrôle des internationaux eux-mêmes. Il n'y a pas, en efî'et, dans la liste des personnes qui en font partie, un seul nom qui ne soit parfaitement compromis aux yeux de la bourgeoisie. . .

Un bien petit incident marqua le commencement de la première séance ; mais, hélas ! nous avons des choses si mesquines à signaler que celle-ci n'est pas indigne de leur compagnie, d'autant qu'elle peint bien le respect religieux que savent maintenir le grand pontife et ses cardinaux. On attendait depuis une heure et demie l'ouverture

1. Après la Commune, le Conseil général, qui avait déjà admis dans son sein Robin, en octobre 1870, à titre de réfugié français, s'adjoignit un certain nombre de notabilités delà proscription communaliste : E. Vaillant, Ch. Longuet, Constant Martin, André Bastelica, VVrobl(>-wsIii, Léo Frânkel. Il se fit décerner à ce sujet par la Conférence un vote d'approbation.

2. Cet espion, qui fut démasqué peu après, avait réussi à se faufiler dans une Section fondée à Londres par des réfugiés de la Commune sous le nom de Section française do i8H.

'd. On l'a vu plus haut, dans l'extrait du Mémoire de la Fédération jurassienne. Vaillant et Bastelica, membres nouvellement entrés au Conseil général, furent désignés par ce Conseil pour représenter le prolétariat français, en compagnie de Serraillier, secrétaire correspondant pour la France.

4. Les séances de la Conférence eurent lieu dans une auberge à l'enseigne des Blue Posts, près de Tottenfiam Court Road.

TIIOISIÈME PARTIE, CHAPITUE XI 196

de la séance qui (c'était un dimanche anglais) n'avait pu être fixée qu'à cinq heures. Tout le monde était présent. Marx, très allairé, courait de l'un à l'autre de ses lieutenants et parfois disparaissait de la salle. Il paraît que c'est dans un de ces moments que, traduisant l'impatience générale, j'osai proposer de nommer Jung président et de commencer. On lut étonné de tant d'audace ; quelqu'un ajouta « provisoirement », et sauf Eccarius dont la religion ne fut pas ébranlée et qui vota contre, pour tous l'impatience l'emporta et Jung fut élu. Il ne voulut pas se permettre de s'asseoir au siège du président. Mais le bruit avait fait revenir Marx et son premier ministre [Engels]; celui-ci reproposa de nommer un président, reproposa Jung, et. bien que j'eusse fait observer que la chose était déjà votée, l'assemblée revota, Eccarius compris, Jung prit place, et la séance commença. Les premières séances de la Conférence se passent en vains bavardages, en insolences de M. Outine, en bredouillements d'Engels sous prétexte de traduction. On ne résout rien ; on nomme des commissions dont Marx et ses lieutenants sont les meneurs, le reste étant composé de personnages muets qui paraissent à peine, Marx lit un projet qu'il a fait avec Engels et que le Conseil général a approuvé avec sa docilité habituelle. 11 est facile de voir que ce long faclum et les commentaires qui l'accompagnent n'ont qu'un but unique, la démolition des ennemis particuliers de Mai*x, les citoyens Bakounine, Guillaume et O'^. Cependant si sûr que le maître puisse être de la composition de la Conférence, il se méfie de quelques étrangers naïfs qui pourraient faire des observations gênantes, proposer quelque amendement non suflisamment venimeux. Pour parer à cet inconvénient, la coterie Marx fait décider que la Conférence naura à voter aucune résolution positive : elle en votera seulement le sens, laissant au Conseil général le soin de la rédaction ultérieure. Grâce à ce truc habile, ces messieurs auront le droit de publier tout ce qu'ils voudront sous le nom de Résolutions de la Conférence. C'est tout simplement un faux avec circonstances aggravantes.

Eq ce qui concerne le diilérend entre les deux Fédérations de la Suisse romande, voici ce que raconte Robin :

C'est l'agent Outine qui expose la question suisse, en vomissant un monceau d'injures, en lançant une foule d'épithètes malsonnantes, qu'il ne cessera pas de mériter pour les avoir prodiguées à d'honnêtes gens. Quand il s'agit de nommer la commission pour étudier cette question, ce monsieur propose avec aplomb en première ligne le compère Marx. J'ose faire remarquer que la Commission devrait être composée d'hommes tout à fait inqjartiaux. Outine s'indigne, Marx joue la petite comédie tle circonstance ; De Paei)e, par naïveté véritable ou feinte, vient à la rescousse en racontant une anecdote où le mot de « marxien» est prononcé ; la claque s'en mêle, et Marx est yo/*ce d'accepter '. On lui adjoint le respectueux Kccarius, un silencieux Irlandais [Moltersheadj ([u il a récemment [)résente ilans l'Internationale et au Conseil, un Français et un Belge ([ui peuvent passer pour indépendants.

