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QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE VI Sig

Vous saurez déjà que la victoire est désormais gagnée. Les Italiens soi-disant internationaux ont tenu une Conlerence à Rimini, où les représentants de vingt Sections ont résolu : « La Conférence déclare solennellement, etc. » [suit le texte de la résolution italienne convoquant un Congrès général anti-autoritaire à Neucliàtel en Suisse]. Il sera bon de publier cela immédiatement dans V Internationale et la Liberté. Bakounine, dont le style se reconnaît dans tout ce document S voyant la partie perdue, ordonne la retraite sur toute la ligue et se sépare avec les siens de l'Internationale. Bon voyage à Neucliàtel !

. . . Cela vient en temps exact pour ouvrir les yeux aux Espagnols : là nous avons réussi à tirer le renard de son terrier. Le Conseil tedéral actuel a été dénoncé publiquement comme traître à l'Internationale. . . La plus ancienne Trade Union du monde, composée de mécaniciens, lilateurs et tisserands de la Catalogne, comptant 40.000 membres, s'est déclarée pour nous et envoie Mora, un des nôtres, au Congrès ^ . . La résolution de Rimini achèvera l'Alliance en Espagne.

... Il y a encore un autre avantage. Désormais tout scandale public sera évité au Congrès ^ Tout se fera avec décorum devant le public bourgeois. Quant au Congrès de rseuchâtel, on verra que ce n'est que la Fédération jurassienne avec quelques Sections italiennes qui s'y réunira, ce sera un fiasco absolu.

Malheureusement pour Engels et ses prédictions, les Jurassiens n'avaient pas été assez sots pour laisser le champ libre, dans le (Congrès général, aux agents de Marx qui comptaient pouvoir s'y livrer, en l'absence de toute opposition, à un assassinai inorul « sans scandale 1» et « avec décorum ». Acceptant la bataille, malgré les conditions désavantageuses et déloyales qui leur étaient imposées, les délégués jurassiens se rendaient à la Haye : ils allaient y trouver les Espagnols, à qui les dénonciations d'Engels n'avaient point, comme celui-ci se le figurait, « ouvert les yeux » ; les Belges, que l'épître écrite à Glaser et couniiuniquée par lui à Brismée avait laissés insensibles ; les Hollandais et les Anglais, qui arrivaient bien décidés à défendre le principe d'autonomie, — et icjîasco annoncé par le grand factotum de Marx fut celui de l'intrigue autorilaire : l'édifice de mensonge laborieusement échafaudé allait s'écrouler coiimic un château de caries.

Le Congrès de la Haye {j-y septembre i-'^yj).

Après être entrés en Alsace par Bâle, nous nous arrêtâmes, Schwitzguébel, Cafiero et moi, à Mulhouse, où nous voulions faire visite aux internationaux de cette ville. Nous nous rendîmes au cabaret de M"' W'eiss.

1. Bakounine, je l'ai dit, fut aussi surpris el aussi mécontent que nous lorsqu'il lut la résolution de lUiniui.

2. Cétail une fau>s(' nouvelle: le délégué ps| ère ne vint pas. Il parait que F. Mora, voyant la tournure qu'avaient prise les choses en Espagne, chancelait et manquait de résolution. Engels écrivit à Sorge le 16 novembre IM7i : « Tout ce (|ui a eu lieu en Espagne, nous le devons à l'énergie du seul Mesa, qui a dû tout exécuter a lui iDut seul. Mora est faible, et a été un moment vacillant , Mora ist scliuacfi und icar einen AïKjenblick schirankend/. »

[). Parce que, aucune délégation du parti anti-autoritaire, ù ce que croyait Engels, ne devant y venir, on pourrait y prononcer en catimini les expulsions rusolues d'avance.

