‹ L'Internationale; documents et souvenirsChapitre 308 sur 314 · Lettre du il janvier · texte numérisé non relu

Lettre du il janvier

Si maintenant nous récapitulons les délégués qui formèrent la majorité marxiste, nous la trouvons composée comme suit :

Seize membres du Conseil général : l'un d'eux, Dupont, n'avait pas de mandat autre que sa qualité de membre de ce Conseil; quatre. Le Moussu, Lessner, Mac Donnell et Wroblewski, représentaient des Sections française, allemande, irlandaise et polonaise constituées à Londres (Mac Donnell avait en outre un mandat de Dublin) ; deux, Arnaud et Cournet, avaient des mandats fantaisistes de Garouge et de Copenhague ; trois, Engels, Maltman Barry et Marx, avaient pour titres trois mandats américains apportés parSorge,et Marx et Engels avaient en outre desman dats allemands émanant de Sections qui n'existaient pas ; enlin six, Frânkel, Johannard, Longuet, Ranvier, Serraillier et Vaillant, étaient munis de mandats français invisibles (Vaillant avait en outre un mandat américain, et ce mandat de la Chaux-de-Fonds dont il avait renoncé à se prévaloir) ;

Six délégués, — dont cinq s'abritant sous des pseudonymes, — qui, ainsi que les six membres du Conseil général nommés en dernier lieu, étaient porteurs de mandats qu'on disait émaner de Sections de France, sans qu'aucun contrôle fût possible : Dumont (Faillet), Lucain ('?), Swarm (d'Entraygues), Vichard, Walter (Van Heddeghem), Wilmot (?) ;

Neuf délégués venus d'Allemagne et qui, aux termes de la décision du Congrès de Bâle, n'avaient pas le droit de voter : Bernhard Becker, Cuno, Dietzgen, Hepner, Kugelmann, Milke, Rittinghausen, Scheu et Schumacher ;

Trois délégués ayant des mandats suisses : J.-Ph. Becker, Duval, et Friedlânder (ce dernier habitant Berlin) ;

Deux délégués venus des Etats-Unis : Dereure et Sorge ;

Un Bohème, Heim ; un Danois, Pihl ; un Hongrois, Farkas ; et M. Paul Lafargue ;

Total, quarante hommes.

Ce résultat était maigre, et n'était vraiment pas en proportion des efforts inouïs faits par Marx et Engels pour enrôler des votants. Quarante hommes, et sur ce nombre seize membres du Conseil général î Retranchez ces seize-là, qui étaient à la fois juges et parties ; retranchez encore les six Français, à mandats contestables, et les neuf Allemands, qui n'auraient pas du être admis à voter ; que restait-il ? les trois Suisses (dont deux étaient Allemands et le troisième, Duval, Français), les deux Américains (dont l'un était Allemand et l'autre Parisien), le Bohème, le Danois, le Hongrois, et M. Lafargue. Pahîo Farga, V « Espagnol postiche » (qui était censé représenter Madrid et Lisbonne) : en tout neuf!

Voyons, en regard, ce qu'était la « minorité » :

Quatre délégués nommés au scrutin par toutes les Sections de la Fédération espagnole et porteurs d'un mandat impératif : Alerini, Farga- Pellicer, Marselau et Morago ;

Deux Jurassiens nonmiés j)ar le Congrès de la Fédération jurassienne et porteurs aussi d'un mandat impératif : James Guillaume et Adhémar Schwitzguébel ;

Sept Belges, représentant diverses Sections et fédérations : Brisraée, Coenen (Flamand), Eberhardt, Fluse, Herman, Splingard, Van den Abeele (Flamand) ;

Quatre Hollandais, représentant le Conseil fédéral hollandais et diverses Sections : Dave, (ierhard, Gilkens, Van der Hout;

Cinq délégués de Sections anglaises : Eccarius, John Haies, Harcourt (de Melbourne, Australie), Mottersiiead, Roach ;

L^n Français, représentant la Section française de Bruxelles : Cyrille ;

Un Américain, Sauva, représentant les Sections 2() et ^2 des Etats-Unis.

A ces vingt-quatre délégués, il l'aut ajouter Sexton, niembre du Const il général, (jui vola avec la minorité, mais cjui n'avait, connue Dupont, d'autre mandat que sa qualité de membre de ce Conseil '.

1. La ininorilù comptait cinq membres du Conseil j;ént^ral, Kccarius, llules,

334 l'internationalk

Je ne compte pas West et Joukovsky, puisque l'un fut rejeté, et l'autre perpétuellement ajourné.

bi nous avions tenu absolument à être les plus Torts numériquement, il eût été bien lacile de l'aire envoyer par la Belgique et la Holhmde quelques délégués de plus ; et nous aurions pu, nous aussi, avoir des mandats de Sections de France ', que nous aurions distribués à quelques-uns des Français, sympathiques à nos idées, que le Congrès avait attirés à la Haye -. La Fédération italienne avait nonmié sept délégués, qui se rendirent en Suisse pour prendre pari, le i5 seplend)re, au Congrès international de Saint-lmier : si l'Italie avait renoncé à une abstenlion qui nous paraissait une faute, et qu'elle eût envoyé ses délégués à la Haye, la minorité, déjà renforcée des délégués belges, hollandais et français que nous eussions pu nous adjoindre, se serait transformée en majorité. Mais nous dédaignâmes l'emploi de ces moyens : ce n'était pas en grossissant de quelques unités le nombre de ses votes que la minorité devait chercher à prouver la légitinùlé de ses revendications '\ Que la « minorité » comptât plus ou moins de voix, il était certain qu'elle seule représentait les Fédérations régulièrement constituées, les Fédérations vivantes, la véritable Internationale ; et le Congrès delà Haye, préparé pour étoutï'er la manifestation de l'opinion de ces Fédérations, ne pouvait être et ne fut en effet qu'un attentat contre l'Internationale.

Une fois terminée la vérification des mandats, qui avait consumé trois jours entiers, le Congrès, le mercredi soir, s'occupa de la constitution de son bureau. Pendant les trois premiers jours, la présidence provisoire avait été confiée au délégué belge Van den Abeele : il fut remplacé dans ses fonctions par Banvier. Pour la vice-présidence, Dupont et Gerhard obtinrent chacun 27 voix, Sorge 20 ; Dupont refusa, en sorte qu^i les deux vice-présidents turent Gerhard et Sorge. Les secrétaires furent Le Moussu, Hepner, Mac Donnell, Frânkel, Wilmot, Eccarius, Marselau, Dave et Van den Abeele. On n'avait désigné des secrétaires que pour la forme ; car pendant toute la durée du Congrès il ne fut lu aucun procès-verbal, malgré les réclamations de la minorité, à laquelle on répondait toujours que le temps avait manqué ; enfin, dans la dernière séance, la majorité décida que la rédaction des procès-verbaux serait confiée à une commission composée de Dupont, Engels. Frânkel, Le Moussu. Marx et Serraillier, et que le nouveau Conseil général serait chargé de leur publication '.

Dès l'ouverture du Congrès, les Espagnols avaient dépose une motion d'ordre tendant à faire changer le mode de volation. L'usage adopté dans les Congrès précédents était d'attribuer une voix à chaque délégué. Les Espagnols, conformément à leur mandat, demandèrent que le vote de chaque délégué fût compté proportionnellement au nombre d'internatio-

Mottershead, Roach et Sexton. Comme ils ne votaient pas pour ce Conseil, mais contre lui, leur qualité de membres du Conseil général ne faisait que donner plus de signiflcation à leur présence, dans les rangs de l'opposition.

1. Dans une des séances du mercredi, le président, Ranvier, annonça qu'il était arrivé un mandat de la Section de Mulhouse conflant sa délégation à Schwilzguébel et à moi. Bien d'autres Sections, en France, nous auraient envoyé des mandats, si nous le leur avions demandé.

