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QUATRIÈME PARTIE. CHAPITRE III 'ij

journal à journal, et quelques-uns d'entre eux (dont Morago) créèrent le Condenado, qui parut au commencement de février.

De tout ce qui se passait en Espagne, depuis le milieu de 1871, dans l'intérieur des Sections et des comités, nous étions, en Suisse, complètement ignorants : nous n'avions d'autres nouvelles que celles que nous apportaient les journaux. L'existence de la Alianza, organisation exclusivement espagnole, nous était demeurée inconnue ; nous ne savions rien de la brouille entre Morago et F. Mora, ni de la personnalité de Mesa et de son influence dans la rédaction de la Emancipacion, ni de la présence de Lafargue à Madrid. Lorsque, le 16 janvier 1872, le ministre Sagasta se fut décidé à frapper le coup qu'il méditait, et eut ordonné la dissolution des Sections espagnoles de l'Internationale, notre Bulletin (n" 2, p. 3) raconla comment le Conseil fédéral espagnol avait répliqué, le 3i janvier, à l'acte arbitraire du ministre par une protestation énergique, « déclarant considérer le décret gouvernemental comme nul et non avenu, et invitant toutes les Sections d'Espagne à n'en tenir aucun compte ». Le Bulletin ajoutait : « Toutes les Sections de l'Espagne, tous les organes de l'Internationale dans ce pays, ont répondu à cet appel ; les internationaux ont alDrmé énergiquement leur résolution de ne pas se laisser dissoudre, et l'Internationale continue à fonctionner comme si la circulaire de M. Sagasta n'avait jamais existé ; les journaux continuent à paraître, et la propagande se poursuit de plus belle ». Et nous citions avec éloges un article de la Emancipacion, expliquant que ce journal, « qui, au début de sa publication, ne s'était pas annoncé comme un organe officiel de l'Internationale, avait cru de son devoir, après la circulaire Sagasta, d'en arborer hautement le drapeau et de se déclarer international ». Cet article de la Emancipacion contenait un programme dans lequel nous reconnaissions le nôtre : « Nous voulons l'abolition de tout pouvoir autoritaire, » — disait-il, — « qu'il revête la forme monarchique ou la forme républicaine. En son lieu, nous voulons établir la libre fédération des libres associations agricoles et industrielles. Nous voulons la transformation de la propriété individuelle en propriété collective... Nous voulons que les associations agricoles prennent possession en ilue forme de toutes les terres qui ne sont pas cultivées directement par leurs propriétaires actuels. . . Nous voulons de même que les associations industrielles puissent travailler immédiatement pour leur compte en entrant sur-le-champ en possession, comme usufruitières, des instruments indispensables à leur travail. . . A ces réformes fondamentales nous subordonnons toute action, tout mouvement politique,. . . parce (pie nous sommes intimement persuadés que la transformation économique que nous réclamons est la condition indispensable de la réalisation des libertés politiques. » Comment n'eussions-nous pas pensé que les rédacteurs d'un journal qui tenait un pareil langage devaient, bien qu'ils eussent publié — par excès d'impartialité, nous disions-nous — la contre-circulaire de Genève, être nos amis ?

Le Conseil fédéral ne se borna pas à répondre à la circulaire de Sagasta par la déclaration ([u'il n'en tiendrait aucun compte. 11 chercha le moyeu d'opposer une résistance efficace à l'arbitraire gouvernemental, et il crut le trouver dans la création d'une organisation clandestine qui, sous le nom de Défenseurs de l'Internationale, grouperait en une association secrète les membres les plus dévoués et les plus sûrs de chaque Section. Ces groupes correspondraient entre eux et avec le Conseil fétléral, ([ui formerait le centre de cette organisation, l'our mettre ce plana exécution, le Conseil délégua deux de ses membres, pour parcourir, l'un, F. Mora, \q. comarca ' de l'Kst (Catalogne et Baléares), l'autre, Auselmo L(»ren/.o, \a. COI narca i\w Sud (Andalousie). Leur voyage s'exécuta pendant les mois de février et de mars 1872.

Ce plan cachait une arrière-pensée, à laquelle Lorenzo était resté

1. Au point do vue de la correspondance, la Fédération capa^nolo avait été divisée en cinq cotnarcas (lerriloires) : Kst, Sud, Ouest, Nord cl Centre.

