Voir plus h;uit. p. 'HM
'2. Trois des déli'giiés au Cont;rt'S drs irravcurs à fienrvc — Adliornar Scliwilzguébcl df Sonvillior. Alfred Jeanrouaud de Saint IniiiT ol Auf,'U<lc Spicliii,'i'r du l.ndc — sont des sifjnalairrs de la cireulairr du Con^Tès jurassien de Sonvillirr. (Ni>t(> du BuUelin.)
282 l'ixtkrnationale
veau une fois le Congrès fini ? Comment le secrétaire du Comité fédéral romand expliquera-t-il tant de lâcheté et d'hy[)ocrisie ?
Mais, au fait, ([ue nous importe? et pourquoi l'endre un instrument responsable de e^) qu'on lui fait faire ; — car les Outine. Pen-et. Grosselin et C'*' ne sont que des instruments. C'est à la tète qu'il faut s'attaquer, — et la tête est à Londres.
A notre profond étonnement, en ouvrant le journal ['Internationale, de Bruxelles, du i4 avril, nous y avions vu reproduit rarticle d'Outine du 7 avril. Ce tait extraordinaire conlirnia, pour nou.s, ce que nous soupçonnions déjà : c'est que Marx avait à Bruxelles des agents qui savaient profiter, à l'occasion, du laisser-aller ou du manque de clairvoyance de quelques membres du Conseil régional be'ge. Claris, l'ancien rédacteur en chef de la Révolution sociale, adressa aussitôt (17 avril) à l'Internationale une protestation indignée, disant : a Dans ce factum misérable (l'article d'Outine), la rédaction de la Révolution sociale est assimilée aux plus viles créatures de rex-emi)ire, et quasi-traitée de policière. . . Quant à nos collaborateurs, je livre leurs noms au public, qui ne les lient évidemment pas pour des bonapartistes. V<>ici ces noms : Arthur Arnould, E. Razoua, André Léo, G. Lefrançais, L. Marchand. » Le Comité fédéral jurassien, de son côté, manifesta par une lettre au Conseil fédéral belge ('20 avril) « la douleur et l'indignation » qu'il avait éprouvées en voyanl V Internationale reproduire « les perfidies contenues dans l'Eg-alité de Genève », et mit le journal belge en demeure « de se prononcer catégoriquement sur le bien ou le mal fondé des accusations qu'il avait reproduites d'après l'Egalité )). h' Internationale publia dans son numéro du 21 avril la protestation de Claris, et dans celui du 5 mai elle fil la déclaration que lui demandait la lettre du Comité fédéral jurassien ; voici comment elle expliqua, non sans embarras, la reproduction dans ses colonnes de l'article de l'Egalité, et comment elle en fit amende honorable : « Dans le numéro du 14 avril, nous avons publié par inadvertance un article intitulé Crime de haute-trahison, tiré du journal ['Egalité de Genève, et que nous n'avions guère lu en entier. En lisant l'article après le tirage, nous nous sommes aperçus de cette bévue bien involontaire, mais regrettable de tous points. . . Le Comité fédéral jurassien nous adressa, en date du 20 avril, une lettre bien vive au sujet de l'hospitalité donnée dans nos colonnes aux diatribes formulées contre lui pa.r V Egalité. . . Nous sommes fondés à espérer que l'aveu des regrets que nous venons d'exprimer justifiera à ses yeux notre bonne foi qui a été surprise dans un moment de précipitation, et que le Comité fédéral jurassien sera satisfait. » En reproduisant cette déclaration, notre Bulletin (n° 8, i" juin) la fit suivre de ces lignes :
Le Comité fédéral jurassien n'a pas douté un instant de la bonne foi et de l'impartialité de nos amis de Belgique, et la déclaration si franche de V Internationale ne peut que cimenter la bonne harmonie qui existe entre la Fédération belge et la Fédération jurassienne.