■2. Parmi ces Français, je cite Lanjalley, dont j'eus le plaisir de faire alors la connaissance.

3. Ce sentiment explique pourquoi la minorité renonça à chicaner les porteurs de mnndats allemands et frai çais sur la validité de leurs titres.

4. J'ignore si ces c( procès-verbaux » (!) ont été rédigés et publiés ; je ne ifs ai jamais vus. Les seuls documents que je puisse indiquer comme source de renseignements pour le Congrès de la fia\e sont cinq comptes-rendus | ubliés par des journ^.ux : celui de la Liberté, de Bruxelles, celui du Butletin jurassien, celui de la Képubliqite française (rédigé par Lanjalley), celui que Maltmiin Barry rédigea, avec la collaboration visible de Marx et d'Engels, pour le journal tory le Standard, et celui qu'Eccarius rédigea pour le Iiiiies ; et la Meinona à tudos los intcriuicionales espafwles, rédigée par les délégués de la Fédération espagnole.

naux qu'il représentait ; les Belges et les Jurassiens, de leur côté, proposèrent que le vote se lît, non par tête, mais par fédération. Ces propositions furent repoussées par la majorité,, qui se voyait perdue si elles étaient admises. En présence de celte décision, les Espagnols et les Jurassiens déclarèrent qu'ils ne prendraient part à aucun vote, et qu'ils ne considéraient le Congrès que comme une simple comédie ; mais ils annoncèrent en môme temps qu'ils étaient décidés à y assister jusqu'à la fin, pour protester contre les agissements de la majorité.

L'ordre du jour du Congrès tut ainsi fixé : i° Discussion sur les pouvoirs du Conseil général ; 2' discussion sur la proposition d'intercaler dans les Statuts généraux la résolution IX de la Contérence de Londres relative à l'action politique du prolétariat ; i" diverses mesures administratives, comme l'élection du Conseil général, le choix du lieu du prochain Congrès, la véritication des comptes du Conseil général, les rapports de diverses commissions, etc.

Sur la proposition du Conseil général, une Commission de cinq membres fut nommée, le mercredi soir, pour s'occuper d'une cnquèle sur la société l'Alliance, et présenter un rapport au Congrès. Ces cinq membres turent : Cuno, Allemand ; Lucain (pseudonyme), Vichard, el VValter [Van beddeghem], Français ; et Koch Splingard, Belge : ce dernier représentait seul la minorité dans la Commission. Cette même commission reçut le mandat de faire une enquête sur les manœuvres du Conseil général et ses violations des statuts, qui avaient été dénoncées par les Fédérations espagnole et jurassienne. Ce fut Cuno qui fut président de la Commission. Ce Cuno était un personnage à la cervelle un peu détraquée, qui avait passé quelque tenqjs à Milan, où il avait fait partie de la Section de l'Internationale, sous le pseudonyme de Capestro ; il avait été expulsé de cette ville par la police italienne en lévrier 1872 ; « il donna la mesure de son discernement en provoquant le jeudi, en séance publique, un fonctionnaire allemand auquel il dut faire des excuses publiques le vendredi ' » (^Bulletin).

Ces préliminaires terminés, le Congrès put enfin tenir une séance publique, le jeudi après-midi 5 septembre. Jusqu'alors tout s'était passé dans des séances privées, auxquelles les délégués étaient seuls admis : aussi notre ami Caliero, qui ne pouvait pénétrer dans ces réunions closes, rongeait-il son frein et trouvait- il le temps bien long : il regretta plus d'une fois, j'en suis sûr, la décision de Riniini qui 1 obligeait à rester à la porte de la salle pendant les séances administratives.

Dans cette première séance publique, à laquelle assistèrent beaucoup de bourgeois curieux, indill'érents ou hostiles, et quekiues ouvriers de la Haye, le Conseil général présenta en anglais (Sexlon), en français (Longuet), et en allemand (Marx), avec une traduction en hollandais (Dave), un rapport sur les événements politiques survenus en Europe pendant les trois années qui s'étaient écoulées depuis le Congrès de BAle. La lecture du rapport achevée, les délégués de la Fédération jurassienne proposèrent l'adoption de la résolution suivante, que j'avais rédigée :

Le Congrès de rAssociation internationale des travailleurs, réuni à la Haye, exprime, au nom du proie lariat universel, son admiration pour les liéroïques elianipions de la cause de rénianeipation du travail, tombés viclime de leur dévouement, et envoie un salut fraternel el sympathique à tous ceux que persécute en ce

1. Ce fonctionnaire, appclo itodolpho Schranuii, avait i-té ronsiil à Milan, et se trouvait par hasard dans le piililic (|iii assistait a la séance du 4 scptciiiljrc ; lluno le reconnut cl 1 aposlroplia f.i;rt>ssicr('in('nt, en l'accusant de l'avoir diniiiice el irètre l'aulcur do son expulsion d'Italie. Scliraiiim donna, devant uu jur\ d'houneur, îles explications qui dénionlrerenl qu'il n'avait été pour rien dans le.xpuUion de Cuno, el celui-ci dut se rétracter publiquenienl le lendt-main.

moment la réaction bourgeoise, en France, en Allemagne, en Danemark, et flans le monde entier.

II n'y cul pas de vote sur cette résolution, elle l'ut adoptée par acclanialion.

Le jeudi soir eut lieu une seconde séance publique, dans laquelle le débat s'ouvrit sur la première question de l'ordre du jour : les pouvoirs du Conseil général. Je reproduis à peu près textuellement le compterendu de notre Bulletin (n" 17-18) :

Ilerman, délégué des Sections de Liège, et membre lui-mém»î du (Conseil généi*al, où il remplit l'emploi de secrétaire pour la Belgique, ouvre la discussion. Herman a])partient à l'opposition. Les Sections qu'il représente sont d'avis, comme toutes les Sections belges en général, que le Conseil général ne doit pas être un centre politique imposant une doctrine quelconque et prétendant diriger l'Association. 11 doit être (orme autrement qu'il ne l'a été jusqu'à ce jour, chaque pays pouvant y nommer des représentants, sans qu'il puisse s'adjoindre aucun membre étranger. Le but poursuivi par l'Internationale, c'est l'organisation des forces ouvrières dans la lutte contre le capital, avec cet objectif suprême, l'abolition du salariat et du prolétariat. Chaque pays doit être libre de rechercher les moyens d'action qui lui conviennent le mieux dans cette lutte. Quant à lui, son mandat est formel : il demande que le Congrès établisse des conditions telles que le Conseil général ne puisse plus imposer aucune direction à l'Association.

Lafargiie répond à Herman. Il parle de ses mandats de Lisbonne et de Madrid, et des instructions qu'ils renferment (instructions écrites sous la dictée de M. Lafargue lui-même). Les attributions du Conseil général doivent être maintenues : c'est par lui que l'Internationale existe; si on le supprimait l'Internationale périrait. Il dira du Conseil général ce que Voltaire disait de Dieu : que s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.

James Guillaume, délégué jurassien, expose l'opinion de sa Fédération. Il y a actuellement dans l'Association internationale, dit-il, deux grands courants d'idées. Les uns la considèrent comme la création permanente d'un groupe d'hommes possédant une certaine doctrine sociale dont l'application doit émanciper le travail ; ces hommes propagent partout leur doctrine, et cherchent à empêcher toute propagande contraire. On pense que c'est grâce à ce groupe, qui maintient une sorte d'orthodoxie, et à cause d'elle, que l'Internationale existe. D'autres, au contraire, croient que l'Internationale ne résulte pas de l'action d'un groupe quelconque d'hommes, mais bien des conditions économiques de chaque contrée. La situation analogue des travailleurs, dans les divers pays, produit une identité de sentiments, d'aspirations et d'intérêts qui, spontanément, donne naissance à l'Internationale. Ce n'est pas une conception sortie d'un cerveau quelconque, mais la résultante nécessaire des faits économiques.

