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QUATRIEME PARTIE, CHAPITRE V UQQ

miinauté » (lettre à Marx, du 17 mai 1846), tandis que, d'auire part, « l'idéal social de Marx, c'est ïanarchie ».

Mais il faut redescendre de ces hauteurs où, comme je l'ai écrit récemment quelque part à propos de Henri Heint-, « la pensée allemande et la pensée française, identic|ues dans leur idéal suprême, se sont confondues et sont devenues la pensée humaine • », — il faut rentrer dans l'arène tumultueuse où, aveuglés par la poussière de la lutte, assourdis par les cris de colère, les combattants échangent des horions.

Vers le milieu de juin, Malon quitta NeuchAtel. Il allait rejoindre M""^ André Léo, qui, malgré la différence des âges, avait consenti à devenir sa femme (leur « union libre « dura jusqu'en iS~8). Bientôt, à partir de 1873, établi tantôt à Milan, tantôt à Lugano, Malon commença à lire les économistes, qu'il ne comprit guère, et à se farcir la tète de notions confuses d'histoire, de sociologie et de philosophie ; il renonça au travail manuel pour se faire publiciste. Jusqu'au Congrès de la Haye, il était resté en relations avec moi ; puis nous cessâmes de nous écrire ; on verra, dans mon troisième volume^ ce qui délermina plus tard la rupture entre lui et les internationaux de la Fédération jurassienne.

Les meneurs du Temple-Unique avaient préparé contre nous une nouvelle machine de guerre. Ils tinrent à Vevey, le 2 juin 1872, le Congrès annuel de leur Fédération romande, et y élaborèrent un projet de « Fédération suisse des Sections de l'Internationale ». Ce projet, dont le but semblait être, au premier coup-d'œil, de réunir en un seul faisceau tous les internationaux de la Suisse, avait été conçu, en réalité, dans une pensée toute différente : celle d'empêcher tout rapprochement entre nous et les autres Sections existant sur le territoire helvétique. En effet, à l'article 2 du projet il était dit que pour être admis dans la Fédération suisse, chaque Section devrait reconnaître les décisions de la Conférence de Londres : ce qui était le moyen de nous fermer la porte à l'avance.

Le n' i3 du Bulletin (supplément, 27 juillet) dit à ce propos :

Nous n'attendions pas moins de l'esprit de fraternité des hommes du Temple-Unique ; et, pour achever de les peindre, nous répéterons le jugement porté en notre présence sur ce fameux projet de Fédération suisse par un des délégués au Congrès romand de Veve)- :

« Les meneurs de Genève, disait-il, ont tant tri[)oté. ([uils sont arrivés à la veille de la banqueroute : et ils ont imaginé de constituer une Fédération suisse pour lui l'aire endosser leurs dettes et la charger de la liquidation de leur dclieit. »

Kous savions cela depuis longtemps ; mais il ne nous convenait pas, à nous adversaires, de l'aire des révélations qui. de notre part, auraient i)u sembler des calomnies. Maintenant ([ue ce sont les amis eux-mêmes (|ui s'en chargent, il est inutile de taire plus longtemps la vérité. D'ailleurs, porter la lumière ihms les turpitudes commises à Genève, ce n'est [)as compromeltre ITnternationale : ceux qui la compromettent, ce sont ceux ([ui ont fait en son nom toutes ces saletés ; et c'est seulement en ayant le courage de dire toute la vérité, et de dénoncer hauteuuMit les éléments impurs, ([ue nous [)ai'viendrons à sauver le peu qui reste de ITnternationale à Genève.

Le Congrès romand de \'cvcy avait tristement témoigné de la «lécadence de la Fédération (pii s'appelait encore « romande ». u D'après le rai>porl du Comité fédéral, la Fédération romande comjilait trente-huit Sections-; or, dix Sections seulement étaient représentées à N'evcy : celles

1. l'iifics Libres, n° 2i)2 (2.S uclol)ri' l'.t();i), p. 40ti.

•2. Ccchillrr ctaiL fort cxas^fn-, cuv lic;ui(<iu|i tli' cos soi-disant Sfcliims ii'fxislaii'iil

3oo l'internationale,

de Vevey, de Monthey, d'Aigle, de Lausanne', de Carouge, et cinq Sections de Genève. Cinq Sections genevoises seulement, tandis que Genève, au dire du Comité fédi-ral, en comptait vingt-cinq ! C'était une preuve, ou bien que l'Ititernalioualc étîiit terriblement désorganisée à Genève, malgré les aflirmations du Comité fédéral, ou bir>n que les Sections de celte ville s'intéressaierit fort peu aux agissements de la coterie Marx-Outine. » (Mémoire, p. 255).