U^^ L*INTERNATIONALK

étranger, mais que connaissaient F. Mora et Mesa, et qu'avait conçue Lalargue : il s'agissait de détruire la AUanza en l'absorbant. L'existence de la AUanza avait été révélée au gendre de Marx i)ar quelques-uns des membres du Conseil lédéral, (jui taisaient j)artie du grouj)e de Madrid. Un écrivain espagnol, qui connaît bien les détails de riiistoire des premières années de l'internationale en Espagne, l'auteur de l'article ])el naciiniento de las ideas findrquicas-colectivi.stas en Espcnla (Revista social, Madrid, 3i janvier 1884 ; cité par Neltlau, p. ()"]()), dit que, dès l'arrivée de Lafargue à Madrid, les rédacteurs de la Eniancipacion, men)bres de la AUanza, « l'initièrent et allèrent jusqu'à le proposer comme membre » ; d'ailleurs, dans une lettre datée du 2 juin 1872 et imprimée par Lafargue lui-même dans sa brochure A los interndtionales de la région espaùola (voir p. 3o7), ces mêmes hommes avouent qu'à Madrid, dès le mois de lévrier, l'existence de la AUanza « avait cessé d'être un secret». Sitôtqu'il l'ut au courant, reconnaissant dans le programme de la AUanza celui de Bakounine et de ses amis, Lafargue, d'accord avec Marx et Engels, résolut de tout tenter pour détruire cette société, et il l'ut assez adroit pour mettre dans son jeu les membres mêmes du groupe de Madrid, qui, gagnés par divers moyens, se prêtèrent complaisamment à ses machinations. Les auteurs du libelle de 1873' ont déclaré eux-mêmes que la destruction de la AUanza. avait bien été en effet la secrète intention de ceux qui proposèrent la création de l'organisation des Defensores de la Internacional :a Le Conseil fédéral espagnol comprit qu'il y avait urgence à se débarrasser de l'Alliance. Les persécutions du gouvernement lui en fournirent le prétexte. Pour pourvoir au cas où l'on dissoudrait l'Internationale, il proposa de former des groupes secrets de Défenseurs de l'Internationale, dans lesquels devaient se fondre insensiblement les sections de l'Alliance. Mais TAlliance, devinant le but caché de ce plan, le fit échouer. »

Anselmo Lorenzo raconte, au chapitre 32 de son Proletariado militante, son « excursion en Andalousie" ». Il visita Séville, où il vit Soriano, Marselau, rédacteur de la Razon, alors en prison, Rubio, et où la réunion du groupe de la AUanza fut tenue dans la cellule même où Marselau était alors enfermé; Carmona, Utrera, Xérès; Cadix, où militait Salvochea; San Fernando, Puerto Real, où il vit Miguel Pino, « l'apôtre de la province de Mâlaga, puritain et fort comme peu, précieux tant comme homme d'action que comme homme prudent et de bon conseil »; Loja, Grenade, et enfin Linarès. J'ai voulu savoir de Lorenzo s'd était vrai, comme l'ont prétendu les auteurs du libelle, que les membres de la AUanza eussent « fait échouer » le plan formé par le Conseil fédéral, dont ils auraient deviné le «but cache »; Lorenzo m'a répondu (lettre du 28 décembre 1906) : « La création de groupes de Défenseurs de l'Internationale fut vue avec sympathie par les internationaux actifs et intelligents, et, du moins en Andalousie, les groupes mêmes de la AUanza se transformèrent en groupes de Défenseurs ou en noyaux fondateurs. A Seville, le groupe de la AUanza accepta le plan, et me donna des références et des adresses pour les autres localités andalouses ; les aliancistas de Cadix et de Mâlaga appuyèrent également l'idée. On prévoyait alors la possibilité d'une insurrection républicaine, et cette organisation avait été jugée un moyen très opportun et très efficace en vue d'une semblable éventualité : si les groupes de Défenseurs disparurent (sifracasaron los grupos de Defensores ), c'est que le mouvement insurrectionnel attendu n'eut pas lieu ; s'il s'était produit, je crois

\. L'AUiance de la démocratie sociahste, etc., p. 33. — Les lettres d'Engels à Sorge, récemment publiées, m'ont appris le nom des auteurs de ce triste (lamphlet, que j avais jusqu'ici attribué à Marx en personne : (( C'est Lafargue et moi qui l'avons fait enst mille, écrit Engels le 26 juillet 1!S73 ; seule la conclusion est de Marx et de moi ».

2. Il n'avait pas encore, à ce moment, de méfiance à l'endroit de Lafargue : ce fut même, détail amusant, avec un pardessus obligeamment prêté par le gendre de Marx et accepté en toute simplicité par le missionnaire du Conseil fédéral, que Loienzo partit pour aller recruter des Défenseurs à l'Internationale (lettre du 28 décembre 190o).