Les membres de notre Fédération ont contribué, à Bàle, à faire remettre aux mains du Conseil général les pouvoirs dont nous réclamons aujourd'hui l'abolition. C'est instruits par l'expérience, c'est parce que nous avons eu à souffrir des abus d'autorité du Conseil général, que nous avons été peu à peu amenés à examiner si les attributions lui avaient été confiées ne constituaient pas un danger. Le

n'exercera ce droit qu'après avoir consulté préalablement le conseil fédéx'al respectif.

Dans le cas de la dissolution d'un conseil fédéral, le Conseil général devra demander en même temps aux sections de la fédération d'élire un nouveau conseil fédéral dans trente jours au plus.

Dans le cas de la suspension de toute une fédération, le Conseil général devra immédiatement en aviser toutes les fédérations. Si la majorité des fédérations le demande, le Conseil général devra convoquer une Conférence extraordinaire, composée d'un délégué par nationalité, qui se réunira un mois après, et qui statuera définitivement sur le différend.

Néanmoins il est bien entendu que les pays où l'Internationale est prohibée exerceront les mêmes droits que les fédérations régulières.

Ce fut en séance privée, le vendredi après-midi, que l'on désigna le siège du nouveau Conseil général. Par 2() voix contre 23, avec 9 abstentions *, il fut d'abord décidé que le siège du Conseil général serait changé. Marx, qui avait promis aux blanquistes de voter pour le maintien du Conseil à Londres, les trahit, et donna sa voix pour le changement, ainsi qu'Engels et que ses principaux afïidés, Lafargue, Longuet, Lessner, Kugèlmann, Dupont, Le Moussu, Maltnian Barry -. Quatre membres de la minorité, Belges et Hollandais, Herman, Splingard, Gerhard, Van der Hout, votèrent, avec les cinq blanquistes, Arnaud, Cournet, Dereure, Ranvier et Vaillant, pour le maintien du Conseil à Londres, ainsi que quatorze membres de la majorité '\ Eccarius et une partie des Anglais, obligés de rentrer à Londres, avaient déjà quitté le Congrès.

Ensuite Engels, en son nom et en celui de Marx et de sept autres délégués, proposa New York comme siège du Conseil général. Si Marx avait précédemment insisté pour conserver le Conseil à Londres, c'est qu'il redoutait de le voir transférer en Suisse ou en Belgique ; mais l'idée — de qui était-elle venue? je l'ignore — de le placer en Amérique dut lui paraître un trait de génie, et, s'il n'en fut pas lui-même l'inventeur, il l'adopta avec enthousiasme : à New York, pensait-il, le Conseil général, qui sera sous la férule de mon ami Sorge, obéira toujours à mon iniluence, et j'aurai en même temps l'air de ne me pUis mêler de rien et d'avoir donné un grand exemple d'abnégation personneUe. Mais Marx, malgré sa (inesse, n'avait pas senti une chose : c'est que, tout en roulant les blanquistes et en croyant faire un coup de maître destiné à éterniser sa domination sur le Conseil général, il faisait — surtout ! — les affaires de la minorité, qui raisonna ainsi : « Une fois le Conseil général placé de l'autre côté de l'Atlantique, ce sera pour nous, en tait, comme s'il n'existait plus, et l'on va nous fournir la plus belle occasion de prouver, d'une façon pratique, qu'on peut se passer de Conseil général ».

Et, en réalité, ce furent neuf membres de la minorité. Anglais, Belges et Hollandais, qui, en joignant leurs voix à celles de Marx et de ses amis, donnèrent la majorité pour le choix de New York : il y eut 3o voix pour

1. Les neuf abstenants sont des membres de la minorité : Alerini, Cyrille, Eberhardt, Farga Pellicor, Hiise, Guillaume, Marselau. .Morago, Scli\vitzs;ut'bel.

i. Les dix-sept autres déléj^ués qui vot(''rent pour le cbaiiirement, avec les neuf que je viens de nommer, sont : J.-Ph. Hecker, Cuno, Dumont IFailleti, Jobaiinard. Mac Donnell, Serraillier, Sorge, Swarm [d'Entraygues|, Viibard, Wroblewski, de la majorité; lirismée, Dave, Harcourt, Roach, Sauva, Sexlon, Van den Abeele, de la minorité.

;{. Ces quatorze délégués sont Hernbard Becker, Duval, Farkas, Friinkel, Frledlânder, ileim, llepner, Lucain (pseudonyme), Ludwig. Milke, Pilii, Srluimacber, Wilmot (pseudonyme), VValter [Van lleddeghem 1. — Sur Ludwig. voir plus loin p. 3;iO.

34o l'inteunationale

New York ', i4 voix contre-, et la abstentions '. Si les neuf membres de la minorité qui votèrent pour New York eussent voté contre, New York n'obtenait que 21 voix contre 23. Tandis que Marx s'applaudissait du succès de sa ruse et de la victoire qu'il venait de remporter sur les blanquisles, la minorité, de son coté, se félicitait de la faute énorme commise par Marx et les siens, et que ceux-ci n'avaient pu perpétrer que grâce à l'appoint malicieusement fourni par neuf voix autonomistes.

Le vendredi soir eut lieu une troisième séance publique. On y discuta une proposition signée d'un certain nombre de membres de la majorité, et qui consistait à introduire dans les Statuts généraux la résolution IX de la Conférence de Londres, avec une rédaction nouvelle ainsi conçue :

Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir comme classe qu'en se constituant luimême en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes.

Cette constitution clu prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême, l'abolition des classes.

La coalition des forces ouvrières, déjà obtenue par les luttes économiques, doit aussi servir de levier aux mains de cette classe dans la lutte contre le pouvoir politique de ses exploiteurs.

Les seigneurs de la terre et du capital se servant toujours de leurs privilèges politiques pour défendre et perpétuer leurs monopoles économiques et asservir le travail, la conquête du pouvoir politique devient donc le grand devoir du prolétariat \

Les blanquistes avaient déposé une proposition signée par Arnaud, Cournet, Ranvier, Vaillant et Dereure, contenant une déclaration de principes qui se résumait dans cette formule : « Si la grève est un moyen d'action révolutionnaire, la barricade en est un autre et le plus puissant de tous », et qui demandait au Congrès de déclarer que « l'organisation militante des forces révolutionnaires du prolétariat et de sa lutte était mise à l'ordre du jour du prochain Congrès ».

J'emprunte de nouveau au Bulletin le compte-rendu de la discussion :

Le débat n'eut pas un caractère sérieux. Les deux orateurs qui soutinrent la proposition du Conseil général, Vaillant et Hepner, n'apportèrent pas le moindre argument.

Vaillant se borna à faire l'éloge de la force et de la dictature, en déclarant que ceux qui ne pensaient comme lui étaient des bourgeois

t. Les trente délégués qui votèrent pour New York sont: J.-Pli. Becker, Beinhard Becker, Cuno, Dumont [Faillet], Dupont, Engels, Farkas, Friedlânder, Kugelmann, Lafargue, Lessner, Le Moussu, Longuet, Lucain (pseudonyme), Mac Donnell, Marx, Pihi, Serraillier, Swarra [d'Entraygues]. Vichard, Wroblewski, de la majorité; Brismée, Coenen, Dave, Fluse, Herman, Hoach, Sexton, Splingard, Van den Abeele, de la minorité.

2. Les quatorze délégués qui votèrent contre New York (les cinq blanquistes et neuf autres, tous de la majorité) sont : Arnaud, Cournet, Dereure, Duval, Frànkel, Heim, Hepner, Ludwig, Milke, Ranvier, Scbumacher, Vaillant, Wilmot (pseudonyme), Walter[Van Heddeghem].

