‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 296 sur 314 · C'est la brochure dont il a été question p · texte numérisé non relu

C'est la brochure dont il a été question p

3ro l'tvtkrnationat.e

nous empêchent de satisfaire à cette exigence et auraient dû vous empcclier de nous adresser une seniblalde demande. La première est une raison de dignité : vous réclamez de nous ni plus ni moins que le service qu'un chef d'Etat demanderait à son département de police. En outre, nous ne possédons pas les renseignements que vous nous demandez, par la simple raison que notre Conseil nest pas obligé de connaître le nombre et les noms de tous ceux qui, appai'tenant à notre Association, font en même temps partie d'autres sociétés, ni les fonctions qu'ils remplissent dans la nôtre, fonctions qui, sïls en sont revêtus, sont le résultat de la confiance qu'ils ont méritée \

Tous les membres de la Alianza n'avaient pas été dénoncés par la Emancipacion dans ce numéro de triste mémoire. Ceux dont les noms n'avaient pas été publiés tinrent à honneur de partager le péril de leurs amis, désignés par la dénonciation à la vindicte du gouvernement, et déclarèrent publiquement leur qualité d'anciens membres de la Alianza. Le programme et le règlement de cette société secrète, dissoute depuis le Congrès de Saragosse, furent publiés dans les journaux socialistes espagnols, et ceux qui lui avaient appartenu demandèrent aux diverses fédérations locales de juger leur conduite. Toutes le» fédérations au sein desquelles la société secrète avait existé déclarèrent, après une enquête approfondie, que les membres de la Alianza avaient bien mérité de l'Internationale ^

Un peu plus tard, les anciens aliancistas publièrent, sous le titre de Cuestion de la Alianza, un résumé de ce qui s'était passé, avec des documents authentiques à l'appui. Ils revendiquèrent hautement la responsabilité de leurs actes, déclarant qu'ils se taisaient honneur d'avoir toujours travaillé, dans la mesure de leurs forces, au bien de l'Internationale ; et ils établirent de la manière la plus irréfutable cette vérité, que la Alianza était une organisation indépendante, qui n'avait jamais reçu d ordre de personne, et dont l'action ne s'était exercée que dans la péninsule. S'adressant aux rédacteurs de la Emancipacion, ils leur disent :

Vous parlez des actes de la Alianza en Suisse, en Italie, en Angleterre et dans d'autres pays : présentez-nous donc des preuves, et non de ridicules inventions. Vous savez très bien que la Alianza, société secrète % fut fondée en Espagne sans nulle intervention du dehors, que c'est en Espagne que furent faits son programme et son i-èglement ; vous savez que cette société n'avait d'autres Sections que celles d'Espagne et celle de Lisbonne, et que son action était circonscrite à ce cercle, quelque désir que nous ayons pu avoir de l'étendre davantage. Vous savez parfaitement que s'il a existé dans d'autres pays des sociétés analogues, — ce que nous ignorons, — elles n'ont jamais eu aucun rapport avec nous.

Vous avez osé prétendre que la Alianza recevait des ordres d'un centre, que vous dites placé en Suisse, et, pour rendre odieuse la Fédération jurassienne, vous avez dit que ce centre était le Comité

1. Le Conseil fédéral espagnol fit publier dans la Federacion de Barcelone le texte intéjiral de la lettre d'Engels et de sa réponse. Ces deux pièces ont été reproduites dans le n' 15-16 (15 aoùt-1" septembre 1872) de notre Bulletin, pages 7-8.

2. Les déclarations des Fédérations de Madrid, de Palma (Majorque), de Villa- Carlos (Minorque), de Cordoue, entre aulres, ont été publiées.

3. iNe pas confondre cette société avec l'Alliance de la démocratie socialiste, Section publique de Genève, qui avait des membres en divers pays : la Alianza que nous avons fondée en Espagne n'avait de commun avec elle que la conformité des idées, (Note de la Cuestion de la Alianza.)

fédéral de cette fédération. Vous savez bien que vous mentez, et que jamais la Alianza n"a reçu dordre-s de personne. Si vous avez des preuves à fournir à l'appui de votre calomnie, montrez-les ; mais quelles preuves pourriez-vous montrer, puisque vous savez parfaitement que vous dites des mensonges ; puisque vous savez, tout au contraire, que la Alianza a toujours discuté avec soin toutes ses résolutions, et que jamais rien qui fût d'intérêt général n'a été mis en pratique sans que tous les groupes de la Alianza se fussent consultés mutuellement et que la proposition eût obtenu l'assentiment de la majorité ; ce que nous pouvons prouver en faisant lire les correspondances qui s'échangeaient entre les groupes. Et sachant tout cela, comme vous le savez, peut-on voir une conduite plus infâme que la vôtre, imposteurs, qui osez dire que la Alianza ne faisait que recevoir des ordres et les exécuter !