Mon vieil ami Constant Meuron était mort dans les premiers jours de mai. Je l'avais vu pour la dernière fois le 29 mars ; une lettre du 9 avril m'avait annoncé qu'il avait été malade, et qu'il allait mieux; prévenu trop tard, par M™* Meuron, d'une aggravation subite de son état, je ne pus l'assister à ses derniers moments. Lorsque je me rendis à ses obsèques à Saint-Sulpice, je m'y trouvai à peu près seul, avec quelques-uns de ses anciens collègues à la Constituante neuchûteloise de i8.5-, entre autres le juge de paix Alfred Dubois, venu du Locle. Dans le n" 7 du Bulletin (10 mai), je lui adressai un dernier adieu au nom de ceux qui l'avaient aimé ; je le reproduis ici :
Le père Meuron.
Le père Meuron, qui vient de s'éteindre à l'âge de soixante-huit ans dans le petit village de Saint-Sulpice, où il s'était retiré depuis deux ans, a été l'un des premiers fondateurs de l'Internationale en Suisse.
Ses convictions révolutionnaires dataient de loin. En i83i, âgé de vingt-sept ans. il avait été l'un des chefs de l'insurrection républicaine de jNeuchâtel. Livré par le canton de Berne au roi de Prusse, il fut condamné à mort par le tribunal de guerre ; pendant un an, il resta sous le coup de cette sentence : au bout de ce temps, le roi daigna commuer sa peine en celle de la détention perpétuelle. En 1834, Constant Meuron réussit à s'évader de prison, avec l'aide de sa courageuse femme. Il resta en exil jusqu'en 1848.
Rentré au pays après la proclamation de la République, il se fixa au Locle, où il vécut de son travail, d'abord comme ouvrier guillocheur, puis comme comptable dans un atelier de monteurs de boîtes.
Lorsque se fit le réveil socialiste dont l'Internationale a été la puissante expression, le père fleuron, embrassant avec ardeur l'idée nouvelle, fonda la Section internationale du Locle en 1866. Dès ce moment, il se sépara complètement de ses anciens amis les radicaux, et se trouva, seul de sa génération, marchant au premier rang des socialistes. Nous admirions la jeunesse d'esprit de ce vieillard, dont le cerveau, loin de s'être ossifié comme celui de tant d'autres, accueillait et comprenait les plus larges et les plus hardies conceptions modernes. Il fallait l'entendre raisonner, dans son langage simple et pittoresque, sur la propriété, sur le ti^avail, sur l'idée de Dieu ; il était un peu notre élève à nous jeunes gens ; mais quand il parlait, donnant à nos ])rincipes le tour qui lui était propre, son accent personnel, nous fécoutions comme notre maître.
Mais ce qui distinguait surtout le père Meuron, ce qui l'entourait comme d'une auréole, ce qui faisait dire de lui à Bakounine . « C'est un saint», c'était son incroyable pureté de cœur, une pureté déniant. Que de bonté, de générosité ! quelle horreur du mensonge ! quel désintéressement antique !
S'il était bon et généreux, il était sévère aussi pour les intrigants politiques, pour les faux amis, pour les corrompus, et il ne leur épargnait pas l'expression de son mépris. L'iini)iloyable franchise de son langage, sous ce rapport, lui a fait de nombreux ennemis : il s'en est toujours honoré.
Dans les deux dernières années de sa vie, de])uis sa retraite à Saint-Sulpice, il avait cessé toute action socialiste. Le milieu où il était forcé de vivre lui ('tait profondément antipathiqui"; mais, nous disait-il, il laissait maintenant parler les gens sans les écouter, et ne voulait plusse donner la ])cine de les conlrctlire. La rataslrophe où sombra la Commune de Pai-is lui porla un cou|) tei-rible ; il se regarda dès lors comme un homme mort. Mais il n'avait pas abandonné sa foi ; et. justpi'au dernier moment, il resta lidèle, dans son cœur, à cetle cause de la révolution à hupielie il avait consacré sa vie.
La dernière fois (pie nous le vîmes, le •.>() mars iSja. il nous dit : «Ma vie est iinie ; j'ai assisté à la tlernière dcfaile, et je m'en vais; mais ne désespéi'ez pas, vous jeunes gens, vous verrez peut-cire le triomphe, carie triomphe est certain ».