qu'en Andalousie ces groupes seraient intervenus par une action sérieuse. » Un incident des plus insignifiants en lui-même, qui se produisit à Madrid pendant l'absence de Lorenzo et de Mora, nous révéla les dissensions dont nous n'avions pas encore soupçonné l'existence. En juin 1871, le parti républicain fédéral avait tenu un Congrès auquel il avait invité rinlernalionale à envoyer de.s délégués ; le Conseil téderal d'alors avait répondu qu'il ne pouvait accepter l'invitation de coopérer aux travaux du Congrès républicain, attendu que le programme des républicains était simplement « d améliorer la condition des clas&es ouvrières », tandis que le programme de l'Internationale était « de détruire les classes et de réaliser la complète émancipation économique de tous les individus de l'un et de l'autre sexe ». Or, en lévrier 1872, les républicains fédéraux s'étant de nouveau réunis en Congrès à Madrid, les rédacteurs de la Emancipacion, poussés par Lafargue, eurent l'idée d'adresser à ce Congrès une lettre (20 lévrier) pour lui demander de déclarer s'il voulait, oui ou non, l'émancipation de la classe ouvrière. Cette lettre tut lue au Congrès et présentée comme une communication émanant ofliciellement de l'Internationale. Aussitôt des observations lurent adressées, par divers membres de la Fédération madrilène, aux rédacteurs de la Emancipacion : on leur représenta qu'ils devraient reclitier l'erreur dans laquelle était tombé le Congrès au sujet de leur lettre, qui n'engageait qu'eux et nullement l'Internationale, et qui d'ailleurs était en contradiction avec la déclaration adressée en juin précédent par le Conseil fédéral au Congrès républicain '. Les hommes de la Emancipacion, mus par quelque sentiment de vanité froissée, se refusèrent à rien rectifier. Alors le Conseil local de la Fédération madrilène écrivit au Congrès, le 7 mars, une lettre disant : « Ayant vu que, par erreur, vous aviez considéré comme provenant de notre Association la lettre que vous ont adressée les rédacteurs de la Emancipacion, ce Conseil a décidé de vous faire savoir que non seulement cette lettre n'émane pas de l'Association internationale, mais qu'il la considère comme en contradiction avec la communication, approuvée par nous de tous points, qui vous a été précédemment envoyée par le Conseil fédéral espagnol en réponse à l'invitation qui lui avait été adressée [en juin 1871]. » Aussitôt Mesa, qui était secrétaire général par intérim du Conseil fédéral (en l'absence de F. Mora), rédigea et fit approuver par ses collègues une nouvelle lettre au Congrès (9 mars), dans laquelle il disait : « Le Conseil local de la Fédération madrilène.... a nié que la communication que les rédacteurs de la Emancipacion ont adressée au Congrès républicain émanât de l'Internationale. Le Conseil fédéral se déclare complètement d'accord avec les principes exposés dans la lettre des rédacteurs de la Emancipacion, lesquels font partie du Conseil fédéral de la région espagnole ^ » Les polémiques suscitées i)ar cette attitude des membres du Conseil fédéral s'envenimèrent, et aboutirent à ce résultat, que la Fédé-

i. Sur ce point, les avis furent partagés, et il y eut des internationaux, anarchistes très sincères, qui ap|irouvèrent le contenu de la lettre des rùdacleurs de la Emancipacion. Lorenzo m'a écrit à ce sujet (28 décembre I'JUj) : u C'est à Grenade que je lus, dans la hjualddil, journal de Maurid, la lettre de la Eniaiicipucion au Congres du parti républicain fédéral. Je me rappelle que je n'avais eu, a l'avance, aucune connaissance de la chose, et l'impiession que la lettre me causa fut favorable, parce qu'il me sembla qu'elle pouvait être un moyen de dissiper les illusions politiques des travailleurs. »

2. lin racontant à leur façon cet incident, les rédacteurs de la brochure L'Alliance ont essayé de laiio croire que la bédéralion madrilène (tlont ils font un instrument docile aux mains de la .ikanza, quoitiue sachant mieu.\ que personne qu'a Madrid les liommes de la Alianza étaient précistiinent le» rédacteurs île la l:.inaiicipitcion) ét.iit l aillée des rcpiiblicains, et ([ue si le Conseil local de celle Fédération desavoua la lettre des rédacteurs de la Enhincipacmn du iii» février, ce fut par coniptatsance paur Ifs rcpublii ains. Voici le roman abrac.idabrant qu'ils olTreul a la créilulilé de leurs lecteurs : (( Four i'iilove,r au peuple liMile illu>ion »ur la phraséologie pst'udosocialiste des républicains, les rédacteurs de la Emancipacion, qui étaient en mémo

a'jCt l'iNTKH NATIONALE

ration madrilène prononça l'expulsion de son sein de six rédacteurs de la Emnncipacion, qui étaient en même temps membres du Conseil lédéraP.

Pour rendre JVIorago — devenu la béte noire de Mesa et de Lafargue — ridicule ou suspect, le libelle de 1 87*3 lui reproche de s'être laissé porter connue candidat aux Gortès -. Voici l'insloire de cette candidature. Une élection partielle devait avoir lieu à Barcelone ; cétait au moment où, aux Gortès, on commençait à discuter la question de l'Inlernationale. Le groupe de la jMianza de Barcelone pensa qu'il pourrait Cire utile d'envoyer aux Cortès un homme « qui y soutiendrait les idées de rinternationale, qui démasquerait la classe bourgeoise, et qui, une t'ois la discussion terminée, se retirerait de ce loyer de pourriture » ; il écrivit en conséquence à Morago, « l'homme qui, par sa loyauté et son attitude, paraissait le plus capable », pour lui demander s'il consentirait à accepter la candidature : Morago refusa, et l'alîaire en resta là. Morago n'a donc jamais été candidat.