Certainement la Alianza a influé sur la marche de l'Internationale en Espagne, mais non pas de la manière que ses dénonciateurs l'ont voulu faire croire. La Alianza a influé non par des intrigues et des artifices, mais par la vérité et le radicalisme des solutions que ses membres ont proposées à leurs fédérations respectives. Ce sont eux qui ont fondé les premières et les plus importantes fédérations locales ; ce sont eux qui ont été les plus persécutés dans les moments critiques ; c'est d'eux que sont venus les projets de l'organisation qui existe en Espagne ; ce sont eux enfin qui, chaque jour, ont fait partout la propagande de l'Internationale, faisant abstraction de leurs personnes, et s'inspirant seulement de leur attachement à l'émancipation des travailleurs. La Alianza, nous [)ouvons le dire hautement, n'a pas été autre chose qu'une sentinelle avancée de l'Internationale.

La manœuvre par laquelle la coterie marxiste avait cru paralyser l'Internationale espagnole dans son mouvement de revendication contre la main-mise autoritaire, avait misérablement échoué. La Fédération espagnole, conformément à la proposition de son Conseil fédéral, décida d'envoyer au Congrès de la Haye une délégation collective : et ses délégués, au nombre de quatre, désignés par le sulTra^e universel de tous les internationaux d'Espagne, furent quatre hommes qui s'étaient hautement glorifiés d'avoir fait partie de la Alianza : Rafaël Farga-Pellicer, Alerini, Morago et Marselau.

Un événement important accrut les forces du parti fédéraliste dans l'Internationale. Juscju'à ce moment, les Sections italiennes, sauf dans la Romagne, étaient restées isolées les unes des autres. Mais, sur l'initiative de nos amis, Pezza, Fanelli, Caficro, Malatesta, Cerrctti, Costa, etc., elles résolurent de s'unir en une Fédération régionale. Le 4 août s'assemblèrent à Rimini, en une Conférence, les délégués des Sections de vingt localités d'Italie ', et ces délégués constituèrent la Fédération italienne. Sans avoir consulté l'opinion des autres Fédérations, et allant de l'avant tout seuls, les Italiens, dans leur foufïue, déclarèrent qu'ils ne voulaient plus rien avoir de commun avec un Conseil général qui, à leur yeux, ne représentait j)lus rinlcrnationale, et qu'ils n'enverraient pas de délégués à la Haye ; et ils prirent l'initiative de proposer aux Sections qui partageraient leurs

1. Cos IochIHos olaicnl Naplos, Sciacca (Sicile). Manloiio, Sienne, Rayonne, llolu- ^nc, KIorcnrp, Himini, Imola, Home, l'usisinano, San Colito, Mirandola, San (îiovanni in PtTsicoto, Fami, Kermo, Sitn^'aj,'lia, San Arfani,'flo, Forli, ot la province dOinlirie. Les Sériions de Milan et di\ Kerrare, «[ui n'avaient pw mvoyiM' île (leléi;ués à Rimini, s'empressèrent d'ailiicrer aux résolutions do la Conférence el d'entrer dans la Fédération ilaliciinc.

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scntinicnls d'envoyer leurs mandataires à Neuchâtel, en Suisse, pour y tenir, le 2 seplenibre, un Congrès général anti-autoritaire, qui serait la véritable représentation de l'Internationale. Voici le texte de la résolution votée à ce sujet par la Gonlérence de Rimini :

Considérant que la Conférence de Londres (septembre 1871) a tenté d'imposer, par sa résolution IX, à toute rAssocialion internationale des travailleurs une doctrine spéciale, autoritaire, qui est proprement celle du parti communiste allemand... ;

Que le Conseil général a usé des moyens les plus indignes, comme la calomnie et la mystification, dans le seul but de réduire toute l'Association internationale à l'unité de sa doctrine spéciale communiste autoritaire;

Que le Conseil général a comblé la mesure de ses indignités par sa Circulaire priçée, datée de Londres, le 5 mars 187U, dans laquelle, poursuivant son œuvre de calomnie et de mystification, il révèle toute sa passion d'autorité... ;

Que la réaction du Conseil général a déterminé l'opposition révolutionnaire des Belges, des Français, des Espagnols, des Slaves, des Italiens et d'une partie des Suisses, et qu'on a proposé la suppression du Conseil général et la revision des Statuts généraux ;

Que le Conseil général, non sans avoir ses motifs, a convoqué le Congrès général à la Haye, point le plus éloigné de ces pays révolutionnaires ;

Par ces raisons.

La Conférence déclare solennellement, en présence des travailleurs du monde entier, que dès ce moment la Fédération italienne de l'Association internationale des travailleurs rompt toute solidarité avec le Conseil général de Londres, allirmant d'autant plus la solidarité économique avec tous les travailleurs, et propose à toutes les Sections qui ne partagent pas les principes autoritaires du Conseil général d'envoyer, le 2 septembre 1872 leurs délégués, non à la Haye, mais à Neuchâtel en Suisse, pour y ouvrir le Congrès général anti-autoritaire.