Cette pensée a consolé le père Meui-on sur son lit de mort. Elle nous console aussi et nous fortifie : et si, lorsque luira le jour de la justice, il ne devait éclairer que nos tombeaux, nous n'en savons pas moins qu'il luira cei'tainement. J. G.
Le dimanche 12 mai, le peuple suisse était appelé à se prononcer, par oui ou par non, sur l'acceplalion ou le rejet d'un projet élaboré par les Chambres fédérales et revisant la conslitulion fédérale de IS/JH Ce fut une occasion de plus, pour nous, d'exposer noire manière de voir sur la lactique réformiste et sur l'exercice du droit de vole. Voici le passage essentiel de l'article que j'écrivis à ce sujet (n" 6 du Bulletin, 10 mai 1872) :
Les socialistes de la Suisse allemande, dont l'idéal est ce qu'ils appellent Y Etat populaire, applaudissent à la concentration des [)ouvoirs entre les mains de la Confédération et à cette chimère de la législation directe par le peuple, ou référendum, que promet la nouvelle constitution fédérale.... Ils ne sont pas révolutionnaires, ils ne veulent exercer d'action que sur le terrain strictement légal, constitutionnel ; ils acceptent d'être la minorité aujourd'hui, espérant que le vote leur donnera la majorité demain, et qu'alors ils légiféreront avec la même légitimité qu'ils reconnaissent aux gouvernants d'aujourd'hui. O aveugles ! vous ne voyez donc pas qu'aujourd'hui même vous êtes déjà la majorité ! Non pas celle du scrutin, c'est vrai ; car, au scrutin, sachez-le bien, vous ne serez jamais la majorité ; mais vous êtes, vous qui souffrez de l'organisation sociale actuelle, vous qui avez intérêt à la révolution, vous êtes la majorité ; et voilà pourquoi l'action révolutionnaire qui incombe au parti socialiste se trouve légitimée d'avance, sans qu'il soit besoin d'en appeler au scrutin.
Le Congrès annuel de la Fédération jurassienne fut convoqué pour le dimanche 19 mai, au Locle, par une circulaire du Comité fédéral en date du 10 avril. Onze Sections — dont trois, celles de Porrentruy, de Fleurier et de Lausanne, étaient des Sections nouvelles — y furent représentées ; en outre, dit le Bulletin (n° 8), « différentes Sections constituées dans des villes de France dont nous ne pouvons publier les noms, parce que ce serait désigner nos amis aux persécutions de la poUce, avaient envoyé des lettres d'adhésion à la Fédération jurassienne ». Voici la liste des Sections représentées et les noms des délégués :
Section de la Chaux-de-Fonds, Fritz Ileng et Albert Bernard ; — Section de Saint-lmier, AU Eberhardt et Georges Rossel; — Section de Sonvillier, Alfred Andrié et Adhémar Schwitzguébel ; — Section des graveurs et guillocheurs du Val de Saint-lmier, Jean-Louis Perdrisat et Jules Matile;— Section de Porrentruy, Emile Prenez; —Section du Locle, Désiré BUn et Auguste Spichiger ; — " Section des graveurs et guillocheurs du Locle, Alexandre Châtelain et Paul Humbert ; — Section de Fleurier, Jean Stegmeyer ; — Section de Neuchâtel, B. Malon cl James Guillaume ; — Section de "Lausanne, Louis Pindy ; — Section de Genève, Dumay (du Creuset).
Un certain nombre de camarades non délégués s'étaient rendus au Locle pour assister aux séances du Congrès ; et nous vîmes aussi arriver de Zurich quelques étudiants russes, qui venaient d'entrer en relations avec Bakounine \ et qui étaient désireux de faire connaissance avec la Fédération jurassienne. La cordialité avec laquelle nos amis du Locle accueillirent les arrivants, l'esprit de fraternité manifesté dans la soirée
1. Le calendrier- journal nous apprend que, dans le courant de mars, trois étudiants russes habitant Zurich. Holstein, OElsnitz et Ralli, répondant à un appel qu'ils avaient reçu de Bakounine, s'étaient rendus auprès de lui à Locarno, et qu'ils étaient convenus ensemble des bases d'une organisation destinée à remplacer celle de Nelchaïef .