Cependant la Fédération espagnole avait à tenir son congrès annuel. Il se réunit du 4 au 11 avril à Saragosse ; une quarantaine de délégués y prirent part. La Fédération régionale comptait alors, comme le constata le rapport du Conseil fédéral, cinquante-cinq fédérations locales organisées ; en outre, dans quatre-vingt-quatorze localités, des fédérations étaient en voie d'organisation. Le Congrès entendit des rapports sur diverses questions telles que grèves, coopération, enseignement. 11 discuta une proposition, faite par Morago, de réorganisation de la Fédération espagnole : cette proposition attribuait aux Sections une plus grande autonomie et enlevait au Conseil fédéral les pouvoirs que lui avait accordés la Conférence de Valencia ; mais la majorité décida que l'organisation votée à Valencia serait conservée. Il déclara adhérer aux résolutions du Congrès belge, ce qui fut interprété par Lafargue comme un succès pour lui ; nous vîmes là, au contraire, une preuve que la Fédération espagnole pensait connue nous, puisque nous aussi nous nous étions ralliés aux résolutions de la Fédération belge. Enfin, il adopta une résolution destinée à mettre un terme au conflit qui s'était produit à Madrid : elle portait que les rédacteurs de la Emancipacion retireraient tout ce qui avait motivé leur expulsion, et que de son côté la Fédération madrilène retirerait toutes les choses blessantes qui avaient été dites contre eux et annulerait leur expulsion. Valencia fut désignée comme siège du (Conseil fédéral, et, dans un esprit de conciliation, le Congrès plaça dans le nouveau Conseil deux membres de Tancien, F. Mora et Anselmo Lorenzo : mais Mora refusa sa nomination. Le Conseil fut composé, outre Lorenzo, de Peregrin Montoro, tisseur en soie ; Francisco Martinez, teinturier ; Francisco Tomâs, maçon ; .et Scverino Albarracin, instituteur primaire ; on laissa à la Fédération locale de Valencia le soin de désigner les quatre autres membres, qui lurent Rosell, tisseur en soie ; Torres, libraire ; Asensi, ébéniste ; et Marti, tailleur de pierres.

temps les membres du Conseil fédéral, adressèrent aux représentants du parti républicain fédéraliste, réunis en Congre» à Madrid, une lettre dans laquelle ils leur demandèrent des mesures pratiques et les sommèrent de se déclarer sur le programme de l'Internationale. C'était porter un coup terrible au parti républicain; i'AUiance se chargea de l'atténuer, car elle, au contraire, était liguée avec les républicains. . . Après l'altitude du Conseil fédéral vis-à-vis du parti l'épublicain, laquelle déjouait tous ses plans, l'Alliance résolut de le perdre, n {L'Alliance, etc., pa^os 34 et Sri.) On a peine à concevoir pareil jésuitisme, même de la part d'Engels et de Lafargue.

1. Les membres du Conseil fédéral, qu'on ne l'oublie pas, étaient tous membres de la Aiianza. et constituaient à eux seuls le groupe madrilène de cette organisation, Morago ayant cessé d'en faire partie. Mesa avait même essayé — inutilement du reste — de protiter de sa qualité û'aliancista pour obtenir que la Federucion de Barcelone, dont deux rédacteurs appartenaient à la Aiianza, se prononçât en faveur de la Euiancipacion. Cela n'a pas empêché Lafargue et Engels d'écrire, à propos de cette expulsion : « L'Alliance flt plus encore pour le parti républicain..., elle fil expulser de la Fédération de Madrid, où elle dominait, les rédacteurs de la Emancipacion n {L'Alliance, etc., p. 33).

2. « Et pour avoir aussi son Fanelli aux Cortès espagnoles, l'Alliance se proposa de porter la candidature de Morago. » {L'Alliance, etc., p. 34.)

Une dizaine de membres de la Alianza (non compris les membres de l'ancien Conseil fédéral de Madrid) s'étaient trouvés parmi les délégués au Congrès ; ils échangèrent leurs vues sur la situation, et, en présence des dissensions qui s'étaient produites à Madrid, et peut-être ailleurs encore, ils constatèrent que leur organisation secrète ne pouvait plus donner les résultats qu'on en avait attendus, et décidèrent de la dissoudre : ce qui fut fait.

Paul Lai'argue assistait au Congrès de Saragosse, avec un mandat de la fédération d'Alcala de Hénarès, et sous le nom de Pablo Farga. 11 avait exercé une influence marquée sur certaines discussions, et avait contribué plus que personne à faire rejeter le projet de réorganisation, fondé sur le principe d'autonomie, qu'avait présenté Morago. Dans une brochure publiée par lui en juin 1872 (voir p. 807). Lafargue a prétendu que « c'est au Congrès de Saragosse qu'il se convainquit de l'existence en Esy^agne d'une société secrète appelée la Alianza -a; il ajoute : «Au Congrès de Saragosse, les membres de la Alianza tenaient leurs réunions en secret. Je couchais dans le même logement qu'un de ces alliés, qui se levait à six heures du matin pour aller prendre part à ces conciliabules. . . Différentes observations que je lis durant ce Congrès me mirent au courant de tout.» On a vu plus haut que Lafargue était « au courant de tout » bien avant de venir à Saragosse, et qu'il avait déjà fait jouer ses marionnettes de Madrid pour tâcher de détruire on d'absorber cette gênante Alianza, en laquelle il voyait un obstacle à la réalisation des projets autoritaires de la coterie marxiste.