3. Les douze abstenants sont Alerlni, Cyrille, Eberhardt, Farga-Pellicer, Gerhard, Guillaume, Marselau, Morago, Schwitzguébel, Van der Bout, de la minorité ; Johannard et Sorge, de la majorité.

4. Cet alinéa est emprunté à l'Adresse inaugurale rédtgée par Marx en 1864, qui n'avait jamais été considérée comme constituant un programme officiel et obligatoire. La Conférence de Londres avait rappelé ce texte dans les considérants de sa résolution IX ; le Congrès de la Haye va le transformer en une disposition statutaire.

OU des intrigants, et qu'une fois la proposition votée et insérée comme article de foi dans la Bible de l Internationale (textuel), tout international serait tenu de se conformer au programme politique qui y est tracé, sous peine d'expulsion. Nous serions curieux de savoir ce que pense la Section romande de la Chaux-de-Fonds des opinions de son mandataire Vaillant.

Hepner, du Volksstaat, déclare que les internationaux qui, en Suisse, ne vont pas voter aux élections politiques, sont les alliés du « mouchard » Schweitzer en Prusse, et que l'abstention du vote conduit directement au bureau de police. Lors de la guerre francoallemande, les « abstentionnistes » devinrent en Allemagne les plus ardents patriotes prussiens, et il en est de même partout. On prétend que le Conseil général impose une doctrine : cela est faux : il n'a jamais rien imposé aux Allemands, et la doctrine politique contenue dans les publications du Conseil général sest trouvée en parfaite harmonie avec les sentiments des ouvriers allemands, sans qu'il y ait eu besoin d'aucune violence. Hepner dit bien d'autres choses encore, ne traitant jamais la question de principe, mais racontant une série d'historiettes, les unes fausses, les autres servant de prétexte à de venimeuses et calomnieuses interprétations.

James Guillaiiine fut le seul délégué de la minorité à qui il fut permis de parler. C'était un passe-droit, car il y avait une quinzaine d'orateurs inscrits avant lui, entre autres les quatre délégués espagnols et plusieurs délégués belges et anglais ; il en fit l'observation, mais le président et la majorité insistèrent pour qu'il parlât. Comme nous le comprîmes plus tard, le plan du Conseil général était de faire exposer, en séance publique, les théories de l'opposition par la bouche de Guillaume, puis, à la fin du Congrès, de frapper d'expvdsion celui qui avait été le porte-parole de la minorité, afin de faire croire au grand public que les principes de celle-ci n'avaient eu d'autre défenseur qu'un homme indigne de faire partie de l'Internationale.

La réponse de Guillaume fut très incomplète, parce que, faute d'une entente préalable avec ses collègues de la minorité, il ne put réunir tous les matériaux épars dans les mains des divers délégués qui se proposaient de parler contre la proposition. En outre, il répugnait à la minorité de produire en séance publique certaines lettres de membres du Conseil général, qui donnaient à la proposition sa véritable signification '. Guillaume se borna donc à un exposé général de la théorie fédéraliste et révolutionnaire, qu'il oi)[)Osa à la doctrine exposée dans le célèbre Manifeste du pai'ti communiste publié en 18^8 par Marx et Engels ; la résolution L\ de la Conférence de Lon^i'es, dont on. propose l'insertion dans les Statuts généraux, n'est qu'un premier pas fait dans le sens de ce programme '. Uele-

1. Il s'agit cnlrc autres dos lottro.s d'Knpcls. ijuc (".alicro avait apportées.

2. Dix-huit ans plus tard, Knj^ols a condamiio luinuMne, — sans s'en apercevoir. — comme contraire à l'esprit (jiii avait présidé à la création de l'Internationale, cette tenlativc d'inserirc dans les Statuts généraux les thèses spéciales au programme marxiste :

(I L'Internationale, a-l-il écrit, se proposait d'unir en une seule et prodi^jieuse armée la totalité des ouvriers militants d'Kurope et d'Amérique, (l'est pourquoi elli^ ne pouvait pas prendre pour point île départ les principes déposés ilans le Mani fcste communiste. Il lui fallait un pro,i,'ramme qui n'cxcliU ni les Trades l'nions anglaises, ni les proiidlioniens fiançais, helges, italiens, espagnols, ni les lassalliens allemamls. Le programme présenté dans l'exposé des motifs qui |)récéde les Statuts

vaut le terme d'abstentionnistes appliqué aux internationaux belges, hollandais, jurassiens, espagnols et italiens. Guillaume déclara que ■ ce terme, introduit par Proudhon dans le vocabulaire socialiste, prêtait à l'équivoque, et <pie ce (jue la minorité du Congres voulait c'était, non l'indillérence i)olitique, mais une; ]>olitique spéciale, négatrice de la politique bourgeoise, et que nous appcllei'ons la politique du travail. La distinction entre la politique positive de la majorité et la politique négative de la minorité est, du reste, marquée clairement par la définition du but que chacune d'elles se propose : la majorité veut la conquête du poupoir politique, la minorité veut la destruction du pouvoir politique.

Longuet, jadis proudhonien, mais devenu marxiste pour des raisons de famille ', fit à ce discours une réponse absolument vide. C'est en vain que nous en avons cherché les points principaux pour les résumer; il n'y a rien dans cette harangue dill'use : des mots, beaucoup de mots, et pas une idée dessous. La seule chose qu'on puisse prendre pour un argument au milieu de ces phrases, c'est une plaisanterie qui consistait à <lire que l'orateur de la minorité n'avait lu ni Proudhon ni Marx, — plaisanterie qui rappelle la lettre de M. Laf'argue parlant de Y ignorance bénie de la Fédération jurassienne % et qui a eu le même succès.

La séance fut ensuite close au milieu d'un tumulte excité par quelques braillards qui se trouvaient dans le public.

Après le vote qui avait transféré le Conseil général à New York et jeté la division dans le camp de la majorité, la rainorité, trouvant le terrain déblayé par les soins mêmes de Marx, put arriver à l'entente qu'elle avait cherché à établir entre ses membres dès le premier jour du Congrès. Des réunions privées de la minorité avaient eu lieu à diverses reprises au local de la Section de la Haye; tous les membres de l'opposition, y compris les Anglais et l'Américain Sauva, y avaient assisté ; on y avait échangé des idées et constaté qu'on était d'accord sur le principe d'autonomie ; restait à exprimer cet accord dans une déclaration à lire au Congrès. Cette déclaration avait semblé, au premier abord, devoir être très difficile à élaborer, vu certaines divergences de détails entre les délégués de telle ou telle Fédération ; mais, après le vote transportant le Conseil général à New York, la chose alla toute seule. Le samedi matin, on était arrivé à une rédaction définitive, qui fut présentée à la signature de tous les délégués de l'opposition. Tous la signèrent, sauf les Anglais, qui avaient déjà dû quitter la Haye % mais qui en avaient, dans les réunions précédentes de

de l'Internationale fut rédigé par Marx avec une maîtrise reconnue même de Bakounine et des anarchistes. Le triomphe final des propositions émises dans le Manifeste, Marx ne l'a jamais attendu que du seul développement intellectuel de la classe ouvrière, que devait amener l'aciion commune et la discussion en commun. » (Préface à une nouvelle édition du Manifeste communiste, 1=' mai 1890.)

Marx n'a pas eu, en 1871 et en 1872, l'attitude expectante que lui prête son panégyriste : il a voulu, au contraire, faire violence au prolétariat des pays qui n'acceptaient pas sa doctrine. Il s'est mis ainsi en contradiction avec la tactique de ce Marx idé il que glorifie Engels aux dépens du Marx réel.

1 . Charles Longuet venait d'épouser la fille aînée de Karl Marx.