familière qui, le samedi, précéda l'ouverture du Congrès, firent une vive impression sur ceux qui venaient pour la première fois dans nos Montagnes ; et je me rappelle que Malon, Pindy et Dumay m'exprimèrent tout le plaisir qu'ils ressentaient à se trouver dans un milieu si sympathique. Le Congrès se réunit dans cette salle du Cercle international, au café Frey, à laquelle se rattachaient déjà pour nous tant de souvenirs ; celte salle où avaient eu lieu, en janvier et février 1^69, les conférences de Charles Kopp et de Michel Bakounine, où pour la première fois les ouvriers des Montagnes avaient entendu parler d'un socialisme qui n'était plus celui de CouUery. Blin fut désigné comme président, Heng comme vice-président ; les secrétaires furent choisis parmi les internationaux non délégués, (( afin que tous les délégués pussent participer d'une manière active aux discussions » : ce furent le relieur Goss et le graveur Chautemps, du Locle, et mon ami le peintre Gustave Jeanneret, de Neuchàtel, récemment revenu de Paris. Le rapport du Comité fédéral contenait un passage sur l'agitation politique qui, en Suisse, à propos de la constitution fédérale revisée (rejetée le dimanche précédent par la majorité des électeurs), avait divisé les citoyens en partisans du fédéralisme cantonaliste et en partisans de l'Etat centralisé. Le rapport disait :
Qu'importe à l'ouvrier l'Etat cantonal ou l'Etat central ? Tant que la bourgeoisie dominera économiquement le peuple, elle sera son maître aussi politiquement, et l'un et l'autre Etat seront la sauvegarde légale de ses privilèges. Le seul problème politique duquel puissent sérieusement s'occuper les ouvriers, c'est la décentralisation absolue, non pas en laveur des cantons, mais en faveur des communes libres, reconstituant de bas en haut la Fédération, non pas des Etats cantonaux, mais des communes.
Sur la question de nos relations avec le Conseil général, le rapport disait :
Depuis le Congrès de Sonvillier, où nous eûmes l'audace de mettre en doute liniaillibilité du Conseil général, notre Fédération et' ses plus dignes représentants ne cessent d'être outrageusement, et d'une manière misérable, calomniés par le Conseil général el ses agents de tous les pays. Cette guerre sourde, intestine, a pris un tel caractère d'animosité que toute conciliation semble devenue impossible, et que, dans l'intérêt même de la cause ouvrière, nous ne devons plus chercher qu'à obtenir du Congrès général justice contre nos calomniateurs.
La plupart des questions discutées au Congrès n'olfrant pus un caractère d'intérêt général, je crois inutile d'en parler ici : le Bulletin du t" juin 1872 (n° 8) a publié les résolutions qui furent adoptées. Je reproduis seulement la résolution relative à l'envoi des délégués de la Fétlération jurassienne au futur Congrès général :
Un Congrès fédéral jurassien sera tenu quelques jours avant l'ouverture du Congrès général, pour choisir ses délégués el leur donner les instructions nécessaires sur la ligne de conduite qu'ils auront à suivre [)our rei>résentei' digiuMuenl la Fédération jurassienne dans cette gi-ave circonslanee et ilaus le^ sens du retour à la concorde entre les membres de l'Associalion internationale des travailleurs.
Le Congrès décida que Sonvillier resterait le siège du Comité fédéral pour l'année i872-i87'3, jusqu'au Congrès annuel ordinaire à tenir au printemps de 1873. La Section de Sonvillier composa ce Comité des cinq
•jSC) l'internationale
membres suivants : Charles Chopard, graveur; Justin Guerber, graveur; Alfred Andrié, monteur de boîtes, trésorier; Paul Junet, graveur, secrétaire des séances; Adliémar Scliwilzguébel, graveur, secrétaire correspondant.