Ayant si bien réussi à dominer le Conseil fédéral de Madrid, Lafargue pensa qu'il pourrait exercer aussi son influence sur le nouveau Conseil fédéral que le Congrès venait de nommer ; et il forma le projet de transférer à Valencia la Eniancipacion. Il en fit la proposition formelle à deux membres du nouveau Conseil, Montoro et Marlinez, lorsque ceux-ci, au retour du Congrès de Saragosse, traversèrent Madrid. La chose a été racontée en ces termes dans une circulaire du Conseil fédéral de Valencia du 3o juillet 1872 : « Les délégués, en passant par Madrid, furent invités à souper chez ce monsieur [Lafargue] ; là on chercha à séduire deux membres de notre Conseil, là on proposa de faire paraître la Eniancipacion au lieu de la résidence du nouveau Conseil, qui aurait passé pour être en môme temps le Conseil de rédaction de ce journal, tandis qu'eux, Lafargue et ses amis, l'auraient rédigé en réalité, c'est-à-dire nous auraient envoyé de Madrid les articles tout faits, pendant que nous aurions joué le rôle d'éditeurs responsables de leurs intrigues. . . Partout ce qui fut dit là, nous nous sommes convaincus de ce qu'ils sont en réalité et de leurs funestes tendances '. »

La suite des événements d'Espagne sera racontée plus loin {\>. 287).

Je n'ai pas eu l'occasion de ptirler de l'Allemagne depuis le moment où avait paru le manifeste du Comité de Brunswick- Wolfenbiiltel, et où ses rédacteurs avaient été arrêtés, ainsi que quatre autres personnes. En octobre 1870, Bismarck avait fait remettre en liberté Jacoby et Bonhorst ; Geib fut transféré à Hambourg, et les cinq autres à Brunswick ; Sic vers fut relâché en décembre. Le 17 décembre on arrêta à Leipzig Lieltknecht, Bebel et llepner (rédacteur du Volkaslaat), sous l'inculpation de préparation au crime de haute trahison. Mais à la lin de mars 1871, les trois prisonniers de Leipzig et les cinq prisonniers de Brunswick furent élargis faute de preuves suflisantes.

Les élections au Keichstag eurent lieu le 'i mars 187 1 : un seul socialiste

\ . Ne pouvant pas nier le fait, les auteurs ihi libelle de 1S73 ont essayé de plaisanter (c'est la lacticiue (jue iMarx cxpliijue dans sa lettre à Ku;,'ehnaiin du 1.") oetiil)re ISliT ; voir tome i'', (>. iil, note) ; ils ont écrit : « La[ari,Mie fut eliar^'é du péelié uiorlci d'avoir, par un dincr }j;arf,'antucs(iuc, soumis aux tentations de saint Antoine la failde cliair de Martine/, et de Montoro. diMix membres du nouveau Conseil fédéral allianeisto, comme s'ils portaient leur conscience dans leur panse » {L'Ailinitcr, etc.. p. ;t7i.

fut élu, Bebel \ Son attitude au Reichstagf pendant la Commune de Paris fut énergique : (( Si Paris doit être vaincu maintenant, dil-il im jour, je dois vous prévenir que la hilte enpaprée à Paris n'est qu'un petit combat d'avant-postes ; que la bataille décisive, en Europe, est encore à venir ; et qu'avant peu d'années le cri de guerre du prolétariat parisien : Guerre aux palais, paix aux chaumières, mort à la misère ! sera le cri de guerre du prolétariat tout entier. » L'assemblée des représentants de la bourgeoisie allemande accueillit ces paroles par des risées.

Les poursuites furent reprises en octobre 1871 contre Bracke, Bonhorst, Spier elKiihn, qui, condamnés alors à l'emprisonnement, se trouvèrent, par suite de la détention préventive qu'ils avaient endurée, n'avoir plus de peine à subir. En mars 1872, Liebknecht, Bebel et Hepner furent poursuivis à leur tour, et comparurent devant le jury de Leipzig, sous la prévention renouvelée de préparation à la haute-trahison ; les débats durèrent deux semaines, et eurent un grand retentissement : Hepner fut acquitté, Liebknecht et Bebel déclarés coupables et condamnés à deux années de forteresse.