Malheureusement pour les auteurs du projet de Fédération suisse, la Section de Zurich, auquel il fut communiqué, ne voulut pas admettre la clause qui éliminait la Fédération jurassienne : elle rédigea un contreprojet, dans lequel elle supprima la condition de reconnaître les décisions de la Conférence de Londres ; et elle résolut que son contre-projet nous serait communiqué. En elïet, le 9 juillet, le Comité fédéral jurassien recevait la lettre suivante :

Ziirich, le 8 juillet 1872.

Chers amis. Vous recevez ci-joint quatorze exemplaires de notre contre-projet au plan élaboré par le Congrès romand pour la constitution d'une Fédération régionale suisse. Ayez l'obligeance de les faire parvenir aux comités locaux. Je vous envoie ces exemplaires pour toute la Fédération jurassienne, attendu que nous ne connaissons pas les adresses des Sections.

Salut fraternel.

Au nom et par ordre de la Section de Ziirich :

Le correspondant, Hermann Greulicu,

A cette lettre était joint un post-scriptum personnel ainsi conçu :

Mon cher ScliAvitzguébel, Ne serait-il donc pas possible de rétablir l'union entre les internationaux de la Suisse? Avec ces inimitiés personnelles, toute notre organisation marche à la ruine, et je crois que, des deux côtés, l'on devrait se comporter un peu plus fraternellement. — H. G.

Le Bulletin publia la lettre de Greulich, et la fit suivre des observations que voici :

Ah ! vous vous apercevez enfin, citoyen Greulich, que la conséquence des infâmes attaques personnelles auxquelles vos amis de Genève se sont livrés contre les Jurassiens et contre tout ce qui était indépendant dans l'Internationale sera la ruine de notre Association ! C'est un peu tard. Rappelez-vous, citoyen Greulich. la patience, pour ne pas dire la débonnaireté, que nous avons montrée pendant des mois, après le Congrès de la Chaux-de-Fonds de triste mémoire, lorsque Y Egalité nous traînait dans la boue et quà chaque olfre de conciliation faite par la Solidarité elle répondait par une nouvelle insulte. C'était alors qu'il fallait parler d'union ; alors tout pouvait se réparer encore ; mais, depuis lors, la situation a change,

que sur le papier. Du reste, tout le rapport du Comité fédéral romand, imprimé dans VEgaiité du 13 juin 1872, est un ctief-d'œu"re de mauvàsc foi, de haine et d'iiypocrisie. C'est ainsi que le jésuite qui l'a rédigé y rend « un éclatant h'>mmage à la mémoire de son ami Varlin, auquel les Sections genevoises doivent tant de reconnaissance!» Or, Varlin s'était hautement prononcé pour les Jurassiens, et avait été en correspondance avec nous pendant tout le temps de la Commune; il n'avait pour Outine et ses acolvtes que le plus profond mépris. (Note du Méiimir^.)

1. Cette Seciion de Laus mne n'était n uurellem-nt pas la môme que celle qui avait délégué Pindy au Congrès de la Fédération jurassienne au Locle le 19 mai.

et, comme le dit arec raison la Federacion de Barcelone', il s'est dégagé de tout cela une lutte plus haute, une lutte de principes, qui sépare aujourd'hui l'Internationale en deux camps : c'est la lutte entre le principe de fédération et d'autonomie, d'une part, et le principe d'autorité, de l'autre. Et, à ce moment où cette lutte a pris le caractère d'une crise aigué. nous ne pourrions, sans trahison, abdiquer, et renoncer à la défense de nos principes. Expliquons-nous d'abord, résolvons les grandes questions qui nous divisent, écartons les intrigants, les traîtres et les voleurs, — nous nous embrasserons après.

