Bastelica était en ce moment à Neuchâtel
4. « L'ancienne A. » est soit l'Alliance internationale de la démocratie socialiste créée à Berne le 25 septembre 1868. et qui prononça elle-même sa dissolution après que le Conseil général de Londres eut refusé de l'admettre dans llnternationale par le motif qu'elle formait « un deuxième corps international » ; soit la Section de l'Alliance de Genève, dissoute le 6 août 1871.
5. Cette lettre a été imprimée par extraits dans la broctiure L'Alliance de la démocratie socialiste, etc., p. 33; c'est là que je prends mes citations. La lettre, dit la brochure, « fut envoyée en copie à toutes les Sections de l'Alliance espagnole » (c'est-à-dire de la Alianza -. voir plus loin, p. 270) : c'est ainsi qu'elle tomba entre les mains de Marx, quand certains membres de la Alianza de Madrid eurent été gagnés par Lafargue.
Je quitte l'Espagne — à laquelle je reviendrai tout à l'heure — pour parler de l'Italie. On a vu que la polémique de Bakounine contre Mazzini avait été pour lui l'occasion de nouer dans ce pays des relations nouvelles ; et il en avait profité, après la Conférence de Londres, pour éclairer ses correspondants sur ce qui faisait le véritable objet du conflit entre le Conseil général et nous. Mais Engels, de son côté, n'était pas inactif: il entretenait un commerce suivi de lettres avec un certain nombre de personnes et de journaux en Italie, et il y calomniait Bakounine, en des écrits confidentiels, de la façon la plus perfide. Son principal correspondant italien était à ce moment un jeune homme d'un caractère simple et modeste, à l'esprit studieux, qui, destiné par sa famille, bourgeoise et cléricale, à la carrière diplomatique, venait de passer quelques années en France et en Angleterre, avait fait à Londres la connaissance personnelle de Marx et d'Engels, et, converti par eux au socialisme, était retourné en Italie en 1871 ; il avait été l'un de ceux qui, avec Carmelo Palladino, Emilio Govelli, Errico Malatesta, reconstituèrent la Section de Naples après sa dissolution policière en août 187 1 : et il est vraiment amusant de constater que ce correspondant s'appelait Carlo Cafîero. Agé alors de vingt-cinq ans, Cafîero était par son sérieux, son dévouement, et l'indépendance que lui assurait sa situation de fortune, un des hommes sur lesquels la coterie marxiste fondait le plus d'espérances. Le Congrès « ouvrier » convoqué par les mazziniens se réunit à Rome le i*"" novembre : Cafîero s'y rendit comme représentant de la Section de Girgenti (Sicile) de l'Internationale ; il était accompagné de Tucci \ qui représentait la Section de Naples ; le Congrès ayant voté un ordre du jour par lequel il adhérait aux principes professés par Mazzini, Cafiero, Tucci, et un délégué de Livourne, De Montel, signèrent (3 novembre) une déclaration disant qu'ils regardaient ces principes « comme contraires aux vrais intérêts de la classe ouvrière et au progrès de l'humanité », et se retirèrent. Le Congrès de Rome fit grand bruit en Italie ; les ouvriers socialistes protestèrent contre cette tentative de détourner le prolétariat italien de la véritable voie d'émancipation ; et il faut noter qu'à ce moment Garibaldi, interrogé à la fois par les détracteurs de l'Internationale et par les partisans de la grande Association, et pressé de s'expliquer, prit une attitude franche et courageuse : se souvenant de ce qu'il avait dit aux délégués de l'Internationale, à Genève, en septembre 1867, il écrivit le 14 novembre 1871 à Giorgio Trivulzio, dans une lettre qui fut aussitôt rendue publique, cette parole fameuse : « L'Internationale est le soleil de l'avenir ») {U Internazionale è il sole delV avvenire). En opposition aux associations mazziniennes se fonda le 4 décembre, à Bologne, sous la présidence d'Erminio Pescatori, la société « II Fascio operaio », dont le programme, assez mal défini, paraît avoir été de constituer, dans toutes les régions de l'Italie, des « Fasci opérai » (« faisceaux ouvriers») qui, réunis en une grande fédération autonome, auraient adhéré à l'Internationale. Cette nouvelle organisation se donna un organe qui parut dès la fin de décembre à Bologne, sous le titre de Fascio operaio ; elle eut bientôt des Sections dans la Romagne, à Rimini, à Lugo, à Imolu, etc. ; et c'est dans les rangs du Fascio operaio que commença à militer le jeune Andréa Costa, alors étudiant à l'université de Bologne, où il était l'un des élèves préférés de l'illustre poète Giosuè Carducci.