Les Jurassiens, qui, dans le mouvement de résistance au complot Marx- Engels-Lafargue-Outine, avaient toujours représenté la modération et conservé leur sang-froid, résistèrent à reinballeraent des Italiens. Ils maintinrent l'avis, comme on le verra, qu'il fallait aller à la Haye, et représentèrent à leurs amis d'Italie que la proposition de la Conférence de Rimini, loin d'offrir les avantages que ses auteurs croyaient pouvoir en attendre, risquait de compromettre l'issue de la lutte.

La Conférence de Rimini tint à adresser à Bakounine un témoignage de sa reconnaissance pour l'œuvre de propagande révolutionnaire qu'il avait accomplie en Italie, et décida qu'une lettre lui serait écrite en son nom. La traduction de cette lettre a été imprimée dans notre Bulletin (n" i5-i6, i5 août-i" septembre, p. 6); la voici :

Cher compagnon, Les représentants des Sections italiennes de l'Internationale, réunis dans leur première Conférence à Rimini, nous ont chargés de vous transmettre, à vous l'infatigable champion de la Révolution sociale, un affectueux salut.

Salut donc à vous, frère, à qui dans l'Internationale il a été fait le plus grand tort*.

Rimini, le 6 août 1872.

Pour la Conférence :

Le secrétaire, Andréa Costa. Le président, Carlo CafieHo.

J'ai parlé à plusieurs reprises du mouvement socialiste en France et des relations que nous avions avec les militants de ce pays. Le rapport de notre Comité fédéral au Congrès jurassien du Locle, le 19 mai, disait : « De nombreux groupes en France, n'ayant pu constituer une Fédération française, nous ont envoyé leur adhésion ». Dans une lettre à Mathilde Rœderer, du 24 mai, Malon écrivait : « En France, jamais l'Internationale ne fut moralement si forte; on peut compter une centaine de Sections (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Béziers, Narbonne, Bourgoin, Toulon, Saint-Etienne, Lille, Roubaix, Bordeaux, Tarare, etc.), sans compter les cent cinquante chambres syndicales qui se reconstituent et sont d'aspiration avec elle. La fameuse loi l'a fait connaître à toute la France ; mais il y a à craindre qu'elle ne la fasse dévier de son but en l'entraînant dans l'ornière des sociétés secrètes -. »

Mais il y avait dans deux ou trois villes françaises des représentants du Conseil général, investis par celui-ci de pleins pouvoirs, véritables proconsuls, qui s'occupaient, non à faire une propagande de principes, mais à calomnier et à proscrire ceux qui ne s'inclinaient pas devant leur autorité et celle des hommes de Londres. A Montpellier, par exemple, un étudiant en médecine, Paul Brousse, qui était en correspondance avec Jules Guesde, avait commis le crime d'engager les socialistes de cette ville à observer la neutralité dans la querelle qui divisait l'Internationale ' : pour ce fait, son expulsion fut prononcée par un agent du Conseil général nommé d'Enlraygues, que nous retrouverons plus loin. Des lettres diffamatoires étaient envoyées de Londres, par Serraillier et d'autres, contre d'anciens membres de la Commune, devenus membres de la Fédération jurassienne ; M"' Eleanor Marx elle-même collabora à cette belle œuvre, en écrivant à l'une des deux jeunes Alsaciennes avec qui nous étions en relations, Elise Grimm, dont elle avait fait la connaissance à Londres, pour tâcher de la brouiller avec M""^ André Léo; elle n'y réussit pas; avertie de cette manœuvre, M"^ Champseix écrivait à ses jeunes amies (août 187^) : « Les Jurassiens, attaqués si vilainement dans leur honneur, se sont défendus en hommes de cœur. — pas en anges, c'est vrai : mais ils ne sont pas chrétiens... Vous avez jugé la lettre de M"° Marx. Cette jeune personne qui écrit de si jolies choses, si elle n'est pas idiote, elle est responsable, et je ne saurais l'excuser. Je suis épouvantée de tant de méchanceté ignoble de la part de ces soi-disant socialistes *. »

Le 29 août 1872 (quatre jours avant le Congrès de la Haye), Malon écrivait de Chiasso (Tessin), où il se trouvait depuis la seconde moitié de juin, à Malhilde Rœderer :

Parlons encore de ce dilTérend dans Tlnternationale. Il vous désole : c'est juste. Cependant n'y a-t-il au fond que des haines personnelles ? Pour Marx, Outinc, Bakounine, Serraillier, Vaillant, eh

1. Allusion à la salutation des Fraticelll du XIV* sièclo : « Au nom de celui à qui on a fait tort (Satan), salut! », citée par Bakounine dans la Théologie politique de Mazzini, p. a6 (voir ci-dessus, p. 233).

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