On a vu (p. 23o) que M"" Bakounine avait fait le projet, lorsqu'elle eut appris, le i" novembre 1871, la mort de son second frère, de se rendre en Sibérie, avec ses enfants, au printemps de 1872 : je ne sais pas s'il s'agissait d'un simple voyage, ou si elle avait la pensée de fixer désormais sa résidence auprès de ses vieux pai^enls. Dès le 22 février elle avait reçu de l'ambassade russe à Berne l'autorisation nécessaire (calendrierjournal). Elle fit un long séjour à Menton chez les Oslroga, du 21 mai au

9 juin ; et, le 3o juin, elle et ses entants quittèrent Locarno; Bakounine les accompagna juî-qu'à Bide, où, le 3 juillet, ils se séparèrent. Dans le calendrirr-journal, Bakounine écrit : « 3. Séparation : pour combien ? pour un an ? pour toujours ? Antonie pariie par Francfort (billet pour Berlin, par Cassel) à 8 h. 3/4 matin. Moi arrivé Olten 11 h. 3/4; dîné. Arrive Ross. Lettre à Caliero. — 4- Ross part 8 h. 1/2 du matin ; moi, faute d'argent qu'il doit menvoyer par télégraphe, ne partirai qu'à midi. Pars à 12 h. ; à Zurich à 2 heures. Rencontré par Holstein, Ralli, llrvacanin; me loge chez ce dernier. » Bakounme établit, pour tout l'été, son quartier général à Zurich, où il se trouvait au milieu d un cercle de jeunes Slaves, Russes et Serbes, qui l'accueillirent avec empressement et déférence. Sa présence à Zurich allait lui permettre de prendre une part plus active à ce qui se passait dans la Fédération jurassienne, aux alfaires intérieures de laquelle il était resté jusqu'à ce moment complètement étranger.

Cependant le Conseil général venait de prendre une résolution hardie. Devant le mouvement des Fédérations qui réclamaient un Congrès, sa position devenait difïicile ; Marx et Engels résolurent d'en finir en convoquant un Congrès général, mais en prenant leurs mesures pour assurer d'avance à leur parti une majorité toute faiie, de manière à ce que le Congrès fût l'écrasement définitif des fédéralistes. En consét|uence, le Conseil général convoqua le Congrès général de l'Association internationale des travailleurs pour le lundi 2 septembre 1872, à la Haye, eu Hollande.

La convocation du Congrès de la Haye bit annoncée à la Fédération jurassienne par une lettre officielle signée Jung et portant la date du

10 juillet 1872 -. Notre Comité fédéral se liAta de protester en ces termes (lettre du i5 juillet au Conseil général) contre le choix de la Haye :

Le bon sens indique que le lieu du Congrès doit être autant que possible un point central, à la portée do toutes les Fédérations ou du moins du plus grand nombiH*. Or, la PLiye ne reiiq)lit pas ces conditions. C'est au contraire un point extrêmement excentrique, et le choix de cette ville rendrait i)resque impossible à une partit^ des Fédérations l'envoi de délégués, vu les frais énormes (pi'elles auraient à supporter.

Le pays cjui nous paraissait naliireUement tlésigné pour èlre le siège du Congrès, c'était la Suisse, tant par sa position eenlrah' que

1. Nmnér» du 30 juin 1872, article reproduit dans le n" 13 du Bulletin {\',\ juillet).

2. Elle est nupriméc dans le supplomenl 1:^7 juillet) au n° 13 du Bulletin.

'JOU l/lNIKUNAllONALK

par la liberté relative dont on y jouit. Nous venons donc, de la façon la plus l'ornielle, et assurés qu'après un nouvel examen de la question vous ne pourrez que partager noire opinion, vous demander de revenir sur votre décision, et de choisir j)o«ir siège du Congrès une ville qxieleon(pie de la Suisse.

Nous faisons ai)pel à votre sentiment d'équité ; il ne peut pas être dans voire intention de lernier, d'une manière indirecte, les portes du Congrès aux délégués de certaines Fédérations ; vous ne voudrez pas que le Congrès général, où tant de graves questions doivent recevoir leur solution, voie son autorité morale afl'aiblie par ce l'ait ; et vous voudrez, au contraire, donner une preuve de la loyauté avec laquelle vous acceptez le débat, en faisant d'autant plus droit à notre réclamation qu elle vient d'une Fédération qui se trouve en dissidence de vues avec vous sur plusieurs points.

Le secrétaire correspondant du Conseil général, Jung, nous répondit, le 28 juillet, que le Conseil maintenait sa décision ; que le Congrès ne pourrait se tenir en Suisse, « parce que c'est de là que sont parties les discussions, et qu'elles y ont leur siège » ; que « le Congrès subil toujours, plus ou moins, l'influence locale du lieu de sa réunion » ; que, par conséquent, « pour donner plus de poids aux décisions du Congrès et plus de sagesse à ses discussions », il avait fallu « choisir un endroit éloigné du lieu principal des discussions » ; et qu'enfin « la Suisse ne peut prétendre à avoir le monopole des Congrès ».

