Nettlau, p
t. Ciiestioii (le la Àtianza, p. 1, (lôclaratioii dos membres du groupe do la Alianza à iJarcoloiio, t" aoiU IN72.
3. On a vu p. 113 la relation, (^(.rite par .\lerini on 187tj, de la fa^ou dont Bakounine quitta iMarsoillo on octobre 1870.
288 L'iNTERNATIONAr.E
On peut deviner ce qu'était le contenu des lettres écrites par Alerini : il mit lîakounine au courant de ce qui se passait à Madrid ; et comme, à Barcelone, on croyait encore à la possibilité d'une pacification, il dut le prier, dans sa dernière lettre, d'écrire à F. Mora, dont le noïn n'é-tait pas inconnu à lîakounine : Fanelli avait, en février 1869, raconté à son ami, par le menu, son voyage d'Espagne, dépeint les hommes dont il avait fait la connaissance et montré leur photographie (t. 1", p. 129) ; F. Mora s'était ensuite fait inscrire, ainsi que Morago, comme membre de la Section de l'Alliance de la démocratie socialiste de Genève. Obéissant au désir exprimé par Alerini au nom de ses amis de Barcelone, Bakounine écrivit le jour même (5 avril) une lettre à F. Mora (le calendrier-journal la note, ainsi qu'une lettre à Soriano, de Séville, évidemment écrite aussi à la suggestion d'Alerini). La lettre à F. Mora est imprimée à la lin de la brochure marxiste, L'ALliaiice de la démocratie socialiste, etc. (p. i'35), et c'est par cette brochure que je la connais ; elle ligure là comme pièce de conviction destinée à établir que Bakounine était, selon le style de Lafargue, un « pape » envoyant de Locarno, centre « mystérieux » de son autorité, des « monita sécréta », des ordres absolus à des agents dociles. Or, cette lettre (écrite en fran(;ais), qui appelle F. Mora « cher allié et compagnon » parce que Mora ligurait sur la liste des membres de la Section de l'Alliance de Genève, et qui débute par ces mots : « Nos amis de Barcelone m'ayant invité de vous écrire... », était tout simplement destinée à exphquer les principes qui avaient été exposés dans la circulaire du Congrès de Sonvillier. Bakounine dit : « Notre programme [celui de la Fédération jurassienne] est le vôtre, celui môme que vous avez développé dans votre Congrès de l'an passé [à Barcelone], et, si vous y restez lidèles, vous êtes avec nous, par la simple raison que nous sommes avec vous. Nous détestons les principes de dictature, de gouvernementalisme, d'autorité, comme vous les détestez ; ... la nature humaine est ainsi faite que toute domination se traduit en exploitation. . . Nous considérons la Conférence de Londres et les résolutions qu'elle a votées comme une intrigue ambitieuse et comme un coup d'Etat, et c'est pourquoi nous avons protesté et nous protesterons jusqu'à la lin. » 11 parle ensuite de l'Italie en ces termes : « Vous savez sans doute qu'en Italie, dans ces derniers temps, l'Internationale et notre chère Alliance ont pris un très grand développement. . . 11 y a en Italie ce qui manque aux autres pays : une jeunesse ardente, énergique, tout à fait déclassée ', sans carrière, sans issue, et qui, malgré son origine bourgeoise, n'est point moralement et intellectuellement épuisée comme la jeunesse bourgeoise des autres pays. Aujourd'hui elle se jette à tète perdue dans le socialisme révolutionnaire, avec tout notre programme, le programme de i'AUiance. » Comme en Espagne, l'Internationale avait été fondée, en Italie, par des hommes qui avaient appartenu à l'Alliance de la démocratie socialiste, Fanelli, Friscia, Tucci, Gambuzzi, etc. ; et si l'organisation de l'Alliance s'était dissoute pour se fondre dans celle de l'Internationale, ses idées théoriques n'en constituaient pas moins un lien entre tous ceux qui les avaient adoptées. Il était donc tout naturel que Bakounine, à propos de l'Italie, parlât à F. Mora de l'Alliance et de son programme. En terminant, il indiquait à son correspondant le nom de Schwitzguébel et le mien comme celui de deux alliés : par là, il ne faisait aucunement allusion à l'organisation intime dont Schwitzguébel et moi faisions partie, et où nous nous étions trouvés en étroites relations de solidarité et de libre entente avec Varlin, avec Sentinon, et quelques autres : cette organisation était et devait rester inconnue de F. Mora ; il entendait lui rappeler tout simplement que nous avions appartenu comme membres à la Section de l'Alliance de Genève, dont Mora avait fait partie également : en quoi Bakounine se trompait pour ce qui me concerne,
\. Pur une erreur évidente de lecture, la brochure L'Alliance a imprimé « déplacée » au lieu de u déclassée ».