1. Di' Pacpo a toujours tiMiioignc a Marx beaucoup ilc déftSrcnce. Sur li fa^on dont Maix el KnL;els, en rcloui-, jugcaii'uL De Faepe, voir une note vers la Un du cbap. VI de la (Jualrieine Partie.

196 l'internationa LK

La Commission iiniiailialc choisit })oiir lieu de réunion le salon (le Marx. Convoqué lii, coniiuc témoin, à huit heui-es du soir, je m'y rends avec la plus gi'anch- répuj^nancc, mais exactement. Les demoiselles Marx, qui ont assisté [[)lus lard] ii la dei'nière séance de la Conlerence seci-èie, étaient ])résentesà cette réunion au moins aussi secrète. Ayant deux heures «U^ chemin à (aire pour revenir chez moi, je déclarai d'avance (jue je partirais à dix heures. On disti'ihua des ralraîchissemenls pour renforcer l'impartialité, et l'on commença à neuf heures et demie. Un président est nommé pour la forn>e ; le compère Engels fera le procès-verbal, ([uoique non mendire de la commission. Notre hôte, juge impartial, ex])ose la question en faisant un réquisitoire dont on aura l'idée en lisant le commencement des Prétendues scissioiis '. Seulement ici il n'y a point encore de grosse insulter ; c'est mielleux connue paroles de gens d'église.

Eu résumé, d'après le ténu>in-accusateur-juge Marx, le dillérend suisse avait pour cause première les attaques i)ul>liées par les alliliés de l'Alliance dans les journaux le Prog-rès et YEgaiité contre le Conseil général, le désaveu des articles de ce dernier journal par les internationaux de Genève, et la l'éi'ocation {sic) du Comité de rédaction par le Comité fédéral romand.

Je pris la parole comme si j'eusse cru que, grâce aux autres y'ii^es impartiaux (!), quelques explications loyales pouri^aient amener à un apaisement; je racontai le vrai motif pour lequel le Comité de rédaction s'était retiré. . . Je remis une protestation des Sections des Montagnes contre tout jugement ^ (on avait cru prudent là-bas de faire remettre cette protestation par quelqu'un entre les mains de qui elle ne s'égarerait pas) ; j'ajoutai que pour mon compte je ne partageais qu'à moitié l'avis de mes amis, que je croyais à la Conférence le droit, le devoir et le pouvoir de tout concilier en reconnaissant et en traitant les deux Fédérations d'une manière égale, en les invitant à s'abstenir désormais de toute hostilité publique ; mais que la Conférence n'avait aucun droit de se prononcer enti^e les parties, l'une d'elles n'ayant pas été convoquée.

Perret fait l'étonné et demande à Jung si c'est vrai.

Jung, au lieu de répondre, recommence sa vieille histoire de la lettre à Guillaume laissée sans réponse et la tire en longueur '.

Mon temps me pressait ; j'insiste pour avoir une réponse catégorique, et, non sans peine, je iinis par obtenir un aveu.

Je me lève alors ; on veut me retenir, je refuse, déclarant que j'avais dit tout ce que j'avais à dire,

M. Outine s'écrie qu'il me déclare qu'il me met directement en cause. A quoi je lui réponds, en me retirant, que je lui renvoie son accusation avec le plus profond mépris.

On conçoit qu'il eût été peu digne de continuer à jouer un rôle quelconque dans cette comédie, de paraître à n'importe quel titre devant ce soi-disant tribunal où les formes les plus vulgaires dont la justice bourgeoise elle-même ne se départ jamais étaient outrageusement violées.

Aussi je remis à un ami, avec mission de la lire à la Conférence

1. Les prélendues scissions dans l'Internationale, circulaire privée du Conseil générai. 5 mars lti72. Il en sera parlé au chap. V de la Quatrième Partie.

2. C'est la lettre signée Schwitzguébfl, du 4 septembre : voir ci-dessus p. 188.

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