Le Bulletin^ en enregistrant cette fin de non-recevoir, y opposa les considérations suivantes (n° 14, i" aovit) :

Le Conseil général dit avoir voulu soustraire le Congrès aux influences locales. Mais si ces influences devaient exister en Suisse, pense-t-on quelles n'existeront pas à la Haye? Le citoyen Jung dit en propi'es termes que « le Congrès subit toujours, plus ou moins, l'influence locale du lieu de sa réunion ». Donc il subira celle du milieu, quel cju'il soit, dans lequel il se réunira. Et cette fois, quel sera ce milieu ? Précisément le plus fâcheux de tous, celui qu'il aui*ait fallu éviter avec le plus de soin, un milieu gevinanique '.

Qu'on ne vienne pas, à ce sujet, répéter contre nous la ridicule accusation cjue nous prêchons la haine des races. C'est tout au contraire pour empêcher cette haine de races, cjui ne manquerait pas de se produire dans l'Internationale si une race voulait essayer de dominer les autres, que nous croyons nécessaire de parler franchement de cette question.

De quoi est accusé le Conseil générai de Londres, chez les Espagnols, chez les Italiens et chez les Français ? De tendances pangermaniques, ce qui signifie, en d'autres termes, de la tendance à vouloir imposer l'esprit allemand, l'autorité des théories allemandes, à toute l'Internationale". Or, il y a des faits qui, malheureusement, donnent beaucoup de vraisemblance à cette accusation.

1 . On voit que nous connaissions bien mal la Hollande à ce moment, puisque nous l'appelions « un milieu germanique ». Nous ne nous attendions guère à voir les délégués de la Fédération llollandai^e voter avec iiou> à la Haye contre le Conseil général.

2. Qu'on se rappelle ce que Marx avait écrit en août 1870 au Comité de Hrunswick- Wolfeiibùltel sur « le rôle historique assigné â la classe ouvrière allemande », sur « la nouvelle époque de l'histoire » ouverte par les victoires des armées prussiennes; et cette parole qui revendiquait pour le prolétariat allemand une hégémonie légitimée par les triomphes militaires : « Cette guerre a transféré le centre de gravité du mouvement ouvrier continental de France en Allemagne ».

Premier fait : Le Conseil général a une doctrine oflîcielle, qu'on retrouve dans tous ses manifestes ; et cette doctrine officielle est celle qui a été publiée il y a vingt ans dans le « Manifeste du parti communiste allemand » (Maniiestder deiitschen Kommunisten-Partei '). Les signataires - du « Manifeste des communistes allemands » sont M. Marx et M. Engels, lesquels siègent tous deux au Conseil général. C'est M. Marx qui rédige en général tous les documents importants publiés par ce Conseil : rien d'étonnant dès lors à ce qu'ils portent l'empreinte d'une doctrine communiste allemande. Quant à M. Engels, il est. lui Allemand, correspondant du Conseil général pour l Espagne et l'Italie: et d'où vient ce choix singulier? on va le savoir : il y a un an à peu près, le citoyen Bastelica était membre du Conseil général, et, comme il connaît la langue espagnole, et qu'il a séjourné en Espagne lors de la première prosciùption de l'Internationale en France, la proposition fut faite de le nommer correspondant pour l'Espagne ; cette proposition fut rejetée, par le motif « que ce n'est pas aux divers pays de choisir les correspondants c[ui leur conviennent le mieux, mais que c'est au Conseil général à déléguer pour chaque pays le correspondant qui lui paraît le plus convenable ». Et dans le cas particulier on imposait M. Engels à l'Espagne et à l'Italie, parce que M. Engels, l'alter ego de M. Marx, devait utiliser son emploi de correspondant à travailler pour le compte de Vintrig'ue marxiste, tandis que Bastelica n'aurait pas été si complaisant. xXous avons en mains des lettiMîs de M. Engels qui prouveront la réalité de tout cela.