En France, un certain nombre de Sections de l'intornationale s'étaient reconstituées sous la lorine <le groupes secrets, et, d'autre part, les chambres syndicales se réorganisaient. Au moment de quitter Paris, Gustave Jeanneret nous avait env'oyé une correspondance ' qui parut dans le Bulletin du là mai (n° 7) ; il y disait : « 11 s'eflectue en ce moment à Paris un mouvement excellent en principe, sur lequel il ne faudrait cependant pas s'illusionner... Ce mouvement a pour objet la constitution des corporations par l'organisation des chambres syndicales. C'est là le point de dépari de toute organisation ouvrière, et le fondement solide sur lequel on peut baser toute action ultérieure. . . J'ai constaté que ce mouvement n'était pas encore très conscient, et surtout qu'il n'obtenait pas encore l'unanimité désirable. . . Le sentiment de la solidarité qui devrait réunir, d'abiird les membres d'une corporation, ensuite les diverses CDrporations, n'est pas beaucoup développé depuis les derniers événements... Quant à l'Internationale, il y a, m'a-t-on dit, des Sections complètement réorganisées depuis plusieurs mois. J'ignore quelle impression aura produite sur elles la promulgation de la loi versaiilaise ^ En ce qui concerne la masse, j'ai remarqué une prudence extrême, un soin excessif d'éviter toute relation avec l'Association conspuée. La loi contre l'Internationale éloignera certainement un grand nombre d'adhérents, mais la propagande des idées internationalistes ne sera pas amoindrie. Sans s'en douter, les réunions ouvrières auxquelles j'ai assisté depuis quelques mois manifestent des sentiments excellents, qui sont d'accord avec les aspirations générales de l'internationale. »
En Italie, un événement qui eut une grande importance sur le développement de rinlernalionale dans ce pays se produisit au cours des mois d'avril et de mai : Caliero fit la connaissance personnelle de Bakounine et devint son ami. J'ai dit comment Cafiero était en correspondance suivie avec Engelt-, et couiment les lettres de celui-ci finirent par produire sur le destinataire un effet tout opposé à celui qu'en attendait le secrétaire du Conseil général p(»ur l'Italie et l'Espagne : certaines théories politiques émises par Engels révoltèrent en Cafiero à la fois son bon sens et ses instmcts révolutionnaires'; et le dénigrement systématique à l'égard de Bakounine lui donna à penser qu'il y avait là un parti pris de noircir un adversaire, et lui lit désirer d'apprendre à connaître personnellement l'homme ainsi maltraité, afin de pouvoir le juger par lui-même. Cnflero se mit donc en relations épisiolaires avec Bakounine, et lui envoya quelquesunes des lettres écrites par Engels, afin de le mettre à même de s'expliquer sur les accusations dont il y était l'objet. Avec l'autorisation de Cafiero, Bakounine me communiqua ces lettres ; je les trouvai véritablement édifiantes, et j'en fis mention dans le n" 6 du Bulletin (10 mai), comme on le verra plus loin (p. 290).
Toutefois, s'il se rapprochait d'un homme qu'avaient signalé à son attention les écrits publiés par lui contre Mazzini, Cafiero, persistant encore dans cette neutralité qu'il avait observée jusque-là, ne songeait point à rompre avec Londres. Le 16 mai, il écrivait de Naples, à propos de Stefanoni, rédacteur du Libero Pensiero, et de ses attaques contre î'Inter-
1. Il est possible aussi qu'il n'ait rédigé cette correspondance qu'après son retour à Neuchàlel ; j'ni oublié ce point.
•1. Il s'agit de la hn Dufaure, punissant de cinq ans de prison toute personne qui serait convaincue de faire partie de l'Associai ion internationale des travailleurs.
3. Dans une de ses lellrt-s, Engels développait cette idée, que Bismarck et le roi Victor-Emmanuel avaient rendu 1 un et l'autre un service énorme à la révolution, en créant dans leurs pays respectils la centralisation politique.
nationale, une lettre signée Un Internazionalista , qui parut dans le Gazzettino rosa du 27 mai; et les termes de cette lettre montrent qu'à ce moment il avait encore bonne opinion du Conseil général '.