J'ai noté précédemment (tome 1", p. 265, note 5) comment l'expression de sérieux travail souterrain, dont le président du tribunal de Leipzig avait demandé l'explication à Liebknecht, avait été interprétée par nous alors — faute d'avoir connu dans son intégralité le passage de la Confidentielle Mittheiluns^ où elle se trouve — comme s'appliquant à l'intrigue marxiste en Allemagne, tandis qu'elle s'appliquait en réalité à l'action du Conseil général en Angleterre. Dans ses commentaires à ce sujet, le Mémoire de la Fédération jurassienne {p. 240) s'exprime ainsi au sujet des trois accusés du procès de Leipzig : « L'attitude courageuse du Volksstaat pendant la guerre et la Commune de Paris lui avait attiré beaucoup de sympathies ; et pour nous, objet des attaques imméritées de ce journal, nous lui rendions pleine justice, en regrettant ce que nous appelions ses erreurs, et en déplorant surtout qu'un homme de la valeur de Bebel -— celui des trois qui nous inspirait le plus de sympathie — se laissât entraîner sans examen à des appréciations souverainement injustes à notre égard ».

C'est ici que je dois noter le commencement de mes relations d'amitié avec les deux frères Elle et Elisée Reclus, et la connaissance que je fls du jeune Andréa Costa.

On sait qu'Elisée Reclus, fait prisonnier à la sortie du 4 avril 187 1, sur le plateau de Châtillon, avait été condamné à la déportation, le i5 novembre, par le Conseil de guerre siégeant à Saint-Germain- en-Laye, et qu'ensuite, sur l'intervention d'un groupe de savants de diverses nations, la peine prononcée par les juges militaires fut commuée, en février 1872, en celle de dix ans de bannissement. Cette nouvelle fut par nous tous accueillie avec une grande joie. Elisée se rendit à Zurich, où s'était installé son frère Elie, et où il retrouva ses deux filles et sa seconde femme (Fanny Lherminez). M'"'' André Léo écrivait de Genève, le 24 mars, à Malhilde

1. Schweitzer fut battu à Elberfeld-Barmen. Peu de temps après, il abandonna la présidence de VAllgempiner deutscfier Arbeiterverein. Son successeur fut l'ouvrier Hasenclever, qui entra en fonctions le 1" juillet 1871. Le Sozial-Denwkrat avait cessé de paraître en avril 1871, à cause de la diminution du nombre de ses abonnés ; il fut remplacé, le 1^' juillet, par le Neuer Sozial-Denwkrat. — Malj^ré la retraite de Schweitzer, l'hostilité entre les lassalliens et la fraction dite d'Eisenacii n'avait pas diminué, et, comme les lassalliens nous témoiKnèrent à plusieurs reprises de la sympathie, les auteurs du libelle de 1873, V Alliance de la démocratie socialiste, etc., ont associé les Jurassiens et les lassalliens dans les mêmes injures : «Les lassalliens, après avoir entravé pendant des années l'orfzanisation du prolétariat, ont fini par devenir de simples instruments de police (p. 26). . . Toute la presse libérale et policière a pris ouvertement le parti des signataires de la circulaire de Sonvillier. Ils ont été secondés dans leurs calomnies personnelles contre le Conseil général,... en Allemagne, par les socialistes bismarckiens qui, en dehors de leur journal policier, le Neuer Sozial-Demokrat, jouent les blouses blanches de l'empire prussoallemand (p. 28). »

Rœderer : a Elisée Reclus est enfln à Zurich avec les siens. II est assez bien portant, plein de courage, d'énergie et d'espérance. Ce long martyre d'un an l'a trempé au lieu de l'abattre. C'est le vrai démocrate, celui-là ; mais combien sont-ils qui lui ressemblent! » De Zurich, Elisée alla s'établir à Lugano en avril; une autre lettre de M '^^ André Léo, du i3 juin, écrite de Como, annonce que, le même jour, elle va voir à Lugano « le cher Elisée Reclus, que je n'ai pas revu depuis son martyre »; le 3i juillet, elle dit à sa jeune correspondante : « Je reverrai certainement Eli^^ée et lui ferai votre commission, ainsi qu'à Fanny. Ils sont perchés à mi-côte d'une des montagnes qui entourent Lugano, dans une vieille maison qu'ils ont presque pour rien, au milieu de paysages admirables. Notre ami, là comuie auparavant, travaille, élève ses deux filles, espère et croit autant, et peut-être plus, que jamais. » Dès son arrivée à Lugano, Elisée était allé voir Bakounine à Locarno ; voici les, indications qu'on trouve dans le calendrier-journal de 1872 : « Avril 11. Arrivée inopinée d'Elisée Reclus.

— i'3. Lettre envoyée à Reclus et par lui à Pezza et Stampa. — 18. A 6 h. matin avec Fanelli à Luino ; de là à Lugano, hôtel Washington ; toute la journée avec et chez Reclus. — Mai 2. Lettre à Elisée, qui m'a envoyé thé.