Second fait : Outre M. Marx et M. Engels, qui sont les deux tètes du Conseil général, que voit-on dans ce Conseil : des Allemands qui sont de fervents disciples de Marx, comme Eccarius ' et Lessner ; des Anglais qui entendent fort mal les questions, dès qu'elles cessent d'être exclusivement anglaises, et qui s'en rapportent à M. Marx pour tout ce qui concerne le continent * ; quelques individualités qui ne sont ni allemandes ni anglaises, mais qui subissent l'inlluence du milieu dans lequel elles vivent depuis longtemps, comme le citoyen Jung '% ou d'une éducation allemande , comme le citoyen Vaillant ; ajoutez à cela quelques citoyens d'autres nations à qui on jetle de la

1. Si invraisemblable que cela puisse paraître à ceux qui se figurent que les écrits de l'école marxiste étaient lus assidûment par les membres de l'iuternationale. le célèbre Manifeste réiUj.'é en 1847 et publié en 184S par Marx et Engels ne nous était connu, i\ mes amis (Bakounine excepté) et à mol, ainsi qu'aux ouvriers français, à cette époque, que par ouï dire. J'en avais entendu parler comme d'un Manifeste du parti communiste allemand, et je répétai la chose de contiance. En réalité, le titre de ce document est simplement : Munileste du parli coiiiiituin)<l(' {ilaitifesl der kotnmutiisliaclu'n l'nrtei), et l'épilhéte d'allemand ne s'y trouve pas. .Mais comme il fut écrit en allemand, et publié en allemand, et que les éditions qui parurent ensuite en irançais (1848), en .«nglais (I8.i0), en russe (180:i|, etc. sont des (raductuin^, il était asst'Z naturel qu'on se fût habitué à l'appeler « Manifeste du parti coiiimuniste allemand ».

2. 11 aurait fallu dire les « auteurs », et non les « signataires » : le Manifeste n'est pas signé.

3. Nous ne savions pas encore qu'Eccarlus était en disgrtkce, et brouillé avec Marx, depuis que l'ii (luence d'Engels s'était fait ^entir au Conseil générai, ot qu'à la Haye nous allions avoir la surprise de le trouver des ntUres.

4. iNous ignorions égal» nient que les .Vngliis venaient de se révolter contre la domination de Mar\. .\ la Haye, tous les delé-nés anglais, sauf un (le mal famé Maltman Harryl, volèren" avec nous dan- la plupart des questions.

0. liermann Jung, lui aussi, commençait a s'éloigner de .Marx, dont il devait, après le Congrès de la Haye, se séparer complètement. Nous n'étions pas encore informés de ce changement.

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poudre aux yeux, et à qui on fait volei' ainsi tout ce qu'on veut : voilà le Conseil général. Aussi tout ce (jui avait une pensée indépendante s'en est successivement retiré : Robin, lîastelica, Theisz et Camélinat. En cet état de clioses, a-t-on oui ou non le di'oit de dire que le Conseil général a des tendances allemandes ?

Troisième t'ait : Dans la presse socialiste, chose curieuse, tous les journaux de langue française, espagnole et italienne condjattent les tendances autoritaires du Conseil général (^t se prononcent en faveur de l'autonomie des Sections et des fédérations : ce sont V Internationale de Bruxelles, la Liberté de Bruxelles, le Mirabeau de Verviers, le Bulletin de la Fédération jurassienne, la Federacion de Barcelone, la Razon de Séville, la Justicia de Mâlaga, le Boletin de la Asociacion de Trabnjadores du Ferrol, le Proletario do Turin, le Mariello de Milan, le Fascio operaio de Bologne, la Canipana de Naples (nous ne comptons pas Y Egalité de Genève, qui sert d'organe aux agents de Marx dans la Suisse romande, ni la Eniancipacion de Madrid, qui sert d'organe aux agents de Marx en Espagne, et qui n'expriment ni l'un ni l'autre la pensée du pays). Par contre, tous les journaux de longue allemande soutiennent la ligne de conduite suivie par le Conseil général : ce sont le Vorbote de Genève, la Tagwacht de Zurich, le Volksstaat de Leipzig, le Volkswille de Vienne. Il faut avouer que cette division de la presse internationale en deux camps, dans l'un desquels on parle français, italien et espagnol, tandis que dans l'autre on parle exclusivement allemand, est de nature à faire rélléchir.