Mais il avait résolu d'aller voir Bakounine et de recueillir de sa propre bouche les explications qui l'intéressaient. Le 20 mai, il arrivait à Locarno, accompagné de Fanelli. Bakounine avait quitté, à la fin d'avril, la maison de la veuve Pedrazzini, qu'il avait habitée pendant deux ans et demi; le i»' mai, il s'était installé dans un hôtel garni, VAlbergo al Gallo, tenu par Giacomo Fanciola. M'"" Bakounine et ses enfants étaient en ce moment en séjour à Menton, auprès de la princesse Oboiensky, devenue M"' Ostroga. Cafiero resta à Locarno jusqu'au 18 juin, et le calendrier-journal nous indique l'emploi de son temps pendant ces vingt-neuf jours. Dès le second jour, le 21, l'entente était établie : « Toute la journée avec Fanelli et Cafiero ; alliance bien accomplie ». Fanelli repart le lendemain. Le 24, Bakounine écrit : « Conversé avec Armando [Cafiero]. Plan d organisation ébauché. » Le 3i mai, Cafiero commence à écrire une lettre à Engels pour lui dire sa façon de penser, et, le 3 juin, il la lit tout entière à Bakounine. Cette lettre, qui fut envoyée, mais qu'Engels ne s'est jamais vanté d'avoir reçue, était écrasante pour celui auquel elle était adressée. J'en ai eu communication en ce temps-là (le 12 juin, Bakounine note : « Lettre à James avec lettre de Cafiero à Engels »), et je regrette bien de ne pas en avoir gardé copie. Fanelli revint à Locarno le i5 juin, et trois jours après emmena Cafiero : « i5. Arrive Beppe [Fanelli]. — 16. Conférence entre Beppe, Cafiero et moi. — 17. Petit orage avec Beppe, suivi d'une entente complète. — 18. Cafiero et Beppe partis ce matin 4 i/^ h. pour Milan. »
Les associations mazziniennes, depuis la mort de leur chef, se sentaient désorientées, et l'internationale continuait à gagner du terrain. Dans une lettre à Joukovt.ky, du "jo avril, dont j'ai déjà cité des passages, (iuesde écrivait de Rome : « Ici on se remue beaucoup. Les ouvriers sont pleins de bonne volonté. Laissez-leur le temps d'oublier Mazzini, et ils seront tous à nous et à la révolution sociale. » Mais, dans certaines régions, les progrès du socialisme avaient produit parmi les républicains de l'école de I)io e popolo la plus vive irritation ; en Romagne en particulier, ce fut une guerre au couteau que les mazziniens déclarèrent à 1 Internationale ; « au couteau » n'est pas une métaphore : le 2 mai, Francesco Piccinnini, employé à la Banque populaire, jeune mazzinien devenu socialiste, chef du Fascio operaio de Lugo, fut assassiné sur la place publique : après 1 avoir abattu d'un coup de fusil, les mazziniens l'achevèrent à eoups de poignard ; les meurtriers restèrent impunis, personne n'osa les dénoncer.
On voit, par le calendrier-journal, qu'en Espagne Bakounine n'était en corrc-pondance qu'avec Alerini et Sentinon ; il note, le 24 février, la réception d'une lettre de Sentinon ; le 2G, lettre d'Alerini, à laquelle il répond le 27 ; les 3i mars-r' avrd, il écrit à Alerini, dont il reçoit le 2 avril une lettre qui se.st croisée avec la sienne ; le 5 avril, arrivée de la réponse d'Alerini. Sentinon ne faisait plus partie de la ^\li(iii:-a de[)uis le milieu de 1871 - ; mais cette circonstance n'avait modilié en rien ses rapports avec Bakounine : celui-ci ignorait en ell'el l'existence de la Alianzd, organisation purement espagnole, et ses relations épistolaires avec Sentinon étaient motivées par l'intimité qui s'était établie entre eux à l'éfjoque du Congrès de Bàle. Quant à Alerini, connue on l'a vu, il avait fait la connaissance »le Bakounine à Marseille en octobre 1870, et c'était à titre de membre de cette orgiinisalion secrète française qui avait participé aux mouvements de Lj'on et de Marseille, qu'il était devenu pour l'auleur des Lettres à un Français un ami très cher et très dévoué ■'.