— 17. Ecrit et envoyé lettre chargée immense à Spichiger au Locle, contenant quatre lettres : une à Jam'^s, une à Ozerof, et des lettres d'Alerlni, d'Elisée Reclus à moi, et de B [illisible] à Reclus. — 18. Lettre à Reclus Elisée. — Juin i'^'". Lettre d'EUsée. — 4- Ecrit lettre à Elisée Reclus. »

Des deux frères, ce fut Ehe que je vis le premier. Il était allé, de Zurich, dans l'été de 1872, faire un voyage à Genève, par Berne et Fribourg; et, au relour. il passa par Neuchàtel et s'y arrêta pour me rendre visite. C'était un dimanche. Nous causâmes tout de suite comme de vieux amis ; les petites divergences de tactique qui avaient existé en 1869, lors du conflit de M'"*' André Léo avec VEgatité (voir tome I*^ p. i5o), étaient bien oubliées : la guerre et la Commune avaient passé par là-dessus.

Quant à Elisée, je ne puis me rappeler exactement la date de notre première rencontre, et dire si elle eut lieu dans l'été de 1872, ou seulement après le Congrès de la Haye. Tout ce que je sais, c'est que ce fut aussi au retour d'un voyage à Genève qu'Elisée s'arrêta à Neuchàtel, oii il passa quelques heures à causer avec moi. Notre amitié s'affermit dans les années qui suivirent, lorsque, établi à Vevey (à partir de 1874), il fut devenu un membre actif de la Fédération jurassienne, et surtout quand nous nous retrouvâmes plus tard à Paris. Nous n'avons jamais cessé de nous entendre sur toutes les choses essentielles ; et après trente-trois ans. notre dernière conversation, le lundi i^"" mai 1900, dans la chambrette où il était descendu (i2'3, boulevard du Montparnasse) à son dernier voyagea Paris, deux mois avant sa mort, constatait notre accord et les espérances que faisait renaître, dans son cœur comme dans le mien, l'admirable mouvement du prolétariat français groupé dans la Confédération générale du travail. Le même soir il m'écrivait ce billet, le dernier que j'aie reçu de lui :

Mon ami et compagnon.

Un changement de vont me l'ait modilier mes plans et partir pour la Belgique. Je suis d'autant plus heureux d'avoir eu la chance de vous voir avant de quitter Paris aussi brusquement ; j'ai eu le grand plaisir de vous entendre exposer le ])lan de votre ouvrage, qui sera pour nous un événement de réelle importance.

Bien aHectueusenient. Elisée Reglus.

Lundi soir.

J'ai déjà nommé Andréa Costa, qui, originaire d'Imola, en Romagne, et étudiant à l'université de Bologne, était venu à l'Internationale par le Fascio operaio. Au printemps de 1872, — c'était sans doute après le Congrès de Bologne (17 mars), — Costa fut ou se crut menacé d'arrestation, et se mit en sûreté en se réfugiant en Suisse. Il vint à Neuchàtel, où il

aSo l'internationale

passa quelques semaines ; durant ce temps, je le vis chaque jour : c'était un bon jeune homme, ingénu, et amoureux de beau langage. Pendant son séjour, il reçut plusieurs Icllres de Giosuè Carducci, l'illustre poète, qui était son professeur, et pour lequel il avait une admiration enlliousiaste (Carducci n'était pas encore sénateur ', et le jeune étudiant, son disciple, se serait mis fort en colère si quelqu'un lui eût prédit alors qu'il deviendrait lui-même député) ; les lettres du poète, qu'il me montra, portaient cette adresse, que j'ai retenue parce que la naïveté de la formule me faisait sourire : Ail' egregio giovaiie Andréa Costa. Au bout de peu de temps, on écrivit d'Italie à Costa qu'il pouvait rentrer sans danger : il reprit le chemin de son pays, où il rapportait des idées plus claires sur l'Internationale, et où il devait, en août, être l'un des organisateurs de la Conférence de Rimini.

Dans le Jura : polémiques ; Congrès du Locle {19 mai). — En Italie : noui'eaux proo-rès de F Internationale ; Cajiejw à Locarno (20 mai- 18 juin).— En Espagne^: la crise devient aiguë ; lettres de Bakounine à F. Mora, à Lorenzo, à Morago {avril-mai).

Je reviens à la Fédération jurassienne.

Le procès de Leipzig, dont j'ai parlé, fournit à Outine un nouveau prétexte de nous attaquer. Voici ce que publia VEgalitê du 7 avril 1872 :

« Nous passons outre sur les accusations du président du tribunal : c'étaient toujours les mêmes clichés stéréotypés que nous avons vus se reproduire dans les trois procès de l'empire bonapartiste contre l'Internationale, et que le journal la Révolution sociale, de triste mémoire, s'est donné pour tâche de confirmer et de renforcer dans chacun de ses numéros : c'est toujours l'autoritarisme dictatorial du Conseil général, les ordres reçus de Londres, le chef suprême Karl Marx, etc. Qu'en pensent messieurs les séparatistes, les grands prêtres de Sonvillier, de ce touchant accord de leurs accusations avec celles du président du tribunal qui a condamné nos courageux frères allemands ?. . . Cela suffira-t-il enfin pour dessiller les yeux à ce groupe de nos frères italiens, devant lequel le comité du Jura bernois a la prétention de poser en qualité d'un second Conseil général de l'Association internationale ? «