Cependant les hommes du Temple-Unique, à Genève, avaient laissé passer près de deux mois, depuis la Conférence de Londres, sans donner signe de vie. Ce fut seulement le 2'j novembre <{ue, dans une assemblée des Sections genevoises, Henri Perret présenta son rapport sur ce qui s'était fait à Londres. Le Comité cantonal proposait l'adoption pure et simple des résolutions de la Conférence ; mais il y eut des réclamations,
1. Sur .'Mborto Tucci, voir t. I", pages 76 (ligne 2) et 120.
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— Lefrançais, Perrare, Ostyn, Malon, cl quelques autres, faisaient toujours partie de la Section centrale, — et, après un débat animé, il lallut se résoudre à décider qu'une nouvelle assemblée serait convoquée pour le samedi 2 décembre, afin d'examiner, disculer, adopter ou rejeter les résolutions. Lefrançais, Malon et Ostyn rédigèrent alors et signèrent une proposition longuement motivée, qu'ils devaient soumettre à cette assemblée; elle concluait à ce que la Fédération romande (de Genève) déclarât a qu'il n'y avait pas lieu d'accepter dans leur ensemble les résolutions de la Conférence », et invitât les autres Fédérations « à se joindre à elle pour exiger du Conseil général la convocation à bref délai d'un Congrès chargé... de régler au mieux des principes de l'Association les questions mises en litige par les empiétements successifs du Conseil général de Londres ». Mais, pour empêcher que cette proposition pût être présentée et disculée, un groupe de partisans d'Outine fit, dès l'ouverture de la séance du 2 décembre, la motion que « ceux des membres de la Fédération genevoise qui faisaient en même temps partie de la Fédération jurassienne fussent, avant toute discussion, sommés d'opter immédiatement pour l'une ou l'autre de ces fédérations ». La moi ion fut votée; et ceux des membres de la Section centrale de Genève qui avaient adhéré à notre Fédération,
— Lefrançais, Malon, OstjTi, Perrare, etc. ', — après avoir déclaré qu'ils optaient pour la Fédération jurassienne, durent se retirer ^ Après quoi l'assemblée, débarrassée de tout contradicteur, passa au vote des résolutions de la Conférence, qui furent adoptées « d'enthousiasme et sans discussion ' ».
Vers le milieu de décembre, le Comité fédéral romand (de Genève) rédigea une contre-circulaire qui devait être une réfutation de celle du Congrès de Sonvillier. Cette pièce peu remarquable (Nettlau l'appelle ein wirklich nichtssagendes Gegencireular) parut dans V Egalité du 24 décembre, avec les signatures suivantes : L. Guétat, G. Bernard, Marie Petitpierre, J. Hoffer, T. Duval, Henri Perret. Ne possédant pas la collection de V Egalité de 187 1 et 1872, je ne puis citer aucun passage de ce document; mais je crois que le lecteur n'y perd rien. Dans ce même numéro, YEgalité reproduisait une partie de 1 article de la Emancipacion dont j'ai donné plus haut (p. 245) des extraits ; mais elle eut soin de ne pas imprimer le passage où on lit ces phrases : « Abstenons-nous complètement de toute participation à ce que les politiciens appellent la balançoire constitutionnelle ;... ne vous laissez pas séduire par les promesses mensongères de certains charlatans;... éloignez-vous avec mépris de ces urnes électorales desquelles ne sortira jamais votre émancipation ». Un langage comme celui-là fût retombé trop directement sur les politiciens de Genève.
A la Chaux-de-Fonds, naturellement, les coullerystes, eux aussi, devaient venir à la rescousse. Seulement, comme leur Section ne battait plus que d'une aile, il fallut un certain temps pour préparer une manifestation qu'on pût exploiter contre nous. Ce fut seulement pour le 18 janvier qu'Ulysse Dubois réussit à convoquer une assemblée de ses amis ; il est parlé en ces termes de cette réunion dans le pamphlet que Marx allait publier bientôt : « Les ouvriers de la Chaux-de-Fonds, dans l'assemblée générale du 18 janvier 1872, ont répondu à la circulaire des Seize * par des
1. Ils s'étaient fait recevoir comme membres par la Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste.
2. J.-Ph. Becker écrivait à Serge, le 30 novembre, au sujet de cette séance : (■ Les réfugiés parisiens font ici scandale sur scandale : ce sont des braillards mégalomanes et des chauvins à cerveau brûlé. Nous avons après-demain une importante assemblée de toutes les Sections d'ici, et il pourrait facilement arriver que beaucoup de ces messieurs fussent exclus de l'Association, ou même mis à la porte de vive force (handgreiflich hinausgeworfen). C'est M. Lefrançais qui est à la tête de cette bande d'aliénés [Narrenhàusler). »