Mémoire de la Fédération jurassienne, p
2. En août 1872, des étudiants russes et serbes, des deux sexes, constituèrent à Zurich une Section slave : c'est cette Section qui fut représentée au Congrès de la Chaux-de-Fonds.
3. Les noms des délégués au Congrès ne sont pas indiqués dans le compte-rendu publié par le Bulletin.
4. A ce moment la colonie slave de Zurich était très préoccupée d'un événement qui eut beaucoup de retentissement : la police zuricoise venait d'arrêter, le 14 août, Netchaïef, qui depuis un certain temps se cachait à Zurich, et dont la retraite avait été dénoncée par un mouchard nommé Stempkowski. On lit dans le calendrier-journal de Bakounine : « Août 14. Nietchalef arrêté. Arrive Ozerof et femme. — 15. Discussion sur Nietchalef. Holstein à Brrne. OElsnitz accompagne Ozerof à Berne. — 16. Je vais chez Gustave Vogt pour Nietchalef. Stempkowski espion. Toursky, revision des papiers Nietchalef. — 17. Serbes chez moi. Partons à 1 h. 40 avec Russes accompagnés de Serbes pour Chaux-de Fonds. » On sait que Netchaïef fut livré à la Russie par le gouvernement suisse le 27 octobre 1872 ; condamné aux travaux forcés à perpétuité, Il est mort en décembre 1882 dans la forteresse de Pierre et Paul, à Saint-Pétersbourg.
devait s'ouvrir quinze jours plus tard, le 2 septembre, et adopta le texte d'un mandat impératif leur indiquant la conduite à suivre; ce mandat portait que la Fédération jurassienne désirait « l'abolition du Conseil général et la suppression de toute autorité dans l'Internationale » ; que les délégués jurassiens devaient « agir en solidarité complète » avec tous les délégués « qui protesteraient franchement et largement ' contre le principe autoritaire » ; que, si le Congrès de la Haye n'acceptait pas « les bases de l'organisation de l'Internationale énoncées » dans le mandat, les délégués jurassiens devraient se retirer, « d'accord avec les délégués des Fédérations anti-autoritaires »; enfin, que les délégués jurassiens devaient « autant que possible éliminer toute question personnelle, en proposant au Congrès l'oubli du passé ». Les délégués, élus au scrutin secret, furent James Guillaume et Adhémar Schwitzguébel ; ce dernier fut désigné sur le refus d'Auguste Spichiger, qui ne voulut pas accepter la délégation. J'aurais bien voulu refuser aussi, car il m'était très diflîcile de m'absenter de l'imprimerie pour un si lointain voyage ; mais mes amis insistèrent, et il fallut me soumettre à leur décision. 11 fut entendu qu'une souscription serait ouverte dans les Sections de la Fédération pour couvrir les frais de délégation. Naturellement, et comme conséquence de ce vote, le Congrès n'accepta pas la proposition, faite par la Fédération italienne, de tenir le 2 septembre un Congrès international à Neuchâtel, et il chargea le Comité fédéral d'écrire immédiatement à la Fédération italienne pour l'engager d'une manière pressante à revenir sur sa décision et à se faire représenter à la Haye.
Une seconde question dont il fallut s'occuper fut celle de la proposition de la création d'une Fédération suisse. La Section allemande de Zurich (Section Greuhch) avait envoyé tout récemment une circulaire aux Sections de la Suisse allemande, dans laquelle, après avoir constaté l'impossibilité de créer une Fédération régionale suisse, elle proposait la constitution d'une Fédération spéciale des Sections de la Suisse allemande. La résolution suivante fut votée par notre Congrès :
Le Congrès jurassien pense que le mieux est de renoncer à la Fédération régionale suisse, comme le propose aussi la Section de Zurich dans sa circulaire du 9 août 1872, et de laisser chaque groupe se constituer et se développer librement sans se préoccuper de la question nationale. Le Congrès allirme, du reste, qu'il maintient dune manière complète la solidarité économique entre travailleurs.
Le Comité fédéral fut chargé de présenter aux Sections, avant la liu de l'année, un rapport sur les moyens de rendre le Bulletin hebdomadaire, tout en agrandissant son format.