comme je l'ai expliqué ailleurs (p. 12), Enfin, dans unpost-scriptum,il disait: « Saluez, je vous prie, de ma part le frère Morago, et priez-le de m'envoyer son journal » ; et cette expression de frère ne se rapportait pas le moins du monde à la « Fraternité internationale », dissoute au commencement de 1869 et dont ni Morago ni Mora n'avaient jamais fait partie : c'était un terme dont Bakounine usait volontiers en parlant de ses amis ; ce postscriptum montre, ou bien qu'on ne l'avait pas instruit de la brouille survenue entre Morago et F. Mora, ou bien qu'il voulait n'en pas tenir compte et traiter les deux adversaires comme s'ils n'eussent pas cessé d'être amis.
On le voit, le document sur leqnel Marx et Lafargue ont échafaudé tout un roman n'a absolument pas la portée qu ils ont voulu lui donner ; et d'ailleurs F. Mora savait lui-même mieux que personne qu'il n'avait jamais été dans l'intimité de celui qui lui écrivait avec tant de loyauté et de bonhomie.
Bakounine finissait par cette ligne : « Brûlez cette lettre, je vous prie, parce qu'elle contient des noms». Que fit l'honnête Mora? croyant avoir trouvé dans la lettre qu'il venait de recevoir — et qu'il dut être bien étonné d'avoir reçue — une arme contre ses ennemis de Madrid, au lieu de la brûler, il alla la porter à Lafargue, qui, de son côté, se figura qu'il tenait, dans ce morceau <le papier, la preuve décisive de la dictature occulte exercée par Bakounine, et s'apprêta à partir en guerre contre l'Alliance et les alliancistes.
On put croire un instant que la résolution votée par le Congrès de Saragosse pour mettre un terme au différend madrilène aurait rétabli la paix. En elTet, conformément à la décision du Congrès, la Fédération madrilène annula l'expulsion qu'elle avait prononcée contre six rédacteurs de la Erncmcipacion. La Ernancipaciou, elle, ne s'exécuta pas loyalement : au lieu de publier la rétractation convenue, elle se borna à une rectification qui n'était pas, à beaucoup près, ce que le Congrès avait demandé d'elle ; mais, pour éviter un nouveau conllit, on n'insista pas. Ce que voyant, la Emancipaclon — qui, poussée par Lafargue, voulait la lutte — commença une campagne sourde contre la Fédération madrilène ; prenant parti pour le Conseil général de Londres, elle renia les principes que ses rédacteurs avaient tant de fois exposés ; elle, qui avait si énergiquement revendiqué, lorsqu'elle représentait, à l'origine, les aspirations des internationaux de Madrid, l'autonomie et le libre fédéralisme, elle se fit l'apologiste de l'autorité et de la centralisation. De son côté, Lafargue, non sans avoir pris d'abord le mot d'ordre à Londres, avait résolu, n'ayant pu gagner les membres du nouveau Conseil fédéral, de les dénoncer publiquement, eux et leurs amis, devant l'Internationale tout entière, comme miMubres d'une société secrète qui avait pour but la désorganisation de l'Internationale ; il écrivit à cet effet deux correspondances qu'il adressa à la Liberté de Bruxelles ', et qui parurent dans les numéros des 28 avril et 5 mai 1872 de ce journal. Il y disait qu'en Espagne « l'Alliance s'était constituée en une société secrète, qui se proposait de diriger l'Internationale », qu(> « l'Alliance était une aristocratie dans le sein de l'Internationale » ; que les « hommes de l'Alliance de Madrid ■ avaient été jusqu'à faire expulser, au moyen de la Fédération madrilène, six membres du Conseil fédéral espagnol, » mais que le Congrès de Saragosse avait désapprouvé cette mesure, et « avait nommé deux des expulsés pour faire partie du nouveau Conseil fédéral ». Il ajoutait : « La circulaire du Jura,
1. « Je crus qy\c. j'avais le devoir de dénoncer l'oxistencc yW cette sociétù sccriMo dans Ift sein do l'Internationalo, et j'écrivis ;'i cet oiTet la correspondance suivante... » (.4 las interaacionnU's (te la région r-ipandla, p. 8).
2. Lafarf;ue appelle ici Morafjo ot sos amis u li^s hommes do l'Allianco do Madrid », et clierclio i\ donnor ainsi lo diangc. Commo jo l'ai doj;'» fait roinaiijuor, les hommes de la Alianza de Madrid, c'étaient, tout au conlrairo, les rédacteurs do la Emancipacion.