2. 11 s'agit de la lettre du 17 mai 1872, dont il a été question p. 247 et que j'ai le regret de n'avoir pu reproduire ; dans un passage de cette lettre, Lafargue, après nous avoir appelés (< pontifes des Idées Pnres », et affirmé que la circulaire du Congrès de Sonvillier était « bourrée de doctrines métapîiysiques », ajoutait : « Les prêtres, à quelque religion qu'ils appartiennent, se complaisent dans une ignorance bénie «,

3. Eccarius, Haies, Mottershead, Harcourt étaient partis dès le jeudi soir ; Roach et Sexton partirent le vendredi soir.

la minorité, approuvé les principes. Les signatures de deux délégués hollandais, Gilkens et Van der IIoul, manquent aussi au bas de ce document : ils étaient déjà repartis pour Amsterdam. Il y manque aussi, je ne sais pourquoi, les signatures des délégués belges Hernian et Splingard.

Le samedi malin, on apprit que les blanquistes (Arnaud, Gournet, Ranvier et Vaillant), furieux d'avoir été joués, avaient quitté le Congrès (Dereure était resté). Ranvier, en abandonnant la présidence, — où il fut remplacé par Sorge, — avait déclaré que l'Internationale était perdue. La minorit"^, de plus en plus compacte et résolue, ayant de plus en plus conscience qu'en elle était la véritable représentation de Tlnternationale, disait au contraire : L'Internationale est sauvée, elle va reprendre possession d'elle-même ; l'autorité du Conseil général, votée en principe par la majorité, a été abolie en fait par le choix de New York.

La majorité avait maintenant à nommer les membres du nouveau Conseil général ; il lui fallait voter les yeux fermés, nul parmi les Européens ne connaissant les candidats auxquels il devait donner sa voix. Un fait bien caractéristique, c'est que, sur un mot d'ordre donné par Marx à ses amis, la candidature de Sorge ne fut pas mise en avant ; on savait qu'elle eût échoué, la personnalité de ce délégué étant antipathique môme à une partie de la majorité : impossible d'imaginer un mufle plus déplaisant, un lourdaud plus mal embouché ; on l'avait tout de suite surnommé « le caporal Sorge ». Les marxistes firent décider que le Congrès nommerait seulement douze membres du Conseil général, et que le nouveau Conseil aurait, non pas la faculté, mais le devoir de s'adjoindre ultérieurement trois membres (disposition qui n'avait d'autre but que de permettre l'entrée ultérieure de Sorge au Conseil) '. Les douze membres, élus par la majorité seule, obtinrent de 29 à 22 suffrages - ; la minorité s'abstint, impassible.

11 fut décidé ensuite que le prochain Congrès général aurait lieu en Suisse.

Le Conseil général présenta son compte- rendu financier ; puis on procéda au vote sur l'insertion dans les Statuts généraux de l'article sur la « conquête du pouvoir politique ». qui avait été discuté la veille : il fut adopté par 29 voix contre 5, avec 8 abstentions.

Une quatrième et dernière séance publique eut lieu le samedi aprèsmidi : elle fut consacrée, non à uji débat entre les délégués, mais à un exposé des principes de l'Internationale, adressé à un nombreux auditoire par plusieurs orateurs, entre autres par Victor Dave, qui s'exprimait couramment en langue hollandaise, par Van dcr Hout et Brismée. En constatant les chaleureux applaudissements donnés à ces délégués, qui développaient les idées de la minorité, par le public néerlandais, Lafarguc. toujours ingénieux (ing-enioso hidalgo), déclara que ce fait prouvait i)icn que le Conseil général, en désignant la Haye comme siège du Congrès. n'avait pas été guidé par la pensée de choisir un milieu qui lui fût favorable !

Il reste à parler de la (juestion qui, aux yeux de Marx et d'Engels, était la plus importante de toutes, celle en vue de laquelle le Congrès avait été convoqué et une majorité complaisante fabriquée : la question de V Alliance.

La Commission d'enquête sur l'Alliance, nommée le mercredi soir, tint ses réunions, à huis-clos, dans le local de la Section de la Haye, et fit

LfLt'UllljL dL ti uu liuu>'-<iu Vjuii:>uii ivii. Il ti|i|Ji !<.! ^ii'tp^* Hïiii.^ Ttyni r*^ III i.<.Mlllllt :»l l it tdlic

général. » (Déilaration de .Funj; au Congrès de la l<'édérationant:laiso. 2t) janvier 1873,) ^. Voici les noms de ces douze membres : lierlrand, Boite, Laurel, Kavanajjh, Saint-Clair, Leviole, Caii, David, Dereure, Kornacieri, Speyer. Ward ; ce dernier était le seul des douze qui (ùt Américain. David et Ward, quand ils eurent appris leur nomination, la refusèrent par des lettres fort dégohliijpantes pour ceux qui les avaient élus.

comparaître devant elle des témoins et ceux (ju'elle appelait «les accusés. Elle prétendait faire porter son enquête sur l'existence d'une société secrète, qui se serait appelée l'Alliance de la démocratie socialiste, et qui aurait existé à côté de l'association publique fondée en septembre iS68 sous ce môme nom ; les deux sociétés auraient eu le même programme, et la seconde, l'Alliance publique, aurait été seulement une sorte de paravent, de trompe 1 œil destiné à dissimuler l'exislence et l'action de la première. Cette société secrète aurait eu des statuts et un programme opposés à ceux de l'Internationale, dont elle aurait été la rivale et l'ennemie.

Je refusai, pour moi, de comparaître devant la Commission. Je n'avais jamais été membre de l'Alliance de la démocratie socialiste, l'Association fondée lors du Congrès de Berne par Bakounine, Reclus et leurs amis; j'avais refusé de constituer au Locle un groupe de cette Alliance ; j'avais refusé ensuite de m'inscrire conmie membre de la Section de l'Alliance de Genève : et tout cela, je l'avais toujours déclaré hautement. Quant à me demander si j'avais fait partie ou si je faisais encore partie de quelque société secrète, c'était une question que je ne reconnaissais à personne le droit de me poser; question qu'il est ridicule, d'ailleurs, d'avoir seulement l'idée de poser à quelqu'un, puisque le devoir du membre d'une organisation secrète serait de ne rien répondre. J'avais dit au Congrès de la Chaux-de- Fonds, le 4 avril 1870 : « Chaque membre de l'Internationale garde la liberté pleine et entière de s'affilier à n'importe quelle société secrète, fût-ce même la franc-maçonnerie ; une enquête sur une société secrète, ce serait simplement une dénonciation à la police ; » et je persistais dans celte façon de penser. Néanmoins, les délégués espagnols, ainsi que Jou kovsky et Schwitzguébel, qui avaient bien voulu, eux, se prêter à l'enquête, ayant insisté auprès de moi et m'ayant représenté qu'il ne fallait pas avoir l'air de me dérober, je consentis, le samedi après-midi, à causer avec les membres de la Commission, mais à la condition expresse qu'il fût bien entendu que notre conversation n'aurait d'autre caractère que celui d'un entretien privé, et nullement celui d'un interrogatoire.

J'emprunte au Bulletin, en reproduisant à j^eu près textuellement son compte-rendu, le récit de ce qui est relatif à l'enquête sur l'Alliance, et aux votes émis par la majorité à la suite du rapport présenté par la Commission dans la séance privée du samedi soir :

La Commission d'enquête sur l'Alliance employa plusieurs séances (secrètes) à examiner des documents qui lui furent remis par Engels, et à entendre divers témoins. Cette Commission manifesta d'abord l'étrange prétention de se poser en juge d'instruction : l'interrogatoire des témoins devait être secret, et on devait ensuite procéder à dés confrontations et chercher à prendre les témoins en défaut. Une partie de ceux qui furent appelés de la sorte refusèrent de répondre ; d'autres, les accusateurs, entretinrent au contraire pendant de longues heures la Commission de leurs griefs. Nous ne pouvons pas dire ce qui se passa dans ces séances ; nous ne connaissons pas les dépositions qui y furent faites, nous n'avons pas vu les pièces qui y furent produites ; mais il suffira, pour édifier nos lecteurs, de leur faire connaître les opinions de deux des membres de la Commission.