dont le mari, Eugène Weiss ', ouvrier imprimeur sur rouleaux pour étoiles (les persécutions politiques lui avaient l'ait [)errlre sa place à l'atelier, et il vivait d'un petit commerce de houille), élait le secrétaire-correspondant de la Section (naturellement secrète, à cause du réffime dictatorial établi en Alsace-Lorraine), qui Taisait partie de la Fédération jurassienne. Weiss, prévenu, arriva bientôt, amenant avec lui plusieurs camarades ; nous causâmes quelques moments, puis il fallut reprendre le train, qui nous emmena dans la direction de Strasbourg. Au delà de Strasbourg, au moment où le soleil se couchait, nous passâmes devant le village de Bischwiller (le train, qui était un rapide, ne s'y arrêtait pas) : c'était là qu'habitaient nos deux jeunes correspondantes alsaciennes, Mathilde Rœderer et Elise Grimhi % que nous n'avions jamais vues et auxquelles nous adressâmes par la pensée un salut amical. Nous continuâmes à rouler toute la nuit, traversant Metz, Luxembourg, Namur, et au jour nous arrivions à Bruxelles. La journée du samedi 3i se passa à courir la ville. Nous allâmes d'abord au local de l'internationale, café du Cygne, Grand'Place ; l'heure était matinale, c'était jour de marché, et la belle place sur un des côtés de laquelle se dresse l'admirable Hôtel de Ville était en partie occupée par des campagnards et par leurs grands chiens attelés à des charrettes ; nous nous rendîmes ensuite chez l'imprimeur Brismée, rue des Alexiens, i3, et chez Laurent Verrycken, qui tenait une petite boutique de librairie je ne sais plus où. Dans l'après-midi, nous vîmes quelques-uns des rédacteurs de la Liberté, de tous les journaux qui se publiaient alors celui où nous retrouvions le mieux nos propres aspirations : Victor Arnould, Hector Denis, Guillaume De Greef. Dans la journée étaient arrivés trois des délégués espagnols : Farga-Pellicer, qui était pour nous une vieille connaissance, et Alerini, venant tous deux de Barcelone; Marselau, un jeune prêtre défroqué, venant de Séville. Le soir, nous assistâmes tous à une réunion de la Section de Bruxelles, passablement bruyante, et où nous pûmes constater que chez nos amis belges les avis étaient encore partagés : si tous revendiquaient énergiquement le droit à l'autonomie, quelques-uns n'approuvaient pas l'intransigeance des Espagnols et surtout des Italiens, et espéraient qu'il serait possible d'éviter une rupture avec Londres, craignant qu'elle ne déterminât une scission dans l'Internationale.

Le dimanche matin, nous montâmes en wagon en compagnie des trois délégués espagnols et de plusieurs délégués belges, Brismée, Eberhardt, Roch Splingard, Herman ; à Anvers, nous trouvâmes Goenen et Van den Abeele, et c'est là également que nous rencontrâmes le quatrième délégué de la Fédération espagnole, Morago, qui avait A'oyagé par mer. D'Anvers, le train nous emmena dans la direction du Nord jusqu'à Moerdijk, où tous les voyageurs durent descendre. En 1872, le grand viaduc qui, à Moerdijk, franchit le Hollandsch Diep (bras de mer qui sépare le Brabant néerlandais de la province de Hollande méridionale), n'était pas encore construit ; il fallut nous embarquer à bord d'un vapeur qui, suivant la rivière Noord et passant devant la jolie ville de Dordrecht, dont la vue nous charma, nous amena, par un bras de la Meuse, à Rotterdam. Là, nous prîmes le train qui devait nous conduire dans la capitale des Pays-Bas.

1. Eugène Weiss, mêlé au mouvement ouvrier depuis 1867, avait été en relations avec Varlin ; une lettre de lui à Varlin, du 6 mars 1870, ligure au Troisième procès de L' Internationale a Paris, p. 50.