. . . Comme nous l'avons dit, en France, en Italie et en Espagne on parle, à tort ou à raison, des tendances pangermaniques du Conseil général ; et celui-ci aurait dû, ce nous semble, tenir à se laver de cette imputation. Pour cela, il lui aurait fallu convoquer le Congrès en Suisse, parce que la Suisse est un terrain neutre. . . Au lieu de cela, le Conseil général va choisir la Haye ; et ce choix provoquera infailliblement les commentaires que voici : on va très facilement de Londres à la Haye, c'est une simple promenade en bateau à vapeur, il y aura donc foule de délégués anglais et de membres du Conseil général : l'Allemagne touche la Hollande, donc les délégués allemands pourront venir en masse... On dira, et avec raison, que la Haye a été choisie afin que l'élément germanique dominât dans le Congrès ; les décisions de celui-ci n'auront aucune autorité morale, et la lâcheuse rivalité de races, que nous voudrions conjurer, se trouvera déchaînée par le Conseil général lui-même et par son refus de faire droit aux légitimes réclamations des Fédérations lésées.

... Le Congrès général devait ramener l'union au sein de l'Internationale ; il devait être le tribunal oîi seraient jugées toutes les graves dissidences cjui nous séparent et nous paralysent. Mais le Congrès, tenu à la Haye, ne sera jîas un instrument d'union ; comme tribunal, il ne fournira probablement pas les garanties d'impartialité nécessaires ; et nous craignons bien qu'au lieu de la paix que nous appelons de tous nos vœux, le Congrès de la Haye ne nous donne la guerre. Quoi qu'il en soit, c'est le Conseil général qui l'aura voulu ; que la responsabilité en retombe sur lui seul !

Les mois qui précédèrent le Congrès de la Haye, à partir du commencement de mai, furent pour moi une période d'activité fiévreuse. La

rédaction du Bulletin, dont la charge ni'incoiubait presque tout entière, me prenait beaucoup de temps ; et il tallnt m'occuper en outre à écrire le Mémoire que la Fédération jurassienne, conformément à la décision du Congrès de Sonvillier, devait présenter à toutes les Fédérations de l'Internationale. L'impression du Mémoire fut commencée en juillet : « les quatre-vingts premières pages, ainsi qu'une partie des pièces justificatives, furent imprimées avant le Congrès de la Haye, auquel nous avions eu d'abord la pensée de présenter ce travail historique » (Avant-propos du Mémoire) ; mais vu les proportions considérables que prenait mon manuscrit, nous reconnûmes qu'il ne serait pas possible d'en terminer l'impression à temps ; et nous décidâmes alors de remettre à plus tard l'achèvement du volume, ce qui nous permit d'utiliser de nouveaux matériaux, et d'élargir le cadie du livre, « en y faisant entrer une appréciation des manœuvres qui ont signalé ce Congrès de triste mémoire ».

Le Conseil fédéral belge s'était acquitté du mandat que lui avait donné le Congrès de Bruxelles : il avait élaboré un projet de revision des Statuts généraux, et.il le publia vers la fin de juin. La plupart des organes de l'Internationale discutèrent ce projet, et noire Bulletin lui consacra un article dans son n' i'3 (i5 juillet \%j2). Le Conseil belge proposait délibérément un remède radical à la situation : il demandait la suppression du Conseil général, rouage inutile s'il devait être considéré comme bureau de correspondance et de statistique, car « les différentes fédérations correspondent directement entre elles et ne s'amusent pas à faire passer leurs lettres par Londres », et, quant à la statistique, le Conseil général « ne s'en est jamais occupé sérieusement jusqu'à présent » ; — rouage dangereux, s'il prétendait être une autorité directrice, armée de pouvoirs d'excommu nication. En outre le projet voulait qu'au Congrès général annuel chaque Fédération n'eût qu'une voix, quel que fût le nombre des délégués par elle envoyés ; le Bulletin approuva, en disant : a Nous applaudissons des deux mains à cette mesure, qui ferait cesser bien des abus ». Mais le projet belge donnait aux Fédérations composant l'Internationale le nom de Fédérations nationales, ce qui supposait que dans chaque pays il y aurait une Fédération, et qu'il n'y en aurait qu'une ; le Bulletin combattit en ces termes cette conception :