Roch Splingard, après avoir assisté à tous ces débats mystérieux, après avoir entendu les révélations de MM. Marx et Engels, déclara à qui voulut l'entendre que l'enquête ne pouvait aboutir à rien, que les accusateurs n'avaient apporté aucun document sérieux, que toute cette affaire était une mystification, et qu'on lui avait fait perdre son temps en le plaçant dans une Commission pareille. Du reste, on trouvera plus loin le rapport écrit qu'il a présenté, comme formant la minorité de la Commission.

QuAtftiÈiMË Partîk, chapitre VI 345

Un autre membre de la Commission, le Français Walter, appartenant à la majorité du Congrès, lut si dégoûté de tout ce qu'il vit et entendit dans la Commission, quïl écrivit à celle-ci, le vendredi, une lettre pour lui annoncer qu'il cesserait de participer à ses travaux et qu'il déclinait toute responsabilité à l'égai'd des conclusions qu'elle pourrait prendre. Il est vrai que le samedi soir, le citoyen \\ alter, ayant changé d'opinion. — on verra sous quelles iniluences. — essaya de rétracter sa lettre ; mais ce changement ne fit que montrer plus clairement la pression exercée, d'un certain côté, sur la pauvre Commission d'enquête.

Autre fait significatif. Le samedi, vers les quatre heures du soir, au local de la Section de la Haye, les citoyens Cuno, Lucain et Vichai'd, qui formaient la majorité de la Commission (Walter s'étant retiré et Splingard faisant minorité contre eux), déclarèrent à Guillaume que, malgré toute la peine qu'ils s'étaient donnée, ils n'avaient pu aboutir à aucun résultat sérieux, et que les travaux de la Commission d'enquête, lorsqu'elle aurait à présenter son rapport le soir même au Congrès, rappelleraient la montagne accouchant d'une souris. Une conversation amicale s'engagea ensuite entre Lucain et Guillaume au sujet de la réorganisation des Sections en France, de l'utilité qu'il y aurait à constituer un Comité fédéral français, etc. : Lucain témoigna à Guillaume la plus grande confiance, lui demanda d'entrer en correspondance avec lui, lui donna son adresse et son véritable nom '. Puis ils se séparèrent, et la Commission rentra en séance pour entendre Marx! Marx n'apporta pas de nouveaux documents ; il avait tout fait présenter par Kngels : que put-il dire à la Commission? Nous l'ignorons; toujours est-il que les dispositions des trois citoyens qui venaient de causer avec Guillaume se modifièrent subitement, et que Walter lui-même, abjurant son indépendance, se prépara à désavouer sa lettre de la veille.

C'est après cette entrevue avec Marx que la Commission, soudain convertie à d'autres sentiments, rédigea ses mémorables conclusions: et ici se place un autre fait caractéristique : les trois juges de la majorité, incapables de rédiger ces quelques phrases en français grammatical, furent obligés de se faire aider par Splingard. qui, tout en protestant contre leurs conclusions, en amenda le style autant que la chose était faisable.

Et c'est à la suite de tout cela que le samedi soir, en séance administrative, quelques instants avant la clôture du (À)ngrès. Lmuiiii, rapporteur de la Commission, vint lire le rapport c[ue voici :

Rapport de la Commission d'enquête sur la Société /'Alliance.

Le temps ayant manqué à la Connuission pour vous présenter un rapport coraplct, elle ne peut que vous fournir une appréciation, motivée sur des documents qui lui sont communiqués et les dépositions qu'elle a reçues.

Après avoir entendu les citoyens Engels. Karl Marx, Wroblewski, Dupont, Serraillier et Swann pour l'Association ;

Et les citoyens Guillaume -, Sch\vil/.guél)t;l. .lonkovsky. Aloriiii,

i. J'ai oublié, après Irontc-ciualro ans, (juel ('tiiit ce nom.

2. Comme je l'ai dit plus iiaut, j'avais refusé de c comparaître » devant la Commission en tant que Commission ; je m'étais borné à m'enlrctenir avec les citoyens Ciino, Victiard et Lucain, individuellement, de diverses quesliniis intéressant I Internationale

346 l.'lNTKHNATIONALf:

Morago, Marsclau, Farg.i-Fellicer, accusés de faire partie de la société secrète l'Alliance,

Les soussignés déclarent :

1° Que l'Alliance secrète, l'ondée avec des statuts complètement opposés à ceux de l'Association internationale des travailleurs, a existé, mais qu'il ne lui est pas suflisamnient prouvé qu'elle existe encore ;

2° Qu'il est j)rouvé pur un projet de statuts et des lettres signées « Bakounine » que ce citoyen a tenté et peut-être réussi de fonder, en Europe, une société appelée l'Alliance, ayant des statuts complètement différents au point de vue social et au point de vue politique de ceux de l'Association internationale des travailleurs ;

3» Que le citoyen Bakounine s'est servi de manœuvres frauduleuses tendant à s'approprier tout ou partie de la fortune d'autrui, ce qui constitue le fait d'escroquerie ' ;

Qu'en outre, pour ne pas devoir remplir ses engagements, lui ou ses agents ont eu recours à l'intimidation ;

Pour ces motifs, les citoyens membres de la Commission demandent au Congrès :

I" D'exclure le citoyen Bakounine de l'Association internationale des travailleurs ;

2" D'exclure également les citoyens Guillaume et Schwitzguébel, convaincus qu'ils font encore partie de la société dite l'Alliance ;

3° Que dans l'enquête il nous a été prouvé que les citoyens Malon, Bousquet, — ce dernier secrétaire de commissaire de police à Béziers (France) ^ — et Louis Marchand, ayant demeuré à Bordeaux, tous convaincus d'agissements ayant pour but la désorganisation de la Société internationale des travailleurs ; la Commission demande également leur expulsion de la Société ;

4" Qu'en ce qui concerne les citoyens Morago, Farga-Pellicer, Marselau, Alerini et Joukovsky, la Commission, s'en rapportant à leurs déclarations formelles de ne plus faire partie de ladite société l'Alliance, demande que le Congrès les déclare hors de cause ^

Pour mettre à couvert leur responsabilité, les membres de la Commission demandent que les documents qui leur ont été communiqués, ainsi

1 . Il s'agit de la traduction russe du Kapital, et de la lettre de Nelcbaïef à l'éditeur Poliakof (voir tome I". p. 261). On lira au tome III une protestation contre cette accusation « d'escroquerie et de ct)antage », protestation daîée du 4 octobre 1872 et portant les signatures d'Ogaref, Zaytsef, Ozerof, Ross, Holsiein, Ralli, OElsnitz et Smirnof. — On pourrait croire qu'après trente-quatre ans, la lumière ayant été pleinement faite sur cette affaire, les marxistes auraient renoncé à répéter cette stupide injure. Eh bien, non : dans un livre paru en 1906, M. Serge la réédite une fois de plus : « Il s'agit — dit-il dans une note ajoutée par lui à une lettre d'Engels du 14 juin 1873 — de l'escroquerie commise par Balvounine, et à laquelle, par égard pour des tiers, il fut fait simplement allusion à la Haye, sans qu'on en publiât le détail ».

2. Une lettre de Jules Montels, secrétaire de la Section de propagande et d'action révolutionnaire socialiste de Genève, publiée dans le B^lltetin du lu novembre 1872, prit la défense du citoyen Bousquet, républicain énergique, qui n'avait accepté, un moment, de la municipalité républicaine et socialiste de Bé/.iers, en 1871, le pnste de commissaire municipal que « par dévouement à la République démocratique et sociale )>.