En même temps, par un jésuitisme dont elle était coutumière, VEgalitê (numéros du 2 mars et du i5 avril) adressait des éloges aux sociétés des ouvriers graveurs et guillocheurs de nos Montagnes, d'abord au sujet de leur solide organisation, de l'énergie et du dévouement de leurs comités, puis à propos d'une grève qui venait d'éclater à la Chaux-de-Fonds dans ce corps de métier ; elle louait la belle et énergique altitude des ouvriers du Val de Saint-Imier, qui avaient fait preuve d'un admirable esprit de solidarité, — et elle s'arrangeait de façon que ses lecteurs ignorassent que ces graveurs et ces guillocheurs dont elle vantait la conduite étaient précisément les mêmes hommes que M. Outine insultait d'autre part en leur qualité de membres de la Fédération jurassienne; elle croyait pouvoir donner le change, et faire croire que les militants de la Fédération des graveurs et guillocheurs étaient des adhérents du Temple-Unique.

Notre Bulletin releva, comme il convenait, les vilenies d'Outine et

1. Carducci fréquentait alors les réunions de l'Internationale. Lorsque Piccinnini eut été assassiné à Lugo par les mazziniens (voir plus loin p. 287), Carducci écrivit pour le révolutionnaire lâclunnent immolé une épitaplie célébrant ce jeune « ami du peuple et de tous les hommes, qui, héraut de concorde et de paix, avait commencé à lutter, avec les associations de travailleurs de toute nation, pour la liberté de la plèbe')). (Alfredo Angiolini, CiiKinanV anni di socinlisino in Italia, 2» éd., p. 60.)

signala la duplicité d'Henri Perret. Dans son 11° 5 (i^"" mai), — qui fut le premier numéro imprime typographiqueinent, raccroissemenl du nombre des abonnés nous ayant permis de renoncer à l'autographie, — on lit ce qui suit :

Le journal Y Egalité, rédigé par M. Outine, bourgeois russe qui vit de ses rentes à Genève et occupe ses loisirs à insulter tous les révolutionnaires qui vivent de leur travail, le journal l'Egalité, disons-nous, a trouvé plaisant, à propos du procès Bebel-Liebknecht, d'insulter la Fédération jurassienne et son Comité fédéral, — qu'il a[)pelle agréablement les grands prêtres de Sonvillier, — en représentant cette Fédération comme pactisant avec les agents de Bismarck ! !

Il y a des choses auxquelles la dignité défend absolument de répondre, et les injures de Y Egalité sont de ce nombre. . . Mais ce que nous ne comprenons pas, ce sont les éloges que cette même Egalité ose nous adresser avec le plus effronté cynisme, dans d'autres numéros où elle trouve politique de faire vibrer une autre corde. . . Cependant Y Egalité le sait bien : les Sections des graveurs au Locle et au Vallon de Saint-Imier appartiennent à la Fédération jurassienne ; le président du Comité central des graveurs, à la Chauxde-Fonds, est un des membres les plus connus de la Fédération jurassienne ; et les grands prêtres de Sonvillier, les compères de Bismarck, savez-vous qui c'est? Ce sont deux ouvriers graveurs, deux ouvriers guillocheurs et un ouvrier monteur de boîtes (ces cinq membres forment le Comité fédéral jurassien) ; et ce sont ces deux graveurs et ces deux guillocheurs qui ont organisé l'agitation au Vallon de Saint-Imier pour combattre l'action des patrons pendant la grève.

Oui, tout le monde sait cela chez nous; aussi, en lisant Y Egalité, on hausse les épaules ou on se détourne avec dégoût. Mais on ne le sait pas en Belgique, en France, en Allemagne ; et les intrigants de Genève spéculent là-dessus pour le succès de leurs calonniies.

Ah ! que le Congrès général vienne seulement ! ¥A quand nous nous verrons là faceà face, le jour se fera pour tout le monde, et les menteurs passeront un mauvais quart d'heure.

Un autre article prenait directement à partie Henri I*errct :

On demande comment Henri Perret, secrétaire du Comité fédéral romand à Genève, et qui par conséquent est solidaii'C de tout ce qui s'imprime dans YEgalité, — counnent Henri Pei'ret. disons-nous, a pu siéger au (Congrès des graveurs', connue délégué, côte à côte avec Auguste Spichiger, délégué des graveurs et guillocheurs du Locle, membre de la Eédération jurassienne ; côle à côte avec Adhémar Schwitzguébel, délégué des graveurs du Vallon de Saint- Imier. secrétaire du Comité fédéral Jurassien et, par conséquent, Y \n\ (\qs orands prêtres de Sonvillier- ? On demanile counnent il a pu serrer la main à ces deux compagnons, leur témoigner son estime et son amitié, quoi(pi"il les eût hiissé insulter chaipie semaine depuis un an dans Y Egalité, et qu'il dût les laisser insulter île nou-

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