2. Depuis quelque temps, ces deux jeunes fllles faisaient partie de l'Internationale à titre d'adhérentes individuelles : Elise Grimm s'était affiliée pendant un séjour qu'elle avait fait à Londres (lettre de Maion à Mathilde Rœderer, 11 juin 1872) ; Mathilde Rœderer élait devenue, en mai, membre de la t^édération jurassienne. Dans sa lettre du 13 juin, dont j'ai déjà cité un passage, M'"« André Léo leur dit, en les félicitant de leur entrée dans l'Association : « Emhras^ez-vous toutes deux pour moi, chères internationales. Vous voilà donc aussi au ban de la société et des bons principes, n

Arrivés à la Haye dans l'après-midi, nous y reçûmes, dans la rue même, dès nos premiers pas, un accueil d'une cordialité inattendue : des ouvriers, devinant que nous étions des délégués de l'Internationale, nous arrêtèrent pour nous donner de chaleureuses poignées de main et nous adresser des souhaits de bienvenue que nous traduisaient nos camarades flamands ; et les mêmes démonstrations se renouvelèrent à plusieurs reprises. Nous nous dispersâmes pour aller nous loger à diverses adresses qui nous avaient été indiquées : Schwitzguébel, Cafiero et moi nous nous rendîmes à une modeste auberge, dans un quartier peu distant du palais royal ; et nous eûmes l'agréable surprise de trouver là, installés autour de la table de la petite salle à manger et prenant le thé, mon vieux camarade du Congrès de Lausanne, Eccarius, et quatre autres membres de la délégation anglaise, John Haies, Roach, Sexton, et le joyeux Irlandais Mottershead, plus un délégué australien à l'herculéenne charpente et aux manières simples, le mineur d'or Harcourt. Surprise non moins grande, nous apprîmes, en quelques instants de conversation, qu'Eccarius et ses camarades s'étaient logés dans cette auberge pour être le plus loin possible de l'hôtel où Marx et sa camarilla avaient élu domicile ' ; que le torchon brûlait au Conseil général, et que, bien que Roach, Sexton, Mottershead, John Haies et Eccarius fussent membres dudit Conseil, ils étaient en guerre ouverte avec ceux qui en formaient la majorité. « Mais, leur dîmes-nous, comment se fait-il donc que vous ayez signé la fameuse Circulaire privée imprimée il y a quatre mois, et au bas de laquelle vos noms fraternisent avec ceux d'Engels, de Serraillier, de Marx et de Longuet ? » Ils nous répondirent que leurs signatures avaient été placées là sans qu'il leur eût été donné connaissance du contenu de ce document. Eccarius nous apprit en riant qu'il avait été relevé de ses fonctions de secrétaire correspondant pour l'Amérique, sous l'inculpation d'être affilié à l'Alliance ; et que les membres du Conseil fédéral anglais étaient tous accusés par Marx d'être vendus à Gladstone.

11 devait y avoir une réunion préparatoire, le soir même, au local qui avait été loué pour le Congrès, la salle Concordia, dans la Lange Lombard- Straat. Nous nous y rendîmes ; et là, en faisant connaissance avec les délégués néerlandais, le tailleur Gerhard, représentant le Conseil fédéral hollandais, le lithographe Gilkens, représentant la société des lithographes d'Amsterdam, Van der Hout, représentant la Section d'Amsterdam, et Victor Dave, représentant la Section de la Haye, nous eûmes un autre étonnement : celui d'apprendre que la Hollande n'était nullement, comme nous nous l'étions figuré, inféodée au parti autoritaire, et qu'au contraire ses délégués avaient reçu le mandat de voter dans le sens de l'autonomie et du maintien des principes inscrits dans les Statuts généraux de l'Internationale. Mais en même temps nous dûmes constater une chose beaucoup moins agréable : la présence presque au grand complet du Conseil général, dont les membres, avec l'appoint d'un certain nombre de délégués à mandats d'authenticité problématique, constituaient une n»ajorité faite d'avance, qui devait rendre illusoire toute délibération.

Les trois premières journées du Congrès, lundi, mardi et mercredi, furent entièrement employées à la vérification des mandats.

Voici, d'après la liste oflicielle, les noms des soixante-sept délégués dont la Conunission de vérification eut à examiner les pouvoirs :

Délég-ués venus d'Ang-leterre - .•

* Arnaud (Antoine), chimiste, délégué de la Section de Carouge (Suisse).