3. Cette rédaction semblait imputer à crime aux délégués espagnols le fait d'avoir apparlenu à la Aiianza. — confondue ici, pour les besoins de la cause, avec la Section de l'Alliance de Genève, à laquelle avait appartenu Joukovsky, — la Commission proposant au Congrès de ne les mettre hors de cause que parce qu'ils avaient formellement déclaré ne plus faire partie de cette société. Lorsqu'ils eurent connaissance, par sa publication dans la Liberté, de Bruxelles, du texte exact du rapport, dont ils n'avaient (lu'imparfaitemcnt saisi les termes lors de sa lecture à la Haye, les délègues de la Fédération espagnole protestèrent par une lettre en date du 18 septembre, dans laquelle ils déclaraient u s'être toujours tenus pour honorés d'avoir contribué à la propagande de l'Alliance » (Bulletin du 15 octobre 1872).

que les dépositions faites, seraient publiés par eux dans un organe officiel de l'Association.

La Haye, le 7 septembre 1872.

Le Président : Ph.-P. Guno, délégué de Stuttgart et de Dûsseldorf. Le Secrétaire : Lucain, délégué de France.

Quelques courtes observations feront voir à la fois la stupidité et l'infamie de ce document.

On y parle de la société l'Alliance, tantôt comme d'une société secrète, tantôt comme d'une société publique, de sorte que d'un bout à l'autre du rapport règne une confusion complète sur ce point.

On y dit, d'une part, que l Alliance secrète a existé, mais qu'il nest pas suffisamment prouvé qu'elle existe encore, et, plus loin, que Bakounine a tenté, et peut-être réussi, de fonder une société appelée l'Alliance, — et d'autre part la Commission se dit convaincue que Guillaume et Schwitzguébel font encore partie de la société dite V Alliance. Est-il possible de tomber dans une contradiction plus enfantine ? Car, ou bien la Commission allirme, comme elle le fait plus haut, qu il ne lui est pas sutlisamment prouvé que TAlliance existe encore, ni même — ceci est un comble — que Bakounine ait réussi à la fonder, et alors il est absurde de dire que Guillaume et Schwitzguébel en font partie ; ou bien, en effet, il existe des preuves, qui ont paru convaincantes à la Commission, que Guillaume et Schwitzguébel font encore partie d'une société dite l'Alliance, et alors la Commission ne sait ce qu'elle dit en prétendant que l'existence même de cette société ne lui est pas suflisamment prouvée.

Enfin le rapport prétend que cette Alliance — dont la Commission ignore si elle existe, oui ou non — avait des statuts complètement opposés à ceux de l'Internationale.

Or la vérité, que la Commission connaît parfaitement bien, est que l'Alliance a réellement existé ; que Bakounine a non seulement tenté de la fonder, mais y a réussi ; qu'elle a fonctionné au grand jour, en public, au su de tout le monde ; que le Conseil général, dans sa lettre du 20 mars iSlJg, a reconnu que le programme de cette Alliance ne contient rien de contraire à la tendance générale de l'Internationale (t. 1er, p, 141) ; et que le programme et le règlement tic la Section qui a porté ce nom à Genève ont été approuvés pur le Conseil général de Londres (lettre d'Eccarius du a8 juillet 1869 ').

1. Si quelqu'un voulait répondre qu'il ne s'agit pas du proi,'ramme et des statuts de l'Alliance de la démocratie socialiste, société publique, mais de ceux d'une société secrète ayant porté le même nom, je ferais observer que le titre de « Statuts secrets do l'Alliance d. donné aux documents publiés en 1873 dans les Pièces justiticalives de la brochure L'Alliance de In démocratie socialiste, etc. (pages llS-132i. a été fabriqué par les auteurs de celle hrocliure. Ces documents ne forment pas, comme ces auteurs le prétendent (p. 2), » une seule pièce » ; il y a là, au contraire, une juxtaposition de pièces de diverse nature, qui. à les supposer toutes authentiques, sont de valeur fort inégale. L'homme qui a le mieux étudié l'histoire, excessivement dilllcile et complii|née et sur hKiuelle la lumière ne pourra jamais être complètement faite, des soriétés secrètes, successivement ébauchées ou réalisées, dont hakounine a été soit le fondateur, soit un niembre très im|iortant, — Max Nelllau, — a écrit à ce sujet : « Kn fait, nous avons ici plusieurs documents distincts, des projets dont il n'est pas possible de dir(>. s'ils ont été réalises; connue je lai fait voir ailleurs, tous ces projets étaient devenus caducs et sans objet à la suite de délibérations ultérieures. Quiconque se fiH trouvé Icf^'itiinemenl eu leur possession ne pouvait p.is ignorer cela. Ces papiers furent envoyés d<' Genève à Marx et à Kngels, éviihuiment par Outine. Celui-ci dissimula-l-il à ses correspondants leur nullité ( WerllosiijkeU) ? ou bien est-ce Marx qui, bien qu'on l'en eût instruit, la dissimula ù la Commission? » (Nettlau, p. 724.)

Plus loin, la Commission formule contre Bakounine une accusation (roscroquorie. Or, à l'appui cVune inculj)ation si grave, il n'a pas été fourni au Congrès le plus jtetit brin de preuve, et l'accusé n"a été ni i)révenu ni entendu ! Il y a donc là une dilfaniation pure et simple. Mais il est inutile d'insister : Thonneur d<* Bakounine ne peut pas être atteint par de send)lables indignités.

Le président de la Connuission, Cuno, expliqua au Congrès que la Commission n'avait, à la vérité, reçu aucune preuve matérielle dés faits imputés aux citoyens mis en cause, mais qu'elle avait acquis à leur égard une certitude morale ; et que, n'ayant pas d'arguments à présenter au Congrès à l'appui de son opinion, la Commission se bornait à lui demander un cote de confiance !

11 fut donné ensuite lecture de la déclaration de Roch Splingard, dont voici les termes :

Je proleste contre le rapport de la Commission d'enquête sur l'Alliance et me réserve de faire valoir mes raisons devant le Congrès. Une seule chose me paraît acquise au débat, c'est la tentative de M. Bakounine d'organiser une société secrète au sein de l'Association.

Quant aux expulsions proposées par la majorité de la Commission d'enquête, je déclare ne pouvoir me prononcer conmic membre de ladite Commission, n'ayant pas reçu de mandat à ce sujet ', et me déclarant prêt à conibatlre cette décision devant le Congrès.

Roch Splingaud.

Splingai'd développa ses conclusions en quelques paroles énergiques, qui firent justice du rapport de la Commission et de l'étrange discours de Cuno.

Guillaume, invité à se défendre, refusa de le faire, en disant que ce serait avoir l'air de prendre au sérieux la comédie organisée par la majorité. Il se borna à faire remarquer que c'était le parti fédéraliste tout entier que la majorité cherchait à atteindre par les mesures dirigées contre quelques-uns de ses membres : « Mais, ajouta-til. votre vengeance vient trop tard, nous avons pris les devants, notre pacte de solidarité est fait et signé, et nous allons vous le lire».

Scliwitzguébel se contenta de dire : « Nous sommes condamnés d'avance ; mais les travailleurs condamneront la décision de votre majorité - ».

Et là-dessus Dave, délégué de la Section de la Haye, donna lecture de la déclaration suivante :

Déclaration de la minorité.

Nous soussignés, membres de la minorité du Congrès de la Haye, partisans de l'autonomie et de la tëdération des groupes de travailleurs, devant le vole de décisions qui nous semblent aller à l'enconlre des principes admis par les pays que nous représentons, mais désirant éviter toute espèce de scission dans le sein de l'Association internationale des

1. Il veut dire que la Commission n'a pas reçu du Congrès le mandat de proposer des expulsions, mais seulement de faire une enquête.