A nos yeux, prendre pour base de notre organisation fédérative le t'ait artificiel des nationalilés politiques, c'est rompre en visière à nos premiers principes. Nous voulons supprimer les frontières, nous voulons détruire les Etals [jolitiques, et nous commencerions par nous parquer dans des i'édé rations calquées sur les frontières des nationalilés actuelles ? Non, nos amis belges n'ont pas examiné d'assez près cette ({ueslion. Le seul principe qui doive déterminer le groupement des Scclions en Fédérations, c'est l'allinité naturelle : ce sera, par exemple, ridenlité de langue, la position géographique, la similitude d'intérêts économiques. ( Hiclquel'ois ce groupement naturel coïncidera avec les frontières d'une nationalité, comme en lielgique par exemple ' ; mais ailleurs. [)our tH)nstituer une Fédération nationale, il faudra faire violeiu-e aux afiiuités naturelles. Kn Suisse, par exemple, une Fédération nationale suisse serait nue monstruosité... Les Sections de la Suisse allemande sont, de tempérament, de langue, de priiicii)es et d'intérêts éconoini(|ues. les sueurs des Sections de l'Allemagne ; elles lisent les organes socialistes de l'Allemagne ; c'est avec les Sections de rAllemagne (pi'elles tendent à former groupe. La Section italienne du canltui ilu Tessiii se; ralliera infailliblement, dans un délai très court, à la Fédéialion ilalit luie. Un

1. Et encore n'y aurait-il pas, lu Uoli;it}no, plus li'une réserve à faire ?

U. II. — Jo.

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groupe de Sections des montagnes du Jura suisse, jointes à des Sections de France et d'Alsace, forment une l'édcration naturelle qui s'appelle la Fédération jurassienne. Enfin les Sections de Genève, avec deux ou trois Sections vaudoises ou valaisanes et une Section de France, forment la Fédération romande... Et en vue de quoi créerait-on une Fédération nationale suisse ? elle ne pourrait avoir d'utilité que comme instrument dans la main de ceux qui rêvent la création d'un parti politique ouvrier national suisse, — et c'est précisément ce que nous ne voulons pas, parce que nous ne sommes pas de ceux qui croient à futilité des réformes politiques nationales.

Au terme de Fédérations nationales , nous proposons donc de substituer celui de Fédérations régionales, qui a d'ailleurs été employé jusqu'à présent...

Le projet du Conseil belge fut soumis à l'examen d'un Congrès régional réuni à Bruxelles le i4 juillet. La majorité des délégués, dix contre huit \ trouva que la suppression du Conseil général serait une mesure excessive ; elle se prononça en faveur d'une proposition de réorganisation de ce Conseil, présentée par la Fédération liégeoise : chaque pays nommerait lui-même trois délégués ])Our siéger au Conseil général et désignerait l'un d'eux en qualité de secrétaire correspondant ; le Conseil général pourrait suspendre un délégué, mais le pays qui l'aurait nommé pourrait seul le révoquer ; enfln, le Conseil général n'aurait aucun droit de s'innuiscer dans les affaires intérieures des Sections. Comme on le voit, le principe de l'autonomie était sauvegardé.

En Espagne, les manœuvres de Lafargue allaient aboutir à un autre dénouement que celui qu'il avait espéré.

A la suite de l'expulsion, par la Fédération madrilène, de Mesa, Pages et Lafargue, deux des expulsés, Mesa et Pages, et sept de leurs amis, F. Mora, P. Iglesias, Inocente Calleja, V. Saenz, Angel Mora, L. Castillon et H. Pauly, constituèrent à eux neuf une Nouvelle Fédération madrilène, qui prétendit obtenir droit de cité dans la Fédération régionale espagnole. Le nouveau groupe dut, comme l'exigeaient les statuts fédéraux, demander son admission au Conseil fédéral. Celui-ci, usant du droit que lui donnaient les statuts, maintenus par le Congrès de Saragosse à rencontre de la proposition de revision présentée alors par Morago (p. 276), refusa de l'admettre. En apprenant cette nouvelle par la Federacion de Barcelone du 21 juillet, le Bulletin écrivit (n" i3. Supplément, 2; juillet) :

Les ironies du sort sont vraiment plaisantes ! Voilà les hommes de Lafargue, qui ont si fort prôné les bienfaits de l'autorité et qui ont voulu absolument que les Conseils fussent armés du droit de suspendre ou de refuser les Sections, voilà ces dignes autoritaires devenus les premières victimes de cette organisation tant vantée ! Et ce sont des autonomistes, des anarchistes, — les membres du Conseil fédéral espagnol, — qui leur jouent le tour de leui' faire sentir les bienfaits de l'autorité.