* Cournet (Frédéric), professeur, délégué du Conseil général de Londres

et du Comité central de Copenhague (Danemark).

1. Marx s'était installé à l'iiùttl «le Home, le principal iiôlel de la Haye. 2 Jo place un astérisque lievant les noms de ceux des délégués ijui faisaient partie du Conseil jïcnérai.

* Dupont (Eugène), luthier, délégué du Conseil général.

* Ecciirius (Jean-Georges), tailleur, délégué de la Seetion des tbriniers de

Londres.

* Engels (Friedrich), publicisle, délégué de la Section de Breslau (Prusse)

et de la Section 6 (Etals-L'nis).

* Frtinkel (Léo), orl'èvre, délégué d'une Section de France.

* Haies (John), délégué de la Section de Hackney Road, Londres. Harcourt (W. E.), mineur d'or, délégué de la Section de Melboui'ne

(Australie).

* Joliannard (Jules), délégué d'une Section de France.

* Le Moussu, dessinateur, délégué de la Section française de Londres.

* Lessner (Friedrich), tailleur, délégué de la Section allemande de Londres.

* Longuet (Charles), proie sseur, délégué d'une Section de France.

* Mac Donnell (J. P.), délégué de la Section irlandaise de Londres et de

la Section de Dublin.

* Maltman Barry, cordonnier, délégué d'une Section de Chicago (Etats-Unis).

* Marx (Karl), publiciste, délégué du Conseil général, de la Section i des

Etats-Unis, de la Section de Leipzig et de la Section de Mayence.

* Mottershead (Thomas), délégué de la Section de Bethnal Green, Londres.

* Ranvier (G.), peintre en poieelaine, délègue de la Section Ferré, à Paris.

* Roach (John), délégué du Conseil tédéral anglais.

* Serraillier (Auguste), tbrmier, délégué du Conseil général et d'une Sec-

tion de France.

* Sexton (George), médecin, délégué du Conseil général.

* Vaillant (Edouard), ingénieur civil, délégué de la Seciion de la Chaux-

de-Fonds (Suisse), d'une Section de France, et de la Section de San

Francisco (iitals-Unis).

Vichard, délégué d'une Seciion de France. Wilinot [pseudonyme 'j, délégué d'une Section de France [Bordeaux].

* Wroblewski (Walery), prolesseur, délégué du Conseil général et de la

Secùon polonaise de Londres.

Délégués venus d' Allemagne :

Becker (Bernhard), publiciste, délégué de la Section de Brunswick. Cuno, délégué de la Section de Dûsseldorf et de la Section de Stuttgart. Dietzgen (Joseph), tanneur, délégué de la Section de Dresde. Friedlânder (Hugo), délégué de la Section de Zurich (Suisse). Hepner (Adolf), journaliste, délégué de la Seciion 8, de New York. Kugeimann, docteur en médecine, délégué de la Section de Zell (Hanovre). Milke, typographe, délégué de la Section de Berhn. Ritlinghausen, publiciste, délégué de la Section de Munich. Scheu (Heinrich), délégué de la Section d'Esslingen (Wurtemberg). Schumacher (Gustav), tanneur, délégué de la Section de Solingen (Prusse).

Délégués venus de France :

Lucain [pseudonyme ^], délégué d'une Section de France.

Swarm [pseudonyme de d'Entraygues], délégué d'une Section de France

[Toulouse].

W aller [pseudonyme de Van Heddeghem], délégué d'une Seciion de

France [Paris].

Délégués venus de Belgique :

Brismée (Désiré), imprimeur, délégué de la Section de Biuxelles. Coenen, cordonnier, délégué de la Section d'Anvers.

1. J'ignore quel était le véritable nom du délégué qui avait pris le pseudonyme de Wilinot. Ce pseudonyme prend la forme de Vilmart dans les lettres écrites par Engels à Sorge, récemment publiées.

2. Le délégué qui avait pris le pseudonyme de Lucain me confia, dans une conversation que j'eus avec lui, son véritable nom ; je l'ai oublié.

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