2. M. Sorge, dans une des annotations qu'il a ajoutées aux lettres de Marx, Engels, Becker, etc., récemment publiées par lui, a écrit, à propos de lattilude de Schwitzguébel : « Schwitzguébel réussit à se sauver par un appel larmoyant (Scliwitzguébel reUete sirh durch einen iceinerUchen Appell) ». Je n'ai pas besoin de dire que c'est là un mensonge.

travailleurs, faisons les déclarations suivantes, que nous soumettons à l'approbation des Sections qui nous ont délégués :

i-^ Nous continuerons avec le Conseil général nos rapports administralifs concernant le paiement des cotisations, la correspondance et la statistique du travail ' ;

2° Les Fédérations représentées par nous établiront entre elles et toutes les branches de l'Internationale régulièrement constituées des rapports directs et continus - ;

3° Dans le cas où le Conseil général voudrait s'ingérer dans les affaires intérieures d'une Fédération, les Fédérations représentées par les soussignés s'engagent solidairement à maintenir leur autonomie tant que ces Fédérations n'entreront pas dans une voie directement contraire aux Statuts généraux de 1 Internationale, approuvés au Congrès de Genève ' ;

4° Nous engageons toutes les Fédérations et Sections à se préparer, d'ici au prochain Congrès général, au triomphe, dans le sein de l'Interna tionale, comme base de l'organisation du travail, des principes de l'autonomie tédérative ;

5° Nous répudions hautement tout rapport avec le soi-disant Conseil fédéraliste universel de Londres \ ou toute autre organisation semblable étrangère à l'Internationale.

Alerini, Farga-Pellicer, Morago, Marselau, délégués de la Fédération d'Espagne ;

Brismée, Coenen, Fluse, Van den Aheele, Eberhardt, délégués belges ;

ScHwiTZGUÉBEL, GUILLAUME, délégués jurassicns ;

Dave, Gerhard, délégués de Hollande ;

Sauva, délégué d'Amérique.

Les membres de la majorité écoutèrent silencieusement cette lecture inattendue. Aucune observation ne fut faite. Et chacun ayant hâte d'en finir, le président lit procéder au vote })ar appel nominal sur les expulsions proposées par la Commission '.

Sur les soixante-cinq délégués qui avaient été admis à siéger (West ayant été repoussé et Joukovsky ajourné), il n'en restait plus que quarante-trois présents au Congrès. Les vingt-deux délégués (|ui avaient déjà quitté la Haye étaient : Eccarius. Haies. Mottershead, Roach, Sexton, Harcourt, Eberhai'dt. Gerhard. Gilkens, Van dor Hout, de la minorité ; Lessner, Maltman Barry, Arnaud, Cournet. Ranvier. Vaillant, Bernhard Becker, Dietzgen, Milke, Ritlinghausen, Scheu, Schumacher, de la majorité ".

1. Par ce paragraphe, la minorité déclarait ne vouloir considérer le Conseil général que comme un simple bureau de correspondance el de statistique, et vouloir ignorer les pouvoirs (jui lui avaient été conférés par le Congres de l!;Ue et ceux qu'il s'était fait attribuer par la tlonférence de Londres et par le t]ongrès de la Haye.

2. En déclarant que les Fédération» représentées par eux étaldiiaient entVe elles <( des rapporl.s directs et continus », les délégués de la minorité montraient qu'a leurs yeux l'institution du Cons 'il général était supeitlue.

3. Cet alinéa, en adirmant que les Statuts généraux de l'Internationale étaient ceux qui avaient été « approuvés au Conjures de Cenéve », déclarait par là-mème nulles et non avenues, aux yeux de la minorité, les modilications aux Statuts faites par la Conférence de Londres et |iar le Congres de la Haye. Et en même temps il constituait un véritable pacte de solidarité entre les Fédérations pour lo maintien de leur autonomie.

4. (^0 (I Conseil fédéraliste universel » était un f^roupement qui s'était constitue à Londres sur l'initialive de Vé.«.inier, et qui s'était pose en antagoniste du Conseil général de l'Internationale.

5. Le Kullalin n';\ donné (|uc les chiffres des oui, des iidh et des abstentions, d'apiès la Liberté (ces cliilTres sont en partie erronés), sans indiquer les noms des votants. Je donne les appels nominaux au complet.

fi. Ainsi (|ue le montrent les tableaux des appels nominaux des 4. .net fi septembre. Ritlinghausen paraît,étre parti dés le mercredi ; Pielzgen partit le jeudi ; Scheu le

35o l'internationalk

Scrutin aiir rexpidsion de Michel Bakonnine (42 votants ') :

Oui : J.-Ph. Bccker, Ciino, Dereiirc. Duinont [Faillct], Dupont, Duval, filngels, Farkas, Frankel, Hciin, IIei)ncr, Johannard, Kugelniann, Lafarf^uc, Le Moussu, Longuet, Lucain (pseudonyme), Mac Donnell, Marx, Pihl, Serraillier, Sorge, Swarni [d'Entraygucs], Vichard, Walter [Van Ileddeghem], Wilmot (pseudonyme), Wroblewski.

Non : Hrismée, Goenen, Cyrille *, Dave, Fluse, Herman, Van den Abeele.

Abstentions : Alerini, Farga-Pellicer % Guillaume, Marselau, Morago, Sauva, Splingard, Schwitzguébel.

27 oui, 7 non, 8 abstentions : l'expulsion de Bakounine est votée.

Scrutin sur l'expulsion de James Guillaume (^"i votants '•) :

0«/; J.-Ph. Becker, Cuno, Dumont [Faillel], Dupont, Duval, Engels, Fackas, Frankel, Ileim, Hepiier, Johannard, Kugelmann, Latargue, Le Moussu, Longuet, Lucain (pseudonyme), Marx, Pihl, Serraillier, Sorge, Swarm [d'Entraygues], Vichard, Walter [Van Heddeghem], Wilmot, (pseudonyme), Wroblewski ".

Non : Brismée, Goenen, Cyrille, Dave, Fluse, Herman, Sauva, Splingard, Van den Abeele ".

Abstentions : Alerini, Dereure, Farga-Pellicer, Friedlânder, Guillaume, Mac Donnell, Marselau, Morago, Schwitzguébel '.

25 oui, 9 non, 9 abstentions : l'expulsion de Guillaume est votée.

Scrutin sur l'expulsion d' Adhémar Schwitzguébel (4i votants «) :

0?a'; J.-Ph. Becker, Cuno, Dumont [FailletJ, Engels, Farkas, Heim, Hepner, Ivugelmann, Le Moussu, Marx, Pihl, Sorge ", Vichard, Walter [Van Heddeghem], Wroblewski 'o.

Non : Brismée, Coenen, Cyrille, Dave, Dereure, Dupont, Fluse, Frân-

vendredi ; B. Becker, Milke et Schumacher le vendredi soir. Dans la brochure officielle Résolutions du Congrès général tenu h la Baye, on voit apparaître, dans deux scrutins de la journée du vendredi 6, le nom de Ludwig, qui ne figure pas dans la liste des délégués. Ce Ludwig, qui vote avec la majorité, était probablement un Allemand venu à la Haye comme spectateur, auquel Dietzgen ou quelque autre, peut-être, avait remis son mandat en partant. — Chose curieuse, que nous apprend la correspondance d'Engels avec Sorge : les deux frères Scheu, Andréas et Heinrich. étaient suspectés de « bakounisme « ; Engels écrivit à Sorge le 3 mai 1873 : « On retrouve quelque chose des grandes phrases de Bakounine dans les articles et les discours de Scheu [le rédacteur de la Gleichheil de Vienne] ; et tu te rappelles comme son frère s'est esquivé à la Haye quand est venu le moment de régler l'affaire Bakounine ».

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