Il ne manquerait plus, pour que la comédie fût complète, que de voir le Conseil général de Londres, prenant parti pour Lafargue et

1. Le délégué de la Fédération de la vallée de la Vesdre avait proposé qu'au Congrès belge on votât non par tète de délégué, mais par fédération de bassin ou de province; mais, cette proposition ayant soulevé des protestations, il fut décidé qu'on s'en tiendrait au mode de votation par tête. C'est par suite du maintien de ce mode de votation que le projet du Conseil belge put être écarté par une faible majorité de deux voix.

ses neuf adhérents contre la Fédération espagnole, prononcer un verdict du genre de celui qu'il a rendu dans le conflit entre la majol'ité et la minorité de la Fédération romande en 1870. Nous ne désespérons pas de voir Marx décider que. les ouvriers espagnols n'étant qu'une majorité factice, tandis que la majorité réelle est composée des neuf individus bien pensants, les neuf acolytes de son gendi-e porteront à l'avenir le titre de Fédération espagnole, et que cette dernière aura à se chercher un nom quelconque, comme Fédération des Pyrénées ou quelque autre semblable. Et alors Lafargue aura presque égalé les lauriers du glorieux Outine !

La prévision du Bulletin faillit se réaliser : le Conseil général de Londres, s'autorisant de la résolution administrative n° V du Congrès de Bàle (tome I", p. 207), prononça l'admission dans l'Internalionale, malgré la volonté des Espagnols, de la Xaeva Federacion madrilena ; le Congrès de la Haye admit son délégué, qui fut Lafargue en personne ; et, d'autre part, le Conseil général contesta sérieusement, à la Haye, le mandat des délégués véritables de l'Internationale espagnole, et fît tout ce qu'il put pour les empêcher de siéger, comme on le verra plus loin.

La Emancipacion jugea le moment venu de jeter complètement le masque. Elle somma (dans son n" 54, du 23 juin) le Conseil fédéral espagnol d'avoir à communiquer à tous les Conseils locaux la circulaire privée Les prétendues scissions dans t' Internationale, a afin que les fédérations aient une connaissance exacte des intrigues que quelques bourgeois ont ourdies dans le sein de notre chère Association ». Elle continua à dénoncer la Alianza, — dont ses rédacteurs avaient tous fait partie, — en affirmant que cette société secrète n'avait d'autre but, comme Lafargue l'avait dit à Madrid, que de désorganiser l'Internationale. De son côté Lafargue publia une brochure sous forme de lettre « aux internationaux de la région espagnole » {A los internacionales de la région espanola, Madrid, 27 juin 1872), dans laquelle il réédita toutes les accusations qu'il avait déjà lancées, tant par la voie de la presse, que dans les réunions auxquelles il avait assisté .

Voyant l'attitude qu'avaient prise ses anciens amis de la Emancipacion, et désespérant de pouvoir ramener la concorde parmi ceux qu'il aurait voulu voir travailler dans une union fraternelle à l'œuvre sainte de l'ciuancipation du prolétariat, Anselmo Lorenzo, secrétaire général du Conseil fédéral, écœuré et découragé, donna sa démission, quitta Valencia, se renciit a Vitoria, chez un ami, pour s'isoler, et peu de temps après passa en France. Les auteurs <lu libelle L'Alliance ont éciùt, à propos de cette démission, que les « alliancistes » (c'est-à-dire les internationaux espagnols qui n'avaient pas voulu renoncer à l'autonomie de leur Fédération) avaient usé de violence et d'intimidation : « A Valencia, Mora fut attiré dans un guet-apens tendu par les membres du (Conseil fédéral, qui l'y attendaient des gourilins à la main. Il en fut tiré par les membres de la Fédération locale, qui connaissent les procédés de ces messieurs, et affirment que c'est devant des arguments aussi frappanta que Lorenzo a donné sa démission '. » J'ai appelé l'attention de Lorenzo sur ce passage, qu'il n'avait jamais lu, et l'ai prié de me faire connaître l'exacte vérité. Voici ce qu'il m'a répondu :

Je ne connaissais pas le passage qui me concerne dans la brochure de Marx, et j'y réponds ce qui suit : Pendant le court espace de temps que je résidai à Valencia, Mora n'y fut pas, et par conséquent ce (]ui est dit des gourdins dont il lui menacé, el qui auraient aussi insi)n'é ma démission, est faux. Je démissionnai du Conseil fédéral, parce

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