A six heures du soir, le Congrès avait terminé ses travaux, et un banquet suivi d'une soirée familière clôtura la journée. Au cours de la soirée, nous vîmes entrer dans la salle où nous étions réunis, au nombre d'une centaine, deux étrangers à la haute stature, à la physionomie méridionale : c'étaient Pezza et Cafiero qui arrivaient d'Italie, pour nous apporter le salut fraternel de la Conférence de Rimini. l'ezza, la figure pAle et amaigrie, semblait malade ; et nous apprîmes qu'en eil'el il était atteint depuis plusieurs mois d'une grave allection de la poitrine qui mettait sa vie en danger : il était très fatigué du voyage, et nous l'envoyâmes se mettre iuunédiatement au lit. Cafiero, lui, scmi)lait se porter à merveille ; sa figure, aux traits réguliers, (luencadrait une barbe brune, exprimait à la fois la bonté et l'énergie ; et, à travers ses lunettes, ses yeux souriaient à tous ces amis qu'il connaissait déjà de nom. Schwitzguébel et moi nous le conduisîmes dans une chand)re de l'hôtel, pour qu'il
1. Ces deu.x adverbes attestent la collaboration de Bakounint> a la rédaction du mandat.
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pûl y faire ses ablutions : après quoi, lorsqu'il fût revenu au milieu de nous, nous passâmes le reste de la soirée à l'écouter nous parier de ses camarades italiens, dont le naturel franc et ouvert et le tempérament révolutionnaire nous étaient si sympathiques.
Le lendemain lundi, nous nous rendîmes, Bakounine, Galiero, Pezza e moi, avec les camarades du Vallon, au Val de Saint-lmier : nos nouveaux amis désiraient faire plus ample connaissance avec lu Fédération jurassienne. Je trouve dans le calendrier-journal de Bakounine des indications relatives à cette petite excursion, qui comprit aussi le Locle et Neuchâtel :
Août 19. A I h. 4o partons, dames russes pour Ziirich, nous pour Sonvillier, hôtel de la Balance. — 20. Sonvillier, James dans l'hôtel. . . Soir travaille et fais travailler. — 21. Travaillé toute la journée avec Cafiero et Pezza '. Soir assemblée des compagnons chez nous. — 22. Accompagnés des amis de Sonvillier, Cafiero, Pezza et moi allons au Locle. Soirée café Frey. — 23. Soir à la Chaux-de-Fonds. Soirée café de la Balance. . . — 24. A 3 h. arrivés Neuchâtel. Souper chez Guillaume. Pezza très fatigué. — 26. Matinée avec Guillaume ; à 3 h. 1/2 partons ; à 8 h. 1/2 arrivés à Ziirich. — 26. Pezza hémorragie ...»
Le Comité fédéral jurassien avait écrit d'urgence à la Fédération italienne, comme il en avait reçu le mandat, afin de l'engager à revenir sur sa décision, et à envoyer ses délégués à la Haye « pour y prendre part à la grande lutte entre l'autorité et le fédéralisme, qui allait décider de l'avenir de l'Internationale ». Au nom de la Commission de correspondance de la Fédération italienne, Costa, secrétaire de cette Commission, répondit d'Imola, le 24 août, qu'il n'était pas possible de révoquer une résolution prise d'un accord unanime par la Conférence de Rimini, et que, par conséquent, aucun délégué italien ne se rendrait à la Haye. Mais, à la suite d'un nouvel échange de lettres, les Italiens, tout en maintenant leur résolution de convoquer un Congrès « anti-autoritaire », consentirent à en modifier la date, qui fut reportée au i5 septembre ; et des considérations de convenance locale firent choisir Saint-lmier pour siège de ce Congrès, au lieu de Neuchâtel.
Comme on l'a vu, une souscription avait dû être ouverte dans les Sections de la Fédération jurassienne pour couvrir les frais de l'envoi de deux délégués à la Haye. Nos ressources étaient minimes, mais chacun fit un effort, et la somme nécessaire à notre voyage put être réunie.
Le vendredi 3o août, Schwitzguébel et moi nous partîmes de Neuchâtel par le premier train, pour nous rendre à la Haye par Bâle, l' Alsace-Lorraine, Namur et Bruxelles. J'emportais avec moi, pour les distribuer à la Haye aux délégués, une vingtaine d'exemplaires des cinq premières feuilles (80 pages) et d'une partie des pièces justificatives du Mémoire de la Fédération jurassienne : il n'avait pas été possible de pousser plus loin l'impression du volume avant le Congrès. Le même jour, Cafiero, de son côté, partait de Zurich : il voulait assister aussi au Congrès de la Haye, mais en simple spectateur. Il nous rejoignit à Bâle.
Le 19 août, Engels avait écrit ce qui suit à un de ses correspondants de Belgique, E. Glaser ^ :